Eureka!
J'y suis parvenu!
Révolution tranquille
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Québec?, dites-vous. Oui, bien sûr, mais c'est d'un autre pays que je parle. Incroyable mais vrai, c'est en
Algérie, un pays ravagé par de sanglants conflits et l'islamisme radical, que se produit cette surprenante montée des femmes.
C'est une tendance qui, si jamais elle se manifestait ailleurs, serait de très bon augure pour le monde arabe. Dans un rapport publié par les Nations unies, il y a quelques années - rapport écrit par des chercheurs arabes -, on attribuait le sous-développement dramatique du monde arabe à l'exclusion des femmes du marché du travail; 44% des femmes arabes sont illettrées. Et cela se répercute évidemment sur le taux de natalité (trop élevé) et sur le genre d'éducation qu'elles donneront à leurs enfants, sans compter qu'aucun pays ne peut se priver de l'apport intellectuel de la moité de sa population.
Les autres grands facteurs du retard du monde arabe sont évidemment la corruption des élites et l'autoritarisme politique. Cette grande civilisation n'est plus que l'ombre de ce qu'elle fut: dans tout le monde arabe, ajoutait le rapport de l'ONU, il se publie moins de traductions de livres que dans la seule
Grèce!
En
Algérie, donc, comme le décrivait récemment un reportage du International Herald Tribune, les femmes ont commencé, mine de rien, leur petite révolution tranquille.
L'économie du pays étant catastrophique, les jeunes hommes ont l'impression qu'un diplôme universitaire ne servira à rien. Ils quittent l'école tôt, travaillent dans l'économie souterraine ou tentent de quitter le pays. Même si elles ne forment encore que 20% de la main-d'oeuvre (mais cette proportion a doublé en 10 ans!), les femmes, peu à peu, les remplacent sur les bancs de l'université et dans la fonction publique.
On en voit le résultat sur la natalité. Alors qu'elles se mariaient naguère à 17 ou 18 ans, l'âge moyen du mariage, pour les Algériennes, tourne aujourd'hui autour de 29 ans. Elles retardent le mariage soit pour terminer leurs études, soit parce que l'état de l'économie empêche les jeunes de fonder un foyer, soit parce qu'il est difficile aux filles de trouver un conjoint qui ait le même niveau d'instruction. D'où l'impact sur la natalité. Dans certains quatiers urbains, la clientèle des écoles primaires a diminué de moitié.
Un aspect intéressant, c'est que le port du voile, dans cette société ultra-conservatrice, constitue une façon pour les femmes d'échapper à leur enfermement traditionnel.
Le fait de pratiquer la religion, d'être vue à la mosquée et de porter le hijab leur permet de vaquer à leurs propres affaires sans être accusées des pires choses. «Les hommes ne me reprochent pas d'être au volant, dit une chauffeuse d'autobus, parce que je porte le hijab.» Que cette pratique soit l'expression d'une foi sincère ou non n'a pas d'importance: le voile qui inhibe la femme dans un pays développé se trouve, ici, à faciliter l'émancipation des femmes car il leur permet de sortir de la maison, de s'instruire et de pratiquer un métier sans provoquer le rejet de la société et l'indignation de leur famille.
Cela n'est pas sans analogie avec les subtils détours que prenaient les soeurs, dans le temps, pour faire accepter les collèges classiques féminins à une société québécoise hostile à l'instruction des filles.
«Nous préparons de bonnes épouses pour vos fils, disaient aux pères les directrices de congrégations. Vos fils méritent des femmes complètes, cultivées, qui seront de bonnes éducatrices.» On passait sous silence le fait qu'après le collège, il y aurait l'université, puis l'entrée sur le marché du travail. En sous-main, les soeurs encourageaient les filles à songer à une carrière.
C'est ainsi que les choses avancent: à petits pas. Au
Québec, par exemple, de grands pas avaient été faits bien avant la Révolution tranquille des années 60. Mais il restait bien des tabous à briser Ils le furent, l'un après l'autre. En matière de moeurs et de valeurs, il faut faire confiance au temps.
C'est sur cette note optimiste que je vous quitte, chers lecteurs, pour une bonne partie de l'été, que je vous souhaite joliment ensoleillé.