En lisant cet article on peut l'interpreter differemment !
Au lendemain du sommet de l'Asean, le Premier ministre Thaïlandais a accordé au journaliste Arnaud Dubus, une longue interview où il s'exprime sur l'Asean, les droits de l'Homme, la Birmanie et la politique thaïlandaise. Le Premier ministre détaille aussi pour la première fois sa position sur la question sensible du crime de lèse majesté
Lire aussi : 50 universitaires internationaux appellent à une réforme de la loi sur le lèse-majestéQuestion : Dans les pays occidentaux, il y a une certaine inquiétude concernant les crimes de lèse-majesté intentés contre diverses personnes en Thaïlande. Reporters Sans Frontières a fait part publiquement de ses préoccupations à ce propos. Un jeune écrivain australien accusé d'un tel crime a reçu un pardon royal. Quelles sont vos intentions dans ce domaine ?A. V. : Ce n'est pas une question d'apaiser les inquiétudes. C'est une question d'en revenir aux fondamentaux et de mettre les choses justement à leur place. La loi de lèse-majesté ici est souvent mal comprise. Ce n'est pas une loi spéciale, c'est un article du code pénal, comme le sont les crimes contre la sécurité nationale. Tous les pays ont une telle loi, sous des formes diverses ; du fait des différences dans les origines historiques et culturelles, elle prend des formes variées. Je compare souvent cette loi à des lois courantes comme la loi pour offense envers les tribunaux, selon laquelle il n'est pas possible de critiquer les tribunaux. Elle est en vigueur dans de nombreux pays. Est-ce une violation de la liberté d'expression ? Je ne vois pas ces groupes dire que ces lois doivent être abolies. La monarchie peut être comparée aux tribunaux, parce que cette institution est au dessus des conflits politiques. Elle n'a pas de mécanisme de protection, excepté cette loi.
Cette loi peut avoir été utilisée de façon abusive ou interprétée trop libéralement ces dernières années, mais ce n'est pas une bonne raison pour dire que cette loi doit être abolie. Il faut plutôt veiller à ce que la loi soit appliquée correctement. Si la loi a été utilisée abusivement ces dernières années, c'est parce que certaines personnes ont essayé délibérément d'entraîner l'institution dans le champ des conflits politiques. Nous sommes déterminés à mettre un terme à cela.
Parallèlement, les autorités sont conscientes de la sensibilité de ce sujet. Elles savent qu'elles doivent se montrer plus strictes dans leur interprétation, dans le sens où elles ne doivent pas étendre la loi au delà de son intention initiale. Je m'attends à ce que ce problème soit finalement résolu d'une manière satisfaisante pour toutes les parties. Laissez-moi vous dire que l'on voit encore un certain nombre d'universitaires qui écrivent sur le rôle de la monarchie dans le système et ils ne sont pas poursuivis en justice pour autant.
Question : Concernant le cas de Ji Ungphakorn (un universitaire qui s'est exilé en Grande-Bretagne après avoir été accusé de lèse-majesté), quelle peut être la solution ?
A. V. : S'il a enfreint la loi, pourquoi recevrait-il le privilège de ne pas devoir accepter les conséquences de son acte ? C'est à la police d'enquêter sur ce cas. J'ai lu ses écrits, et il affirme ce qu'il pense être des faits sur la monarchie, ce qui affecte clairement la perspective des gens sur le rôle de la monarchie. Il doit prouver ces faits. Et il doit prouver qu'affirmer ces faits bénéficie à la population. S'il peut faire cela, il n'aura pas de problèmes. Mais il ne cherche même pas à se défendre légalement.
Propos recueillis par Arnaud DUBUS (