La fin des pluies, annonçant le début des récoltes, est habituellement un temps de réjouissances en
Inde. Mais cette année, les festivités ont tourné court. Les moustiques qui ont proliféré pendant la mousson font vivre à l'
Inde un triste lendemain de veille.
En moins d'un mois, 38 personnes sont mortes de la fièvre dengue, un virus propagé par un moustique que l'on retrouve dans la plupart des zones tropicales de la planète. Plus de 800 autres personnes ont été infectées. Une autre maladie, plus rare, le chikungunya, propagée elle aussi par les moustiques, a tué plus de 70 personnes dans l'État occidental du
Kerala au cours des dernières semaines.
Conséquence: la panique s'installe dans tout le pays, mais tout spécialement dans la capitale,
Delhi, où 15 personnes ont déjà succombé à la fièvre dengue et 600 autres ont été hospitalisées.
Les écoles, qui faisaient relâche pour la saison des festivités hindoues, sont fermées jusqu'à nouvel ordre.
Les hôpitaux ne savent plus comment gérer les milliers de personnes qui se présentent pour être auscultées ou pour demander des transfusions de sang, seul remède connu pour maîtriser la maladie dans sa phase la plus critique.
La capitale piquée
En fait, dans la capitale indienne, personne ne semble à l'abri des moustiques. Ces derniers ont même réussi à déjouer des dizaines de gardes armés pour faire leur chemin jusqu'à la somptueuse résidence du premier ministre du pays, Manmohan Singh, située au centre de la capitale indienne.
Le gendre et le petit-fils de M. Singh sont tous les deux infectés par le virus qui s'attaque au système circulatoire et peut causer la mort par hémorragie.
Le gouvernement est sur la sellette depuis plusieurs jours. L'opposition et plusieurs spécialistes de la santé jugent la réaction des autorités tardive et inefficace.
Hier, le ministre indien de la Santé, Anbumani Ramadoss, est intervenu publiquement pour répondre aux critiques et calmer la population. Selon lui, il n'y a pas matière à parler d'une épidémie et l'État fait de son mieux pour contenir le fléau, notamment en répandant des insecticides dans les quartiers et les secteurs les plus touchés.
Mais, a-t-il ajouté, sans la population indienne, le gouvernement ne viendra pas à bout des bestioles qui portent le danger dans leur dard.
«La fièvre dengue n'est pas un problème de santé, mais d'hygiène», a-t-il laissé tomber en conférence. Tout le monde doit mettre la main au balai pour s'en débarrasser.
Les moustiques infectés par la fièvre dengue s'en donnent à coeur joie dans les conditions d'hygiène des grandes villes indiennes. Les pluies saisonnières ont laissé derrière elles des étangs et des réceptacles d'eaux stagnantes que les Indiens les plus pauvres utilisent pour se laver ou encore pour laver leur linge. Ces eaux permettent aux insectes de se reproduire allégrement.
Une fois infectés, les moustiques s'en prennent à l'être humain, surtout à l'aube. L'incubation dure près de 10 jours, période après laquelle les personnes atteintes commencent à ressentir les premiers symptômes, dont la fièvre, les maux de tête, les douleurs musculaires et de dos, la nausée et la douleur aux yeux.
Après de deux à sept jours de fièvre, le virus peut s'en prendre au système circulatoire et causer des saignements de nez et des hémorragies cutanées. Si à cette étape de la maladie une transfusion de sang n'a pas lieu, le patient peut perdre la vie.
La fièvre dengue est loin d'être un nouveau phénomène en
Inde et dans le reste du monde en voie de développement. Plus de 2, 5 milliards d'être humains vivent dans des zones du globe où la fièvre dengue sévit chaque année. Les
Philippines, notamment, ont été frappées à maintes reprises par des épidémies.
En général, 5% des gens infectés périssent. Cependant, si la maladie est traitée en temps, la mortalité chute à 1%.
Ces statistiques ne rassurent pas pour autant les Indiens qui craignent le développement d'une épidémie. Et en ce début de leur saison touristique, ils aimeraient mieux que les moustiques aillent piquer ailleurs.
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