Bonjour Tara
comme tu l'as compris, je suis un inconditionnel de l'
Inde et du voyage désorganisé. Dans ce pays géré par l'anarchie fonctionnelle, je suis comme un poisson dans l'eau... Bref au Sri-Lanka il fallait y aller il y a 10 ans. Aujourd'hui, c'est une destination de je recommanderais à quelqu'un qui veut une approche aseptisée de l'
Inde. Pour toi qui a déjà 6 voyages indiens à ton actif je dis "TOUT SAUF LE SRI-LANKA". Déception assurée. Pour bien me faire comprendre, je te transmets ci-dessous, le début de mon carnet de voyage synthétisé. La seconde partie qui ne figure pas dans mon envoi, met en revanche en valeur le relationnel que j'ai pu entretenir avec les oubliés de la croissance locale : les pêcheurs, les cueilleurs de thé ou les petits boutiquiers hors des circuits. Je t'ai réservé la partie la plus explicite qui explique pourquoi je ne retournerai probablement pas dans cette île.
Début du texte
Que dire du
Sri Lanka ? C'est un peu l'
Inde. En plus petit, plus organisé, plus propre et... Nettement plus cher. C'est en quelque sorte, devenu la
Suisse de l'Océan indien. Le temps où l'on dormait dans un hamac sur une plage pour une poignée de cacahuètes est une expérience que plus personne ne connaîtra.
Avec la mondialisation, les Cinghalais sont tombés sur la tête. Comme la plupart des habitants des pays émergents. Ils n'ont pas attendu l'avènement d'internet pour réaliser combien nous [occidentaux] étions pleins aux as et le bénéfice qu'ils pouvaient en tirer. Résultat, des tarifs quasiment européens, voire plus chers, pour des services et des prestations à l'indienne. C'est à dire approximatifs. Très approximatifs.
De plus, ici, on a instauré une double billetterie. Un prix pour les locaux ; un autre pour les touristes étrangers... Dix à vingt fois plus élevé. Quand un cinghalais s'acquitte de 200 roupies pour l'ascension du Lion Rock à
Sigiriya, le couillon d'occidental lui, doit débourser 3.900 roupies, soit près de 25 euros par personne. Et soyons clairs, à ce tarif là, même si le site classé au Patrimoine mondial est indéniablement magnifique, ça ne vaut pas le coup de se lever aux aurores pour se retrouver avec une cohorte de touristes de toutes nationalités que les cars des tours-opérateurs déversent à une cadence métronomique. Au point que les escaliers de pierres et les coursives en acier scellées dans la paroi rocheuse pour faciliter l'accès au sommet, sont vite saturés de visiteurs piétinant. Ambiance de métro à l'heure de pointe assurée.
Même constat pour les réserves animalières. Le coût de ce que les cinghalais appellent pompeusement un safari, peut vite devenir prohibitif. Au prix d'entrée pour lequel il vous en coûtera plusieurs dizaines d'euros par personnes, vous aurez l'obligation de louer une jeep, ainsi que les services d'un guide. Guide qui la plupart du temps ne sert strictement à rien. Mais pour qui il faudra s’acquitter d'un droit d'entrée supplémentaire.
Et pour couronner le tout, en guise de safari, vous vous retrouvez à photographier des dizaines de 4X4 boursoufflés de vacanciers, traquant un pauvre troupeau d'éléphants indolents. Pas moyen de faire la moindre photo sans avoir au moins une demi-douzaine de véhicules tout-terrain dans le cadre. Ce spectacle qui s'apparente à un bouchon sur le périphérique parisien la veille d'un week-end printanier, pourrait être amusant s'il ne vous en avait coûté plus d'une centaine d'euros pour deux heures de tape-cul. On ne parlera pas d’arnaque. Mais on est plus proche de la foire du trône - sans les baraques à frites - que du safari. A ce tarif, le parc de Thoiry dans la région parisienne, est d'un excellent rapport qualité-prix. Et là, on sait que l’on est dans un zoo. Ni plus ni moins.
L'observation des baleines ou des dauphins en mer n'est guère mieux lotie. Cette attraction a été victime d’abus. Car lorsqu’un patron d'hôtel, de restaurant, un marchand d'ananas, chauffeur de tuk-tuk voire un simple passant dans la rue, propose d'embarquer, il précise désormais, que si vous n'apercevez aucun mammifère marin, vous serez remboursé. Croix de bois, croix de fer, si je mens... Précision appréciable, quand on sait que certains se sont retrouvés avec une "facture" d'une centaine d'euros par personne pour apercevoir au loin une queue de cétacé surnageant à la surface de l’eau. Mais à ce prix là, vous bénéficiez d'un coucher de soleil en mer... Si la mousson le permet.
Toujours dans la rubrique « les grincheux du bout du monde", évoquons maintenant le parc hôtelier de l'île. Parc, il faut le reconnaître particulièrement bien fourni. Pas un coin de plage sans son hôtel ou sa guest-house. Des dizaines et des dizaines d'établissements longent les côtes. Dix kilomètres de rivage pour dix kilomètres linéaire de marchands de sommeil. Certains empiètent directement sur le sable. Sans la moindre considération pour la “loi tsunami de 2004”, qui interdit toute construction à moins de quatre cents mètres de la plage. Ce pays serait-il aussi un peu victime de la corruption ? Je ne l'affirme pas... Sans preuve formelle. Mais au détour d’une conversation un peu arrosée dans le
back office d’un bar, on m'a assuré que le dessous de table est une pratique courante, pour ne pas dire ritualisée.
Pour en revenir au logement, côté prestations, le trou à rat ne se négocie plus à moins de dix euros. Ces chambres borgnes, à prix routard, avec douche
out of order, sans ventilateur, souvent reléguées à proximité des toilettes collectives... Même un routard n'en veut plus. Les coureurs du monde ne sont plus ce qu'ils étaient. Certains acceptent de loger en de tels lieux ; une nuit tout au plus. Pour dépanner quand rien d'autre n'est disponible. Encore faut-il qu'il y ait la wifi. Et la wifi, elle est partout. Ouf ! Il est vrai qu'il faut parfois avoir des dons de contorsionniste pour la capter et s'armer de patience pour transmettre ou recevoir ses mails. Mais un établissement qui aujourd'hui ne proposerait pas ce service serait illico disqualifié.
Le
Sri Lanka ne peut cependant être réduit à ces considérations bassement matérialistes et mercantiles. Même s'ils ont la main sur ton portefeuille, les locaux ont toujours le sourire. Tu te fais enfler, certes, mais dans la bonne humeur.
Autre particularité ; le
Sri Lanka a trois langues. Deux officielles : le cinghalais, le tamoul et une troisième, officieuse, mais très pratiquée dans l'île : Le français !!! Résultante de la mondialisation et du développement du tourisme de masse.
Le Routard et le Lonely Planet ne sont pas étrangers à ce bouleversement. Bouleversement qui s'est amplifié il y a une bonne décennie. Depuis bientôt quarante ans qu'ils répertorient le moindre grain de sable sur les plages de ce bas monde, la moindre gargote... les sri lankais, pas plus bêtes que les autres, n'ont pas mis longtemps à comprendre que ces guides étaient les meilleurs alliés de leur développement, leur corne d'abondance.
Dès qu'ils touchent le graal en figurant en toutes lettres dans l'une de ces bibles du voyageur au long cours, le tiroir caisse s'emballe, les prix flambent... De façon exponentielle. Avec la pêche, le tourisme est ainsi devenu la deuxième activité économique du pays.