| Voyage à la découverte de l'Amour Yangguizi · 6 août 2007 à 14:52 · 4 photos 60 messages · 15 participants · 18 467 affichages | | | | À: Yangguizi · 8 août 2007 à 10:58 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 21 de 60 · Page 2 de 3 · 6 766 affichages · Partager Je ne sais pas si c'est le Hasard qui t'a plus ou moins imposé cette semaine de vacances mais je peux te dire que pour nous c'est un véritable Jeu de piste que de découvrir avec toi ce que sera cet Amour-là  !
Et bien entendu, comme d'hab, que du plaisir de lecture...
Dolma | | | À: Yangguizi · 8 août 2007 à 11:27 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 22 de 60 · Page 2 de 3 · 6 753 affichages · Partager Et voilà ! Toujours un régal !
J'ai passé la matiné à vous lire toi et Pondy. J'avais bien prévu de faire le ménage à fond avant notre départ, on ne sait jamais ce qui peut arriver, si par hasard on se fait cambrioler, que le voleur ait au moins l'impression de rentrer dans un appartement frais et accueillant.... Et je n'ai rien fait, que prendre plaisir à vous lire. | | | À: Yangguizi · 8 août 2007 à 11:58 · Modifié le 8 août 2007 à 12:17 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 23 de 60 · Page 2 de 3 · 6 740 affichages · Partager Ma précieuse carte m'indiquait de vastes forêts et un certain nombre de petites montagnes annotées dans les environs de Jiamusi. Rien de tout cela n'avait l'air loin de la ville, mais je n'avais aucune idée sur ce qui valait vraiment la peine d'être vu. En tous les cas, nous voulions tous les trois profiter de la journée suivante pour ne pas trop nous fatiguer, ou du moins pour ne pas accumuler les kilomètres de route. Moi, ça ne me dérangeait pas vraiment de remettre à un ou deux jours plus tard la rencontre avec l'Amour, bien qu'il n'y ait aucune chance de l'approcher à Jiamusi-même. Le personnel de la réception, pas encore bien réveillé après une vingtaine d'années passées dans ce trou qu'est Jiamusi, n'a pas su me dire quels coins étaient intéressants à voir dans la région. L'un d'entre eux poussa même le vice jusqu'à me citer une ville située à l'autre bout de la province, à plusieurs centaines de kilomètres de là! Inutile de leur montrer ma carte puisque, à l'instar de la plupart de leurs compatriotes, ils ne savaient pas la lire (c'est un fait quasiment universel en Chine, les chinois n'arrivent pas à utiliser des cartes géographiques). Je leur ai donc cité les trois ou quatres endroits de la région qui étaient indiqués comme "à voir", mais ils n'avaient pas l'air d'en avoir entendu parler. Le mot "forêt" déclencha toutefois une lueur dans l'oeil gauche de la réceptionniste qui me "recommanda" d'aller voir le parc forestier devant se situer à une heure de route de Jiamusi. Sa prestation ne m'a pas vraiment convaincu.
Finalement, nous sommes montés au dernier étage de l'hôtel, d'où l'on pouvait voir qu'au-delà des limites de la ville, tout n'était que forêts et collines. Peut-être était-il inutile après tout de vouloir absolument rejoindre un lieu-dit, le hasard pouvant faire office de guide. La dame de quarante ans qui supervisait la salle du petit-déjeuner fut d'une aide plus efficace que ses collègues du rez-de-chaussée, et elle me conseilla de prendre un taxi pour rejoindre un lac juste à la sortie de la ville. Cette solution, pas forcément la plus bucolique ni la plus "profonde" pour exprimer les voeux de K., avait au moins le mérite de la facilité et celui de nous épargner des kilomètres peut-être inutiles. Nous avons donc tous les trois décidé de suivre son conseil.
L'endroit était effectivement tout proche du centre. Dès la sortie de la ville, le taxi obliqua à gauche pour monter sur une petite hauteur dominant le fameux lac. C'est là que nous sommes descendus. Le paysage n'avait rien de rare, mais au moins nous étions hors de la ville, et à vue d'oeil, on pouvait deviner des possibilités de balade intéressantes. Nous avions toute la journée devant nous, et pouvions donc nous permettre de prendre notre temps. Faire le tour du lac à pieds nous sembla l'option la plus intéressante, d'autant plus que de l'autre côté de cette étendue d'eau, forêts, paturages et petits villages semblaient facilement accessibles. Nous nous sommes donc mis en route, en laissant rapidement derrière nous la zone du lac fréquentée par les promeneurs et les montagnes de détritus qu'ils laissaient derrière eux. De fait, le bord du lac ressemblait plus à une décharge qu'à un véritable lieu de villégiature, ce qu'il était pourtant. Et bien que la couleur de l'eau soit vraiment peu appétissante, des baigneurs matinaux étaient déjà à l'oeuvre tandis que des pédalos et d'autres plus gros bateaux à moteur se dirigeaient vers l'île au milieu du lac. Lorsque nous avons atteint la zone du rivage où les détritus se raréfiaient, nous étions déjà à la campagne, et les seules formes de vie que nous croisions n'étaient que des troupeaux de chèvres, de vaches et leurs gardiens. Le premier quart de la balade ne nous avait pas vraiment enchantés, mais la suite ne pouvait être que prometteuse.
Finalement, au lieu de continuer à longer la rive, nous avons décidé de nous enfoncer en direction des villages que l'on pouvait apercevoir en retrait. K. avait trouvé sa Chine profonde, H. était tout excité à la vue d'un drapeau rouge flottant derrière une rangée d'arbres, et qu'il devinait dominer une caserne, et moi j'étais plutôt content car j'aime bien les moutons et les casernes. En regardant vers là d'où on venait, la ville de Jiamusi se résumait à quelques cheminées d'usine, ce qui plaisait aussi beaucoup à H.
Au milieu des paturages, tandis que nous nous arrêtions pour regarder le paysage, nous avons remarqué venir vers nous un étrange personnage, en uniforme militaire, béret de commando, et parapluie bleu à la main. Des ennuis en perspective? Non pas du tout, lorsqu'il arriva à notre hauteur, le militaire assez âgé, probablement à la retraite, fit presque mine de nous ignorer et poursuivit son chemin en direction du village le plus proche, après s'être étonné à voix haute du fait que nous n'ayons pas de traducteur avec nous. Nous avons finalement atteint le hameau dont j'ai déjà oublié le nom, et avons pu trouvé un endroit pour nous asseoir et vider une bière. Car, j'avais oublié de le préciser, dans le nord-est de la Chine, on ne fait pas seulement les meilleurs raviolis et le meilleur boeuf du pays, mais on y brasse également la meilleure bière, la Harbin, plus vieille que la Qingdao de quelques années, et à mon goût bien meilleure. Curieusement, la présence de trois occidentaux ne sembla troubler personne, et on nous regarda à peine, ce qui me changeait des expériences campagnardes que j'avais pu vivre ailleurs en Chine. Les russes seraient-ils déjà arrivés avant nous dans ce nulle part?
Un peu plus loin, nous avons rejoint une route que nous avons empruntée dans la direction opposée à Jiamusi, pour nous approcher de la mystérieuse caserne et de l'encore plus mystérieux temple qui dominait l'endroit. Sur le chemin, nous sommes passés devant une unité de fabrication de vin, dont on a même pu voir les vignes. Comment de la vigne peut-elle survivre dans cette région où les températures hivernales sont sibériennes, et quel goût peut bien avoir le vin? Telles étaient les deux questions que cet improbable complexe m'évoqua. La deuxième allait bientôt recevoir sa réponse, puisque juste derrière les vignes, nous avons trouvé un petit restaurant. K. s'en souvient encore comme celui abritant les toilettes les plus sales qu'elle ait pu voir et sentir en Chine, tandis qu'H. et moi tenions à goûter une des bouteilles de vin local qui étaient exposées. Nous avons eu le choix entre une petite bouteille et une espèce de jerrican d'1 litre 8. Soupçonnant que le nectar serait dans le meilleur des cas mauvais, nous avons opté pour la petite quantité. En examinant la bouteille, j'eus la confirmation que c'était bien du vin, ou en tout cas que le mot vin était écrit en anglais et en chinois. Le problème, c'est que l'étiquette indiquait 3% d'alcool, ce qui pour du vin nous rendait plutôt perplexes. Restait encore à le goûter et H. fut le plus courageux de nous trois, car il se dévoua pour être le premier à en boire une gorgée. Cela ne lui déplut pas. Perplexe, je l'imitais juste après et ai dû faire une grimace mémorable: l'horrible boisson que j'avais dans la bouche n'était pas du vin mais du soda au raisin au goût chimique très prononcé, et à l'alcool indécelable. J'ai laissé H. finir la bouteille. Fort heureusement, la nourriture qui nous était servie était bien meilleure. | | | À: Yangguizi · 8 août 2007 à 12:10 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 24 de 60 · Page 2 de 3 · 6 730 affichages · Partager Un philtre mystérieux?... Pourtant, l'ivresse de l'Amour est éphémère... | | | À: Yangguizi · 8 août 2007 à 13:15 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 25 de 60 · Page 2 de 3 · 5 423 affichages · Partager A la sortie du restaurant, nous avons repris la route dans la même direction pour nous rapprocher de la fameuse caserne, que les panneaux indicateurs me firent identifier comme un institut technique universitaire, et non un complexe millitaire. La déception de H. fut de courte durée et l'espoir revit en nous lorsque j'ai déchiffré une large banderolle de propagande surplombant la route: "notre institut, notre caserne, notre maison". L'institut technique était militaire et il devait donc bien y avoir une caserne à proximité. Nous avons atteint l'ensemble quelques minutes plus tard, et nous sommes arrêtés devant l'entrée où deux jeunes en uniforme semblaient aussi étonnés par notre présente que nous l'étions de leur étonnement. Je sentais H. bouillir d'impatience d'entrer, tandis que moi, je n'osais les aborder, la vue de l'extérieur me contentant. Finalement, j'ai obtempéré et ai demandé à un des deux jeunes si on pouvait entrer voir. Ca ne devrait pas poser de problèmes, suivez-moi me répondit-il. Il tenta de me parler en russe, mais je lui ai rapidement dit que ça ne servirait à rien.
Et c'est ainsi que nous sommes entrés tous les trois dans cet institut qui n'avait pas l'air de déborder d'activité. Il est vrai que nous étions pendant les vacances scolaires, mais le lendemain, c'était le 1er août, fête de l'Armée, et on aurait pu s'attendre à quelques préparations festives. Le jeune homme était apparemment ravi de rompre l'ennui de son poste de garde à l'entrée du complexe, et insista pour nous faire visiter les lieux, après avoir demandé l'autorisation à un gradé. Celui-ci fit un large sourire en nous voyant: "vous êtes nos amis", dit-il, pensant sans doute que nous étions russes. Le jeune Li nous expliqua à quoi correspondaient les bâtiments autour de nous: salles de cours, dortoirs des garçons, dortoirs des filles, installations sportives, etc... Il n'était pas de la région, mais pas très loin tout de même, d'une ville du Heilongjiang à deux ou trois cents kilomètres au nord-ouest de Jiamusi. Dans un coin, posé contre un mur, quelques peintures toutes fraîches à forte teneur militaire attirèrent notre attention.
Un peu plus loin, Li et une de ses camarades insistèrent pour nous faire rentrer dans un bâtiment: il fallait absolument que nous visitions la salle de cours de russe. Il savait pourtant que nous n'étions pas russes, mais qu'importe, tout le monde apprenait le russe ici, et ils en étaient fiers. La salle était d'un ordre et d'une propreté impeccables. Au fond, une immense et superbe affiche de propagande pour l'armée chinoise attira notre attention, tandis que sur le tableau noir, une simple inscription en chinois "bienvenue en cours de russe" attendait les étudiants soldats qui allaient arriver un mois plus tard.
Nous sommes ressortis et Li nous indiqua la direction de la caserne: "la caserne, vous ne pouvez pas y aller. D'ailleurs, même moi je ne peux pas y aller". Et pourtant, l'institut et la caserne avaient l'air de se fondre dans un même ensemble. Nous sommes finalement ressortis satisfaits, et avons pris la direction du temple bouddhiste situé juste à côté.
C'était un temple de bonzesses, comme on nous l'avait dit peu de temps avant. Un temple très moderne, et pas encore tout à fait achevé. Une dame âgée nous laissa entrer dans la salle de prière principale, plutôt joliment décorée. Puis on nous proposa de rejoindre un bâtiment annexe où quelques bonzesses vaquaient à quelques occupations. On nous fit asseoir et on nous offrit des pastèques fort bienvenues, car mine de rien, quelques heures de marche, ça donne soif! Drôle d'endroit décidemment...
C'était déjà le milieu de l'après-midi et nous avons décidé de reprendre lentement le chemin de Jiamusi. Nous avons traversé un autre village, où nous avons pu contempler de jolis toits en chaume, puis avons coupé à travers champs pour rejoindre le lac. Afin de finir la boucle, nous avons décidé de rejoindre le point de départ par la rive que nous n'avions pas encore abordée. Quasiment aucun détritus de ce côté-là, et pour cause, juste avant d'arriver à destination, le sol ferme laissa la place à une zone boueuse difficilement franchissable. Nos chaussures et bas de pantalons prirent rapidement une teinte maronnâtre, tandis que H., effectua un superbe vol plané en voulant franchir un ruisseau. Ce fut le Monsieur Marron de la journée! Notre état eut l'air d'amuser les fermiers qui étaient installés de l'autre côté, et après avoir traversé une ferme d'autruches, nous avons enfin rejoint le barrage puis le point de départ. Et non, notre état ne justifiait pas que nous nous salissions encore plus en allant nous mélanger aux nageurs, malgré leurs propositions amusées. | | | À: Yangguizi · 8 août 2007 à 13:40 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 26 de 60 · Page 2 de 3 · 5 407 affichages · Partager L'attrait irrésistible du gong dans le temple des bonzesses... Préludes enchanteurs, mélodieux ou enfumés sur le chemin de l'Amour... (pardon...) | | | À: Yangguizi · 8 août 2007 à 16:14 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 27 de 60 · Page 2 de 3 · 5 387 affichages · Partager Après ces si longs préliminaires, il était enfin temps de partir plus sérieusement à la recherche de l'Amour. En consultant ma carte, j'ai repéré les petites villes de Fuyuan et de Tongjiang qui me semblaient les plus propices pour accomplir cette quête. Mais laquelle choisir entre les deux? Une fois encore, je n'avais pas la moindre idée de ce que l'on trouverait là-bas, et je ne pouvais me fier qu'à mon intuition. Fuyuan m'attirait plus, en raison de sa proximité avec le fleuve Oussouri et la grande ville russe de Khabarovsk, mais les plusieurs centaines de kilomètres qui la séparaient de Jiamusi me faisaient hésiter. Tongjiang n'avait pas l'air mal non plus, et était environ deux fois moins loin. Finalement, renseignements pris à la gare routière, les temps de trajet étaient beaucoup moins longs que je ne le supposais, malgré l'absence de voie express sur la carte. Avec mes amis nous nous sommes mis d'accord, nous aurions le temps de voir Fuyuan et Tongjiang et de revenir à Jiamusi en deux jours, en passant la nuit à Fuyuan.
Mais en rentrant de notre promenade à la campagne, le temps était au repos, et H. et moi avons passé un peu de temps dans un cybercafé, histoire de se tenir un peu au courant de ce qui se passait dans le monde et faire quelques recherches sur Fuyuan et Tongjiang. Nous n'avons hélas rien trouvé d'intéressant, si ce n'est une petite annonce d'une fille de Fuyuan sur un site de rencontre, qui désirait apparemment se marier et se faire la malle. La ville de Fuyuan serait-elle donc si peu propice aux rencontres amoureuses? Nous avons en revanche appris que Jiamusi où nous nous trouvions avait été le théâtre d'une grave pollution au benzène deux années plus tôt. Bon, il vaut mieux l'apprendre plus tard qu'avant...
Le lendemain matin, nous avions fait le choix de ne pas prendre le bus de 5.30 du matin, n'étant pas encore assez masochistes pour sacrifier le peu de sommeil dont nous pouvions profiter. Va donc pour le bus de 7.50, bien assez matinal pour nous. Bien qu'effectivement, la route ne fut pas express, le bus roulait à bonne allure, et les arrêts furent peu nombreux. Dans la ville de Fujin, à un tiers du chemin, H. tenta d'aller aux toilettes publiques situées près de notre stop. Selon la formule désormais consacrée et dont il est l'heureux auteur, H. me confia avec dépit qu'il n'avait rien pu y faire, en raison de la foule aussi dense qu'un jour d'arrivée de viande à Tirana. Au deuxième tiers du chemin, c'est une mamie infirme qui fit arrêter le bus car elle ne pouvait plus contrôler ses vomissements intempestifs.
Mais tandis que nous approchions enfin de Fuyuan, je guettais fébrilement au travers de la vitre tout indice pouvant m'évoquer l'Amour que je sentais tout proche. Finalement, je n'ai rien remarqué de notable et le bus est arrivé à sa destination, la gare routière de Fuyuan. Contre toute attente, cette petite ville loin de tout, en fait la plus orientale de toute la Chine, était des plus étonnantes. Le quartier de la gare routière, entièrement neuf et quasiment vide était le siège d'un nombre impressionnant de bâtiments administratifs colossaux et à la prestance complètement disproportionnée par rapport à la petite taille de la ville. Le siège de la Ligue de la Jeunesse, du Parti Communiste, du Bureau des Taxes, etc... étaient au moins dignes d'une grande capitale provinciale, alors que nous n'étions que dans un minuscule bled de quelques dizaines de milliers d'habitants. La sensation que procurait ces édifices était comme si des architectes fous avaient commencé à bâtir une mégapole en commençant par ses bâtiments administratifs, en attendant que la ville ne soit construite autour. Il y avait bien une raison à cela, que nous soupçonnions et qui n'allait pas tarder à se confirmer sous nos yeux un peu plus tard. Mais en attendant, il fallait trouver un hôtel. Rechercher l'Amour c'est bien, mais si on n'a aucun endroit pour coucher, ce n'est pas très intelligent. Après un premier échec dans un hôtel plein où tout était écrit en russe, et avoir repoussé les approches quasi-homosexuelles d'un ou deux autochtones, j'ai fini par demander à une passante où nous pourrions nous loger. Elle eut peur de moi en me voyant m'approcher et fit de grands gestes en bredouillant en chinois qu'elle ne parlait pas russe. Je l'ai vite rassurée en lui disant que moi non plus et que tout ce qui m'intéressait était de trouver un hôtel. Elle fit alors un grand sourire et nous emmena juste à côté, jusqu'à l'intérieur d'un hôtel tout petit mais incroyablement propre et bon marché. En fait il était tout neuf, comme le reste de la ville, et j'ai même supposé que nous étions ses premiers clients. | | | À: Yangguizi · 8 août 2007 à 16:49 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 28 de 60 · Page 2 de 3 · 5 376 affichages · Partager Si tu continues à nous présenter des récits tellement captivants, je vais à l’agence de voyage pour commander un billet d’avion pour la Chine... (malheureusement, en ce moment, mon solde de compte est misérable, donc, je te demande sérieusement : « Veux-tu me ruiner ?! »)
hgb | | | À: Yangguizi · 8 août 2007 à 19:20 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 29 de 60 · Page 2 de 3 · 5 364 affichages · Partager Après s'être renseignés à droite à gauche, il s'est avéré que mes craintes issues de l'examen attentif de la carte étaient fondées: il n'y avait aucune route menant au confluent de l'Oussouri et du Heilongjiang, juste en face de la cité russe de Khabarovsk. Nous étions pourtant juste à côté, mais seuls un ou deux villages se dressaient entre Fuyuan et la pointe du triangle qui marque le point le plus à l'est de la Chine. Tant pis, on se contenterait de Fuyuan pour ce qui est de cette lubie orientaliste. De toute façon, il y avait bien assez à faire en vile. H. et moi espérions que la ville serait bien approvisionnée en objets russes de toutes sortes en raison de la proximité de Khabarovsk. Pour ma part, je fantasmais déjà sur les uniformes soviétiques que je n'avais pas pu acheter en Ouzbékistan et que je ne manquerais pas de trouver dans les innombrables échoppes tenues par des trafiquants russes et chinois tous plus louches les uns que les autres.
La dame du restaurant où nous avons déjeuné nous conseilla d'aller plus vers l'ouest, en direction du centre-ville, tant que les magasins étaient encore ouverts. Autant le dire tout de suite, nous avons été très déçus: il n'y avait absolument rien de russe à acheter dans cette ville. Et pour cause! Fuyuan n'est rien d'autre qu'une immense plaque tournante du commerce sino-russe à sens unique, un centre logistique majeur d'où toute la camelote chinoise bon marché est exportée vers Khabarovsk et la Sibérie, et où des nuées de russes viennent faire leurs emplettes pendant un jour ou deux. Quasiment tous les chinois de la ville savent plus ou moins parler russe (sauf les passantes qu'on arrête pour demander des adresses d'hôtel), et la plupart des enseignes de magasins ou de restaurants sont bilingues chinois/russe. En fait, il n'y avait pas tellement de russes en ville ce jour-là, même si nous en avons croisé un nombre substantiel. Il paraît qu'ils sont beaucoup plus nombreux le weekend toutefois. Mais l'ambiance de cette ville était absolument unique. Je suppose que tous ces bâtiments officiels monumentaux annonçaient un développement économique sans précédent pour la région. Les chinois ont sans doute décidé d'attribuer un rôle commercial de premier plan à Fuyuan, ce qui implique bien sûr que toute la smala administrative habituelle suive derrière. De centre encore secondaire, Fuyuan pourrait bien devenir prochainement une plateforme d'exportation de premier plan. Et tel que c'est parti, j'imagine que les échanges se feront toujours dans un seul sens.
Tandis que nous nous émerveillions devant tous ces magasins pour russes, où absolument tous types d'objets quotidiens, vêtements, et équipements en tous genres leur étaient proposés, nous avons aperçu l'entrée d'un intriguant marché. Celui-ci, beaucoup plus grand qu'il n'en avait l'air au premier abord était stupéfiant. Il faut pour cela imaginer un giganteque bric à brac à moitié couvert, comme on peut en voir dans de nombreux endroits en Chine, où des nuées de chinois harcèlent le consommateur russe dans la langue de Lénine pour leur faire acheter tout et n'importe quoi. Dans ce marché, nous n'étions que trois russes parmi d'autres, et les chinois s'affairaient autour de nous pour nous proposer leurs meilleures affaires. Un peu comme n'importe quel marché à touristes en Chine en fait, à ceci près qu'il n'y avait ici aucune contrefaçon, juste du produit chinois bon marché, et que les chinois ne parlaient pas trois mots d'anglais mais cinq mots de russe. En fait, je n'ai pas la moindre idée du niveau de russe de ces chinois, je suis incapable d'en juger, mais ils n'avaient pas l'air de se débrouiller si mal que ça. Au début, ça nous a un peu surpris et je faisais rire tout le monde en disant en chinois que je ne comprenais pas un mot de russe et qu'ils feraient mieux de me parler en chinois s'ils voulaient faire affaire avec moi. Puis, au bout d'une bonne demi-heure de harcèlement permanent, mes amis et moi avons décidé d'élaborer une autre tactique: leur répondre en français. "Monsieur, je ne suis pas russe, je ne comprends rien à ce que vous dites." "Mademoiselle, je suis français, ça ne se voit pas? Pourquoi me parlez-vous en russe?" "Elles sont bien tes fourchettes et tes serviettes?" Certains répondaient "da, da" en faisant semblant d'avoir compris, mais la plupart se grattaient la tête en riant. Certains mêmes se chambraient entre eux en disant en chinois qu'ils ne comprenaient rien et qu'ils feraient mieux d'étudier le russe de manière plus soignée." Ca nous a beaucoup amusés.
Mais j'ai fini par sonner la fin de la récréation, car ce n'était pas ça que j'étais venu chercher à Fuyuan. Cette fois, le but du voyage était trop proche, l'Amour était quasiment à portée de la main, et je ne voulais plus attendre, d'autant plus que l'après-midi était déjà bien avancée. Nous avons essayé de marcher à sa rencontre, sans être vraiment sûr de la direction à prendre, avant de finalement prendre un taxi: vers l'Amour, s'il vous plait.
Le chauffeur de taxi savait exactement ce que nous voulions, et ne posa aucune question. Trois minutes plus tard, il nous amena à destination et je suis descendu du véhicule. Je retenais ma respiration tandis que je contemplais enfin le but ultime de mon voyage. Cette fois j'en étais sûr, je l'ai reconnu au premier coup d'oeil, je le voyais enfin de mes propres yeux, je pouvais presque le toucher, c'est bien l'Amour que je contemplais. Cette apparition était encore plus belle et impressionnante que dans mes rêves et mes fantasmes. Que l'Amour est beau, que l'Amour est grand! | | | À: Yangguizi · 8 août 2007 à 19:52 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 30 de 60 · Page 2 de 3 · 5 353 affichages · Partager L'Amour donne des ailes, l'Amour coupe le souffle... L'Amour inspire et rend lyrique... | | | À: Yangguizi · 8 août 2007 à 20:13 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 31 de 60 · Page 2 de 3 · 5 330 affichages · Partager Mais c'est ça bien sûr dis-je en me frappant le front... ça coule de source disait le dragon noir 
Dom. | | | À: Yangguizi · 9 août 2007 à 3:50 · Modifié le 9 août 2007 à 5:12 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 32 de 60 · Page 2 de 3 · 5 312 affichages · Partager Avec plus de 4000 kilomètres de longueur, l'Amour est un des plus grands fleuves du Monde, il se classe parmi les dix premiers. Prenant sa source aux confins sibério-mongols, une grande partie de son cours marque la frontière entre la Russie et la Chine, jusqu'à Khabarovsk. De là, l'Amour remonte vers le nord pour finalement se jeter dans la mer en face de l'île de Sakhaline. Les chinois appellent ce fleuve le Heilongjiang, ou fleuve du dragon noir, et il a donné son nom à la province la plus au nord-est du pays. Pour la première fois de ma vie, je contemplais et je ressentais donc l'Amour avec un grand A. Pourquoi avec un grand A? Parce que c'est un nom propre et qu'en français, on met des majuscules aux noms propres.
C'est vrai qu'il est immense ce fleuve, bien plus que je ne l'imaginais. A ce niveau, ce n'était plus un jeune ruisseau impétueux mais déjà un long fleuve tranquille. Et la végétation qui le borde le rend vraiment beau. Toutefois, à hauteur de Fuyuan l'eau était assez boueuse et j'ai donc renoncé à mon projet de baigner dans l'Amour. De toute façon, après m'être promené sur sa rive, je pourrais dorénavant dire que j'ai fait l'Amour, de même que j'avais déjà fait la Seine, le Nil, l'Indus et quelques autres fleuves. Il est vrai qu'il était plaisant de se promener dans le petit parc bordant le fleuve et de profiter enfin de quelques instants de repos après un si long trajet. Faire l'Amour c'est vraiment crevant, je ne le referai pas tous les jours!
La question qui doit brûler les lèvres de tout le monde est s'il y a quelque chose ou non au-delà de l'Amour. Et bien la réponse est non, il n'y a rien. L'Amour ressemble un peu au bout du monde. Enfin si, il y a bien quelque chose sur la rive d'en face, il y a la Russie, c'est vrai. Ce n'est pas rien la Russie, c'est même très grand. Mais en face de Fuyuan il n'y avait vraiment rien de visible à part de la végétation. Pas la moindre construction, pas la moindre trace de présence humaine. L'autre moitié de l'Amour semblait encore vierge. Ce n'est pas plus mal comme ça en fait, ce serait dommage de défigurer l'Amour, ce que les chinois n'ont pas encore fait non plus car la rive chinoise hors de Fuyuan semble aussi peu aménagée. Il faudrait quand même que le gouvernement chinois le préserve, hâtif (hum) qu'il est de donner un nouvel essor à la région.
Juste à côté du parc, un embarcadère et un poste-frontière semble être le seul point de départ et d'arrivée des russes de Khabarovsk qui viennent à Fuyuan faire leurs emplettes. Malgré la proximité des deux villes, elles ne sont pas reliées par la route, et l'Amour est donc le seul lien qui unit la Chine et la Russie, ce qui tombe d'ailleurs plutôt bien puisque les deux pays sont maintenant bons amis. Nous sommes entrés dans le terminal portuaire, sombre et vide, et nous sommes arrêtés devant le poste de contrôle des passeports. Nous n'irions pas plus loin aujourd'hui, faute de visa russe. Juste en face, les douanes occupaient un énorme bâtiment qui semblait vide lui aussi. Enfin, de l'autre côté du poste-frontière, un port de commerce était encore actif, avec ses dizaines de travailleurs préparant les cargaisons des bateaux à destination de la Russie. Nous sommes arrivés le jour des pommes de terre. Les dockers transvasaient d'immenses quantités de patates dans des sacs géants en train d'être hissés à bord. Rien en revanche ne semblait être déchargé des bateaux en provenance de Russie, donnant toujours l'illusion d'un commerce unilatéral. Les russes n'exportent-ils donc rien vers la Chine?
Tandis que la lumière de la fin du jour donnait à l'Amour un aspect encore plus féérique qu'à notre arrivée, nous avons décidé d'aller jeter un coup d'oeil au monument érigé sur la toute petite colline voisine. C'était un monument aux héros de la marine soviétique, inauguré il y a quelques années par l'ancien président chinois Jiang Zemin, probablement pour célébrer l'amitié sino-russe en pleine renaissance. Juste à côté, une brève balade en forêt nous a mené au pied d'un poste d'observation militaire où il nous a clairement été signifié que nous devions rebrousser chemin.
Le jour allait bientôt tomber sur la ville, et il fallait maintenant décider quoi faire après l'Amour. Diner était l'option la plus logique, d'autant que je voulais absolument manger russe ce soir-là. Après avoir pris un verre dégueulasse dans un bar lugubre, et avoir traité d'homosexuel un jeune homme qui était venu spontanément me caresser l'épaule (l'Amour rend-il lubrique?), nous nous sommes mis en quête d'un restaurant russe que nous avons rapidement trouvé. Le personnel était bien entendu chinois mais l'ensemble de la clientèle était russe, ça devait donc être une bonne adresse. Toutefois, en parcourant le menu, j'ai eu des soupçons de plus en plus pesants sur le type de nourriture qui nous était proposé. Là encore, les caractères cyrilliques ne devaient pas nous tromper: il n'y avait que des plats chinois! La serveuse m'a malheureusement confirmé que j'avais raison, qu'il n'y avait pas de plats russes au menu. Je n'étais pas très content: mais alors pourquoi écrivez-vous sur la devanture que c'est un restaurant russe avec des plats russes? parce que les russes aiment bien venir manger ici, ils sont toujours contents. bien sûr qu'ils sont contents! C'est exotique pour eux la cuisine chinoise! Mais quand on fait de la cuisine chinoise, on n'écrit pas que c'est de la cuisine russe! en fait ce sont des plats chinois adaptés pour les russes, voilà pourquoi on écrit ça.
Non, je n'étais pas content du tout, mais H. et K. m'ont calmé en me disant que sociologiquement parlant, il serait au moins aussi intéressant de manger chinois au milieu de russes que russe au milieu de chinois. Je ne suis pas sûr d'avoir tout compris mais ça sonnait plutôt bien, et je me suis donc assagi. Et finalement ce n'était pas si mauvais que ça.
Un peu plus tard, nous sommes rentrés à l'hôtel où nous nous sommes douchés et nous sommes mis au lit. C'est important de se doucher après avoir fait l'Amour, et il n'y a rien de honteux à vouloir roupiller juste après. | | | À: Yangguizi · 9 août 2007 à 8:46 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 33 de 60 · Page 2 de 3 · 5 293 affichages · Partager L'Amour est un voyage au long cours parsemé de surprises... Il dévoile ses charmes et ses mystères aux curieux qui ont été jusqu'au bout du parcours... Un très joli clin d'oeil, pour la... Saint Amour, aujourd'hui... | | | À: Yangguizi · 9 août 2007 à 8:50 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 34 de 60 · Page 2 de 3 · 5 287 affichages · Partager Et voilà! Tu confirmes : l'Amour n'a pas de frontières
Imagine, si tu avais rencontré l'Amazone, l'unique, la vraie, aurais-tu eu autant de Pô ? | | | À: Yangguizi · 9 août 2007 à 9:27 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 35 de 60 · Page 2 de 3 · 5 275 affichages · Partager Toutefois, à hauteur de Fuyuan l'eau était assez boueuse et j'ai donc renoncé à mon projet de baigner dans l'Amour.
Et donc tu n'as pas nagé dans le bonheur non plus | | | À: Yangguizi · 9 août 2007 à 12:31 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 36 de 60 · Page 2 de 3 · 5 262 affichages · Partager Le lendemain, 2 août, fut la journée la plus éprouvante en termes de transports. Il s'agissait d'effectuer le parcours Fuyuan - Tongjiang - Jiamusi - Mudanjiang, ce qui représente une distance colossale. Fort heureusement, une fois encore le coup de pouce de la chance organisa un agencement parfait entre tous les modes de transport.
Le bus de Fuyuan à Tongjiang partait vers 5.40 du matin et la durée du trajet était de 4 heures. Un bus rapide, s'il avait existé, aurait mis deux fois moins de temps, car la route était plutôt bonne sur ces 190 kilomètres, mais le notre était un omnibus qui a même pris le luxe de s'arrêter une grosse demi-heure au milieu de nulle part sans que rien ne se passe. Le trajet ne fut pas vain, et ceci pour plusieurs raisons. La première, c'est que j'y ai découvert au cours d'un arrêt à mi-parcours les gogues les plus sales qu'il m'ait été donné de voir en Chine. Je pense pouvoir dire sans me vanter que des toilettes repoussantes, j'en ai visité un paquet aux quatre coins du pays, mais celles-là, c'était vraiment le ponpon! En fait, c'est la première fois en Chine que j'ai dû renoncer à me soulager dans des gogues, car je ne pouvais pas y rester plus de quelques secondes d'affilée. H. a d'ailleurs eu la même réaction que moi. J'étais pourtant entraîné à faire mon office en apnée totale et à couper ma respiration pendant tout le séjour dans les lieux de "malaisance" d'une gogue chinoise moyenne. A priori, rien ne devait m'empêcher de réussir le même exploit dans ce bled perdu du Heilongjiang à quelques kilomètres de l'Amour. Mais à l'agression olfactive, s'ajoutait ici un spectacle visuel que la bienséance m'interdit de détailler ici, et ce n'est qu'au bout de quelques secondes que j'ai déclaré forfait.
Un peu plus loin, tandis que le bus avait repris sa route vers Tongjiang, nous avons à nouveau aperçu l'Amour qui s'était rapproché de la route. Cette fois, on a même pu voir quelques bâtiments et installations électriques du côté russe. A côté de nous, un chinois de Tongjiang engagea la conversation: "Amour" dit-il en russe/français/anglais. Et j'en ai profité pour l'interroger sur ce qu'on pouvait faire à Tongjiang. A mon grand soulagement, il m'a conforté dans mon objectif d'aller voir le confluent de l'Amour, de la rivière Songhua et d'un troisième cours d'eau dont le nom m'échappe. C'était en fait l'unique raison qui me motivait pour y aller. Et puis il m'a confirmé qu'on pourrait acheter des produits russes, même si je ne m'attendais pas à trouver autre chose que les sempiternels gadgets pour touristes.
Le bus eut la bonne idée de nous déposer à un ou deux kilomètres de la gare routière de Tongjiang, là où tous les gens interrogés nous disaient que c'était juste à côté. Nous nous en sommes tirés avec une demi-heure de marche dans un décor urbain assez étonnant, où là encore l'écriture cyrillique avait tout envahi. Après avoir réservé notre billet pour Jiamusi dans l'après-midi, nous sommes allés voir le fameux confluent, juste à côté de la ville.
Contrairement à Fuyuan, le site de Tongjiang avait été aménagé pour le tourisme, et un grand parc avait été aménagé sur la rive de la Songhua, d'où l'on avait une vue imprenable sur le confluent et la rive russe en face. Nous avons été accueillis par des touristes chinois avides de poser en photo avec "des soviétiques", et nous sommes prétés au jeu. Côté fleuve, toujours rien en vue chez les russes, à part un mirador que K. avec ses bons yeux avait repéré au loin. C'est qu'à cet endroit le cours d'eau devait bien faire deux ou trois kilomètres de large, et la rive russe semblait donc bien lointaine. Les magasins russes ne vendaient effectivement que de la camelote et nous sommes donc rapidement descendus sur la rive où des bateaux attendaient les touristes voulant s'aventurer sur le fleuve. Comme nous en avions le temps, l'envie, et rien d'autre à faire, nous avons donc embarqué pour la croisière de l'Amour de 50 minutes qui nous ferait approcher la rive russe d'un peu plus près. Tandis que nous nous éloignions de la rive chinoise, passions la ligne de partage des eaux et avancions vers la dernière île chinoise, le paysage industriel de Tongjiang et le gros bateau russe qui avançait au loin nous captivaient au point que l'on en oubliait presque de regarder vers la Russie. Ce fut le moment que choisit H. pour allumer une cigarette, ce qui me permit de lui faire la morale: fumer après l'Amour, ok, c'est normal, mais pendant, c'est quand même du vice!
Nous nous sommes rapprochés à environ deux cents mètres de la rive russe, avons vu le mirador de beaucoup plus près ainsi que quelques énigmatiques formes métalliques, avant de finir la boucle et de revenir au point de départ. Les chinois du bateau plus rapide qui nous avait dépassé nous attendaient pour prendre la photo avec nous sur le quai, suite à quoi nous sommes allés manger. Le choix se résumait à 5 bateaux restaurants et nous sommes donc montés à bord de l'un d'entre eux au hasard. Tandis que nous embarquions, un pêcheur venait de ferrer un gros poisson encore vivant et la patronne du restaurant nous demanda si nous voulions le manger. Cela nous sembla être une bonne idée et nous avons accepté l'invitation malgré le prix astronomique de la bête (les cours du poisson de l'Amour auraient soi-disant augmenté quelques jours plus tôt). Bon, ce genre d'endroit puait le piège à touristes, mais nous avons fait contre mauvaise fortune bon coeur, d'autant plus que le poisson était vraiment énorme et délicieux. Malgré notre appétit, nous n'avons pas réussi à le finir.
A la fin du repas, nous sommes allés chacun à notre tour aux "toilettes", en fait un trou creusé sur un bord du bateau et donnant directement sur le fleuve. Mon urine s'est ainsi mélangée au liquide de l'Amour, ce qui n'est sans doute pas hygiénique, surtout pour les poissons des clients suivants, mais de toute façon, ce trou sur l'Amour sentait tellement le poisson (hum) que ça ne devait pas changer grand chose.
En sortant du restaurant et tandis que nous devions repartir pour la gare routière, un type demanda encore à poser en photo avec moi. Mais ses gestes prématurés et déplacés sur mon épaule éveillèrent mes soupçons. Et quand il commença à se tripoter la braguette, j'ai pris la fuite, sous les ricanements de H. et de K. Décidemment, l'Amour rend lubrique. Cette expérience fut d'autant plus désagréable qu'elle ponctua notre adieu à l'Amour, que nous ne reverrons peut-être jamais plus. | | | À: Yangguizi · 9 août 2007 à 13:00 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 37 de 60 · Page 2 de 3 · 5 256 affichages · Partager l'Amour rêvé, l'Amour imaginé, l'Amour espéré... L'Amour Sublimé... Puis l'Amour lubrique, les odeurs de l'Amour, la crudité de l'Amour, les fluides de l'Amour...
Quel est le véritable Amour... | | | À: Yangguizi · 9 août 2007 à 19:39 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 38 de 60 · Page 2 de 3 · 5 227 affichages · Partager Alléluia, Patrick a enfin trouvé l'Amour !!!!! Jouez hautbois, résonnez musettes (et n'en prenez pas une)   . Sortez le champagne, sonnez les cloches de tous les villages chinois (il y en a des cloches en Chine ?) et français. Convoquez Mendelssohn et le pâtissier...
Timouss | | | À: Yangguizi · 10 août 2007 à 4:04 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 39 de 60 · Page 2 de 3 · 5 206 affichages · Partager Bien que le trajet ait été assez fatiguant, rétrospectivement c'était sans doute une bonne idée d'avoir voulu voir l'Amour à la fois à Fuyuan et à Tongjiang. Les deux sites se complètent bien, le premier dévoilant une atmosphère et une activité commerciale hors du commun, ainsi qu'une intéressante perspective sur le futur développement de la région, le second étant un joli site naturel. On ne nous avait en tout cas pas menti, il n'y avait presque pas de russes à Tongjiang, trop éloignée des villes russes principales de Khabarovsk et de Blagovechtchensk. Birobidjan en revanche, la capitale de la république autonome juive de Russie du même nom, n'était pas très éloignée mais apparemment pas reliée par la route à la rive russe de l'Amour à cette hauteur. C'est dommage, du Birobidjan mythique j'aurais bien aimé voir autre chose que la rive, ou à tout le moins en approcher certains des ressortissants.
Le bus de l'après-midi traversa de riants paysages champêtres et nous laissa en fin d'après-midi à Jiamusi, après un trajet sans encombres bien que n'ayant pas emprunté la route la plus directe. Comme nous nous y attendions, nous avons raté le dernier bus pour Mudanjiang et avons donc dû à nouveau invoquer la chance pour progresser dans notre périple. En Chine, la chance se résume souvent à cette quasi-équation: s'il n'y a plus de bus, il y aura un train, s'il n'y a plus de train, il y aura un bus. Et comme à Jiamusi comme dans la plupart des villes moyennes chinoises la gare routière est juste à côté de la gare ferroviaire, le suspense ne dura pas très longtemps. Un train de nuit pour Mudanjiang partait quelques heures plus tard pour nous laisser là-bas en tout début de matinée. Et comme la chance était réellement au rendez-vous, nous avons même pu obtenir trois couchettes à bord de ce train, ce qui n'est pas un mince exploit quand on s'y prend au dernier moment. Ces quelques heures de répit nous donnèrent l'occasion de nous doucher, changer, trouver une solution à l'accident de fermeture éclair du sac de H. et même avaler quelques raviolis au milieu des cafards et des crachats de la "Cité du ravioli" faisant face à la gare.
Conformément à la tradition, j'ai hérité de deux voisins ronfleurs dans mon train de nuit ce qui ne m'a d'ailleurs pas empêché de passer une bonne nuit de sommeil. Réveillé à l'aube, j'en ai profité pour admirer le paysage qui défilait derrière la vitre. Mudanjiang est située dans le sud de la province du Heilongjiang, c'est je crois la deuxième agglomération de la province après Harbin. Elle vit essentiellement de l'industrie du bois, ce qui n'est guère étonnant car la région est entièrement recouverte de forêts et de fleuves. Comme dans le reste de la province, la densité de population est beaucoup moins importante que dans le reste de la Chine, ce qui contribue grandement à la préservation de vastes étendues sauvages. Par ci par là, cheminées et usines venaient ponctuer cette nature sauvage bien que nous ne semblions traverser aucune agglomération.
Lorsque le train entra dans Mudanjiang, elle sembla conforme à sa mauvaise réputation acquise auprès des voyageurs. En fait, à part les voyageurs de commerce, personne ne passe du temps à Mudanjiang qui n'est qu'un point de départ pour un lac touristique situé à la frontière russe. C'est d'ailleurs là-bas que voulaient nous emmener tous les rabatteurs. Nous non plus n'avions pas l'intention de rester à Mudanjiang, mais tel n'était pas non plus notre projet. Si Mudanjiang ne devait rien être de plus pour nous qu'un point de passage, notre destination finale était la ville de Tumen, que j'avais déjà visitée en été 2006 et qui est située sur la rivière du même nom, une rivière qui marque la frontière avec la Corée du Nord.
H. tenait absolument à y aller, et moi à y retourner, frustré que j'étais du peu de temps que j'avais pu y passer un an plus tôt. Quant à K., qui supportait nos lubies avec une patience et une abnégation exemplaires, elle dû bien avouer que si ça n'avait tenu qu'à elle, elle n'aurait jamais fait autant de kilomètres pour "ça". Car après le très long trajet Fuyuan - Tongjiang - Jiamusi - Mudanjiang, une demi-journée de transport nous attendait encore pour rejoindre Tumen.
La chance fut une nouvelle fois au rendez-vous, et nous avons pu attrapper un bus pour Tumen in extremis au moment où nous avons mis les pieds hors de la gare. Certes, il s'arrêta d'abord trois quarts d'heure dans une gare routière juste à côté d'un bus russe à destination d'Oussourisk, mais le parfait agencement de tous ces moyens de transport que nous avons empruntés jusque là était quand même très satisfaisant. A sept heures du matin, le bus quitta donc la gare routière pour se faufiler dans les embouteillages matinaux de Mudanjiang. En regardant dehors, nous n'avons eu aucun regret de ne pas nous y être attardés: Mudanjiang avait vraiment l'air aussi moche que sa réputation le laissait supposer. C'est dommage d'ailleurs, c'est un joli nom Mudanjiang, ça veut dire "fleuve des pivoines", du nom de la rivière qui travrse la ville et que nous n'avons pas tardé à atteindre. Un peu plus tard, dès la sortie de la ville, les champs allaient progressivement laisser la place à la forêt au fur et à mesure que nous avancions vers le sud. A mi-chemin, un panneau nous laissa supposer que nous avions quitté le Heilonjiang pour atteindre la province du Jilin, et plus précisément le district autonome coréen du Yanbian, que j'avais visité en 2006. Dorénavant, tout serait écrit en chinois et en coréen dans les petites villes et villages que nous allions traverser.
Tandis que la forêt se faisait réellement très dense autour de nous, un gigantesque complexe industriel crachant mille panaches dans un ciel déjà brumeux fit soudain son apparition au milieu de nulle part au détour d'une vallée encaissée. Tandis qu'H. et moi nous ruions sur nos appareils photos, ma voisine de siège laissa échapper un soupir et ne put s'empêcher de regretter à haute voix la présence incongrue de cette chose au milieu d'un paysage aussi joli. Un peu plus loin, les derniers kilomètres furent les plus durs car le chauffeur prit un raccourci pour franchir un col, sur une route qu'un bus ne devrait certainement jamais emprunter. Mais nous sommes finalement arrivés sains et saufs et le bus nous déposa dans un patelin à vingt kilomètres de Tumen que nous avons rapidement rejoint en taxi en longeant la Corée du Nord. J'étais de retour en territoire connu. | | | À: Yangguizi · 10 août 2007 à 7:11 · Modifié le 10 août 2007 à 18:39 Re: Voyage à la découverte de l'Amour Message 40 de 60 · Page 2 de 3 · 5 200 affichages · Partager Revenir couché? Et s'endormir après l'Amour?!!... | Carnets similaires sur la Chine: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 10 898 visiteurs en ligne depuis une heure! |