et pour voyager entre les villes citées, pas trop de galere ?
j'ai posté un jour un recit de qqun, une vraie cata !
il faut que je le retrouve, ça vaut de l'or, tellement bien ecrit !
voila, tres "instructif", et quelle plume !

:
AGRA
"L'aventure commence à la gare dès l'achat du billet. Le jeu de coudes, pour atteindre le bon comptoir et
dénicher le précieux ticket, demande beaucoup de sang-froid et tient lieu à chaque fois de l'exploit.
La gare d'
Agra, où passent les touristes qui vont au
Taj Mahal, est un cauchemar de boue, de puanteur, de
saleté et d'odeurs fétides. Sur les quais, dorment entassés, femmes, enfants, vieillards et malades.
Quelques adultes défèquent sur les rails en crachant. D'autres se lavent les dents avec une branche. Les
vaches, chez elle comme dans les prés de Saint-Armand, vont et viennent entre tout ce beau monde.
Ce jour-là, l'expédition jusqu'à
Bénarès (500km) devait prendre 24 hres à bord d'un "express" à vapeur,
incluant le changement à
Lucknow. Une escale de trois heures, écourtée dans un bar à air conditionné, en
compagnie de deux Espagnols, anars comme seuls les Espagnols peuvent l'être, et d'un minuscule Portugais,
baragouinant une dizaine de langues, sans en parler aucune.
De retour à la gare de
Lucknow, un peu olé-olé par l'effet des trois grosses bières à 5 degrés et du
soleil à 35 degrés, la bande latine se trompe de train. On échoue dans un "mail", une tortue coloniale
qui fait toutes les gares, tous les arrêts, tous les passages à niveau, tous les stops possibles et
inimaginables, même en plein champ pour laisser passer les ruminantes.
Selon le savant contrôleur, notre billet de première classe pour un train express n'est même plus valide
pour un train "mail" ! Un solide bakchich de 20 roupies chacun (une journée de salaire) finit par le
convaincre de la fausseté de son raisonnement.
Mais quelques arrêts plus tard, et quelques centaines de passagers de plus, il se ravise. La première est
pleine et il nous rétrograder en seconde.
La deuxième classe en
Inde, c'est le train d'Auschwitz. Les wagons tiennent du fourgon à bestiaux
et de la prison. Dans les fenêtres, les barreaux servent d'abord à empêcher les gens d'entrer...
C'est plein. Plein à ras-bord. Dans le noir, les grappes humaines forment une tapisserie de membres,
d'yeux, de vêtements et de cheveux. Les passagers sont assis à cinq ou six sur une banquette en bois prévue initialement pour trois. Le couloir est rempli de gens dormant au milieu des malles en acier.
Dans tous les trains, on applique la vieille loi indienne de la compression illimitée des individus.
Dans celui-là c'est l'article un, alinéa a : Never too full. En jouant des coudes et des genous, et en
renonçant aux bonnes manières, on échoue sur le plancher à l'entrée des toilettes, le pire morceau du
wagon.
Six heures encore à faire ! (quinze en réalité, mais on l'ignore.) 
Pour ne pas perdre le peu d'espace qu'on vient de conquérir, il faut lutter pouce par pouce. Autour, ça
pête, ça rote sans vergogne, crache par terre, sème des épluchures et des débris un peu partout. Les
enfants hurlent, pleurent, toussent, courent, jouent. D'instinct, c'est la survie pour la survie. Tout
l'effort consiste à se garder de la contamination du voisin, à respirer sans trop aspirer et à s'imaginer
ailleurs. Dans un bain de mousse, une vahiné dans les bras, une Veuve Cliqot dans le seau à glace, Vivaldi
dans le Sony.
L'ambiance est felinienne. Derrière, le mec se tripote les testicules, les remonte sans cesse, comme si ses
deux pierres précieuses allaient sortir du saint sac, pour aller se fracasser sur le sol comme des boules de
cristal. Dans une vie antérieure, il avait dû être singe. À côté, la fillette s'alimente à même ses prises
nasales. Son père, pas trop en reste côté moeurs locales, se racle le fond de la gorge avec conviction,
coagule la morve au bout de sa langue, de sorte que le jet reste bien groupé et balance le tout en forme
d'une grosse bulle qui atteint le sol à bâbord. Du bel ouvrage. Propre.
Tous les deux ou trois kilomètres, le train glouton se gave de nouveaux clients. Chaque fois, une meute
d'enfants réussit à se faufiler dans le tas pour nous proposer thé, café cacahuètes, noix de coco et
beignets farcis (autant de merveilles, lorsque bien conservées, mais qui au grand air toute la journée
vous bousculent une "régularité" et vous garantissent une tourista triple A).
Des musiciens aveugles, guidés par un enfant, se hissent à bord et demandent l'aumône en chantant d'une
voix éraillée. Le supplice culmine lorsqu'ils arrivent devant nous. Les blancs sentent...la roupie.
Les odeurs de d'urine et de merde, qui émanent de la porte devant, dépassent ce qu'un voyageur comme Pedro, en
Inde depuis trois mois pourtant, peut endurer. D'un commun accord, on convient que si on reste une heure de plus, les journaux annonceront demain la mort de quatre touristes, asphyxiés dans un train "mail". À la onzième heure, sans hésitation, on tente le grand coup et on remonte en première.
Mais l'hijo de puta, comme l'a baptisé Pedro, veille au grain et nous ordonne de retourner en enfer. Jamais
dans cent ans, qu'on lui réplique comme un seul homme, menaçant d'aller tout memérer au chef de train.
Sous la pression de la délation et du nombre considérable de f...bastard et de S.O.B qu'on lui
assène à deux pouces du museau, l'hijo change de ton. D'accord, on peut rester en première. Mais dans le
passage, près des w.c.! Les compartiments étant tous pleins de passagers en train de roupiller. Et l'allée
affichant aussi complet. Sous l'effet combiné de la ganja, de la fatigue et de la nausée indienne, on se met à rêver aux draps blancs, à la douche chaude, aux plages d'Ibiza, aux moules de Formentera, aux filles de
Malaga.
À sept heures du matin, après
33 heures de calvaire, on arrive enfin dans la ville sainte. Crevés. Sales.
Puants. Morts. Prêts à être flambés sur les ghâts du Gange."
decidement, ici en Europe, on s'ennuye...