Ou alors tu acceptes de faire un minimum place à l'aventure et à l'imprévu. Tu acceptes la probabilité de te retrouver bloqué sans avoir de quoi réparer.
Et que va-t-il se passer? Tu vas avoir l'impression d'une impasse. Mais plus intéressant, tu vas très vite prendre conscience des ressources en ta disposition (psychologiques et matérielles) et manager leur mise en œuvre pour t'en sortir. Peut-être vas-tu trouver un système D pour remonter sur ton vélo? Marcher deux jours à côté de ta monture? Convaincre celui que tu croiseras de te dépanner, de te conduire au prochain village? Bref, tu t'en sortiras, tu auras appris de toi-même et tu auras en bonus une histoire à raconter en boucle.
Je ne prône pas l'inconscience totale mais parfois si l'on veut vivre ses rêves il faut accepter de ne pas en maîtriser tous les paramètres.
A ta place, voilà comment je poserais les choses :
Déjà, regarde ce que tu as : le matos pour vivre sur la route (tente, réchaud,...). Si tu te retrouves bloqué un jour sur la route, ce ne sera pas la fin de ton monde, c'est déjà un bon point. Il faut quand même te poser la question du climat et voir si il ne faut pas compléter ton attirail. L'idée, c'est d'avoir un minimum de confort vers lequel te réfugier si cela tourne mal avec le vélo.
Ensuite, il te faut un vélo suffisamment fiable pour ne pas te tirer une balle dans le pieds avec un risque de grosse casse à 90%. Vérifie surtout les points critiques pour lesquels tu n'auras pas de quoi réparer. Privilégie aussi les systèmes mécaniques les plus simples et un cadre en acier (soudure possible). Il vaut mieux faire un petit effort sur le vélo que de te rabattres sur la gamme en dessous pour acheter une tonne de matos dont tu ne vas pas te servir (et que tu souhaites revendre quelques semaines plus tard).
Pour le kit réparation, tu combines trois critères : 1-le risque de casse (ex, il est évident que tu dois pouvoir palier à une crevaison); 2-le prix du matos; 3-le poids/encombrement. Et puis du fil de fer, du scotch américain,.. pas cher mais souvent utile pour palier provisoirement à la défaillance. Mais ne te charges pas comme une mule et ne dépense pas tout ton budget en essayant de répondre absolument à toutes situations.
Pour les sacoches, est-ce que tu ne peux pas en améliorer l'étanchéité toi-même? Même si c'est moche, un peu galère, tu ne pars pas trois ans. Aussi, le matos sensible comme ton PC peut être emballé correctement pour l'en protéger et tu ne l'ouvriras pas du périple.. Tu peux mettre une partie de tes vêtements sous sachets. Tu as peut-être une exigence forte pour certaines choses en matière d'humidité (un duvet sec par exemple) que tu placeras dans une sacoche haut de gamme alors que tu prendras la gamme en dessous pour le reste de l'équipement (outils, vaisselle,..).
Bref, l'idée c'est de faire des concessions et d'accepter les aléas.
Maintenant, si on prend le cas où tu es dans la mer**, le tout est de savoir où tu vas et de bien en mesurer les risques pour t'assurer que l'issue de secours existe en cas de faux pas.
Si je lis par exemple cet
article
concernant ta destination. J'apprends que :
- La
carretera Austral court sur 1300km et est faisable en 3 semaines. Tu ne fais pas non plus Achorage/
Ushuaia, ça limite le risque d'arriver au point d'usure du matériel (à condition de partir avec un vélo en bon état bien sûr).
- Le climat y est difficile. On en revient au confort du matériel de camping et à l'étanchéité des sacoches.
- Parfois plus de 100km entre deux villages, ravitaillement faible mais eau abondante. Donc disons que dans le pire des cas tu doives accompagner ton vélo à pied sur 100 bornes sans croiser âme qui vive (ce qui n'arrivera pas). Si ça peut te rassurer, prend 1kg de riz en plus des réserves normales pour la situation extrême ou tu doives te la jouer 6 jours en mode Man VS Wild.
- Très fréquentée en janvier/février. Donc tu sais quand partir, sur la route tu trouveras bien une main tendue ;)
- Prendre du liquide avec soit.
Voilà, c'est un exemple et il convient de recouper plusieurs sources. Mais prends des risques, mesurés, et n'attend pas la situation idéale sinon tu ne le feras jamais.
La question est de savoir si l'important est faire cette route ou de vivre un voyage sans accrocs. Si tu estimes que l'expérience vaut bien quelques galères alors fonce!