Coucou,
Le punisher est tombé non sans intérêt sur ce forum par une recherche google. Irait-il jusqu'à dire "Puisqu'il s'agit d'
Inde, le punisher va rester non-violent" ? Lol. Après tout, l'
Inde a aussi ses luttes communautaires, sa course à l'armement et son conflit avec le pakistan... Donc le punisher va mériter son pseudo.
Depuis quelques années le punisher peste contre un certain nombre de bêtises qu'on peut raconter sur l'
Inde, en particulier cette sorte de fascination aveugle qui attire les occidentaux comme des mouches vers une sorte de construction mentale fabuleuse qu'ils pensent être l'
inde.
Pour être bien hors-topic, le punisher ne dira rien de la musique de Susheela Raman.
En
Inde, on peut trouver dans quelques boutiques musicales des grandes villes (du genre Planet-M), de fausses compilation "Latino" et même... "Françaises" qui jouent à fond la carte des clichés (Tour Eiffel, tricolore à tout va, poulbot et nappes vichy), et qui servent des interprétations tirées d'il ne sait quelles poubelles de catalogues d'airs populaires, ou des mélodies d'accordéon. L'effet vomitoire qu'ont eu de tels disques sur le punisher a été un délicieux coup de pied au cul, avec en prime la compréhension finale que, contrairement à ce que pensent certains chroniqueurs de films bollywoodiens qui n'ont rien compris, l'
Inde n'est pas la championne du kitsch. Les pires, dans l'affaire, ce sont honnêtement les Claude Challe et autres DJ du dimanche qui mettent trois breaks de sitar et un aaaahinnnhaahaaa mal enregistré sur un pauvre beat et revendent ça comme étant "Indien" (ne croyez pas qu'il fait un complexe d'infériorité devant les indiens, nous y reviendrons). Ouvrez un peu les yeux... L'entêtement à réduire une culture à quelques-unes de ses formes d'expression populaire qu'on mystifie, c'est 1/ être borné, 2/ être consommateur, du point de vue d'un des représentants de l'autre culture, de Kitsch.
Le voyage, ce doit être le début du décentrement, c'est à dire connaître l'équivalent chez l'autre de votre fascination pour sa culture. En ce sens, le premier des voyages en
Inde devrait être d'inviter un indien chez soi.
Votre encens et vos bougies, vos petites décorations importées vous fascinent... Mais ne trouverez-vous pas dérangeant cet indien qui fait une fixette sur les brocs ricard, les thermomètres "Souvenir de
Toulon", les natures morte "Retour de Chasse", les assiettes décorées des 500 fromages, les pendulettes en or, et tout ce que la sous-culture populaire française a pu produire de merdique.
Vécu: Un indien venu en
France disait au punisher, après une présentation de la vie politique française qu'il sétait efforcé d'effectuer de façon neutre (et non sans difficulté), "Cet homme, le Pen, semble honnête et vouloir défendre la
France, il faut préserver les traditions françaises !". Cela ne vous rappelle-t-il pas les nombreux voyageurs qui, en
Inde ou en
Cambodge, racontent à leur hôte que "Oh, vous avez des vraies valeurs, gardez-les, votre vie est merveilleuse, non non ne changez rien moi je m'adapte", et pestent contre toute forme "d'occidentalisation" qu'ils rencontrent, l'évitant à merveille (là où ce n'est que progrès). "Ah mais je voyage, vous comprenez, je ne suis pas venu pour voir ce que j'ai chez moi". Voyageur, c'est de chez toi que vient une bonne part du rationalisme et du positivisme, de la science et de la médecine, alors merde, sois-en fier ! Bien sûr, l'
Inde profonde, c'est ravissant, c'est typique, dépaysant (superstitieux aussi), mais accepteriez-vous que l'on réduise votre peuple à ses plus obscurs habitants (et que l'on n'accuse pas les paysans : la
france profonde, celle qui ne connaît ni l'avant ni l'ailleurs, à y réfléchir, ce n'est pas celle des paysans, c'est la jeunesse urbaine conne, oui, c'est du "plouquisme urbain"). La folklorisation, la folklorisation, tout le monde courre après, et d'ailleurs, on en fabrique une nouvelle ("L'
inde High-tech et ses silicon valleys", ha ha ha).
Le punisher s'égare.
A propos du mélange entre musique indienne et occidentale... Un des traits de la culture indienne est sa capacité à ingérer et assimiler d'autres cultures. Il n'y a qu'à regarder plutôt du côté de la production des chansons de films Hindi pour s'en convaincre (la musique de "variétés" en
Inde est essentiellement constituée des chansons de film). Quelqu'un qui se vante de mélanger musique indienne et musique occidentale ne fait que réinventer la roue. Les compositeurs de musique de film indiens le font depuis les année 50 : broadway, le funk, le disco, l'electro-pop, la dance, le r'n'b ont tous eu leurs rôles dans la production des chansons de films, à leur époque de gloire respective. Talvin Singh et Nitin Sawney n'ont pas inventé grand chose, et sont plus de bons communicateurs sur l'intégration de leur communauté en
Grande-Bretagne, que de bons musiciens.
Un autre point plus sournois : Cage considérait qu'un disque de musique classique joué sur un amplificateur était de la musique électronique. Dans cette perspective, l'
Inde ayant emprunté la technologie d'enregistrement à l'occident, tout disque de musique indienne est un produit culturel hybride, puisque le disque est en dehors de la tradition de la musique classique indienne, qui ne vit que dans la performance et hors de l'écriture (enregistrer, c'est figer, donc écrire, et l'enregistrement rend possible, par exemple, l'écoute d'un raga du matin le soir, ce qui viole le système musical). Dans le même genre d'idée ceux qui comparent les tendances dans la production des musiques de film hindi en classant A R Rahman dans les "classique" (Rahman a fait la BO de Zubeidaa, de Lagaan) se trompent largement. De facture et de sonorité classique, cette musique est produite avec des armes de destruction massive du genre ProTools...
A propos des musiciens : Ravi Shankar est un véritable musicien classique, élève d'un véritable musicien classique, et jouant une véritable musique classique, même s'il s'est compromis dans quelques projets discographiques on ne peut plus fumeux.
Le punisher invite ceux qui pensent que la musique classique indienne est supérieure à la musique classique occidentale, et qui invoquent l'argument de sa "complexité", à ranger leurs petits livres de Daniélou (Un type né en plein occident positiviste et qui se réinvente hindouiste sauce shivaiste (shivaiste, merde !) ne peut qu'être suspect) : La formation d'un musicien classique en occident est tout aussi longue qu'en
Inde ; et si le système indien a de nombreux modes, il n'en demeurre pas moins fondamentalement monophonique, donc la combinatoire des deux est quelque part équivalente. Les quelques expériences "d'orchestre" de musiciens indiens sont du n'importe quoi. Musicien indien (flûtiste) rencontré par le punisher : "J'admire les occidentaux pour leur capacité à jouer entre eux et faire de la belle musique à plusieurs. Les musiciens indiens sont égoistes, font vivre leur monde intérieur, et l'on ne peut pas faire exister deux mondes intérieurs différents simultanément" (ce que le punisher justifie par le fait que le sentiment de société en
Inde n'est que coexistence, là où en europe, tradition démocratique oblige, il est échange, enfin, plus maintenant vu qu'on s'encaste ou se tribalise)... Le punisher était venu pour l'enregistrer, ce type, à la fin, il a su que ça irait dans l'autre sens : il lui a gravé plein de trucs de Schubert qu'il avait sur son portable...
Il y a là également un phénomène qui gène la comparaison. Souvent, un occidental n'est pas "formé" à aimer la musique classique de sa propre culture, et quand il est confronté à celle-ci, ne l'est que par le biais d'artistes médiocres. De l'étranger, on ne connait que le plus célèbre, donc, quelque part, ou ce qui a le plus de qualité, ou ce qui est le plus apte à séduire (warning: le beau VS l'agréable). Dans les deux cas, on est séduit. C'est beaucoup plus difficile de trouver cela dans notre propre culture, parce qu'elle nous rend accessible, également, toute sa sous-culture.
Le punisher a eu l'occasion de rencontrer des étudiants qui géraient une radio de campus à
Ahmedabad. Il a également un bon ami à
Pune qui produit de la musique ambient/'glitch' et qui développe des logiciels de musique. Si ces mecs avaient lu ce que vous écrivez, ils se seraient énervés un soupçon de plus que lui.
[[Interlude : pourquoi y a-t-il dans les romans indiens toujours ces chiées de mots volontairement laissés en pature intraduits ou intraduisibles (sari, chapati, rickshaw, chutney, puja, bungalow, daal, aarti, les termes indiens pour les membres de la famille) en italique, pourquoi ne raconte-t-on souvent que des histoires ultra-typiques, avec force d'éléments culturels ? Alors que ça ne se passe comme ça en vrai que dans les petites villes ou quelques villages ? On peut raconter une histoire sans insister dessus, merde ! Vous croyez que les indiens s'amusent à ajouter autant de détails dans leurs romans ? Oui, c'est un triste jeu, parce que les éditeurs jugeraient d'autres textes ou thèmes comme "pas assez indiens". Pourquoi, également, les auteurs français lorsqu'ils écrivent sur l'
Inde, ne racontent que du Bénares-Mariage Arrangé-Famille déchirée-Castes s/ Mousson ? Bah faut que ce soit "indien" hihihihi.]]
Donc, pour revenir aux deux amis du punisher. Ils sont impliqués tous les deux dans la scène musicale électronique locale. N'allez pas croire que la musique électronique indienne, c'est buddha bar et trance goa... Il y a fort heureusement aussi des Fennesz ou des Popp en
Inde ! L'un diffuse de cette musique dans une émission, l'autre en compose. Si ils voulaient sortir leurs disques en Europe, on leur dirait "Votre truc, là, ça ne sonne pas très indien". Si si. C'est comment ça qu'ils perçoivent ce qu'on ressent de leur musique. Le punisher en a fait l'expérience avec un de ses disques. On lui demande parfois "t'as pas un disque de musique indienne à me prêter" (musique indienne = sitar avec glissements de pitch à outrance, voix suraigües et tablabla). "Si si, tiens" (Disque d'ambient composé par un indien). Plus tard "hey, tu t'es trompé de disque !".
Musique indienne : musique composée par un indien. Bah oui. N'importe quelle musique composée par un indien offrira sa charge d'information sur l'
inde, même du rock ouvertement copié sur l'occident (révélateur dans la façon dont il a été copié : quelle voie vers l'occidentalisation).
Les amis du punisher, ne sont pas dupes, et il faut être particulièrement con pour croire que leur truc n'a rien d'indien: Par exemple, les infrastructures de télécommunication ou d'énergie défaillantes (ça c'est de la réalité indienne, plus que les légendes sur les dieux) rendent très naturel pour eux le fait de composer de la musique 'glitch'. Conclusion aussi : ça leur paraît très déplacé, ridicule et ringard de faire de la musique qui raconte les histoires de copain krishna et les gopis, ou sa dévotion à Ganesha. L'
inde, ce n'est plus ça pour eux et pour la bonne grosse centaine de millions qui vivent dans les villes et une queue de distribution de Pareto, et qui sont le moteur du pays. Il y a bien sûr une scène rock / rap qui crève d'envie de se faire connaître, qui malgré ce que l'on pourra dire ne copie en rien les
états unis, et témoigne ouvertement de la réalité indienne. Il y a quelques années, elle n'était pas là, cette scène, et les voyageurs se plaignaient de voir des jeunes écouter Nirvana. Il faudrait savoir ce que l'on veut : Ou bien on tolère l'obscurantisme et on fait des docus colorés sur la condition des femmes et du typique à tout bord, ou bien l'obscurantisme part, la société se libère, et il existe une phase de transition où les produits culturels locaux ne sont plus adaptés à la consommation des autochtones, donc on importe (Nirvana, Green Day et Cake), avant que la production locale prenne la relève. Dans les grandes villes indiennes, on en est à cette phase, c'est ce qui rend la vie là-bas si fascinante.
Il ne faut pas que la littérature (tout comme la musique) étrangère soit une colonie de plus dans l'empire du goût des occidents.
PS: Ceux qui parlent du calme et de la sérénité de l'
Inde n'y sont sans doute jamais allés (peut-être confondent-ils avec un lounge bar ou une chambre d'hôtel climatisé) : l'
Inde est hystérique et braillarde.