Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). AsianPat · 11 avril 2009 à 11:19 · 28 photos 18 messages · 4 participants · 5 077 affichages | | | | 11 avril 2009 à 11:19 · Modifié le 24 fév. 2012 à 17:58 Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 1 de 18 · 5 014 affichages · Partager Myitkyina.
Ca saute aux yeux. Quand on jette un oeil par le hublot, on constate qu'il y a autant de sable que d'eau là en bas. En cette fin février, l' Irrawaddy n'est pas au mieux et moi, je suis supposé rentrer à Mandalay en bateau, en tous cas sur une partie du trajet.
En posant le pied sur le tarmac devant le bâtiment qui fait office d’aéroport, on a à peine le temps de remarquer que la température est bien plus fraîche qu’à Mandalay, que déjà un officiel vous saute dessus et confisque le passeport. Bienvenue à Myiktyina.
Un peu de confusion dans le bureau qui sert de hall des arrivées, m’enfin bon. Faut bien qu’il remplisse son grand cahier. Il y a même une colonne ‘à quel hôtel il descend ?’. Comme il y a une demi-douzaine d’occidentaux sur ce vol Air Bagan, ça met un certain temps. Pendant lequel mon sac m’attend sur la pelouse un peu plus loin, mais je ne le sais pas encore...
Puis 45 secondes de marche sont nécessaires pour sortir de l’enceinte du Myitkyina Airport où quelques mototaxis attendent de vous emmener en ville à quelques kilomètres pour 3000 K.
A la réception de l’hôtel, je vais me fendre de la somme de 1 USD pour une photocopie de carte de la ville qui ne me sera d’aucune utilité, mais la fille était jolie. L’eau chaude ne fonctionne pas. Je signale, on répare. Puis je pars à la découverte d’une ville dont je ne sais pas grand chose.
Hier à Mandalay, j’ai croisé un Français déjà rencontré sur le vol Air Asia Bangkok- Yangon. Il revenait de Myitkyina. Sa description de la ville me donnait envie de partir en courant, mais je m’accrochais au nom plein de promesses d’un excellent resto qu’il m’avait conseillé juste à côté du YMCA.
Une inévitable clock-tower, une pagode, un marché qui déborde de partout jusque sur les rives du fleuve. Une terrasse où siroter sa Myanmar pression. Une gare de chemin de fer endormie. Des jeunes qui improvisent un match de volley le long de la voie ferrée. Faut pas grand-chose pour me retenir un peu quelque part. Et puis je sais que l’impression qu’on garde d’un endroit dépend des rencontres qu’on y fait.
En soirée, on a installé des écrans géants et des tapis sur la chaussée devant la pagode. Des centaines de gens vont venir se recueillir et écouter un bonze dont je verrai la photo plus tard sur des CD sur le marché de Mandalay. Comme chaque soir, toute la Birmanie est plongée dans le noir. Une rue plus loin, les échoppes du night market sont éclairées à la bougie. Que la Thaïlande est loin. Avec ses marchés de nuit omniprésents et ses odeurs de cuisine qui vous sautent au visage dès qu’on met le nez dehors.
De retour à l’hôtel, re-pas d’eau chaude, je re-signale. Le patron m’explique tout sourire que chez lui, ça fonctionne à l’énergie solaire. A 9 heures du soir, pas de soleil, donc pas d’eau chaude. Mais demain il y aura du soleil, donc de l’eau chaude. Je lui explique que c’est la première fois que je paye 12 USD pour avoir de l’eau froide et pas de breakfast, donc demain j’irai voir ailleurs. Il y a des guest-houses dans la rue bruyante près de la clock tower. Mais je vais trouver mon bonheur dans une artère calme non loin de la voie ferrée. C’est 18 USD mais breakfast et eau chaude included. Deux fois plus cher qu’à Kalaw. Et je constate un peu plus chaque jour qu’on ne met pas la plus moche derrière la réception.
Lendemain, ciel couvert, froid et même pluie. Je n’irai pas voir la source du grand fleuve à 45 km de là. Ce sera pour un prochain passage par ici. J’accompagne un tailleur qui veut pratiquer son anglais et me montrer sa boutique. Cinq ou six filles confectionnent des robes à l’aide de machines à coudre et de fer à repasser d’une autre époque. Plus tard, un indien voudra me faire visiter son magasin, un vrai capharnaüm du ‘tout électronique’ au rez-de-chaussée d’un hôtel du centre, en me parlant de son frère qui est tailleur à Bangkok.
Je vais prendre un bus pour Bhamo qui part de la gare routière située assez loin du centre-ville. Mototaxi obligatoire. Il est 7h30, j’ai pas réservé mais on va improviser. Mon taxi me donne un sacré coup de main. Plusieurs bus sont complets ou supposés tels. Je les soupçonne de ne pas vouloir s’encombrer d’un occidental qui va les freiner lors des différents contrôles sur la route. Peut-être que je me trompe. Je trouve un siège, prix spécial touriste 10.000 K. Place numérotée à choisir sur plan. Mais comme le bus est pas très loin, une petite visite s’impose. Mon mètre 80 ne se case pas n’importe où dans les bus birmans. Dans le genre plié en quatre, j’ai déjà donné, alors je choisis la banquette arrière au centre. A peu près nickel, mais pour la vue, on a fait mieux. Décollage à 8 heures. Cinq copies du passeport à confier au chauffeur. On va longer la frontière chinoise, ils doivent être un peu paranos. J’ai voulu donner aussi 5 copies de mon visa, mais il savait pas quoi en faire, j’ai pas insisté.
Au break bouffe de la mi-journée tout le bus se précipite vers le resto. Moi je vais faire des photos plus loin sur la route. Un gars en civil m’aborde, il veut voir mon passeport. Problème, je fais. Police, il répond. Je lui dis que le chauffeur a 5 copies dudit passeport et qu’il va se faire un plaisir de lui en délivrer une. De retour avec la copie, il veut voir le vrai. Je lui montre et lui donne une copie du visa. Il est ravi et s’en va. Ah ben non, il revient avec un grand cahier. Il veut mon adresse. Pourquoi, tu veux m’écrire ? je fais. Il rigole. Tape sur l’épaule. Fin de l’histoire.
J’ai dans l’idée que si on s’aventure dans une région non autorisée dans ce pays, ça doit se passer beaucoup moins bien... | | | À: AsianPat · 11 avril 2009 à 11:20 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 2 de 18 · 5 005 affichages · Partager Bhamo.
Bhamo mérite un peu plus que quelques heures de visite. J'ai donc décidé de ne pas prendre le bateau lent qui part pour Mandalay le lendemain de mon arrivée, histoire de profiter d'une journée complète dans cet endroit sympa au bord du fleuve. Il y a un bateau express quotidien pour Katha, à mi-chemin de Mandalay. Ce sera lui mon prochain moyen de transport.
C'est mon premier voyage en numérique et je passe mon temps à bouffer mes batteries en visionnant en boucle des centaines de photos que je connais déjà par coeur. J'en suis à mon deuxième café sur une terrasse qui donne sur la rivière. Un gars en tenue militaire se tient debout à côté de ma table. Il m’observe derrière ses Ray Ban. Je peux m’asseoir ? Bien sûr. Il lui manque un morceau de jambe. Burmese Army, il fait.
Il décline un thé, mais jette un billet en contrebas pour qu’une petite fille lui rapporte des brochettes ainsi qu’une plate qu’il me présente comme du whisky birman. Mais au vu de la couleur et du goût, je dirais plutôt du rhum. Les brochettes sont pour moi. Au cours des heures qui suivent, il va se lever plusieurs fois pour ramener de la nourriture en tout genre achetée dans la rue. Il va même revenir avec une soupe de nouille dans un sachet plastique. Il va bien en prendre un peu, mais tout ça c’est pour moi. Evidemment, on a vidé la première bouteille. Il retourne chaque fois son verre, histoire de bien montrer qu’il est vide. Des fois, il en fait des tonnes, comme pour une caméra cachée. La deuxième bouteille est pour moi. Ainsi que la troisième. Quand il a enlevé sa chemise pour me montrer ses biceps, j’ai bien vu que ce n’était pas du goût de la patronne. Ou alors elle voyait d’un mauvais œil ce flot de nourriture achetée dans la rue et consommée dans son établissement alors qu’elle sert des en-cas pour accompagner le thé ou le café. J’ai laissé un beau pourboire pour le dérangement.
Il a écrit son nom au stylo sur ma main. Je le croiserai deux fois le lendemain sur son vélo, avec ses Ray Ban et son sifflet en bouche. C’est petit Bhamo. C’est un bel endroit pour une rencontre surréaliste. | | | À: AsianPat · 11 avril 2009 à 11:22 · Modifié le 16 mai 2009 à 17:26 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 3 de 18 · 4 996 affichages · Partager Bhamo - Katha.
Tout le monde m'annonce le départ du bateau express à 9 h y compris le gars qui me vendra le ticket à l'embarcadère. Pourtant hier, j'ai vu ce bateau quitter le quai à 8h40 pratiquement à vide. Vingt minutes plus tard, j'ai aussi vu plusieurs solides engueulades de la part de passagers birmans qui avaient raté ce bateau. Ils devaient maintenant se débrouiller avec un mototaxi pour aller le chercher quelque part en aval sur le fleuve. C'est à n'y rien comprendre.
Conséquence, après avoir fait honneur au buffet breakfast d'enfer de mon hôtel, j'arrive à 8 h au guichet avec arme et bagage. C'est 15.000 K. Upper Class Special Tourist. A 8h20, le gars m'emmène au bateau en contrebas. J'ai droit pour ce prix-là à la cabine du capitaine. D'habitude, j'aime bien voyager avec la troupe, mais à l'avant, la vue est quand même nettement meilleure et je ne vais pas bouder mon plaisir.
Démarrage à 8h40, le bateau fait demi-tour et s'ensable. On est partis depuis 2 minutes et on est plantés au milieu du fleuve. Je m'y attendais mais peut-être un peu plus tard. Quelques gars sautent à l'eau, poussent, soulèvent. Finalement, on se dégage assez rapidement et en route pour Katha. Ceux qui pensaient prendre ce bateau à 9 h auront comme hier une drôle de surprise.
On se faufile lentement entre les bancs de sable et j'imagine Katha à des années lumière. Tout baigne à peu près pendant deux heures quand on a droit à un plantage magistral. Le bateau se soulève et s’immobilise d’un coup, les quelques passagères qui étaient à l’avant se retrouvent la tête dans les sacs. On va mettre deux heures à sortir de là. Parce que tout le monde a beau sauter à l’eau et pousser dans tous les sens, on ne bouge pas d’un millimètre. Il faudra l’aide d’autres bateaux, d’abord pour prendre une partie du chargement histoire d’alléger tout ça, ensuite pour nous pousser par l’avant. Deux heures.
Plus tard dans la journée, alors qu’on allaient prendre des passagers qui attendaient depuis un bon moment, on a eu des soucis de moteur. On est donc passés devant le village dans le plus grand silence sous le regard médusé des ex-futurs passagers. Ca n’a pas duré bien longtemps, mais comme on n’a pas pu jeter l’ancre à cause des 145 nœuds dans la corde, on a dérivé pas mal. Puis il a fallu remonter le courant pour aller les chercher ces villageois. Quand même...
Après ça, ça a été une vraie autoroute jusqu’au coucher de soleil somptueux sur l’ Irrawaddy. C’était le bon moment pour une autre panne de moteur, mais beaucoup plus longue celle-là. Quelqu’un a dû s’employer à défaire les nœuds parce qu’on dérivait jusque Mandalay sur ce coup-là. On a fini le trajet by night avec arrivée à Katha à 19 h, soit 3 heures de retard sur l’horaire prévu. Plus de 10 heures pour le bateau express. Combien pour le bateau lent ?...
Après avoir franchi avec succès l’épreuve de la planche courte et pentue avec bagage, on se retrouve sur la plage et on cherche l’escalier. En haut, il y a 3 ou 4 Guest Houses à 5 ou 6.000 K. Je les soupçonne identiques. Faut pas faire la fine bouche à Katha Je suis plutôt bien tombé. Chambre avec fenêtre et moustiquaire, lit confortable. Evier, douche et WC à la turc au bout du couloir. Si quelqu’un connaît un endroit avec WC à l’occidentale à Katha, je suis preneur.
Toute la rue est scotchée devant la TV. Le football anglais a encore de beaux jours devant lui en Birmanie. Petite visite au resto tout proche pour un Fried Rice Chicken avec Myanmar Beer bien mérités et dodo. | | | À: AsianPat · 11 avril 2009 à 11:23 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 4 de 18 · 4 993 affichages · Partager Katha.
Quand j’ai découvert Katha au petit matin, je me suis dis que ça valait bien tous les efforts consentis pour arriver jusque là. De la musique New Age sort du bateau qui attend ses passagers au pied du grand escalier pour regagner Bhamo. Des femmes lavent le linge au bord du fleuve. D’autres font leur toilette un peu plus loin. Un tracteur avec remorque va passer ramasser les ordures. A travers la brume, on distingue une colonne de jeunes bonzes venus quêter leur nourriture. Je me suis aussi dis que je voulais bien donner le reste de mon voyage pour garder cette image-là.
En jetant un œil au guide qui est resté le plus souvent dans le fond du sac, j’avais constaté l’existence d’un train. On me confirme qu’il y en a un seul et unique à la mi-journée qui va à Naba. On me parle aussi d’un bus pour Mandalay. Pas trop client des bus pour un long trajet, je débarque à la Railway Station. Il y a une loco avec 2 voitures passagers et une plateforme avec des madriers. C’est LE train. Il est 10h30, il démarre dans 3 heures et il y a déjà de nombreux passagers sans parler de la marchandise.
Le chef de gare me pond un ticket Upper Class pour Mandalay à 20 USD. Départ de Naba à 20h. 12 heures de trajet. Je lui dis Pourquoi si cher ? Il me répond Politique de mon gouvernement. Dialogue de sourds. Il me dit qu’il y a 2 ou 3 touristes quotidiens à Katha. Ca correspond à ce que j’ai croisé depuis mon arrivée à Myiktyina. Je renonce à lui demander quelle est la part des 20 USD qui concerne le trajet dans la bétaillère qui va se remplir jusqu’à plus soif, et qui stationne devant son bureau.
Je vais passer un bon moment sur le quai à observer tout ce petit monde qui s’agite. Je me suis fait copain avec un bonze qui lui aussi rentre à Mandalay. Il a un train bien plus tôt que le mien, mais en classe ordinaire, 1.100 K pour lui mais pour 12 heures sur une banquette en bois. Je lui dis qu’il n’y aura visiblement pas de place pour nous dans ce train. On envisage déjà de voyager sur les madriers. Mais va falloir déchanter, parce que les gars qui tentent le coup se font jeter manu militari par le personnel. Un peu avant le départ, on ajoute deux wagons marchandises. Voilà notre salut. Mais d’autres auront la même idée. Finalement, ce sera l’étagère métallique supérieure pour lui et sur un sac de riz pour moi. Donc, le Katha-Naba est composé de 2 voitures passagers avec beaucoup de marchandises et 2 wagons marchandises avec beaucoup de passagers. Et personne sur les madriers, mais vu le soleil qui cogne, c’est peut-être pas plus mal.
A Naba, après un break jus de canne à sucre bien mérité, je l’accompagne à sa classe ordinaire, place numérotée. En attendant le départ, il note dans mon carnet les chiffres en birman. Il s’arrêtera à 22 parce que le train s’en va. Adieux chaleureux. J’ai son adresse à Mandalay, on se reverra.
Il y a bien un bus Katha-Naba avec un horaire plus intéressant quand on a un train à 20h, mais j’avais trop envie de tester ce petit train hyper local. Je vais passer les heures qui suivent à dépenser mes kyats dans les différents petits restos du quai. Après le coucher de soleil, tous ces restaurants et tea shops vont faire gueuler chacun une TV Karaoke avec une chanson différente.
Quand j’arrive le lendemain matin à Mandalay, j’ai les mêmes vêtements depuis 3 jours, et je dois avoir une tête de déterré, parce que le patron de mon hôtel que j’ai quitté une petite semaine avant, fait venir du coffee shop attenant une bouteille d’eau et un jus d’orange cadeaux de la maison. | | | À: AsianPat · 11 avril 2009 à 11:24 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 5 de 18 · 4 990 affichages · Partager Mandalay.
Je suis à Mandalay depuis quelques heures, la ville est plongée dans le noir. A un carrefour, un gars sort de l’obscurité. La trentaine joviale, casquette vissée sur la tête, chemise à carreaux, longyi 100 % birman. D’où tu viens, première fois au Myanmar, si t’as besoin d’un taxi demain, je suis Rickshaw Driver, je stationne en face. OK je fais. Rendez-vous est pris pour demain matin, même endroit. C’est pas mon premier voyage à Mandalay, mais il y a plein de lieux que je ne connais pas, d’autres que j’ai envie de revoir. Après un break à l’hôtel, plus tard dans la soirée, je pars en chasse d’un resto par un tout autre itinéraire. Et à un autre des innombrables carrefours de la ville, je retombe sur lui. Enfin c’est plutôt l’inverse. On va faire connaissance autour d’un thé.
Le lendemain matin, on va faire un petit coucou à la pagode Mahamuni que je n’ai pas vue depuis très longtemps. Au retour, il fait un crochet pour me présenter son quartier puis sa famille. On a convenu de se retrouver en fin d’après-midi. Je lui laisse les commandes pour ce qui est du programme. Coucher de soleil sur l’ Irrawaddy ? Vendu.
Grande esplanade pour une bière pression avec vue sur le fleuve. En contrebas, un semblant de village s’est improvisé sur le sable. Plus loin, des gens parfois très jeunes gagnent quelques kyats en transportant du bois de toute taille. J’abandonne mon chauffeur pour une ballade dans cet endroit improbable. Fais gaffe, ce sont des gens très pauvres, il y a des voleurs là-dedans. Il préfère surveiller son cyclo. J’irai 2 jours de suite. Séances photos mémorables. Les gosses sont exubérants et toujours demandeurs. Le numérique rend le résultat immédiat... et augmente d’autant la demande. Faut quand même savoir jusqu’où ne pas aller trop loin. A force de me voir traîner dans le coin, une certaine complicité s’est installée avec quelques filles qui travaillent. Une d’entre elles a rigolé en passant à ma hauteur et a failli perdre le chargement de bois qu’elle avait sur la tête...
Après avoir gagné Sagaing par les transports locaux (400 K à l’arrière, 1.000 à l’avant), et escaladé la colline du même nom le lendemain matin, on se retrouve en soirée. Il m’avait dit ce soir, on va voir les filles... La salle est plongée dans la pénombre. Peu de clients, 5 ou 6 filles poussent la chansonnette à tour de rôle avec un vrai orchestre. Sur le côté, un bar avec toutes sortes d’alcools en plus de l’inévitable Myanmar pression. Un escalier mène à une chambre à l’étage. C’est 15 USD.
Je continue à tester mon numérique sur le mode vidéo. Quand la fille me voit, elle s’étrangle et la chanson démarre sans elle. Comme une pro, elle se reprend, mais après sa prestation, un gars vient nous trouver. Please no camera. OK pas de problème je fais en rangeant la bête au fond de mon sac. Plus tard, le même gars repasse à la table. Une autre bière ? Je lui réponds no camera, no beer, et on s’est tirés. Bon, tout ça ne vole pas bien haut, mais on s’est bien marrés.
Le fait est que ça fait deux jours qu’on rigole bien ensemble. Le gars a de l’humour. Il est inventif et n’est jamais à cours de propositions. On est en train de s’apprivoiser l’un l’autre, on apprend à se connaître un peu plus tous les jours. Accessoirement, avec lui, je constate que le prix des taxis en tout genre baisse de façon substantielle quand la demande émane d’un birman. J’ai 3 jours devant moi pour caser Monywa. Très vite, il s’était mis sur les rangs pour m’accompagner là-bas. J’avais dis pourquoi pas sans vraiment y croire. Mais vu la complicité qui s’est installée, son programme pour les jours à venir sonne comme une évidence.
Quatre heures de bus pourris plus tard, on s’installe dans deux singles d’un hôtel face à la clock tower, en plein centre. Au programme, ballade sur le vieux marché, puis mototaxi pour la Paya Thanboddhay à 20 bornes de là. Dans ce pays, on aime les bouddhas en nombre. Pas deux ou trois, mais des centaines et parfois des milliers comme ici. Le LP parle de plus de 580.000 statues. J’ai pas vérifié. On aime aussi le gigantisme. Avec un peu plus loin, un bouddha couché impressionnant et un autre debout qui cherche sa place dans le Guinness Book. C’est pas trop mon truc la démesure, mais l’endroit vaut le déplacement.
Au programme du lendemain, les grottes de Hpo Win Daung. Mon pote nous a trouvé une moto de location appartenant à un des employés de l’hôtel. 8.000 K. Pas une Honda Dream de la dernière génération assurément. Une Honda quand même, mais pourrie et où pas grand-chose ne fonctionne. Pas trop de clignotant, de klaxon, de phare. Et une boîte de vitesses au bord de l’implosion. J’adore. Je vais prendre la place passager parce qu’il faudrait me payer cher pour conduire cet engin. Y a pas de place pour le passager, juste un porte bagage métallique. Mon postérieur va adorer sur la piste qui nous attend plus loin, mais je ne le sais pas encore. Parce que mon chauffeur a une obsession, c’est de me faire faire des économies. Conséquence, au lieu de mettre la moto sur un bateau pour traverser la rivière, il va chercher le pont à plusieurs kilomètres du centre, et c’est plus loin que ça va se compliquer question état de la route... Piste donc poussière + chaleur accablante. Beaucoup de mines dans la région. On va traverser des villages de chercheurs d’or. Au retour, il aura pitié de moi et prendra l’autre route, celle qui mène à la rivière. Dans le tea shop où on fait un break, un jeune gars avec des chaînes aux pieds discute et rigole (?) avec un militaire, lequel parle un peu anglais et me fait la causette. Je suis sergent, je le raccompagne en prison... Renseignements pris, il semblerait que le gars se soit échappé. C’est pour ça qu’on le ramène à la case départ. Ca me le rend instantanément sympathique. Qui n’aurait pas envie de s’échapper d’une prison birmane ?
Special Boat, donc Special Price pour le Touriste que je suis. Sur ce coup-là, mon pote ne peut rien. 2.500 K + 700 K pour la moto. Total 3.200 K pour traverser la Chindwin, pas bien large à cet endroit. Mais pour ce prix-là, on a un bateau rien que pour nous. Monywa est juste de l’autre côté.
C’est la version courte. Dans deux jours, je prends un vol pour Myiktyina. C’est une bonne idée le bateau, mais il n’y a pas grand-chose à voir. Dans trois jours, tu es là. J’aurai besoin du double. Et encore, j’aurais bien prolongé ma virée dans le Nord du pays. On va encore aller visiter en famille une pagode dans son quartier. Celle qu’il voulait déjà me faire découvrir le premier jour et dont je lui avais dit maladroitement que j’allais m’en dispenser parce que je commençais à faire une overdose de pagodes. Bien sûr que non, celle-là n’est pas une pagode de plus. C’est la sienne, celle où il doit se rendre le plus souvent quand il a envie de se retrouver seul avec lui-même.
Quand il m’accompagne à l’aéroport où je prends un vol pour Yangon, il m’avoue que c’est la première fois qu’il pénètre dans le bâtiment. Pendant que je présente mon billet au cerbère de service, il reste en retrait sur le trottoir, l’autre lui aboie quelque chose que je traduis de manière totalement subjective comme c’est bon pour une fois.
A ce moment, fini la déconnade et l’insouciance. Cet uniforme s’impose comme un dur retour à la réalité, il marque la frontière entre deux mondes. Celui du touriste qui regagne l’Occident et celui du jeune gars en 3e année de droit qui va retrouver son rickshaw en attendant mieux.
Le seul endroit du Mandalay International Airport où on peut boire un verre s’appelle Kipling Corner et fait face à une immense baie vitrée avec vue sur rien ou pas grand-chose. Il parcourt le menu et je devine qu’il trouve ça cher, mais quand je lui donne le prix d’un mauvais café à l’aéroport de Bruxelles, il révise son jugement. Mon pote a le blues. Trop de rickshaws à Mandalay, pas assez de touristes, la saison chaude arrive. Je lui dis que Mandalay faisant partie des quatre incontournables, le peu de touristes se retrouvent ici à un moment ou un autre, beaucoup d’endroits dans le pays ne peuvent pas en dire autant.
Sur la gauche de la baie vitrée, il y a une route qui file vers l’horizon. Il me dit qu’est-ce que tu vois ? Je lui parle d’une route en mauvais état mais dont on ne voit pas le bout. Plus loin, peut-être qu’on peut tourner à gauche ou à droite et peut-être qu’elle s’améliore. Ce genre de truc. Same same life.
Un voyage en Birmanie, c’est comme un accélérateur d’émotions. Après 12 ans d’absence, ces deux derniers voyages m’ont gâtés de ce côté-là. J’ai zappé volontairement Bagan et Inle que je connais déjà. Je suis sûr que d’autres belles rencontres m’attendent le jour où je repasserai là-bas. Je ne crois pas au hasard. C’était probablement le bon moment pour moi de redécouvrir le Myanmar six semaines seulement avant Nargis. Quand on vous aborde dans la rue, il suffit de dire oui et tout est possible. Le terme de Golden Land lui va comme un gant. C’est un pays en or massif pour qui aime les rencontres authentiques. | | | À: AsianPat · 11 avril 2009 à 15:20 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 6 de 18 · 4 942 affichages · Partager Bonjour Patrice J'ai adoré la description de ton voyage MYIKTYINA MANDALAY. Nous avons fait exactement le même il y a 2 ans, et j'ai cru le revivre. Pour nous cela reste un grand moment.Tu peux voir mes photos sur : www.picasaweb.google.fr/LOVIBO Dommage de ne pas avoir été voir la naissance de l'IRRAWADY, c'est magnifique. Seule différence avec toi nous avions fait KATHA NABA en Bus. Tu parles de ton premier voyage en Birmanie il y a 12 ans, le mien remonte à 1996. Nous y rtetournons en fin d'année pour la sixième fois. Si on peut voir tes photos quelque part, cela m'intéresse. Bon Week End
Lobo | | | À: AsianPat · 11 avril 2009 à 21:22 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 7 de 18 · 4 913 affichages · Partager Salut Pat '
J'ai lu avec bonheur tes mots..... Tu m'as émue et aussi fait rire...
Comme Louis, je voulais savoir si tu as des photos visibles quelque part... 
Cordialement Sylvie | | | À: Lobo · 12 avril 2009 à 8:36 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 8 de 18 · 4 897 affichages · Partager Dommage de ne pas avoir été voir la naissance de l'IRRAWADY, c'est magnifique.
Salut Louis,
Je m'attendais bien à cette remarque de ta part. C'est pas l'envie qui m'a manqué, mais la météo n'était pas avec moi ce jour-là. C'est pas des mots en l'air quand je dis que je remontrai un jour là au-dessus. J'aimerais découvrir l' Irrawaddy avec un niveau plus acceptable. Chaque fois que je monte sur un bateau, il s'ensable, ça devient frustrant.
Tu m'avais envoyé tes photos par e mail en mai dernier avant qu'elles ne soient sur le site. Remember ? Tu penses si je les connais. J'y ai encore jeté un oeil juste avant de mettre ce post sur VF hier matin. Tes photos et ce que tu en dis ne sont d'ailleurs pas étrangères au fait que je me sois mis moi aussi en mode 'immersion totale' par rapport à ce pays depuis l'année dernière...
On se fait de vrais amis dans ce pays. Et c'est diablement bon... C'est pas toi qui va me contredire.
Si on peut voir tes photos quelque part, cela m'intéresse.
Elles ne sont visibles nullepart jusqu'à présent. Je te tiens au courant.
Amicalement. | | | À: Rangoon · 12 avril 2009 à 9:07 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 9 de 18 · 4 888 affichages · Partager J'ai lu avec bonheur tes mots..... Tu m'as émue et aussi fait rire...
Salut Sylvie,
Merci, les tiens font plaisir. Si ça peut aussi convaincre quelques hésitants dont je sais que tu ne fais pas partie...
Happy Songkran. C'est demain.
Comme Louis, je voulais savoir si tu as des photos visibles quelque part... 
Voir plus haut.
Amicalement. | | | À: AsianPat · 12 avril 2009 à 17:54 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 10 de 18 · 4 849 affichages · Partager
Même quand il y a un rapport d'argent avec ses "vrais amis" ?
Plus d'une fois, en Birmanie et dans d'autres pays, j'ai été invité chez des gens rencontrés au bord des routes qui n'attendaient rien en retour et qui n'avaient rien à vendre. Le rapport d'argent était donc inexistant.
Mais c'est une bonne question pour le bac, ton truc.
Evidemment que dans les endroits touristiques, le gars qui t'aborde en rue pour se proposer comme guide veut d'abord ton argent, parce que c'est son gagne-pain. Rien d'anormal là dedans. Après ça, si l'amitié s'invite, il n'y a rien de prémédité en ce qui me concerne. L'amitié ne s'achète pas. Un guide, je ne le paye pas pour devenir mon pote. Il le deviendra ou pas. C'est juste une affaire de feeling, de points communs, d'envie.
Toi qui t'es inscrit spécialement à VF pour poser la question, et qui ne donne à connaître de toi qu'un lieu de résidence limitrophe de la Birmanie, d'abord je vais t'appeler Tom, ensuite, tu devrais aller y jeter un oeil, tu pourras tenir la comptabilité des gens qui vont te payer à boire ou à manger sans rien attendre en retour, juste pour le plaisir de partager un moment avec toi. | | | À: AsianPat · 13 avril 2009 à 10:54 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 11 de 18 · 4 756 affichages · Partager Bonjour, merci pour ces notes en ligne qui permettent de voir (ou revoir) une partie de la Birmanie. Ce pays...quel plaisir J'ai des photos pour les amateurs (visites et portraits) + quelques notes sur mon site | | | À: AsianPat · 13 avril 2009 à 11:23 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 12 de 18 · 4 748 affichages · Partager Salut PAT Ta réponse à l'ULTIME est parfaite. Je ne connais pas un Pays où les gens soient aussi désintéressés. Rien à voir avec l' Inde le Viet Nam ou même la Thailande. L'amour que me donne ma famille Birmane n'a pas de prix. Cette anée nous allons aller vers le Nord. Il y a des treks après PUTAO, mais un ami y a été. C'est superbe, mais difficile et très cher. Nous nous arrêterons avant
Joyeuses Pâques
Lobo | | | À: Lobo · 13 avril 2009 à 13:03 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 13 de 18 · 4 739 affichages · Partager Bon allez. Le post de Phil m'a donné du coeur à l'ouvrage.
En attendant mieux, voici une petite sélection.
1-2-3 MYIKTYINA.
4-5-6-7-8 BHAMO.
9-10-11 Bateau BHAMO-KHATA.
12-13-14-15 KHATA.
16-17-18-19 Train KHATA-NABA. Images attachées: | | | À: 26alain · 13 avril 2009 à 13:36 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 14 de 18 · 4 732 affichages · Partager Merci pour les encouragements.
Ma préférée.
| | | À: Lobo · 13 avril 2009 à 13:42 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 15 de 18 · 4 729 affichages · Partager
Je ne connais pas un Pays où les gens soient aussi désintéressés. Rien à voir avec l'Inde le Viet Nam ou même la Thailande. L'amour que me donne ma famille Birmane n'a pas de prix.
Rien à ajouter.
(J'avais pas vu ta réponse, parce que je téléchargeais comme un malaaaaaaade rien que pour vous...). | | | À: AsianPat · 13 avril 2009 à 21:04 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 16 de 18 · 4 659 affichages · Partager    
Cette photographie est en effet magnifique !!! J'aime aussi beaucoup, celle des 2 moines ds la camionette...
Merci Pat, d'avoir pris du temps pour nous !!!
Sylvie | | | À: Rangoon · 13 avril 2009 à 21:34 Re: Birmanie: Terre d'or (février-mars 2009). Message 17 de 18 · 4 654 affichages · Partager Rendons à César...
La photo que je présente comme ma préférée est tirée du site de 26alain qui mérite qu'on y jette un oeil. Les 2 moines ne sont pas dans une camionnette, mais dans un train marchandise. Détail. Dans les deux cas, c'est inconfortable.
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