La réplique américaine de la goélette Amistad, symbole de la lutte contre l'esclavage et de l'"amitié entre les peuples", a "regagné" jeudi près de deux siècles plus tard son berceau de
La Havane avec la bannière étoilée et le drapeau cubain flottant au vent.
"Depuis l'inauguration de la réplique de la goélette il y a dix ans, mon rêve avait toujours été de venir à Cuba et à La Havane, berceau historique de l'Amistad", explique, ému, son constructeur, l'Américain Quentin Snediker.
Une arrivée du navire dans la baie de
La Havane - où il sera jusqu'au 31 mars - d'autant plus symbolique pour M. Snediker qu'elle a coïncidé avec la Journée internationale du Souvenir, dédiée aux millions de victimes de l'esclavage.
Amistad, c'est l'histoire d'une goélette construite à
Cuba et partie en 1839 du port de
La Havane pour livrer, entre autres "marchandises", 53 esclaves africains - qui étaient arrivés à bord d'un bateau portugais - dans des plantations de canne à sucre de l'est de
Cuba, alors colonie espagnole.
Mais les esclaves se sont mutinés, tuant une partie de l'équipage et prenant le contrôle de la goélette qui allait errer le long des côtes américaines avant d'être arrêtée près de Long Island. Après un procès devenu célèbre pour la cause abolitionniste aux
Etats-Unis, les esclaves avaient été remis en liberté. Une histoire filmée en 1997 par le réalisateur américain Steven Spielberg.
La réplique moderne de la goélette à huniers, dont le port d'attache est situé dans le
Connecticut, est partie de la côte est américaine en janvier, s'est arrêtée aux
Bermudes, puis en
République dominicaine, avant de gagner lundi
Cuba et le port de
Matanzas (100 km à l'est de
La Havane) "après une attente de dix ans", dit en riant le capitaine Sean Bercaw.
Sous le mandat de George W. Bush, qui avait renforcé les restrictions sur les voyages à
Cuba, "un telle visite était impensable, mais avec Barack Obama, les choses se sont améliorées, même s'il y a toujours des tensions", estime M. Snediker.
"Cela nous a pris au total deux ans pour organiser ce voyage, trouver les fonds, obtenir tous les papiers nécessaires auprès des autorités cubaines et américaines", précise le capitaine Bercaw qui effectue sa deuxième visite à
Cuba. Il avait fait la première en tant que "professeur" sur un "navire école" américain.
Washington impose depuis 1962 un embargo à
Cuba, sauf pour les produits alimentaires. Dans le cadre de ces sanctions, les touristes américains ne peuvent visiter l'île, les autres - sportifs, religieux, scientifiques, etc. - devant demander une autorisation à
Washington ou avoir de la famille à
Cuba pour s'y rendre.
Pour l'historien et président de l'Union des écrivains cubains, Miguel Barnet, cette visite doit permettre, "au-delà de l'embargo", de "créer un pont d'amitié entre les peuples américain et cubain".
Ruben Pacheco, 33 ans, un des 13 membres de l'équipage - tous Américains, à l'exception d'un Sierra-Léonais - considère que "c'est aussi une façon de parler du racisme" avec les élèves cubains visitant la goélette qui s'est déjà rendue par le passé au Libéria ou en
Angleterre.
A
Matanzas, jadis haut-lieu de l'esclavage dans les
Caraïbes qui héberge le seul - et modeste - musée de la région sur ce sujet dans la forteresse historique de San Severino, l'équipage a été accueilli par des danses afro-cubaines au rythme d'une musique "endiablée" de la santeria, un culte importé par les esclaves.
"L'histoire de l'Amistad, c'est un peu notre histoire. C'est important de la connaître. Et cela montre qu'avec les Noirs américains, nous formons une seule grande famille", dit un chanteur cubain, Franciso Samora, 72 ans.
Entre 1503 et 1873, plus d'un million et demi d'Africains ont été transportés vers Cuba pour travailler comme esclaves, selon l'Unesco.
La réplique américaine de la goélette Amistad, symbole de la lutte contre l'esclavage et de l'"amitié entre les peuples", a "regagné" jeudi près de deux siècles plus tard son berceau de
La Havane avec la bannière étoilée et le drapeau cubain flottant au vent.
"Depuis l'inauguration de la réplique de la goélette il y a dix ans, mon rêve avait toujours été de venir à
Cuba et à
La Havane, berceau historique de l'Amistad", explique, ému, son constructeur, l'Américain Quentin Snediker.
quelques photos de cet évènement historique :
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