Traiter Moore de simpliste, de démagogue, de manipulateur, de provocateur et d’enfonceur de portes ouvertes ? Soit. Les choses trop simples ont souvent le don d’agacer. Il nous confirme en tout cas des belles et nous en apprend des croustillantes :
50 millions d’américains n’ont aucune couverture médicale. Malades, ils sont rejetés avec un cynisme extraordinaire. J’ai pensé très fort à l’écrivain cubain Renaldo Arenas (auteur du chef-d’œuvre «
Avant la nuit », adapté au cinéma avec brio). Réfugié politique aux
Etats-Unis dans les années 80 et malade, il sera ignoré des hôpitaux qui paieront un taxi pour l’éloigner, une pratique courante montrée par le réalisateur.
Pour ces veinards que sont les assurés, c’est parfois (ou souvent ?) tout comme si ils ne l’étaient pas : pour des compagnies d’assurance surpuissantes et obnubilées par la loi du profit maximal, tout est prétexte pour ne rien payer et... laisser mourir (sinon sur la paille).
La collusion entre les politiques et le business de l’assurance est grotesque. La caméra nous montre (et là, on se régale) des membres du Congrès, la main sur le cœur et jurant sur leur mère, qui prononçent un discours larmoyant sur le droit à la santé pour les « vieux », avec un petit encart au-dessus de chaque tête indiquant la prime de bonne conduite (6 chiffres au minimum) qui leur a été versée par le lobby des compagnies d’assurances.
Emigrer, travailler, réussir aux
Etats-Unis fait rêver. Il se trouve qu’en cas de pépins de santé, on revient (sans le crier sur les toits) se faire soigner au pays. C’est tout simple effectivement. Rien de plus efficace que la bonne carte Vitale, caméra moorienne en marche.
Des grabataires américains (un collecteur d’ordures de 79 ans, par exemple) continuent de courber l’échine au travail à la seule fin de verser leur écot aux compagnies d’assurance.
Nombre d’américains se font soigner ailleurs. Toutes les combines sont bonnes, y compris contracter un mariage blanc avec un canadien. Moore suggère que le système de santé canadien est humain et efficace. (Les canadiens du forum confirment-ils ?)
Les systèmes de santé français et anglais sont également formidables, propose Moore. On tousse un peu, mais on ne désapprouve pas franchement...
Alors ? Un documentaire glacial et plein de verve à la fois. On se surprend à rire plus d’une fois. A voir, ne serait-ce que pour se situer, avoir une idée de ce qui pourrait se mijoter, ici, en
France, dans certains ministères et, comme dit plus haut, se faire sa propre opinion.
Khaldoun