Je n'ai jamais été très fort en littérature, je vais donc vite épuiser mon stock de superlatifs. En marchant j'ai eu le temps de fouiller dans mes souvenirs et dans mes voyages, mais je ne me rappelle pas avoir vu plus beaux paysages que ceux qu'offre le Parc National «
Torres del Paine ». Le superlatif qui signifie 'putain, c'est beau, ch'uis sur le cul et sans voix', ben c'est celui-là qui convient.
J'ai donc marché là 2 jours. Pour aller tout au fond du parc, là où les touristes ne vont pas, il faut d'abord se taper 2h30 de bus et puis ensuite faire appel à une voiture particulière. Ca commence par de grands paysages d'estancias, ces énormes propriétés de plusieurs milliers d'hectares sur lesquels paissent les troupeaux de vaches et de moutons. L'entrée du parc, ça ressemble de loin aux Causses de Lozère. De loin hein, parce qu'ici le relief est plus marqué. On commence à apercevoir les premiers guanacos. Le guanaco, ça ressemble vachement au lama. D'après moi qui ne connait rien à ces bestioles, la différence essentielle entre guanacos et lamas, c'est leur nom. Un peu plus loin on croise un émeu. L'émeu ressemble vachement à l'autruche si vous voyez, et moi qui ne suis pas spécialiste, je dirais que la plus grande différence entre émeus et autruches c'est... ah ouais, je l'ai déjà faite celle-là. Bon, mais le spectaculaire ici ce ne sont pas les animaux, c'est cet incroyable relief qu'on atteint un peu plus loin, né de je ne sais quoi (le
Torres del Paine bien que tout proche de la Cordillère, n'a rien à voir avec elle). C'est grandiose quoi. Mon 'chauffeur particulier', gentiment, m'a montré les meilleurs spots pour mes photos. Au pied des Torres, on a longé un moment le Rio Grey, gris certes, mais dont on voit bien qu'il emmène avec lui un peu du bleu des glaciers qui l'ont fait naître. On m'a déposé au très luxueux 'hotel lago grey' et c'est de là que j'ai débuté une marche de 4 heures.. Parfois en clairières qui permettent d'apercevoir plusieurs glaciers à la fois, parfois en sous-bois. Je ne croise personne sur ce chemin. 3 heures de marche et je m'impose un petit détour pour voir les impressionnantes chutes du rio Pingo, même que si tu tombes dedans, t'es mort. Au « camping Zapata », je plante la tente louée la veille à
Puerto Natalés. Je mets camping entre guillemets parce qu'en fait c'est juste un pré où j'ai l'autorisation de camper. Mais il n'y a pas de toilettes ici, je peux oublier la douche, même pas d'eau, j'ai bien fait d'économiser ma réserve en me désaltérant dans les rivières. Il n'est que 18 heures, il fait jour jusque très tard ici, et je décide de pousser jusqu'au mirador Zapata, un point de vue situé à une heure de marche (mais sans mon sac à dos que je laisse sous la tente). Là-bas m'attend une large vallée dont l'origine glaciaire ne fait pas de doute. On aperçoit au loin d'immenses chutes d'eau et plus haut encore ce qu'il reste du glacier qui a sculpté le paysage. Je m'allonge sur les grands rochers plats encore chauds du soleil de l'après-midi et je réalise que l'être humain le plus proche est à 4 heures de marche*. L'endroit -un étang, quelques oiseaux, même les insectes ne sont pas chiants- est d'un calme incroyable. Mais je ne peux empêcher quelques idées noires: à quelques milliers de kilomètres de là, l'effervescence de la fourmillière humaine fait fondre là sous mes yeux, les glaciers bleus.
J'ai campé seul, ce soir là, au bout du bout du monde.
Le lendemain, de retour au début du sentier, je me suis fait une autre balade plus modeste, d'une petite heure uniquement. Les icebergs détachés du glacier et qui flottent sur un lac, ça en jette!
Bon c'est pas tout ça, mais moi j'en ai plein les pattes. Avant de revenir dans le coin pour me faire la mythique rando en 'W' du
Torres del Paine (5 jours de marche, j'ai besoin de recharger les accus), je me fais un petit break de quelques jours. Et je vais en profiter pour faire une petite lessive à...
Ushuaïa.
A bientôt
* Définitivement, si vous voulez avoir l'impression d'un bout du monde, ça n'est pas à
Ushuaïa qu'il faut aller (j'aborde le sujet dans le prochain post). Essayez plutôt le camping Zapata.