Une journée de moto...hors sentiers battus. 20 mars 2011.
Nous sommes partis le dimanche matin de la ville de Koh Khong, à la frontière thaïlandaise, après avoir fait les pleins des motos, vérifié les niveaux d'huile et le bon fonctionnement du GPS sur lequel j'ai installé la carte du
Cambodge.
Le soleil s'était levé bien avant nous mais on profitait encore de la douce fraîcheur à cette heure matinale de la journée.
Selon la carte, nous avions à parcourir 28kms de bitume avant d'attaquer 120kms de piste qui devait nous permettre de rejoindre
Phnom Penh par le Nord.
Sur le papier, c'était simple...
La première et petite difficulté fût de trouver l'entrée de cette piste.
Évidemment, aucun panneau indicateur, et les "locaux" rencontrés étaient aussi efficaces en anglais que moi en Hébreux..!
A nos questionnements, chacun souhaitait nous remettre sur les routes bitumées croyant naturellement que nous étions perdus. En effet, à leurs yeux, que pourrions nous faire sur cette piste malaisée alors qu'il existe une belle route asphaltée pour se rendre à destination..?
"Ils sont fous ces Blancs..!!!"
On roule donc..Après une erreur sans conséquence, on trouve la piste en question.
Parfait...
Quelques militaires basés à la première croisée de chemins (toujours sans indication bien sûr) nous confirment que nous sommes sur la bonne direction.
Re- parfait...
En même temps, ils nous font comprendre que cette piste est en mauvais état.
Comme pour nous dissuader de l'emprunter.
- "Ok. Merci pour l'info", mais nous on est venus pour ça, donc on continue..!
On va pas s'arrêter au bout de deux kilomètres parce qu'on nous dit que c'est difficile..!
Après une dizaine de minutes de trajet on constate que la piste est certes mauvaise mais néanmoins carrossable. Il faut surtout éviter les grosses pierres qui pointent du sol et tenter de traverser les grandes flaques d'eau boueuse sans tomber au beau milieu. Petite leçon d'équilibre et excellent exercice de pilotage de nos Honda 250 Cm3 de location.
En fait, rien d'insurmontable ni de réellement dangereux.
Pas de raison de s'inquiéter des avertissements des militaires.
On continue donc, plutôt confiants. D'autant que la piste s'éclaire et se transforme en un tracé de latérite bien rouge, plutôt agréable, même si les risques de dérapages sur les gravillons sont réels.
On reste prudents mais assez sereins.
Nous roulons une bonne demi- heure toujours attentifs aux moindres défauts de la piste. Nous nous arrêtons à une patte d'oie, et quelques maisons sur pilotis...
Doit- on prendre à droite ou à gauche..? Aucune indication évidemment.
Mais on a bien compris désormais que l'on en aurait nulle part.
Je fais le point GPS.
"Tous les villageois" viennent nous voir et les gamins nous offrent leurs plus beaux sourires en nous adressant des "Hello" répétés.
Petite bousculade car ces jeunes enfants et quelques vieillards édentés se montrent très intéressés par les motos. Mais quant à nous indiquer le bon chemin..!! C'est une autre histoire. C'est illusoire d'espérer une aide de ces gens qui probablement sont convaincus que nous savons où nous allons.
Mon GPS est formel.. C'est la piste de droite qu'il faut choisir.
Dommage..!
Car celle de gauche me semblait en bien meilleur état.
Je remets mon casque et après de nombreux " bye bye ", nous reprenons la piste qui devient dés lors plus cassante.
Nous avons déjà fait une cinquantaine de kilomètres depuis le départ. Sans difficulté majeure.
Mais maintenant cela semble se compliquer. A l'évidence nous ne sommes plus sur une piste très passante. Beaucoup d'ornières boueuses, de la caillasse, des branches basses qu'il faut bien sûr éviter sous peine de se blesser le visage.
Certains ponts, à l'origine composés de troncs d'arbres posés côte à côte n'ont pas résisté aux années et à l'humidité permanente.
A l'origine, ils n'ont pas été conçus pour le moindre véhicule comportant des roues... Il faut donc à chaque fois les contourner et descendre dans le lit des rivières qui, fort heureusement, à cette époque de l'année sont presque à sec.
Parfois, il faut passer sur une planche mal équarrie et toujours trop étroite à mon goût, en espérant qu'elle supportera les 130 kilos de la moto et mon propre poids.
Mais ça passe à chaque fois..
Je croise les doigts..!
- -//////////--
J'ai enlevé mon casque. Je dégoulinais dessous. Mal attaché à mon porte bagage arrière qui supporte déjà mon sac à dos, il se prend dans la roue, me déséquilibre et se détache en explosant la visière. Un casque tout neuf juste acheté à
Phnom Penh avant de partir.
Plus de visière. Il est vrai que je ne m'en servais pas.
Mais quand même.. Un casque tout neuf.!!
Passons... Petit incident sans gravité. Nous continuons.. A allure réduite car ce ne sont que des montées et descentes, parfois dans des cailloux vicieux et tranchants. On jongle continuellement avec les vitesses. Il faut trouver la bonne allure pour chaque portion de terrain.
Nous sommes donc soumis à une concentration constante car la moindre faute et c'est la chute.
La fatigue aidant, évidemment, ce qui devait arriver...arrive.!
Gilles, mon compagnon de route, la roue avant coincée dans une profonde ornière, se laisse embarquer et se casse la figure en essayant d'en sortir. Vitesse réduite donc pas de bobo mais c'est dans la boue..!
Une bonne boue bien visqueuse qui ferait les délices de tous les buffles de la contrée.
Je ne peux m'empêcher de réprimer un rire en le voyant se remettre sur pied, tout penaud et surtout bien enrobé. Il faudra trouver un peu d'eau claire pour se débarbouiller.
Mais aucune inquiétude les passages à gué sont fréquents.
Nous continuons donc sur notre mauvaise piste, à travers la forêt qui s'épaissit.
Certains arbres deviennent gigantesques et vraiment très hauts. J'imagine leur âge. Bien plus vieux que moi...
D'autres sont tombés en travers de la piste. Leurs immenses troncs, à moitié rongés témoignent de leur force passée.
Nous arrivons néanmoins à franchir ces obstacles. D'autres avant nous ont dégagé cette piste.
J'imagine sans peine leurs difficultés..! Avec cette chaleur cela a dû être harassant.
Après une dizaine de minutes, on s'arrête à nouveau à l'abri de frondaisons de hauts bambous. Un peu de repos et de fraîcheur.
Quel délice..!
La conduite des motos nécessite une attention de chaque instant. Il est bon de souffler un peu et l'endroit est agréable.
Bien ombragé et presque frais..!
Je réalise à ce moment là que cela fait au moins une heure que nous n'avons rencontré âme qui vive. Pour de "bons Européens", ça fait long.
Gilles et moi parlons peu, tout à l'attention de ce qui nous entoure.
La forêt est dense et les cris d'animaux qui l'anime sont stupéfiants. Dignes des meilleurs films hollywoodiens. Impression d'une nature vierge.
Exubérante et grouillante de vie. Nous sommes sans nul doute des intrus dans le monde qui nous entoure. Probablement tolérés... Pas plus.
Quelques kilomètres plus loin, dans le gué d'une rivière, on trouve à se rafraîchir d'eau claire.
On s'éclabousse comme des gosses. On s'allonge littéralement dans l'eau fraîche. L'endroit est magique. Il y a des myriades de papillons blancs qui nous entourent. C'est vraiment sublime. Quelques photos et nous repartons, pantalons et chemises collés à la peau.
Les motos malgré le traitement qu'elles subissent semblent bien tenir.
La piste se durcit encore..! Là, ça commence à devenir compliqué et vraiment fatiguant de piloter. Vitesse réduite et attention soutenue.
Malgré ca, je maîtrise mal la descente d'une petite ravine abrupte et je tombe. Mon rétroviseur droit casse sur une pierre et j'ai la jambe coincée dans la caillasse, sous le côté de la moto. Je ne parviens pas à la sortir. Gilles est devant et ne m'a pas vu tomber..!!! Il continue, concentré sur la piste.Une odeur d'essence qui s'écoule de je ne sais où. J'ai coupé le contact par l'interrupteur d'urgence.
Il faut que je bouge de là...!
J'enlève mon lourd sac photo que j'ai encore sur le dos et après quelques petites acrobaties qui ne sont plus de mon âge, j'arrive enfin à extraire ma jambe. Il faut que je relève absolument cette moto car mon précieux carburant s'écoule toujours.
La bête est lourde... Après quelques pénibles efforts j'arrive à la redresser. J'attends une petite minute sous le soleil implacable pour reprendre un peu de force. Je n'entends plus le moteur de la moto de Gilles.
S'est-il arrêté pour m'attendre ou a t- il continué son chemin.?
Ma crainte est de ne pouvoir redémarrer. Mais je vais être très rapidement fixé.
Je stabilise bien la moto sur sa béquille et donne un coup de démarreur électrique. Un gros ronronnement de pot d'échappement me rassure immédiatement. Il faut maintenant remonter sur la selle, plutôt haute, repartir et ne plus tomber. Quelques efforts encore et c'est bon. J'y suis..! Ma jambe me fait mal, mon jean arraché, j'ai les mains écorchées mais c'est insignifiant. Je suis tendu les premiers 100 mètres mais ça passe et, comme par miracle, la piste devient plus roulante. Cela facilite la conduite et me décontracte immédiatement.
Je rattrape Gilles qui ne s'est rendu compte de rien.
Nous atteignons un petit village coupé du monde.
On s'arrête avec l'espoir de trouver à boire. On est partis sans même une bouteille d'eau. Néanmoins je trouve mon bonheur. Un vrai miracle qu'on puisse trouver une bière ici. Elle est tiède, ne me désaltère pas vraiment. Je m'en offre cependant une seconde. Il faut dire que j'ai au moins perdu un litre de sueur..!!
On souffle un peu, assis à l'ombre. J'explique à Gilles l'accroc de mon jean.
Ici, tout autour, on cultive le poivre.
Quelques femmes travaillent à la cueillette.
Scène inattendue et des plus intéressante.
Cela nous impose une halte. Les petites grappes de poivre encore vert sont cueillies sur des arbres assez hauts et jetées dans de grosses bassines en alu.
Ce travail n'a pas l'air trop pénible.
Nous devenons rapidement des objets de conversation et sujets à rire. Que peuvent ils bien se raconter..?
Les étrangers ne sont pas fréquents par ici.
Non loin, dans la petite case qui fait restaurant, boutique, et habitation, un homme s'attache à effectuer une perfusion de vitamines B12 à une gamine.
Il place l'aiguille au niveau du poignet et non pas au bras comme chez nous.
Je doute qu'il soit médecin, mais ici.. rien n'est comme ailleurs. Alors sait- on jamais ?
Cette petite fille, allongée dans son hamac me fait de la peine. Elle m'adresse un sourire qui me fait fondre littéralement. On la devine fragile et forte à la fois. Je ne peux évidemment pas m'empêcher de penser à notre confort occidental et à l'injustice qui règne sur cette planète.
Nous reprenons notre route après de chaleureux " bye bye".. Tout le monde comprend ces mots. Dans le monde entier.
L'intersection avec la piste qui devrait nous ramener sur le bitume n'est plus très loin. Selon mon GPS, nous devrions même y être...
On continue un peu pour trouver cette piste.
Rien en vue.. Bizarre.. Problème.?
Il faut faire demi tour car nous partons vers le Nord et le chemin que nous devons emprunter est plein Est.
Nous avons du rater la piste en question. Intérieurement je ne peux m'empêcher de m'interroger. Quelque chose cloche dans tout ça.
Après 5 minutes, toujours pas de piste... Impossible!!. Il y a un truc qui m'échappe. On retourne au "village du poivre vert". (C'est comme ça que je l'appelle.)
Autant c'est facile de se faire comprendre pour obtenir une bière, autant c'est compliqué pour obtenir de l'info sur une quelconque direction.
Finalement, après quelques minutes d'échange, on pense avoir compris que la piste n'est plus très loin, en sens inverse.
On rebrousse donc chemin une nouvelle fois.
Mais 10 minutes plus tard on a toujours pas trouvé. C'est impensable.!
On se gratte la tête.
On doit avoir l'air de deux cons perdus dans la cambrousse.
Et c'est le cas... " Merde alors.. Elle est pourtant bien sur la carte cette p...... de route.!"
Je vérifie avec le GPS.
Il semblerait que l'intersection ne soit pas à l'endroit où la carte la situe. C'est la seule déduction logique possible. Je refais le point et nous avons 11 kms à faire pour y parvenir.
Ok. On y va.!!
D'autant que dans le coin la piste est plus facile. Et... on a pas vraiment le choix.!!
Arrivé au point prévu, aucune piste.. C'est pas possible..!
C'est du Kafka. "Pas de piste..." Je me le répète en boucle comme pour mieux réaliser.
Un paysan, sorti d'on ne sait où, essaye de répondre tant bien que mal à nos questions. Inutile de lui montrer la carte. Il faut trouver un nom de village pas trop éloigné qui résonne dans sa tête pour qu'il puisse nous aider.
Nous débitons tous ceux qui figurent sur la carte. Sans succès.
Et c'est Gilles qui y arrive enfin. Question d'accent..! Sans doute...
Bref. Cette fameuse piste se révèle être un chemin piétonnier.
Pas surprenant que l'on ne l'ai pas vue. Notre carte serait donc fausse..?
C'est le cas. Il y figure une piste qui n'existe pas dans la réalité de notre monde mécanique.
Je suis cependant un peu circonspect au moment de l'emprunter car on passe carrément dans les jardins des cases.
On progresse en "aveugle". Le chemin se divise parfois et on aura une chance inouïe si on ne se trompe pas. On suit un cap plus qu'un chemin.
Au bout de dix minutes, après une difficile descente très sablonneuse, on tombe sur une rivière qui semble impossible à franchir avec les motos. On s'enlise et il y a plus d'un mètre de profondeur de gué.
Coup de fatigue....Je m'assieds à l'ombre.
L'endroit est vraiment beau mais je suis désabusé et dégoulinant de transpiration.
Gilles, les traits tirés, me jette un regard interrogateur.
Comme moi il est fatigué mais il reste stoïque.
Il a fait la même analyse.
A l'évidence, on ne sera pas à
Phnom Pehn ce soir.
Un coup d'oeil à ma montre...
Il est déjà près de 15 heures.
La réalité s'impose.
Même avec un GPS, il y a des obstacles qu'on ne peut franchir.
La nature est contrariante mais c'est la plus forte.
Belle leçon d'humilité.!!
La mort dans l'âme il faut se résigner à faire demi-tour.
En clair pour mes neurones encore sceptiques, refaire le chemin en sens inverse.!!
Je déteste l'idée même.
Je ne sais pas pourquoi mais revenir sur mes pas m'a toujours été horriblement agaçant. Coup de blues en pensant à tous les obstacles qu'il va falloir re-franchir...Alors que théoriquement on est à environ 25 kms du bitume.
Pas le temps de se lamenter. Il faut rentrer avant la nuit. Ça nous laisse 3 heures.
C'est jouable.
Nous repartons donc. Mais nous connaissons déjà les difficultés. De ce fait cela semble moins pénible. Et, malgré la fatigue, le câble d'embrayage de la moto de Gilles qui se coince parfois dans sa gaine, nous roulons à bonne allure.
Nous repassons donc les mêmes obstacles mais cette fois-ci avec plus d'aisance.
Enfin nous rattrapons la piste en latérite. Là on se lâche un peu. Frisant l'imprudence, on augmente la vitesse et on traverse les flaques de boue dans de belles gerbes qui n'épargnent ni les chaussures ni les motos. De toutes façons on est "crades".
On évite plus rien sauf la caillasse. Et ça roule bon train. Gilles pilote très bien et roule plus vite que moi. Quand il me dit que cela fait 25 ans qu'il n'est pas monté sur une moto, je suis sceptique.
Vers 17 heures les militaires qui nous ont vu passer le matin nous revoient maculés de boue et de poussière rouge. Ils nous font signe en passant mais nous ne diminuons pas l'allure. Un simple mouvement de menton suffira pour ma part à leur rendre leur salut.
Pressés de retrouver le bitume.
Et enfin, le voilà. Quel soulagement. La route principale est proche.
Il est un peu plus de 17 heures.
Nous sommes fatigués, crasseux et nous n'avons rien mangé de la journée. La ville de Koh Khong est à 30 kms.
Je propose d'y retourner pour passer la nuit.
Gilles me fait remarquer que sur la route de
Phnom Pehn, nous pourrons aussi trouver des hôtels. C'est vrai.. Et ça nous économisera 60 kms avec le retour.
Nous partons donc pour
Phnom Pehn où, selon mes calculs, nous arriverons la nuit.
21 heures environ. Peut -être un peu plus si on s'arrête pour boire un coup.
La route est peu fréquentée et après la journée de piste on tape un peu dans le chrono.
Zone rouge du cadran de vitesse. Ici, pas de radars, alors on peut en profiter.!! On se lâche. De toute façons, on est quasiment seuls sur cette route.
Mais, on fonce droit vers un gros orage qui s'abat brutalement sur nous.
De grosses gouttes me percutent douloureusement le visage d'autant que je n'ai plus ni lunettes ni visière. Il faut s'arrêter pour laisser passer le gros de la tourmente. Gilles n'est pas très rassuré de rouler alors qu'il y a de très gros éclairs qui fusent partout dans la campagne.
Il m'explique que nos anatomies, pourtant robustes, ne résisteraient pas à 400000 volts d'un éclair vicelard et un truc incompréhensible sur la cage de Faraday...
Déjà bien mouillés, on s'arrête dans une petite gargote de bord de route. On ne peut pas manger mais on peut y déguster une bière bien fraîche.
C'est toujours ça de pris.!!
Nous conversons avec les autres clients bien intéressés de nous voir là. Quelques photos et, alors que la nuit est tombée, l'orage semble se calmer.
Nous décidons de reprendre la route.
Je pars devant. Bon train. En fait, manette à fond.
Les kilomètres défilent et la pluie s'est atténuée.
Dans mon unique rétro je ne vois plus le phare de la moto de Gilles.
Je décide de m'arrêter pour l'attendre.
Il me rejoint et, au moment de redémarrer, ma moto ne veut plus rien comprendre. Je réprime à peine quelques solides jurons de mon Nord natal et un résiste à un grand coup de savate dans cette maudite machine.
J'essaye de me calmer. J'ai appris au fil des années que la colère est effectivement mauvaise conseillère.
Nouveaux essais infructueux. Nous décidons unilatéralement, de manière optimiste, que c'est parce que le moteur est trop chaud. Il suffit d'attendre un peu.
Entre temps les jeunes d'une petite case située en contrebas de la route sont venus nous voir.
J'en profite pour demander s'ils ont de l'essence. Car j'ai un doute sur ce point. Je n'entends plus le clapotis du liquide dans le réservoir.
Ils nous en amène un litre que je vais payer au prix fort.
La moto persiste néanmoins dans son refus à démarrer. La batterie s'essouffle...
Fatiguée elle aussi, elle finit par m'abandonner.
Je crois que c'est cuit. Il faut passer au plan B.
Je demande aux jeunes si je peux laisser la moto chez eux.
" No problem..!"
L'un d'entre eux, le seul qui parle un peu anglais possède un scooter. Je veux lui louer pour la nuit. Il refuse la transaction mais accepte de nous emmener à un hôtel proche.
Ma foi.. C'est mieux que de dormir sur le ciment de la case.
Nous partons donc tous les 3 vers cet hôtel, qui, paraît-il est dans le village d'à côté...
Nous, Européens, devons avoir un sens bizarre des distances car le trajet me paraît plutôt long. Très long même. Il faut dire que notre petit jeune roule à un train de sénateur.
On arrive enfin.
Il s'agit d'une guest-house qui a deux chambres disponibles, avec ventilateur, douche, pour 7 dollars. Parfait. Pas question de faire la fine bouche dans pareille situation.
La réalité est pourtant peu souriante et très vétuste. Les chambres sont des étuves et la douche ne fonctionne pas. On nous promet de l'eau plus tard. Ok on sera patients.
Je me douche enfin d'un mince filet d'eau tiède néanmoins très agréable.
La poussière s'écoule en trace rouge sang sur mon abdomen puis sur mes cuisses avant de finir dans le bac écaillé.
Ma seule chemise qui, un jour a été blanche est certainement irrécupérable.
Rouge de latérite par endroits et totalement encrassée.
Je la fait tremper dans un seau plastique et la lave avec ce qu'il me reste de shampoing. Le tout, par terre, sous la douche.
Un petit plus de confort pour demain. Car, à n'en pas douter, avec cette chaleur, elle sera sèche dans quelques heures.
Nous n'avons rien mangé depuis le matin mais n'avons pas une grande faim. La fatigue nous rattrape. La nuit est tombée depuis plus de deux heures et il fait encore chaud.
On trouve un petit resto, non loin de l'hôtel, où l'on peut boire quelque chose et oh... Miracle.. C'est frais.!! Le dieu de la bière existe. C'est certain.!!
La patronne nous voyant dans cet état de décomposition avancé nous propose un riz frit avec un peu de viande. Il est 21 heures et normalement c'est fermé.
Très sympa. On mange et on ingurgite du liquide. En quantité suffisante pour refaire le plein nous aussi.
C'est pour notre santé bien sûr.!!!
Une demi-heure plus tard, je me retrouve étendu à poil sur mon lit en espérant que mon ventilo va tourner toute la nuit. Je transpire encore mais je tombe de fatigue.
Je m'endors vite.
Demain sera un autre jour..
Et il faudra bien réparer cette satanée moto...
La suite.. devrait être écrite par Gilles. Il a partagé les mêmes moments et moi, j'en suis encore fatigué.