Les cocotiers, c’est dangereux!
Ko Pha-Ngan 7 février 1999, vingt heures et des poussières. Bientôt deux heures que Mister Sun a terminé son show. Le ciel d’ouest a tourné d’orange flamboyant au noir violacé et la nuit s’annonce orpheline d’une Lune. C’est l’heure de jaser avec la plage déserte. De m’étendre sous les cocotiers pour digérer le souper plutôt bien arrosé. Le casque d’écoute du walkman bien campé, Offenbach (un groupe rock québécois) entame ‘’Câline de blues’’. Couché sur le sable je crinque le volume; Câline de doux blues. Câline de blues faut que j’te jouse. L’autre soir, l’autre soir J’ai chanté du blues. L’autre soir, l’autre soir Ça l’a rendue jalouse. Les femmes sont jalouses du blues. Câline de blues faut que j’te jouse.
Je me suis endormi peut-être deux heures. Au réveil tout semble à sa place : le plein d’étoiles au ciel, la ligne ténue qui sépare la plage et la mer, les cocotiers au dessus de ma tête et cet indicible bien être qui plane dans ce qui n’est plus le soir ni la nuit venue. Tout est à sa place dis-je sauf sur ma droite où un objet rond, à moins d’un mètre, gît sur le sable. Tiens! Une noix de coco! Tiens! Deux autres plus loin sur ma gauche! Coudonc! La
Thaïlande est généreuse! Soudain j’allume! Je me lève d’un bond, recule jusqu’à la mer et contemple la scène. Deux noix de coco sur la droite, une à ma gauche et au centre des traces laissées sur le sable par un étrange animal.
Moi qui croyais avoir rêvé à un solo de batterie durant mon sommeil. Il y en a un pourtant sur la cassette d’Offenbach!
Depuis lors je ne me couche plus
sous les cocotiers des plages. Dommage. On y dort si bien!
DeCléricy
Cahier des Îles.
Thaïlande 1999