Je fais aujourd’hui ma première sortie avec le chauffeur, mais elle commence très mal. En effet, après une demi-heure d’attente je me décide à l’appeler. Il se confond en excuses en répondant qu’il s’est trompé de date. Samedi, quand je l’avais rencontré par hasard à la Fête des Fleurs, il m’avait quitté sur un « à lundi », après que je lui avais rappelé notre rendez-vous.
Il a dû trop boire ou trop fumer hier soir. Donc nous intervertissons avec une autre sortie.
Il propose de me conduire à Lumphun.
Peu de temps après avoir quitté l’hôtel, je suis pris d’une envie pressante d’uriner.
- Est-ce qu’on peut trouver un Seven/Eleven ou un temple sur notre chemin car j’ai une grosse envie de faire pipi ?
Mais voilà, nous sommes sur une route à quatre voies avec peu de possibilités de trouver un tel endroit. Je suis obligé de lui expliquer mon souci :
- Le matin, je bois beaucoup de thé et de café c’est très diurétique et jusque vers 11h je dois vider ma vessie quatre ou cinq fois... A
Chiang Mai, c’était facile, il y a des temples partout et dans tous les temples il y a des toilettes (très propres)...
- On ne peut pas s’arrêter ici, je vais t’amener chez moi...
Toilettes au fond de la cour... Mais moins nickel que dans les temples... Mon incursion dans celui-ci n'était pas prévue...
Je ne suis pas convié dans la maison...
Je suis, comme l’est aujourd’hui notre ami Songsam, impatient de me rendre enfin dans la Nature, vraiment saturé des temples. Or, me voilà donc, malgré moi, embringué dans la visite du Wat Phra That Hariphunchai. Je m’abstiendrai donc de vous en parler et de vous montrer ses superbes dorures rutilant au soleil, sous un ciel bleu le plus pur...
Très peu de monde, juste quelques fidèles en mal de dévotions.
Je suis heureux de réaliser un bon nombre de photos.
Ce que j’aime dans la photographie c’est qu’une prise de vue n’est jamais pareille à la précédente ni à la suivante... Je ne me lasse pas de faire des photos, m’efforçant toujours d’apporter une nouvelle touche de créativité...
Je ne les montrerai pas ici, car je veux garder un nombre suffisant de vues « champêtres » pour notre ami Songsam.
Et c’est en quittant les lieux, alors que mon estomac crie famine que je réalise que je n’ai passé pas moins de deux heures à déambuler dans l’enceinte sacrée.
Comme à mon habitude, je n’ai pas pris de petit déjeuner, il est donc temps d’y remédier. Hélas, malgré l’emplacement très touristique, il ne se trouve là qu’une simple gargote qui ne propose que deux ou trois plats sans aucun intérêt gastronomique. J’avale ma soupe juste pour éviter l’hypoglycémie...
Arrive alors un moment crucial : Quand je demande au chauffeur de me conduire au Terracotta Garden, alors que lui s'apprête à regagner
Chiang Mai m’affirmant qu’il n’y a rien d’autre à voir à Lamphun.Malgré notre accord longuement discuté et négocié il cherche à m’imposer des changements au programme, parce qu’en fait je comprends bien qu’il ne sait pas comment aller où je veux qu’il me conduise.
Je vais devoir montrer que c’est moi qui décide et pas lui. Je vais devoir affirmer mon autorité sur lui. Et je déteste les affrontements de quelque nature qu’ils soient.
Dans ces cas-là, avec les chauffeurs, je paie la première sortie ou première moitié de sortie et je ne le recontacte plus. Casse-toi, je vais en chercher un autre. Mais celui-là, j’ai déjà eu bien du mal à le trouver. Et puis j’ai payé la moitié du « marché ». Ça va être encore pire comme discussion pour me faire rembourser.
- T’as pas trop le choix, affirme ma Petite Voix, il faut en passer par le bras de fer et montrer que tu es plus musclé que lui.
Donc j’allonge mon nez, je mets deux plis verticaux entre mes deux yeux, je fronce les sourcils, et je crache d’un ton sans réplique :
- Ecoute, il est à peine 13h, on est parti très en retard parce que tu n’étais pas là à l’heure dite, on peut considérer que ta première journée est déjà payée, c’est moi le boss, pas toi. IL N’EST PAS QUESTION DE RENTRER A L’HOTEL AVANT 18H !
Il n’en revient pas, le gentil mouton qui se laisse manipuler s’est changé en chien hargneux... Il bafouille... Il sort son traducteur :
- Mais où veux-tu aller ? Je ne connais pas cet endroit dont tu parles... Je n’en ai jamais entendu parler... Je ne sais pas ce que c’est, il n’existe pas sur mon GPS...
- Eh bien on essaie avec le mien...
Bien sûr il apparaît immédiatement...
En effet ce n’est pas la porte à côté, c’est à 7km de Lamphun. Et en plus le site n’est pas au bord de la route.
Mais nous apercevons une superbe allée bordée de palmiers et de cocotiers qui nous y conduit. Lui-même s’émerveille...
Je commence à mitrailler. De somptueuses statues de terre cuite, plus vivantes que nature bordent un magnifique étang sur notre droite tandis qu’un somptueux portique nous introduit dans l’enceinte.
En fait c’est un restaurant. Je n’avais pas compris cela. Le lieu est magique ! Très champêtre, très bucolique, très tranquille dans un environnement superbe.
Les tables sont savamment installées au milieu de la végétation, disséminées dans un espace suffisamment vaste pour qu’on ne soit pas perturbé par la promiscuité d’autres clients. D’ailleurs les clients, pourtant fort nombreux, je ne les vois pas au premier abord tant ils sont dissimulés par les arbres et les massifs. On se croirait en pleine jungle !
- Je veux manger ici !
- Mais tu as déjà pris ton repas à la sortie du temple !
- C’était pas bon... Et pas suffisant... Et puis cet endroit est idyllique, je veux m’y poser un instant.
- Ça doit être cher...
J’ai envie de lui répondre que ce n’est pas son problème, car je suis encore de mauvais poil après notre discussion. Mais je ravale mes mots désagréables et avec un large sourire, je lâche :
- Ce sera peut-être le seul luxe de mon voyage, je me suis beaucoup privé à
Bangkok, j’ai fait des économies sur les transports... C’est pour ça d’ailleurs que je peux faire appel à tes services.
Hélas, je ne vois aucune table libre. Elles sont toutes occupées par une clientèle locale aisée ou des touristes asiatiques (Je ne sais jamais les distinguer). Mais pas un Blanc !
C’est lui qui déniche une table qui vient de se libérer, un peu à l’écart...
Je me prends soudain pour un nanti. Heureusement je ne suis ni en short, ni en tongs. Pas mon style. (Je n’en ai jamais porté en fait au cours de ce voyage. Je trouvais que ce n’était pas le lieu...)
Une belle carte aux photos artistiques et alléchantes. Effectivement ce n’est pas un prix de restaurant de village comme celui de Lamphun, mais ce n’est pas non plus excessif pour mon propre budget. On paie cher pour le site, mais il le mérite haut la main. Toutefois j’ai du mal à trouver un plat thaïlandais. Je ne vois au menu que des plats à tendance européenne, voire, carrément, des noms français, comme cette « Côte de porc à la crème (400g) ».
Je me demande d’ailleurs comment une côte de porc peut peser 400g...
Ce sera la seule déception du lieu...
J’opte pour un riz avec des crevettes cuisinées avec une sauce indienne plus que thaïlandaise mais je me régale. C’est absolument divin !
Je ne peux pas faire moins que de l’inviter à se choisir un plat. Mais il décline :
- Il n’y a pas de plats locaux... Et puis j’ai déjà mangé à Lamphun...
Je me commande un dessert. Pour lui aussi. Mais il refuse à nouveau. Je l’oblige à accepter...
Je ne comprends rien aux explications indiquées sur le menu. Il était écrit : Riz au Jasmin
Donc je m’attendais à quelque chose de solide... Quand la coupe arrive, je la vois remplie d’un liquide transparent comme de l’eau, bourrée de glaçons (comme toujours !) Je goûte... C’est fabuleusement bon ! Je n’ai jamais pu savoir de quoi, il s’agissait...
Après mon repas, je baguenaude à nouveau à travers le jardin, insatiable dans mes prises de vue tant il y a matière à en faire.
J’aperçois le chauffeur en grande conversation avec un homme qui semble travailler ici à l’entretien des plantes. Il ne me lâche pas des yeux, et semble très étonné de la quantité de photos que je fais...
Il a glané quelques renseignements... Très fier, il m’annonce :
- Le Terracotta garden est une réalisation privée d’une entreprise d’art spécialisée dans des produits en terre cuite inspirés de l’art khmer et chinois.
Lorsque nous sortons de l’enceinte du jardin proprement dite, il se dirige aussitôt vers son véhicule, mais à sa mine déconfite je comprends que mon souhait d’aller voir ce qu’il y a de l’autre côté de l’étang, là où se dresse ce magnifique chédi que l’on aperçoit de loin à travers la végétation luxuriante, ne lui plaît pas du tout...
Cet ensemble me paraît ne pas être encore terminé par endroits. La plupart des structures, comme le chédi de style khmer et l'étang, doivent exister depuis plus longtemps.
Un pont en bambou me mène à la structure la plus spectaculaire : un chedi de style khmer qui pourrait provenir du
Cambodge ou du nord-est de la
Thaïlande. Statues, ornements et matériaux de construction y sont disséminés.
Je ne vois aucun ouvrier aux alentours. Autour de l'étang s'étend une zone bâtie de style khmer. J’aimerais flâner davantage et visiter l’atelier de production et voir les artistes au travail, mais tout est fermé...
Je traîne encore un moment en admirant de magnifiques paysages au bord de l'étang.
Souvent je ne comprends pas la logique asiatique et encore moins celle des chauffeurs. C’est encore le cas aujourd’hui, car il me ramène à Lamphu...
- Je veux t’amener visiter un temple que tu n’as pas vu ce matin...
Il s’agit en effet d’une autre partie du Wat Phra That Hariphunchai que j’avais omise dans ma visite matinale.
Sur le chemin du retour, quand je découvre les énormes bouchons entre chez lui et la ville, je comprends son inquiétude de rentrer trop tard surtout en pensant qu’il aurait le retour à faire de mon hôtel à chez lui... Mais, après tout ça fait partie de son job.
J’ai l’impression que les chauffeurs en
Thaïlande, c’est exactement comme en
Inde. Ils sont habitués à des touristes bien formatés à qui ils proposent (j’ai envie de dire imposent) une sortie stéréotypée. Ils les amènent toujours aux mêmes endroits, qu’ils connaissent depuis des années, où ils savent qu’ils vont retrouver des copains chauffeurs avec qui ils pourront tailler une bavette pendant que le touriste se balade...
Ils ne sont pas habitués que le client arrive avec son propre itinéraire en disant : Je veux aller là, là, et là, souvent sur des lieux qu’ils ne connaissent pas, dont ils n’ont jamais entendu parler. J’ai toujours eu ce problème avec les chauffeurs en
Inde. Et ça les ennuie vraiment qu’on ne veuille pas faire leur propre circuit leur propre sortie... Et notamment parce qu’ils ne savent pas comment évaluer le prix et la durée car ils ignorent l’itinéraire. C’est exactement ce qu’il s’est passé avec ce chauffeur.