Bonjour,
Je suis rentrée depuis peu d'un périple de trois mois en Asie. Il s'agissait de mon premier grand voyage d'adulte, j'entends par là sans ma famille. Ne me sentant pas prête à parcourir des terres inconnues en solo, j'avais trouvé un compagnon de voyage pour m'accompagner dans les pays que j'avais sélectionnés. Malheureusement, il s'est avéré que nous n'avions pas la même vision du voyage. Résultat: après un mois et demi de voyage, je me suis retrouvée toute seul à mon arrivée au
Laos. Et là, première crise d'angoisse. Je vais être franche: je ne suis pas le genre de fille à avoir une confiance inébranlable en elle-même. De plus, je suis incroyablement naïve (au point parfois, de donner l'impression d'une totale absence de bon sens), défaut que je tente de corriger depuis des années sans y être vraiment parvenue pour l'instant. J'avais laissé derrière moi mes livres de cours (je suis une étudiante trop sérieuse...) et mes manettes de playstation (...et une gameuse amatrice à mes heures perdues, donc autant dire que je ne sortais quasiment jamais de chez moi) pour aller rouler ma bosse dans des contrées exotiques, et je me retrouvais seule à l'autre bout du monde. J'ai débuté mon périple au
Laos par la ville de
Luang Prabang. Après deux jours passés sur place, l'angoisse a commencé à retomber. Je me suis rendue compte que, finalement, je pouvais survivre seule et gérer les aspects pratiques du quotidien même dans un pays aussi différent du mien en ne comptant que sur moi. Soulagement de courte durée. La seule chose à laquelle je ne parvenais pas à m'habituer...la solitude. Tout visiter toute seule, manger toute seule, ne rien pouvoir partager avec personne. Ce sentiment de solitude m'a poursuivi jusqu'à la fin du voyage et, combiné à ma naïveté/ma bêtise/mon absence de bon sens, m'a entrainé dans une situation inquiétante lors de mon séjour à
Vientiane quelques jours plus tard. La semaine passée dans la capitale laotienne a été la
pire de tout le voyage. Les deux premiers jours sur place, je les ai passés dans ma chambre d'hôtel, au fonds du lit avec la climatisation en panne, à cause d'un plat douteux dégusté au marché de nuit la veille au soir. À ce moment-là, mon moral n'était pas au beau fixe. Ma famille me manquait énormément, je n'étais jamais restée loin d'eux aussi longtemps. J'étais presque prête à reprendre l'avion plus tôt que prévu. Le troisième jour, constatant avec joie que je ne devais plus me ruer aux toilettes tous les quarts d'heure, je décide de partir à la découverte de la ville (enfin!). Avec ma carte sous le bras, je décide de commencer par la visite des temples de la ville. À la sortie du deuxième temple, je croise une jeune Laotienne qui m'adresse un sourire accompagné d'un très poli "sabaidee". Je lui rends son salut et poursuis ma route. Elle me rattrappe et fait mine d'être stupéfaite par la blancheur de ma peau (stupéfaction justifiée: après presque deux moix passés sous le soleil de l'Asie, je n'avais toujours pas bronzé). Interloquée par l'intérêt qu'elle semble me porter, je tente de poursuivre la conversation qu'elle a si gentiment engagée. Première erreur. Elle me demande d'où je viens Je lui réponds que je suis
Suisse. Elle s'émerveille alors du heureux hasard de notre rencontre, car sa tante vient justement de décrocher un travail en
Suisse et elle aurait besoin de quelques renseignements. Je crois à son histoire. Deuxième erreur. Elle me demande si j'ai déjà déjeûné. Je lui réponds par la négative. Elle m'invite alors amicalement à déjeûner pour discuter de la
Suisse. Heureuse de pouvoir échanger avec quelqu'un, d'autant plus qu'il s'agit d'une Laotienne et non d'une touriste, j'accepte. Troisième erreur. Au départ, je croyais que nous nous dirigions vers le quartier des restaurants, qui n'était pas très loin. Ce n'est qu'une fois arrivées devant chez elle que j'ai compris ma méprise. Elle m'invite à entrer et m'annonce qu'elle va me préparer un repas typiquement laotien. Honorée de tant d'attentions, je m'asseye dans le salon en attendant que le repas soit prêt. La grand-mère m'apporte une tasse de thé. L'oncle vient se présenger puis se fait un devoir de me faire la conversation pour combler l'attente. Il me pose des questions sur moi. Croyant à une véritable démonstration d'intérêt à l'encontre de ma personne, je lui réponds que je suis
Suisse, que je vis avec mes parents et mes frères et soeurs dans une petite ville, que je suis étudiante et que d'ai dû économiser le salaire de mes petits boulots pendant deux ans pour pouvoir faire ce voyage. Sa nièce et moi passons à table. Nous ne mangeaons que toutes les deux me dit-elle, "entre filles". La conversation est très agréable, je crois à un véritable échange amical. Erreur supplémentaire. Nous échangeons nos noms, nos adresses mail et nos numéros de téléphone, au cas où "nous aimerions nous revoir avant que je ne parte". Erreur supplémentaire. L'oncle nous rejoint pour le café. Il m'explique qu'il est croupier de casion sur un bateau de croisière et me demande si je sais jouer aux cartes. Je lui avoue que je n'ai jamais eu de jeu de cartes entre les mains de toute ma vie. Il me propose de m'enseigner les règles de ce qu'il appelle le poker jack ou pocker 21. Amusées par l'idées, sa nièce et moi acceptons la proposition. Erreur supplémentaire. Ce qui ressemblait réellement à une simple partie initiatique entre amis a tourné au cauchemar pour moi. Après une demi-heure de jeu, on frappe à la porte. L'oncle se lève et va ouvrir. Il revient avec un homme qui ne ressemble pas vraiment à un Laotien. Et en effet, il n'est pas d'ici. C'est un riche businessman étrangerde passage à
Vientiane pour affaires. Il pose une mallette sur la table et l'ouvre: elle contient des liasses de billets de 100 dollars américains. Je ne comprends pas tout de suite. Puis, tout bascule dans l'absurde. L'oncle me présente comme une riche touriste
suisse rencontrée il y a quelques années dans un casino
suisse en vacances au
Laos. Mon anglais étant ce qu'il est, il m'a fallu quelques minutes de réflexion pour comprendre ce qu'il venait de se passer. Je me lève et tente de baragouiner une excuse pour me sortir de là. Je ramasse mon sac et sors de la pièce. L'oncle a vite fait de me rattrapper, de me couper le passage et de me faire comprendre que je ferais mieux d'aller me rasseoir parce qu'il a menti à cet homme et que l'on risque d'avoir de gros ennuis parce que ce dernier est outrageusement riche et donc influent. Mais qu'est-ce qui m'a pris d'entrer dans la maison de parfaits inconnus?! Jamais je n'aurais fait une chose pareille chez moi! Pourquoi ici?! Ne sachant pas comment réagir face à une situation aussi surnaturelle, je me rasseye. L'oncle explique que je ne voyage pas avec de grosses sommes en liquide sur moi et que donc il a accepté de me faire crédit pour la partie. Il pose alors des liasses de dollars sur la table en les faisant passer pour miennes. Je saisis alors de quoi il retourne: ce sale type a besoin de moi pour lui donner le change. Il a besoin d'une riche touriste à offrir comme adversaire crédible à cet homme fortuner. En réalité, cela va encore plus loin que ça puisqu'il veut truquer la partie. En effet, la partie commence et tout au long de celle-ci il n'aura de cesse de profiter de sa situation de compteur de cartes pour me faire des petits signes afin de me réveler le jeu de notre adversaire. N'ayant jamais joué au poker et ne comprenant donc pas les signaux, je perds tout son argent. L'adversaire de retire, satisfait de ses gains. L'oncle veut absolument organiser une revanche pour récupérer ses pertes. Je refuse tout net. Il me menace alors de me dénoncer, non seulement à la police (ce que nous venons de faire est bien évidemment totalement illégal au
Laos), mais égalament à notre adversaire (puisqu'il y a eu tromperie et tricherie). Et là, ce ne sont plus seulement l'angoisse et la panique qui me nouent l'estomac, mais la peur. À ce moment-là, j'avais peur. L'oncle et la nièce me raccompagne à proximité de mon hotel. Je cours m'enfermer dans ma chambre. Je ne sais pas quoi faire. Je deviens parano. Je panique. J'envisage les pirs scénarios. Ils me harcèlent de coups de téléphone pour s'assurer que je ne parle à personne de de qu'il s'est passé. ILs me parlent en détails des ennuis que je peux avoir avec la police si je les dénonce. L'oncle tient mordicus à sa revanche. Il veut regagner son argent. Ce manège continue jusqu'à ce qu'arrive pour moi le moment de partir pour le
Vietnam, la dernière destination de mon voyage. La revanche n'a toujours pas eu lieu. Je pars pour
Hanoï. Arrivée là-bas, aucun répis. Coup de téléphone de l'oncle. Le riche homme d'affaires est également à
Hanoi en ce moment même pour ses affaires. Possibilité d'organiser une revanche sur place.Le jour suivant, aucun coup de fil. Je pars pour une mini croisière dans la
Baie d'Halong. À mon retour à
Hanoi deux jours plus tard, les coups de téléphone ne reprennent pas: plus de nouvelles. Arrive le moment de partir pour Hué. Toujours pas de nouvelles. Départ pour
Saigon. Toujours aucun signe de leur part. Puis, enfin, direction l'aéroport pour rentrer en
Suisse.
Bien qu'étant de retour en
Suisse, je ne suis pas tranquille pour autant. Je ne peux pas m'empêcher de ressasser tout ça tout le temps. Cela va jusqu'à m'empêcher de dormir parfois, car je sais qu'ils connaissent mon nom et mon adresse mail et je ne peux pas m'empêcher de penser qu'ils pourraient un jour me retrouver. Je suis consciente d'être à coup sûr un peu parano, mais cette expérience désagréable m'a laissé un goût plus qu'amer dans la bouche et a entaché le reste de mon voyage. Je ne comprends toujours pas comment j'ai pu faire preuve d'autant de naïveté et de bêtise. Si j'avais visité ce forum avant de partir, j'aurais peut-être été mieux préparée à ce genre de situations.