Après deux expériences en kayak plutôt très pluvieuses en
Alaska en fin d’été ces dernières années, nous choisissons pour cette fin août 2018, une destination un peu plus sèche : la côte Ouest du
Groenland. La température y sera certes un peu plus froide, surtout à cette époque mais nous parions sur une belle fin de saison. D’après les diagrammes des températures il devrait faire autour de 5 à 10°C avec quelques gelées nocturnes. La toundra aura déjà ses couleurs d’autonome et en fin de séjour peut être aurons nous la chance de voir des aurores boréales lorsque les nuits seront plus noires.
Nous partons à trois dans deux kayaks gonflables pontés bi place (Gumotex) emmenés de
France. L’idée est d’effectuer en deux semaines le tour de l’ile Arve Princess située au nord d’
Ilulissat dans la baie de Disko avec si possible une dépose en bateau à l’aller à l’extrémité sud de l’île.
C’est un tour qui parait assez classique dans la région, nous trouvons plusieurs descriptifs sur internet (merci aux auteurs). Grâce à eux et à Google Earth nous identifions tous les bivouacs potentiels dont nous rentrons les coordonnées dans un GPS. La partie Ouest de l’île qui donne sur la baie semble propice à l’observation des baleines tandis que la partie Est plus encaissée permet d’approcher plusieurs murailles glaciaires. Nous connaissons un peu le coin pour y avoir effectué deux raids en hiver en ski et pulkas.
De plus l’engagement reste limité du fait de la proximité de l’île avec plusieurs petits villages notamment Qeqertaq, Oqaatsut et même
Ilulissat. D’ailleurs, nous verrons des bateaux de pêcheurs presque tous les jours. La distance à parcourir nous convient bien : 200 kilomètres en 16 jours complets sur place, cela devrait laisser de la marge en cas de mauvais temps ou pour faire de la randonnée.
Nous réservons les vols en juin avec Air Greenland jusqu’à
Ilulissat pour la dernière semaine d’aout et la première semaine de septembre. A l’aller comme retour nous dormons à
Copenhague. Le vol
France-
Copenhague est effectué avec Air France.
Nous avons droit à 3 fois 20 kg en soute. Chaque kayak avec ses accessoires occupe un sac de 20 kilos; le dernier sac en soute sert pour le matériel commun : tente, réchauds, sac étanches... Nous emmenons en nourriture uniquement 1,5 kg de semoule. Au final nous avons 61 kilos de matériel, aucun excédent ne nous sera demandé.
Le matériel individuel (vêtements et sacs de couchage...) est réparti dans les bagages cabines.
Pour le transfert en bateau nous entrons en contact avec une agence : Blue Jay qui nous donne un numéro pour aviser sur place le jour de notre arrivée.
Jour 0 : Mercredi 22 août
C’est le jour du départ. Après le boulot, je rejoins en voiture depuis Gap l’aéroport de Marignane à
Marseille pour la première partie du voyage jusqu’à
Copenhague. Je profite des températures du coin plutôt clémentes : 35 °C à l’ombre. Après une escale à
Paris me voilà à
Copenhague à l’hôtel, situé à deux arrêts de trains de l’aéroport avec mes compagnons déjà installés. Aucun souci tout le monde est à l’heure avec ses bagages.
Jour 1
Le vol pour le
Groenland est à 9h. Nous faisons escale à Kangerlussuaq où nous changeons d’avion puis effectuons un stop à Aasiaat avant d’atteindre à 15h sous un beau soleil l’aéroport d’
Ilulissat.
Nous appelons Blue Jay pour le transfert en bateau : il peut nous emmener dès 18h sur l’île sinon il faudra attendre le lendemain. Cela nous laisse 3 heures pour préparer nos affaires et surtout effectuer les courses pour les deux semaines de notre périple, cela semble juste mais nous tentons.
En un coup de taxi nous sommes à Pisiffik où nous trouvons facilement tout ce qu’il nous faut : pain, beurre, fromage, charcuterie, riz, pâtes, confiture, muesli... Il n’y a plus d’essence C ou d’alcool à brûler pour les réchauds mais cette fois nous connaissons l’astuce : chez Stark un peu en hauteur de la ville nous trouvons les précieux liquides. Deux petites heures plus tard nous remplissons nos sacs étanches et bidons avec nos emplettes et à 17h30 nous rejoignons en taxi Klaus le gérant de Blue Jay directement au port.
Les vacances semblent commencer pour de bon lorsque nous filons en bateau au milieu des icebergs vers l’île d’Arve Princess. 45 minutes plus tard, nous repérons une plage bordée de rochers où Klaus nous dépose rapidement (il a un autre transfert à effectuer dans la foulée).
Nous voilà donc sur l’île au milieu de nulle part avec tous nos bagages et nourritures à ranger, la tente à monter et les kayaks à gonfler 10 heures à peine après avoir quitté l’hôtel à
Copenhague. Nous nous activons bien gênés par les mouches. Malgré nos moustiquaires de têtes c’est à peine supportable tant elles sont nombreuses. Elles s’engouffrent par dizaines dans chaque sac que nous ouvrons. Il fait plutôt bon : 10°C.
Tout est prêt dans la soirée et c’est très contents d’avoir effectué tous ces transits (avions et bateau en une seule journée) que nous nous glissons dans nos sacs de couchage.
La nuit, le vent se lève et nous sortons plusieurs fois contrôler les ancrages de la tente et des kayaks. Nous constatons la clarté de la nuit, il fait encore largement crépusculaire même à 1h du matin.
Jour 2
5h30 au réveil, le vent du sud souffle encore fort mais puisque nous nous dirigeons vers le nord nous décidons de tenter quand même cette première étape.
C’est aussi le moment où nous chargeons les kayaks : comme nous ne sommes que trois pour deux kayaks bi places nous remplissons l’hiloire d’un deux kayaks ce qui nous permet de faire tenir toutes nos vivres. Cela aurait été bien difficile si nous avions été 4 pour deux kayaks.
Puis enfin, nous nous élançons vers le nord par la côte Ouest de l’île. Les conditions ne sont pas du tout optimales, la mer est bien formée et la prise au vent des kayaks est importante. Mais le principal problème vient du jupage : les affaires sur le pont affaissent ce dernier et la jupe à tendance à s’enlever régulièrement... Il faudra faire avec. A peine partis et voila déjà que des baleines crèvent la surface, c’est la première fois que nous en voyons et nous sommes très impressionnés. Dommage que le vent ne permette pas une contemplation plus longue, s’arrêter de pagayer est impossible tant il souffle fort.
Nous franchissons quelques caps et hésitons même à nous arrêter devant les conditions. Pour trouver un semblant de protection, nous sommes obligés de suivre la côte au plus juste sans couper les nombreuses baies ce qui rallonge le trajet considérablement. Mais au fil de la matinée le vent s’estompe et la mer se lisse. Nous apercevons plusieurs baleines et nos premiers phoques. Il fait presque bon lors de la pause piquenique. En fin d’après midi nous atteignons la baie de Kangerup Sarqâ où nous avions identifié un bon spot de bivouac avec une très grande plage et une rivière. Mais le vent s’est inversé il vient désormais du nord, la dernière heure est rendue difficile par la fatigue et ces bourrasques qui nous prennent de face.
Le bivouac est idéal et très beau, face à de nombreux icebergs échoués dans la baie.
Le GPS nous alerte d’un autre gros inconvénient des kayaks gonflables : leur lenteur. Il nous a fallu 7h30 de navigation effective (sans les pauses) pour effectuer 28 km soit 3.7 km/h de moyenne ce qui est un peu décevant. Mais nous le savions avant le départ et encore une fois il faudra aussi faire avec !
Jour 3
Surprise : à 6h au réveil, il pleut, il y a de la brume, du vent du sud et la mer moutonne même dans la baie. Il semble prudent de renoncer d’embarquer même si s’arrêter dès le 2ème jour est dur pour le moral. Nous nous rendormons d’autant qu’avec la fatigue du voyage et les dures conditions de la veille nous sommes un peu marqués.
A 11h, les conditions de navigation ne sont pas meilleures, aux extrémités de la baie nous voyons d’énormes vagues s’écraser sur les rochers et renoncer pour la journée devient évident. En revanche il ne pleut plus, nous partons donc pour une rando le long du grand lac qui borde la baie. Le vent n’a pas faibli et il fait plutôt froid.
La toundra commence à prendre ses couleurs d’automne et le contraste entre le blanc des lichens et le rouge de la végétation est sublime. Au lac nous sortons les cannes à pêche et rapidement, nous attrapons deux beaux ombles qui dépassent les 50 cm.
La fin d’après midi approche et le soleil ne semble plus très loin. Le long de la plage nous ramassons du bois flotté (essentiellement de vieilles planches) qui nous permet de cuire au feu en papillote notre pêche du jour. Manger sa propre nourriture dans un si bel endroit à côté d’un bon feu nous réconforte après notre déconvenue du jour.
Au milieu de la nuit un renard arctique entre dans l’auvent arrière de la tente, il semble à peine intimidé lorsque nous le chassons à grands cris puis à coup de pierres.
Jour 4
Lever à 6h15 du matin 3°C, nous sommes à l’eau à 8h, le vent a bien faibli mais la mer est enveloppée de brume, il fait bien froid dans ces conditions humides.
Nous franchissons le cap de la baie : Kangea et tirons vers le village abandonné d’Agpat. L’ambiance est très austère, nous longeons des rochers noirs au milieu d’une brume qui laisse 50 mètres de visibilité et qui dévoile au fur et à mesure de gros icebergs.
Soudain la surface de l’eau s’agite devant mon kayak et un énorme dos gris surgit de la mer. La collision est inévitable mais la baleine semble avoir compris et replonge immédiatement, elle passe sous le kayak et ressort quelques mètres plus loin. Je sens le kayak tanguer dans l’écume blanche et me dépêche de pagayer pour sortir des remous crées. Quelle émotion !
Un petit vent commence à chasser la brume et le soleil fait de belles percées. Nous nous arrêtons malgré le froid pour visiter le village abandonné qui laisse une drôle d’impression. Toutes les maisons sont encore en bon état et sont grandes ouvertes certaines ont du être très spacieuses en leur temps. Nous reprenons la mer et devant la grande baie de Kaangerdluk nous hésitons le vent de face est fort et de grosses vagues fendent l’eau. La prochaine plage depuis l’île de Nua où nous nous sommes arrêtés pour réfléchir est à plus de 8km. Il est à peine 14h mais la prudence nous incite à stopper ici l’étape du jour. Nous avons effectué 12 km soit pile la distance à faire pour être dans les temps. L’après midi est consacré à la randonnée sur les collines de l’île et au ramassage de moules et du bois.
En soirée, nous cuisons au feu de bois ces grosses moules groenlandaises que nous savourons sous les beaux éclairages du soir. Il fait désormais beau mais le thermomètre affiche -5°C au soleil...
Jour 5
Grand soleil, mer d’huile et -8°C à 6h. Tout est au vert pour prendre la mer et effectuer la traversée de la baie même si enfiler les affaires humides de kayak est un peu désagréable par ce froid. C’est la première fois que nous naviguons sur une mer plate depuis le début de séjour et la moyenne kilométrique augmente légèrement.
Nous entrons dans le détroit de Smallesund qui marque la fin de la côte Ouest de l’île, nous sommes proches du grand fjord de Torssukatak dans lequel se jettent deux glaciers. La passe d’accès au fjord est très étroite et de nombreux morceaux de glace empêchent l’accès aux plages. Le vent s’est levé et il nous arrive de face (encore une fois). Juste avant d’entrée sur le fjord nous accostons sur une plage raide faite de gros galets sur lîle d’Oqaitsut. Il fait très froid avec le vent et avancer devient difficile. Nous décidons de nous arrêter pour la journée à la fois à cause des conditions mais aussi parce que le prochain bivouac est loin tant le fjord est encaissé.
Nous finissons par trouver un endroit plat pour la tente malgré la raideur de la pente.
Même si le vent est bien présent, il fait grand beau et nous partons à pied pour le cap nord est de l’île qui surplombe le fjord. La vue porte loin et est exceptionnelle en premier plan le grand fjord rempli de glace avec ses rives encaissées dans de grosses falaises de granit orangé et en arrière plan au loin la calotte et les murailles glaciaires.
Nous apercevons le village de Qeqertaq dont nous captons le réseau ce qui nous permet d’avoir la météo qui est annoncée plutôt bonne. En arrimant les kayaks le soir, je constate que le comportement étrange de ce dernier en fin d’étape provient de la perte de la dérive, impossible de savoir ou elle s’est décrochée, il faudra s’en passer.
Jour 6
Toujours ce vent de face glacial qui arrive du Nord Est. Nous prenons quand même la mer pour une grosse étape afin de gagner la grande passe qui relie les fjords de Torssukatak et d’Ata.
Nous avançons péniblement le long des grandes falaises de la rive sud du fjord. Elles sont exposées plein nord et nous masquent le soleil. Nous sentons la froideur et l’humidité du rocher. Il fait vraiment froid surtout au niveau des extrémités. Nous pique niquons sur le cap ouest de l’île de Qeqertakavasak. Le froid ne permet pas de s’arrêter plus de 20 minutes... Mais le vent faiblit et la mer est maintenant bien lisse. Elle est très encombrée par la glace entre les icebergs et les anciennes plaques de banquise. L’objectif est d’atteindre le grand promontoire rocheux d’Anapnuna coincé entre les glaciers de Kujatdleq et de Kangilerngata mais la glace complique la progression. Nous nous arrêtons pour gagner de la hauteur sur une petite île et repérer un passage d’eau libre mais nous ne voyons que du blanc, passer semble impossible. Les courants sont très complexes et des pans entiers de glace sont drainés dans un sens puis dans l’autre à une vitesse impressionnante.
Nous errons dans ce labyrinthe jusqu’à atterrir sur une plage de la petite île de Takissut où nous montons le camp bien fatigués par les 30 km parcourus et la vigilance imposée par l’abondance de glace. Le coin est sublime sous le soleil du soir nous sommes entourés de glaces et de montagnes avec au loin le glacier de Kangilerngata. Les contrastes en été sont saisissants entre l’eau, les icebergs, le ciel et la toundra flamboyante, toutes les couleurs sont représentées. Il règne un calme absolu.
L’absence d’eau à boire à cet endroit n’est pas si contraignante : nous plaçons dès notre arrivée sur la plage des récipients sous les icebergs échoués dans l’estran. Ils seront tous plein à la fin de notre installation.
Jour 7
Il faut modifier nos plans : nous n’atteindrons pas le promontoire rocheux trop bien protégé par la glace. Nous partons sous le soleil pour l’île d’Igdluluarssuit. Bien que nous ayons repéré un passage juste avant la mise à l’eau, nous nous retrouvons vite encerclés par la glace. Cette dernière est partout et trouver de l’eau pour pagayer devient compliqué. Nous essayons de forcer le passage dans tous les sens quitte à revenir sur nos pas. Tout bouge à une vitesse impressionnante, nous sommes au milieu d’un tourbillon de glace.
La tension monte et chaque embarcation a le droit à sa grosse frayeur. Je suis coincé contre des plaques de glaces qui m’entrainent contre un iceberg, la pression exercée sur le kayak est énorme, il va se retourner ou se percer ! Mais à force de coups de reins et de pagaies sur la glace je m’extirpe de ce piège. A peine 10 minutes plus tard mes compagnons sont pris en sandwich perpendiculairement contre deux icebergs qui se rapprochent. La situation est désespérée, le kayak se plie et se tord de plus en plus, mais sous les coups de pagaies il finit par se libérer. Passé ces moments particulièrement désagréables nous sommes complètement bloqués. Les plaques de glaces dérivantes se sont resserrées, les kayaks ne sont même plus dans l’eau... Une seule solution : attendre les kayaks posés sur ces plaques qui restent trop fines pour marcher dessus (même si nous n’avons pas essayé). En quelques minutes, la situation se débloque : une voie d’eau se créée, nous nous y engouffrons. Nous pagayons avec un seul but : trouver une flaque d’eau plus grande. A force d’aller et de retour notre chemin se dessine, il faut forcer le passage plusieurs fois en attaquant la glace directement avec les kayaks et enfin nous sortons du gros du labyrinthe. Nous gagnons la terre à l’ouest de l’île et nous repérons que la suite sera plus aisée. Pour gagner l’île il n’y a plus qu’à traverser le détroit d’Arsiviup ikera qui est peu encombré. Nous atteignons le cap est de l’île qui est idéal pour un bivouac même si nous n’avons pagayé que 3 heures. Nous montons le camp et nous nous mettons en marche vers le sommet de l’île qui domine toute la passe et les glaciers.
Tout est magnifique peu importe la direction. A 14h, nous sommes au sommet, la beauté du coin et le pique nique face au glacier au soleil sans vent nous font un peu oublier la catastrophe que nous avons frôlée quelques heures plus tôt.
Il sera impossible d’approcher le glacier en kayak mais sur notre sommet à pied il semble tout proche et le contempler en sécurité sur la terre ferme est un grand moment.
La passe est d’une complexité énorme, tout est en mouvement et un passage impraticable et bouché est en eau libre quelques minutes plus tard. Nous sommes ravis lorsque nous retournons au camp. Une baleine un peu perdue au milieu des glaces nous accompagne en longeant la rive. L’endroit est vraiment beau mais la température chute à nouveau sous le ciel dégagé ce qui nous empêche de manger dehors.
Jour 8
Beau et froid au réveil -9°C, la mer a gelé en de nombreux endroit. Nous hésitons quant à la suite du séjour, commencer à revenir vers
Ilulissat ou s’attarder dans la passe notamment pour approcher le glacier d’Eqi. Avec les incidents de la veille nous décidons de bien réfléchir et nous gagnons en kayak le cap sud de notre île pour voir les conditions de glaces en direction d’Eqi. Le temps s’est un peu couvert entre temps et le ciel est bien gris. Au cap, nous apercevons la muraille du glacier située à encore à 15 km.
Le fjord est bien encombré mais cela semble passer. Mais rien ne dit que la vue sera vraiment plus belle à 1 km du glacier qu’à 15 km d’autant que le front est assez actif et donc dangereux. Nous décidons de tirer vers le sud sans passer par le glacier. Les températures froides rencontrées dans la passe nous motivent également pour nous éloigner des glaciers et de la calotte. Nous naviguons sous un ciel menaçant mais sans vent. Les kayaks fendent la petite couche de glace formée à la surface dans un bruit de papier froissé. Nous atteignons le campement d’Ata en fin d’après midi après 5 h à ramer sans une seule pause...
Le vent s’est levé et nous découvrons une belle surprise : un refuge avec une table et une belle banquette garnie de matelas. Face à la météo qui vire au mauvais nous nous installons confortablement. Le poêle à pétrole est d’une trop grande complexité pour nos 3 cerveaux, nous n’arrivons pas à le démarrer dommage il fait 0°C à l’intérieur.
La suite de l’après midi est consacré à la pêche dans le grand lac où nous mettons au sec un bel omble bien assez grand pour trois.
Bonne nuit de sommeil sans risques de renards et de bruits de tente secouée par le vent.
Jour 9
Réveil à 6h sous le bruit de la pluie qui frappe la cabane. La décision est prise en regardant la fenêtre, vent, pluie et brume masquent la mer : nous nous rendormons.
Nouveau réveil et la pluie s’est arrêtée, nous allons pouvoir sortir faire le plein de poissons. Nous partons à pied en direction du lac dont longeons la rive ouest. Il fait très couvert et le vent nous incite à rester en mouvement. Nous tirons jusqu’à un lac plus petit à l’extrémité du grand dans lequel nous sortons un omble énorme. Une petite éclaircie vient égayer le piquenique et nous repartons pour notre cabane.
Cette rando de 20 km nous occupe toute la journée : marcher dans les éboulis glissants et les micros reliefs des tourbières prend du temps.
Jour 10
Le ciel est dégagé mais un petit vent du sud rend le pagayage intensif. Nous partons en direction du sud est pour rejoindre la rive opposée du fjord. Il fait bien froid et il est impossible de s’arrêter de pagayer quelques instants sous peine de perdre immédiatement du terrain à cause du vent. Nous traversons le fjord de Kangerluarsuk. Je reconnais le cap atteint à ski en hiver 2017. Nous trouvons un bel endroit de bivouac sur la rive sud du fjord : Uiartag. Il n’est pas midi mais face à ce vent de face nous préférons arrêter l’étape ici plutôt que de se fatiguer pour quelques kilomètres en plus. Comme les précédents, ce bivouac est d’un grand confort : le sol est fait d’une grosse couche de lichens et de mousses très agréables lorsqu’on s’y allonge.
Nous partons en rando sur les hauteurs du cap où la météo alterne entre grosses éclaircie et giboulées de neige. Nous constatons la perte du thermomètre mal accroché au sac à dos. Au retour, dans la petite baie de notre plage une baleine nage tranquillement à 10 mètres du rivage, une belle surprise.
Le ciel se dégage complètement, la température chute alors que la nuit approche.