Conduite nocturne et faune sauvage en Amérique du Nord
Un Gardois de ma connaissance qui travaille de nuit vient de subir une seconde collision avec un sanglier, en rentrant chez lui au pied des Cévennes, vers 5 heures (du matin). C’était avec une voiture de remplacement... la sienne étant encore immobilisée au garage suite à une première collision la semaine précédente!.
Il fut un temps oû les collisions animales étaient sans grande importance, peu d’automobiles qui de plus ne roulaient pas vite. Les victimes les plus fréquentes étaient alors les volailles de la ferme qui picoraient librement et nonchalamment de part et d’autre et en travers de la chaussée en bordure de laquelle la ferme était installée
Mais quinze plus tard, dès 1925 et 1926 des auteurs américains abordent déjà le sujet des collisions automobiles avec la faune sauvage :
‘’The toll of the carmobile ‘’ 1925 (Les victimes de l’automobile)
Puis pendant près d’un demi-siècle on trouve une étude de temps en temps mais elles restent rares
A partir de 1980 les choses changent vraiment, les autorités du Transport et chercheurs de diverses disciplines commencent à s’intéresser de près au sujet mais c’est surtout au cours des deux dernières décennies que le nombre de travaux explose, en
Amérique du Nord surtout, mais aussi en Europe
Sans avoir besoin de connaître quoique ce soit de ces travaux si vous vivez dans une région rurale d’Europe oû coexistent cultures et zones boisées vous êtes probablement plus ou moins avertis de la réalité de terrain... mais si vous êtes un rat des villes vous pouvez peut-être être amenés à vous poser des questions, par exemple: la conduite nocturne est-elle
vraiment plus sujette que la conduite diurne aux collisions animales
En
France les animaux les plus fréquemment impliqués dans des collisions (autour de 60 000/an ?) sont les chevreuils et surtout les sangliers qu’à la campagne on appelle les bêtes noires.
Sur les 36 accidents
rapportés dans la presse (ils ne le sont pas tous, loin de là) et 2 dont j’ai connaissance par un témoin, c’est à dire sur 38 accidents entre le 06 septembre et le 05 novembre, quelque part en
France, un seul s’est produit en plein jour : le 15 octobre à 14 heures, un s’est produit au crépuscule, après 18 heures le 05 novembre et tous les autres entre 20 heures 30 et 5 heures
Si vous vous demandez pourquoi il semble difficile d’éviter un sanglier regardez cette video.... l’histoire malheureuse d’un sanglier qui, à l’aube après avoir fait bombance nocturnement dans quelque culture, était trop pressé de rentrer se mettre à couvert dans sa bauge :
Vidéo :
accident
de la route avec des
sangliers
Un grand nombre d’articles de sources diverses s’intéressent au sujet mais... pas vraiment en
France. J’en viens donc à l’
Amérique du Nord oû l’analyse est beaucoup plus poussée...
Ma propre expérience (en parlant d’
Amérique du Nord) me fait dire que oui ! la conduite nocturne expose d’avantage au risque de collision animale...là oû il y en a bien sûr...
- en tant que passager,
un close call, un quasi accident avec une vache sortie de nulle part (c’est bien ce qu’on dit dans ces cas là) vers 22 heures un soir d’automne, sur la fameuse Route 50, la loneliest road au
Nevada, en open range. Un route cependant bien rectiligne, avec une visibilité
diurne à l’infini et que les vaches, contrairement aux sangliers de par ici, traversent rarement ventre à terre !
- en tant que conducteur, un autre quasi-accident, a
near-miss à l’aube au nord de
Casper oû les mule deers pullulent quasiment comme les chiens de prairie. A la différence des vaches ils bondissent inopinément, même par dessus les clôtures, pas toujours avec succès malheureusement pour eux, ils s’accrochent parfois !
Mais oublions les expériences et convictions personnelles des uns et des autres et regardons les choses d’un peu plus haut... pour l’
Amérique du Nord oû la question des collisions avec la faune sauvage revêt une importance croissante avec des conséquences qu’on a quelque peine à imaginer ici. Il faudrait se placer à l’échelle de l’Europe pour que la comparaison ait un sens
En termes de dommages directs aux véhicules, santé publique, coûts social, environnemental etc... aux seuls
Etats Unis il est question, sur certains sites, de 1 à 1,5 million de collisions /an, de +200 morts /an, de quelques 23 000 blessés /an, de 8, 4 milliards de dollars/an
De manière générale on parle de
Wildlife
Vehicle
Collisions en abrégé
WVC mais
les animaux les plus fréquemment impliqués sont ceux des cervidés que l’on appelle là bas ‘’deer’’ sauf peut être au
Maine, en
Alaska, au
Québec (?), à
Terre Neuve et dans une petite partie de la
Colombie Britannique oû l’orignal prend une plus grande place et donc les études portent souvent sur les ‘’
Deer
Vehicles
Collisions’’ en abrégé
DVC
Ceux s’intéressent à la question sont d’affiliation diverse : Transports, Ecologie, Agriculture, Santé Publique,
Assurances (important les Assurances!)
, Universités, Ingénieurs etc...
En matière d’accidents liés à la route, de manière générale, le
Canada est à la pointe de la recherche depuis 1964 avec :
Traffic Injury Research Foundation
(Fondation de Recherches sur les blessures de la route) et ce n’est qu’en 2013 que les
Etats Unis on accueilli une branche américaine :
TIRF USA
. Le TIRF a maintenant intégré le problème de la faune sauvage.
En bref... le volume d’informations sur le sujet est vraiment
très impressionnant... tous ‘’ces gens’’ se donnent beaucoup de mal pour que les Pouvoirs Publics soient mieux informés, les Usagers mieux protégés, la faune mieux conservée...
Avant de proposer des solutions, d’ordre très varié, pour réduire le nombre de collisions ils collectent les faits, sur le terrain et analysent les bases de données pour situer au mieux les collisions dans l’espace (tronçons routiers) et dans le temps : selon les années (progression du phénomène), selon
les mois de l’année (migrations ou autres mouvements saisonniers), parfois selon les jours de la semaine, mais surtout
selon les heures de la journée (créneaux horaires liés à l’obscurité et l’intensité du trafic routier). Certains s’intéressent même à l’influence du changement d’heure (Daylight saving time) et à la phase lunaire !
Sur la question des créneaux horaires, le constat est toujours le même : c’est ‘’du crépuscule à l’aube’’ parfois formulé ‘’au crépuscule
et à l’aube’’ ou encore ‘’ au crépuscule, à l’aube et la nuit’’ que le risque est le plus élevé et que les collisions avec la faune sauvage sont les plus nombreuses
J’ai regardé d’un peu plus près une douzaine de rapports marquants mais ne cite ici que trois exemples représentant chacun une des trois principales parties prenantes : l’Administration (1995), une revue de Santé Publique (2016) et une Université pour le compte des Assureurs (2016)
1995. Federal Highway Administration
Il semble que ce soit la première étude détaillée faite au niveau fédéral. Elle portait sur 153 345 collisions de la seule base HSIS (qui à l’époque ne comportait que 5 Etats). Pour la première fois sur un grand nombre d’échantillons, le fameux graphique ‘’Nombre de collisions en ordonnées/ Heures en abscisses’’ montre clairement les deux pics, celui du matin et celui de la soirée et surtout la dépression plate de la journée
2016. Dans la Revue de Santé Publique ‘’Accident and Prevention ‘’deux chercheurs Autrichiens ont fait une sorte de synthèse de tout ce qui a été fait sur le sujet des DVC :
A review on the temporal pattern of Deer–Vehicle Accidents: Impact of seasonal, diurnal and lunar effects in cervids
Ils ont constaté la multiplication des recherches pendant disons les deux dernières décennies (des centaines de références) Sur le point spécifique des créneaux horaires ils produisent finalement le même graphique qui montre les deux pôles de risques, du matin et de la soirée
2016.Etude pour le compte des assureurs (State Farm
) réalisée par University of British Columbia
Wildlife-Vehicle Collisions - Traffic Injury Research Foundation
Dans cette étude nationale on trouve l’équivalent d’un graphique FARS aux
Etats Unis : en ordonnées figurent les pertes humaines
comme les autres il parle de lui-même
ConclusionsTous ces graphiques ne surprendront guère les ruraux; certains pourront même se dire ‘’c’est dépenser beaucoup d’argent et d’énergie pour arriver à enfoncer des portes ouvertes’’....
...mais les automobilistes ici ou ailleurs sont parfois durs à convaincre ils pourront en tous cas retenir les conclusions d’une étude de 2006 non citée ici (traduction) :
‘’ Alerter les automobilistes du fait que la plupart des collisions animales surviennent le soir, la nuit et tôt le matin nous amène à faire les recommandations suivantes : soyez très vigilants en ces moments de la journée, assurez vous que vos phares fonctionnent correctement et que votre pare-brise est bien propre, obéissez aux signaux de limitation de vitesse nocturne et prêtez une attention déterminée et soutenue aux signes de présence animale
le long du couloir routier.
Je pourrais ajouter - ce que l’expression
drive actively and agressively implique - et gardez vous à droite, et gardez vous à gauche.....c’est en somme ce que disait déjà Cuvillier en 1928 à propos de piétons menacés par des automobiles, paraphrasant le jeune Philippe qui avertissait son père Jean du danger alors qu’ils étaient cernés tous deux par les Anglais.....
La plupart des sites qui donnent des conseils de conduite nocturne en pays de grande faune disent un peu la même chose, plus simplement et en plus moderne, quelque chose comme :
‘’
scan ahead roadsides from one side to the other ’’ ou ‘’
from shoulder to shoulder’’
pour ‘’balayer du regard les bords de route d’un côté à l’autre’’...
sous-entendu ne restez pas les yeux fixes, braqués sur le milieu de la chaussée sinon quand vous verrez l’animal droit devant dans vos phares il risque d’être trop tard !
Deux exemples :
- site de
Wild Aware Utah | Wildlife Awareness, Safety Information
- site de
Cottage Life
La dernière de ces préconisations n’est peut-être pas toujours évidente par exemple à la traversée d’une forêt, dans une région de hautes herbes, après une journée particulièrement pénible ou quand on débarque sur la Côte Ouest d’un voyage transatlantique et que l’on considère se lancer sur une route à 2 voies que l’on ne connaît pas et dans une voiture qui n’est pas la sienne
plus d’info, ci-dessous :
docs.google.com/...MrBtOPIVOM1pmpBl/pub