A l'époque (1984) j'avais acheté de l'essence de contrebande dans cette enclave espagnole qu'est
Ceuta. Pour quelle raison n'avais-je pas pu me procurer de carburant à
Tanger? Je ne m'en souviens pas. L'étroite route en lacets qui relie les deux villes était parcourue d'ânes. Je n'avais jamais, jusqu'alors, pu me rendre compte de la douceur de cet animal. Les yeux d'un âne sont les plus beaux yeux au monde.
Sur la place du grand Socco, à
Tanger, j'avais mes habitudes dans un petit boui-boui où les touristes ne venaient guère, tables et chaises dépareillées, pareil pour les assiettes, qui servait une excellente harira et d'autres petits plats.
Les meilleures oranges que j'ai mangées sont celles achetées au bord de la route qui descend vers le sud par le bord de mer, juteuses, sucrées, pleines d'une saveur inoubliable... et inoubliée!
A
Rabat, descendant dans un hôtel luxueux (une fois n'est pas coutume mais ce n'est pas moi qui payais

) je tombe sur la photo d'un pote - perdu de vue - en grande taille dans l'ascenseur! Il avait mené sa carrière de cuisinier jusque là. Un verre au bar et un morceau de bavardage s'en sont suivis.
A
Casablanca j'étais allée voir "Reds" (le film américain sur leur période de chasse aux sorcières - communisme - avec Warren Beatty) dans un très vieux cinéma à banquettes de bois.
A
Marrakech il nous a fallu renoncer à notre idée de traverser l'
Atlas pour aller à
Ouarzazate, il neigeait comme cela n'était jamais arrivé là-haut. En remontant vers Fez et
Meknès par la route du moyen
Atlas notre voiture a patiné dans la neige, et sur le ferry qui nous ramenait vers l'
Espagne j'étais grippée comme jamais.
Trois jours à attendre le ferry qui partait une fois par semaine de
Cadiz pour Las Palmas de Gran Canaria, à faire connaissance avec le rythme espagnol, les bars à tapas, à traîner ma grippe ducôté de l'Alhambra de
Grenade, du Generalife et du palais (en forme de cercle à l'intérieur et de carré à l'extérieur) de Charles Quint, en veillant à profiter des images.
Les dauphins et l'odeur écoeurante du fuel sur le ferry, le roulis de l'énorme fer à repasser, le tangage de la démarche qui persistait 24 heures après avoir mis les pieds sur la terre ferme.
Le petit village de pêcheurs sur la Grande Canarie (il y a 20 ans il en restait, de ces villages sans marina!), les femmes vêtues de noir, les quelques hippies Italiens qui me racontaient qu'il n'y a pas si longtemps dans ce village les fils des paysans ne jouaient pas avec les fils des pêcheurs...
Il semble que l'avènement de la "urbanizacion" ait achevé l'oeuvre de réconciliation..