Bonjour,
Quelques réflexions subjectives suite aux vôtres et celles de Fabienne.
pourquoi n'ont ils pas pris en main l'entretien de leur île, de leur mer... pourquoi n'ont ils pas instauré dans les maisons d'hôtes existantes une discipline minimale de salubrité, pourquoi n'ont ils pas construit avec harmonie des petites structures, entretenues les existantes?
Il y a des exceptions, comme le note Asia7, mais il y a aussi une certaine paresse intellectuelle, des informations mal relayées, un manque d’éducation et des traditions qu’on ne change pas du jour au lendemain.
Le système asiatique se base depuis des millénaires sur l’individu en tant que d’abord membre d’une famille et d’un village avant d’être un propriétaire individuel. Le village ou la communauté villageoise depend d'un Etat, supérieur hiérarchique, organisateur de "grands travaux", en particulier ceux indispensables à la production agricole (digues et irrigation dans les plaines fluviales). Il assure la protection militaire des communautés villageoises contre les peuples environnants. Il est responsable de la constitution de réserves pour les périodes de disette, etc.... En échange, il prélève un tribut. Rajoutez un peu de sauce Leniniste (Marx et Engels n'ont rien inventé, hein ?) et de capitalisme d’Etat et faites une mise à jour 2.0 : si l'Etat ne fait rien, on ne fait rien.
Pour anecdote, lors de mes premiers séjours au
Vietnam, des enfants jetaient des tongs dans la mer. Quand je leur demandais pourquoi ils ne les mettaient pas dans une poubelle. Réponse : "pourquoi faire ? Mon père fait pareil. "
Pas mal de Vietnamiens sont conscients de l'évolution dangereuse de certaines décisions publiques, locales ou nationales [...]. Tout ce qui touche la dégradation de l'environnement, ou tout simplement la dégradation des relations sociales (dans la société et dans les familles) inquiètent beaucoup de Vietnamiens (le tourisme et certains de ses ravages, par exemple. [...]On voit aussi que les de plus en plus Vietnamiens font attention (par exemple) à l'indépendance économique de leur pays, menacée pas certains investissements étrangers prêts à tout pour corrompre, faire du fric dans ce pays, voire le dominer (l'épisode, un peu obscur, de ce projet de création de Zones Économiques Spéciales, ZES, dédiées à la seule
Chine, est assez révélateur des tensions qui existent actuellement dans ce pays
En ce qui concerne les contentieux qui opposent la
Chine à ses voisins, le pouvoir à
Hanoi reste très pragmatique : le
Vietnam a besoin d'investissement étrangers, notamment chinois, pour soutenir sa croissance économique.
Hanoi se rapproche de
Washington mais ne se mettra pas
Pekin à dos. Ils auraient trop à perdre. L’esprit belliqueux et le courage des vietnamiens se sont quelque peu effrités après 30 années de guerre, de privations et de famine.
Cependant, je suis d’accord. La mainmise de la
Chine sur les îles Spratleys et Paracels a déclenché récemment de très vives manifestations contre les ZES (cf.
Phu Quoc ou la region de Vân Don, 2 points stratégiques, des projets immobiliers et créations de casinos, en lieu et place d'investissements de haute technologie ou éducation) et ce sont principalement des femmes, ouvriers, pêcheurs et paysans qui sont descendus dans la rue, car chassés de leurs terres. Manifestations vite réprimées par les forces de l'ordre. Or, à l'initiative de ces ZES, ne nous voilons pas la face, on trouve souvent de riches hommes d'affaires et spéculateurs immobiliers vietnamiens collaborant à coup de pots de vin avec des investisseurs chinois.
De plus à l'heure des changements climatiques, l'inéluctable montée du niveau de la mer dans le
delta du Mékong ou la pollution catastrophique de l'usine de Formosa dans le centre du
Vietnam inquiètent et réveillent effectivement les consciences.
Mais si ceux qui sont en haut et qui ont les moyens ne montrent pas le chemin, qui le fera ? Pas les « petites gens ». La diaspora vietnamienne qui réinvestit massivement au pays ?
le business étant leur principale préoccupation!
1000 ans sous domination chinoise, ça laisse des traces, non ? Vous n'avez pas remarqué que la pièce principale au rez de chaussée des habitations est toujours réservée à un commerce ? Tout le monde aspire à gagner de l'argent. Et quand il s'agit d'argent, le vietnamien apprend très vite.
Un exemple ? Le bio. En 2014 encore, quand je parlais de bio, on me regardait comme une extra terrestre. Les rares magasins de
Saigon soi-disant bio n’offraient que 2 ou 3 produits dans leurs rayons anorexiques. Depuis que le
Vietnam a compris la manne financière que ça représente, Trà Quê est montrée comme la vitrine de l’agriculture bio au
Vietnam et les visiteurs s’y bousculent.
En dépit d’effets d’annonces et d’encouragements, soutenus par les français notamment:
Même si les boutiques BigGreen poussent comme des champignons, ne nous leurrons pas. Des couches moyennes que l'on croise dans les centres commerciaux climatisés de la périphérie de
Hanoi ou
Saigon, férues de nouveautés et marques étrangères et de selfies, à la marchande ambulante se courbant sous le poids de sa palanche ou le paysan vendant quelques babioles aux touristes sur un coin du trottoir pendant les mois sans récolte, l'écart est grand.
Un pays qui faisait partie des plus pauvres ne passe pas à un statut de pays à revenus intermédiaires en 30 ans sans creuser quelques inégalités sociales et sans perdre quelques valeurs en route.