le 22
septembre 2006
Pornchai Kittiwongsakul (AFP)
Les militaires désormais au pouvoir en
Thaïlande ont lancé une purge
parmi les fidèles du Premier ministre renversé Thaksin Shinawatra,
alors que les enquêtes semblent s'intensifier sur des scandales ayant
marqué ses cinq années de pouvoir.
Signe d'une certaine nervosité chez les militaires en dépit du calme
apparent à
Bangkok, la junte a commencé à désarmer des milliers de
gardes forestiers en possession de fusils dans les parcs nationaux du pays,
a annoncé vendredi un responsable de l'armée.
Ces gardes travaillaient sous la direction de Yongyuth Tiyapairat, ministre
proche de M. Thaksin et qui fait partie des quatre responsables de l'ancien
gouvernement arrêtés depuis le putsch de mardi.
Par ailleurs, les auteurs du coup d'Etat ont nommé le chef de la
sécurité de l'armée à la tête des services de renseignements et
ont limogé trois autres hauts fonctionnaires, dont les numéros 2 et 3
de la police nationale.
Vendredi matin, alors qu'il était officiellement investi à la tête de
l'Etat lors d'une cérémonie, conformément à un décret royal, le
général Sonthi Boonyaratglin a rendu au chef de la police nationale son
autonomie de décision.
Le général Sonthi (59 ans) a dirigé le putsch qui bénéficie du
soutien au moins tacite du roi de
Thaïlande, Bhumibol Adulyadej, 78 ans,
monarque constitutionnel qui entretenait des relations difficiles avec M.
Thaksin.
L'ex-Premier ministre, un riche homme d'affaires de 57 ans, champion de la
mondialisation en
Asie du Sud-Est, a été au centre de nombreuses
controverses depuis son élection en 2001.
Selon des sources concordantes, le président du "Conseil privé" du roi,
l'ex-Premier ministre Prem Tinsulanonda, un général de 86 ans, a joué
un rôle-clef, dans l'ombre, dans le processus ayant abouti au
renversement de M. Thaksin, sans effusion de sang.
La junte a suspendu la Constitution et le Parlement et a imposé la loi
martiale. Vendredi, elle a menacé de fermer les médias qui violeraient
de nouvelles réglementations, y compris l'interdiction d'appels
d'auditeurs à la radio et des restrictions sur les messages postés par
les sites web et les SMS envoyés par le public aux chaînes de
télévision.
Dans le même temps, les nouvelles autorités semblent vouloir
s'intéresser de près à la fortune accumulée par M. Thaksin qui a
été renversé alors qu'il participait à l'Assemblée générale
de l'ONU à
New York et qui s'est depuis réfugié à
Londres.
Parmi les pistes évoquées par certains journaux figurent la mise en
place d'une Commission spéciale ou la relance d'un organe anticorruption
dont les membres avaient démissionné l'année dernière.
Quoi qu'il en soit, l'auditrice des comptes de l'Etat, Mme Jaruvan
Maintaka, a déclaré à la presse que diverses enquêtes ouvertes sous
le gouvernement Thaksin pourraient être terminées dans les prochains
jours, y compris sur une affaire de pot-de-vin dans le cadre de
l'acquisition d'équipements sophistiqués anti-explosifs pour le nouvel
aéroport de
Bangkok.
Les plus gros ennuis de M. Thaksin ont commencé en janvier lorsque sa
famille a vendu pour 1, 9 milliard de dollars à un holding singapourien
toutes les parts qu'elle détenait dans Shin Corp, géant des
télécoms que l'ex-Premier ministre avait fondé avant de se lancer
dans la politique. La presse avait dénoncé l'exemption fiscale sur le
bénéfice de la cession.
Vendredi, le chef de l'armée de l'air, Chalit Pukbhasuk, qui fait partie
du groupe d'officiers désormais au pouvoir, n'a pas exclu une saisie des
biens de M. Thaksin.