Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Rogerbarthas · 20 décembre 2007 à 11:06 · 10 photos 40 messages · 20 participants · 9 411 affichages | | | | À: Dennis · 22 décembre 2007 à 0:32 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 21 de 40 · Page 2 de 2 · 3 289 affichages · Partager .....ce qui m'a beaucoup surpris dans cette histoire, vis-a-vis du génocide, c'est l'attitude des khmers eux mêmes qui souvent nous semble bizarre : pas ou peu de désir de vengeance, personne n'en parle,
Le desir de vengeance existait au depart (juste apres la chute des KR) ensuite les gens sont tellement preoccupés par la misere quotidienne qu'ils preferrent laisser la vengeance à coté. Sinon bien sur qu'on en parle mais il faut parfois faire attention car les Khmers rouges sont partout... Par ex. ceux qui dirigent le pays actuellement.
peut être faut-il des dizaines et des dizaines d'année avant qu'ils reviennent d'eux mêmes sur leur propre histoire..........je sais pas.........et il a fallu longtemps avant de pouvoir monter le tribunal international, et c'est essentiellement les nations unis qui l'ont fait........pas les cambodgiens........
Les cambodgiens lambda veulent bien sur le proces mais ceux qui dirigent le pays actuellement n'en voulaient pas puisqu'ils etaient KR eux memes. Et je pense qu'il y avait aussi pas mal de pressions venant de pays concernés par les conflits cambodgiens successifs ( Chine, Vietnam, Etats unis, Russie,..) et également du gouvernement cambodgien que l'ONU avait du mettre du temps pour monter ce tribunal "international". Et puis je ne suis pas sur que ce procès va vraiment donner une vraie justice aux victimes.... La justice rendue conviendrait sans doute aux pays conerncés par les conflits et aussi aux Khmers Rouges qui dirigent le pays actuellement.... | | | À: AsiatDuCoin · 22 décembre 2007 à 0:50 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 22 de 40 · Page 2 de 2 · 3 278 affichages · Partager Je suis cité à comparaitre l'année prochaine devant le tribunal. Il n'y a jamais eu 2 millions de morts. C'est entre autre la seule raison du procès puisque tous les membres de l'Angkar sont maintenant morts et qu'il n'y a plus un seul responsable vivant. Ceci expliquerait que tout le monde s'en foute de ce proces... au moins chez les principaux éventuellement concernés : Les Khmers !!!! | | | À: Valizaroulet · 22 décembre 2007 à 1:09 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 23 de 40 · Page 2 de 2 · 3 276 affichages · Partager Je suis cité à comparaitre l'année prochaine devant le tribunal.
A quel titre?
Il n'y a jamais eu 2 millions de morts.
2 millions peut etre pas mais beaucoup... Dans mon village, à la fin du regime KR il n'y avait que des chats.....
C'est entre autre la seule raison du procès puisque tous les membres de l'Angkar sont maintenant morts et qu'il n'y a plus un seul responsable vivant.
Quoi? Et Khieu Samphan, Ieng Sary et sa femme, Noun Chea ?
Ceci expliquerait que tout le monde s'en foute de ce proces... au moins chez les principaux éventuellement concernés : Les Khmers !!!!
Certains s'en foutent du procès pas pour la fausse raison que vous citez mais parce qu'ils pensent que le tribunal est peut etre sous influence des anciens KR au pouvoir..... | | | À: Exposure · 22 décembre 2007 à 9:11 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 24 de 40 · Page 2 de 2 · 3 262 affichages · Partager Avis purement personnel, je crois qu'il est vraiment important d'y aller simplement pour ne pas oublier
mais j'ai bien dit que je n'oubliais pas, ni n'occultais pas, mais comme alan l'a gentiment dit " certains fantomes doivent rester au placard"
la souffrance des hommes qu'elle ai été dans les camps, au cambodge, au rwanda, en sierra leone ou ailleurs dans le monde est la même, et même si j'aime le cambodge, je n'oublies les autres...........
la vision de l'horreur est une interprétation personnelle du notre monde, chacun voit midi à sa montre et donne l'heure différemment.
ce n'est pas que d'oublier ce qu'ils ont vécus que ne pas le voir...........
et malheureusement ce que j'ai déja vu "et de visu " suffit a savoir de quoi sont capables les hommes.........
et je cherche pour eux a en voir le meilleur et non le pire.......
maintenant chacun a son histoire et fait comme il veut. | | | À: AsiatDuCoin · 22 décembre 2007 à 9:20 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 25 de 40 · Page 2 de 2 · 1 589 affichages · Partager bonjour,
je vous remercie tous pour vos reponses...je vous avoue etre toujours avec la question initiale...En la posant, je n'imaginais pas qu'elle susciterait autant de reponses et j'y vois pour chacun de nous les traces, l'indicateur d'un amour pour ce peuple...
Perso, je comprends tout à fait la première approche qui est emotionnelle, je l'ai vecu aussi en 2002, et je me rappelle ma tres forte envie de chialer, mon envie aussi de foutre sur la gueule (pas cool!)à des touristes qui me semblaient peu respectueux du lieu et du travail de memoire qu'il impose...mais il en va ainsi de l'ame humaine, de la conscience..elle est individualisée...et la gestion de l'emotion dans un lieu tel que celui là n'est pas chose facile...
Passée la partie emotionnelle, mes interrogations subsistent....mais peut etre suis je dans l'erreur ?
D'après mes infos, Tuol sleng ouvre en 1993 et n'est pas un lieu mis en place par les khmers mais par l'APRONUC... Cet arbre n'a t il pas pour première fonction de cacher les forèts de l'horreur ?...N'est il pas une sorte de bonne conscience de l'internationnal qui a laissé se derouler un genocide terrible ? ne reste t on pas à Tuol Sleng dans le domaine du dicible ? N'y a t il pas une sorte d'historisation (prise de recul) et donc de banalisation de l'Histoire, desintensification ?...
l'ouverture des killing fields est posterieure...quelle année? Qu'elle est la destination des fonds recoltées? Concernant Tuol sleng, les fonds servent à l'entretien du lieu et l'accés est libre pour les khmers...Qu'en est il des killing fields ?...
Ne croyez pas que je banalise l'horreur, c'est le contraire que je veux dire...Tuol sleng est effectivement de l'ordre d'auschwitz mais le genocide khmer va bien au delà de tout, et les horreurs des deux cotés sont bien anterieures à la prise du pouvoir (la folie etait déjà plus qu'en germe)...Tuol sleng ne peut etre qu'une première approche...
certains d'entre vous ont ils visité le Centre BOPHANA ?...si oui pourriez vous en parler un peu ? Pour ceux qui commencent juste à s'interresser à l'histoire du Cambodge, je peux signaler les videos de l'INA (souvent gratuite sur youtube)... | | | À: Rogerbarthas · 22 décembre 2007 à 9:46 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 26 de 40 · Page 2 de 2 · 1 580 affichages · Partager visiter c'est comprendre, < le reste est personnel..>> | | | À: Rogerbarthas · 22 décembre 2007 à 12:22 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 27 de 40 · Page 2 de 2 · 1 562 affichages · Partager l'ouverture des killing fields est posterieure...quelle année? Qu'elle est la destination des fonds recoltées? Concernant Tuol sleng, les fonds servent à l'entretien du lieu et l'accés est libre pour les khmers...Qu'en est il des killing fields ?...
j'y ai été en 1992, il y avait juste un petit parking, un petit stupa plein de cranes et les trous dans la terre tout autour..........quelques pancartes, presque rien et peu de visiteurs........... | | | À: Dennis · 22 décembre 2007 à 20:50 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 28 de 40 · Page 2 de 2 · 1 547 affichages · Partager bonjour!
merci de ton info, je pensais que ces charniers avaint etes mis à jour plus tard....
à ceux qui connaissent et ont visité récemment: ce lieu est il un lieu de mémoire pour les cambodgiens?...
Perso concernant Tuol sleng, je n' y ai vu que des touristes...en petit nombre... | | | À: Rogerbarthas · 23 décembre 2007 à 11:26 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 29 de 40 · Page 2 de 2 · 1 537 affichages · Partager Roger bonjour, moi je ne suis pas allé "visiter" Tuol Sleng, S21, car je vais toujours visiter des amis, des lieux agréables. S21 est tout sauf un lieu agréable, donc lors de mon passage et recueillemnt sur ce site, j'ai croisé pas mal de cambodgiens, peut-être à la recherche de proches... Des cambogiens en famille, avec l'air vague et perdu face aux photos, les dévisageant, et commentant aussi les visages gribouillés et grattés des photos des bourreaux... étrange en tout cas... Bonne fêtes en tout cas, et qu'elles nous servent à avoir une pensée à ce moment pour tous ces disparus, au Cambodge et partout ailleurs | | | À: Warden · 23 décembre 2007 à 13:09 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 30 de 40 · Page 2 de 2 · 1 528 affichages · Partager Bonjour warden !
Ta remarque est trés juste...un devoir de memoire, un hommage posthume, un soutien moral aux familles des victimes...meme si un lieu en est le support ce n'est pas une visite...
ce matin j'ai pris connaissance de: www.globetrotters.fr le genocide khmer...Une serie de 10 videos ou l'on voit les divers sujets abordés ici...Une serie de 10 vidéos une sur tuol sleng, une sur choeung ek, une sur le centre Bophana, intervieux de F.Ponchaud, Gilette ( cambodge soir)...Une petite heure est necessaire...
A bientot..; | | | À: Rogerbarthas · 26 décembre 2007 à 11:15 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 31 de 40 · Page 2 de 2 · 1 497 affichages · Partager En mémoire des victimes, une marche menée par des nonnes ce 25 Décembre 2007 Information tirée de l'Hebdo " Cambodge Soir"
500 religieux marchent pour la justice Un cortège de 500 moines a rallié le Tribunal Khmers rouges, mardi 25 décembre. Son but, défendre la paix et la justice. La Cour spéciale a apprécié le geste, car elle estime important que les victimes soutiennent le bon déroulement du procès. Cette marche intervient un mois environ après les arrestations de quatre anciens hauts responsables du régime polpotiste, portant à cinq le nombre de personnes qui seront jugées pour les Chambres extraordinaires. Pas moins de 500 religieux, bonzes et nones, ont défilé, mardi 25 décembre, pour défendre la paix et la justice. Organisé par le Centre de documentation du Cambodge, le DC-Cam, le cortège n'était pas autorisé à circuler dans le centre de la capitale par crainte de saturation de la circulation. Rassemblés au Wat Phnom, les participants sont donc partis en bus et ont rallié le rond-point de Chaom Chau. De là, ils ont rejoint à pied le Tribunal Khmers rouges, à quelques kilomètres de distance. Sur les pancartes qu'ils brandissaient, on pouvait lire des slogans qui prônaient la paix et la justice et soutenaient l'action des Chambres extraordinaires. Pour Vanthan Peou Dara, le directeur adjoint de DC-Cam, la marche prouve que les nones et les bonzes s'impliquent dans le déroulement du procès. « C'est la première fois que les victimes font une telle démarche. C'est important pour nous. Cela encourage le fonctionnement de cette institution », juge Reach Sambath, porte-parole des Chambres extraordinaires, qui a accueilli le défilé dans la cour de l'institution. Leang Delux | | | À: Warden · 26 décembre 2007 à 19:10 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 32 de 40 · Page 2 de 2 · 1 480 affichages · Partager Bonsoir warden !
cete marche est une réponse trés claire des moines à ceux qui disent que la justice sera Kharmique...Elle sera peut etre kharmique mais aussi bienvenue dans cette incarnation si toutefois il est possible de la rendre !... (ceci dit il est posible que d'autres choses se jouent, les moines bougent beaucoup en ce moment et un peu dans toutes les directions...je pense à la Birmanie, les moines ont ils reveillé quelque chose?)
Cordialement... | | | À: Rogerbarthas · 26 décembre 2007 à 19:20 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 33 de 40 · Page 2 de 2 · 1 477 affichages · Partager je pense à la Birmanie, les moines ont ils reveillé quelque chose?)Salut Roger, je crainds qu'ils aient réveillé la chappe de plomb!!!! hélas!!!!
A+ | | | À: Rogerbarthas · 28 décembre 2007 à 12:44 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 34 de 40 · Page 2 de 2 · 1 463 affichages · Partager Personnellement lors de ma visite du S21 j'ai été plutot relativemet surpris par le fait que les générations khmers les plus jeunes (les moins de 25 ans) n'étaient pas bouleversées par ce qu'elles voyaient ou n'avaient pas encore pris la mesure du désastre dont leur peuple avait été l'objet... Nous dirons qu'elles ne disposent pas encore de la maturité ou des connaissances nécessaires (quasi absence d'enseignement). Et ne pas oublier c'est avant tout savoir et faire savoir.
Pour le reste, la visite du S21 me semble incontournable et ne fait l'objet d'aucune hésitation, celle des killing fields est plus brutale encore mais ne peut se faire que dans la continuité du S21. Les ames sensibles s'abstiendront du second mais pas du 1er. A mon avis. | | | À: Philgbo · 28 décembre 2007 à 17:19 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 35 de 40 · Page 2 de 2 · 1 451 affichages · Partager celle des killing fields est plus brutale encore mais ne peut se faire que dans la continuité du S21
Bonsoir!
Oui, je suis arrivé à cette meme conclusion des divers temoignages que j'ai pu lire... Ce qui m'affole un peu, c'est que justement dans les temoignages (certains), il n'apparait pas la dimension reelle des massacres qui ont eu lieu au Cambodge, des charniers tel celui de choeug ek se comptent par dizaine au cambodge...De meme la folie que les shotting game (tirer au bazzoooka sur une vache en carton:100USD), il ne faudrait pas qu'un jour, un tour operateur...
Esperons que les jeunes generations pourront un jour s'approprier l'histoire de leurs ainés...ces lieux de memoire pourront alors peut etre les aider à celà. | | | À: Rogerbarthas · 29 décembre 2007 à 14:10 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 36 de 40 · Page 2 de 2 · 1 444 affichages · Partager Le photographe de tuol sleng: entre regrets et creation d'un musée à ALONG VENG Source : lefigaro.fr --
Enrôlé par les Khmers rouges à l'âge de 10 ans, Nhem En prenait des clichés des détenus du lycée-prison de Tuol Sleng
IL Y A CETTE FEMME au regard indigné et qui porte son enfant endormi, ce gamin à l'oeil poché, une lourde chaîne autour du cou, droit comme un I, cet homme aux yeux exorbités ou encore cette jeune fille apeurée qui fronce les sourcils. Tous étiquetés « contre-révolutionnaires » par les Khmers rouges et condamnés à la torture puis à la mort.
Les visages qui hantent les couloirs de Tuol Sleng, musée du génocide dans les quartiers sud de Phnom Penh, disent la résignation, la confusion, l'horreur. « Machine à broyer les hommes », Tuol Sleng, de son nom de code S-21, fut l'antichambre de la mort pour 14 000 détenus entre 1976 et 1979. Avec une minutie extrême, Nhem En a saisi leur regard au travers de son objectif. L'homme, qui a « photographié la mort plus de 10 000 fois », veut aujourd'hui « affronter l'épouvante de Tuol Sleng ». « J'étais un maillon de la machine de mort khmère rouge. Même si je n'ai pas commis de crime, j'y participais », explique au Figaro l'ancien photographe en chef du centre de tortures et d'épuration.
Excuses publiques
Pour remplir les fichiers d'une administration avide de rapports et de notes, la section de Nhem En devait prendre des photos d'identité des prisonniers à leur arrivée à Tuol Sleng, de ceux qui étaient morts en captivité, et des détenus importants après leur exécution.
Khmer rouge irréductible pendant 26 ans, Nhem En vient de faire des excuses publiques. « Je demande pardon aux familles des victimes. Je regrette profondément, mais personne ne pouvait aider qui que ce soit », a-t-il affirmé le mois dernier.
Plus de trente ans après les faits, ses états d'âmes semblent un peu tardifs. Mais c'est la première confession publique d'un ancien cadre khmer (fevrier 2007) rouge. Nhem En parle de « prise de conscience », il veut « ouvrir un chemin vers la réconciliation nationale » et « faire comprendre à la nouvelle génération la cruauté du régime de Pol Pot ». Il a aussi des projets pour Anlong Veng, minuscule village niché en contrebas de la chaîne des Dangrek, dans le nord du pays, dont il est vice-gouverneur. Nhem En imagine un musée exposant ses photos des dirigeants khmers rouges et de leurs victimes. « Je ne fais pas l'apologie de Pol Pot », assure-t-il. En homme d'affaires avisé, il budgétise son projet : 50 000 dollars.
Nhem En, homme râblé de 46 ans, parle avec véhémence de ses années passées à S-21, clé de voûte de l'appareil de sécurité khmère rouge. « Je n'ai jamais tiré le moindre plaisir de ce travail. J'étais toujours anxieux de rater un cliché. »
Machine à obéir
Il savait tout des tortures, des décharges électriques, des ongles arrachés avec une tenaille, de la suffocation avec un sac plastique. « Je voyais les souffrances des prisonniers, j'entendais les hurlements des hommes torturés, les cris des enfants arrachés à leur mère. Je savais qu'ils étaient innocents. Mais si j'avais manifesté la moindre émotion, j'aurais été tué. » Alors il cadre, déclenche et attend le prisonnier suivant. « Jusqu'à six cents par jour, un toutes les deux minutes, calcule-t-il. Je ne réfléchissais jamais à l'utilisation de mes photographies. » Un jour de 1977, « j'ai reconnu dans le viseur le visage de mon cousin Chhan. Il était accusé d'être un agent de la CIA. Je n'ai rien dit, même quand on l'a emmené à Choeung Ek - champ d'exécution à 17 kilomètres de Phnom Penh. »
L'histoire de Nhem En est celle d'un gamin de 10 ans ramassé dans son village de Kampong Cham en 1971 pour chanter à la gloire du Front d'union nationale du Kampuchéa qui devait « libérer la société cambodgienne du régime pro-américain du général Lon Nol ». Orphelin de mère, fils d'un paysan très pauvre, solidement bâti, il a toutes les qualifications requises pour un enfant soldat : malléable, en quête de reconnaissance. Il sera une machine à obéir aux ordres, d'abord sous-fifre assigné au portage, puis chef d'unité. Adolescent vif, il est sélectionné pour étudier la photographie en Chine. À son retour à Phnom Penh en mai 1976, il est nommé photographe en chef à Tuol Sleng. Il a 16 ans.
En janvier 1979, le Vietnam envahit le Cambodge et renverse le pouvoir khmer rouge. Nhem En, lui, suit l'Angkar (l'organisation khmère rouge) en direction de la frontière thaïlandaise. Il photographie les activités dans les maquis khmers rouges de l'ouest du pays. Puis se replie aux côtés de Ta Mok à Anlong Veng, jusqu'à sa défection en 1995.
Contacté par Nhem En, Youk Chhang, directeur du centre de documentation du Cambodge qui accumule depuis 1995 les pièces à conviction contre les dirigeants khmers rouges, dit avoir été « touché par l'acte de contrition » du photographe. « Ses photos montrent un autre univers, celui des Khmers rouges. Elles peuvent aider à comprendre ce qu'il s'est passé durant ces années d'horreur. »
Youk Chhang remarque « une épidémie d'excuses » chez les anciens cadres khmers rouges d'Anlong Veng à l'approche du procès. « Les excuses ont un corollaire : il faut répondre de ses actes », rappelle-t-il. | | | À: Rogerbarthas · 29 décembre 2007 à 18:42 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 37 de 40 · Page 2 de 2 · 1 438 affichages · Partager bonsoir retour tout récent d'un (trop) court séjour au laos je viens de prendre connaisance de cette discussion sur ces visites au camp s 21 et aux killings fields. que dire... je me souviens c'était en 1992 je crois, j'étais au cambodge. et ce qui m'a surpris et interpellé c'est que c'est sous la pression et l'insistance des cambodgiens eux mêmes que je me suis rendu dans ces lieux. ils avaient une rage terrible de témoigner, de nous faire connaitre ce qu'ils venaient de vivre. ils voulaient que l'on voie, ils voulaient raconter, ils voulaient que l'on sache... que de témoignages ai je entendu de gens qui venaient spontanément vers moi: vous êtes français monsieur, est ce que je peux rester avec vous juste pour parler le français un moment... et là juste aprés ça partait: j'ai été déporté 1 an, 3 mois et 8 jours... ils ont tué mon mari... j'ai perdu tel ou tel membre de ma famille... une envie, un besoin furieux de témoigner... je me trouvais alors avec d'autres touristes de rencontre qui s'en foutaient complètement. je crois qu'il faut aller dans ces lieux. par respect pour ce peuple. pour lui témoigner notre sympathie, pour lui dire que nous ne sommes pas indifférents... je n'ai jamais pu revenir au cambodge depuis. trop de travail, d'obligations familiales. maintenant ça va un peu mieux. alors l'année prochaine peut être... | | | À: Jacquou226 · 20 mars 2008 à 11:50 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 38 de 40 · Page 2 de 2 · 1 386 affichages · Partager Douch" et ses juges sur les lieux de mort khmers rouges
LE MONDE | 28.02.08 | 14h33 • ( Bangkok, correspondant)
[ D'une intensité émotionnelle extrême, les deux journées avaient été annoncées par un sec communiqué du Tribunal spécial Khmers rouges, à Phnom Penh. "Dans le cadre des investigations en cours au bureau des cojuges d'instruction, une reconstitution sera organisée, mardi 26 février, à Choeung Ek, et mercredi 27 février, à Tuol Sleng. Ces actes d'instruction sont classiques et font partie de l'enquête judiciaire, laquelle est confidentielle. Ces jours-là, les lieux, ainsi que leur voisinage, seront fermés au public, y compris à la presse, et un important dispositif de sécurité sera mis en place."
Mercredi, Kaing Guek Eav, 65 ans, est revenu au centre d'interrogatoires sous torture dont il fut le chef pendant trois ans, voici trois décennies, pour "expliquer" à ses juges, compatriotes cambodgiens et magistrats internationaux appointés par l'ONU, ce qu'était la routine au coeur d'un système de génocide. Kaing, connu sous son nom de guerre, "Douch", a supervisé là, jadis, l'élimination physique de 16 000 détenus accusés par le régime de Pol Pot de complicité avec la CIA américaine ou avec le Vietnam. Moins de vingt personnes ont survécu.
ALLURE FANTOMATIQUE
Un jour entier, le quartier de Tuol Sleng, en ville, a retrouvé l'allure fantomatique du Cambodge sous les Khmers rouges. Habitants consignés à domicile. Circulation interdite. Aucune image n'a été diffusée.
La visite a été racontée succinctement aux journalistes par les porte-parole. "Douch" a conduit les magistrats et quelques survivants "invités" - venus "lui demander ce dont (ils étaient) coupables", selon les mots d'un d'entre eux, Bou Meng - à travers ce qui avait été les salles de classe d'un collège d'enseignement secondaire avant de devenir le centre de détention de haute sécurité "S-21".
Il a exposé les actes de la brutalité quotidienne. De ses propres écrits consignés, on sait sa seule règle de conduite d'alors : faute d'"aveux", la mort assurée du détenu n'était qu'un "gaspillage".
A la fin de la reconstitution, un témoin a résumé : "Debout à l'entrée, il a joint ses mains en signe de prière, s'est excusé auprès de ses victimes, affirmant avoir obéi aveuglément aux ordres de ses supérieurs lui intimant de tuer son propre peuple." "Douch", professeur de mathématiques avant d'embrasser la cause "révolutionnaire", s'est converti au christianisme dans les années 1990 alors qu'il était en fuite.
Mardi, le tortionnaire avait pleuré devant les ossements rassemblés d'une quinzaine de milliers de victimes des Khmers rouges, sur le terrain des "champs de la mort". Tout particulièrement devant l'arbre contre lequel étaient fracassés les crânes d'enfants condamnés.
C'était la deuxième fois que les scènes d'interrogatoires violents du système Pol Pot reprenaient vie depuis le film du cinéaste franco-cambodgien Rithy Panh, S21, la machine de mort khmère rouge (2003). Mais c'était la première en présence de l'ancien chef des bourreaux, désormais jugé pour crimes contre l'humanité. ]
Francis Deron Article paru dans l'édition du 29.02.08 | | | À: Rogerbarthas · 20 mars 2008 à 13:17 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 39 de 40 · Page 2 de 2 · 1 378 affichages · Partager Terrible ! pour tous ce jour là ! la vision de tous ces fantômes...Que de cette épreuve de vérité et de catharsie collective naisse un nouveau Cambodge ! | | | À: Rogerbarthas · 2 novembre 2010 à 18:59 Re: Killing fields au Cambodge: voir ou ne pas voir? Message 40 de 40 · Page 2 de 2 · 1 225 affichages · Partager Le photographe de tuol sleng: entre regrets et creation d'un musée à ALONG VENG Source : lefigaro.fr --
Enrôlé par les Khmers rouges à l'âge de 10 ans, Nhem En prenait des clichés des détenus du lycée-prison de Tuol Sleng
IL Y A CETTE FEMME au regard indigné et qui porte son enfant endormi, ce gamin à l'oeil poché, une lourde chaîne autour du cou, droit comme un I, cet homme aux yeux exorbités ou encore cette jeune fille apeurée qui fronce les sourcils. Tous étiquetés « contre-révolutionnaires » par les Khmers rouges et condamnés à la torture puis à la mort.
Les visages qui hantent les couloirs de Tuol Sleng, musée du génocide dans les quartiers sud de Phnom Penh, disent la résignation, la confusion, l'horreur. « Machine à broyer les hommes », Tuol Sleng, de son nom de code S-21, fut l'antichambre de la mort pour 14 000 détenus entre 1976 et 1979. Avec une minutie extrême, Nhem En a saisi leur regard au travers de son objectif. L'homme, qui a « photographié la mort plus de 10 000 fois », veut aujourd'hui « affronter l'épouvante de Tuol Sleng ». « J'étais un maillon de la machine de mort khmère rouge. Même si je n'ai pas commis de crime, j'y participais », explique au Figaro l'ancien photographe en chef du centre de tortures et d'épuration.
Excuses publiques
Pour remplir les fichiers d'une administration avide de rapports et de notes, la section de Nhem En devait prendre des photos d'identité des prisonniers à leur arrivée à Tuol Sleng, de ceux qui étaient morts en captivité, et des détenus importants après leur exécution.
Khmer rouge irréductible pendant 26 ans, Nhem En vient de faire des excuses publiques. « Je demande pardon aux familles des victimes. Je regrette profondément, mais personne ne pouvait aider qui que ce soit », a-t-il affirmé le mois dernier.
Plus de trente ans après les faits, ses états d'âmes semblent un peu tardifs. Mais c'est la première confession publique d'un ancien cadre khmer (fevrier 2007) rouge. Nhem En parle de « prise de conscience », il veut « ouvrir un chemin vers la réconciliation nationale » et « faire comprendre à la nouvelle génération la cruauté du régime de Pol Pot ». Il a aussi des projets pour Anlong Veng, minuscule village niché en contrebas de la chaîne des Dangrek, dans le nord du pays, dont il est vice-gouverneur. Nhem En imagine un musée exposant ses photos des dirigeants khmers rouges et de leurs victimes. « Je ne fais pas l'apologie de Pol Pot », assure-t-il. En homme d'affaires avisé, il budgétise son projet : 50 000 dollars.
Nhem En, homme râblé de 46 ans, parle avec véhémence de ses années passées à S-21, clé de voûte de l'appareil de sécurité khmère rouge. « Je n'ai jamais tiré le moindre plaisir de ce travail. J'étais toujours anxieux de rater un cliché. »
Machine à obéir
Il savait tout des tortures, des décharges électriques, des ongles arrachés avec une tenaille, de la suffocation avec un sac plastique. « Je voyais les souffrances des prisonniers, j'entendais les hurlements des hommes torturés, les cris des enfants arrachés à leur mère. Je savais qu'ils étaient innocents. Mais si j'avais manifesté la moindre émotion, j'aurais été tué. » Alors il cadre, déclenche et attend le prisonnier suivant. « Jusqu'à six cents par jour, un toutes les deux minutes, calcule-t-il. Je ne réfléchissais jamais à l'utilisation de mes photographies. » Un jour de 1977, « j'ai reconnu dans le viseur le visage de mon cousin Chhan. Il était accusé d'être un agent de la CIA. Je n'ai rien dit, même quand on l'a emmené à Choeung Ek - champ d'exécution à 17 kilomètres de Phnom Penh. »
L'histoire de Nhem En est celle d'un gamin de 10 ans ramassé dans son village de Kampong Cham en 1971 pour chanter à la gloire du Front d'union nationale du Kampuchéa qui devait « libérer la société cambodgienne du régime pro-américain du général Lon Nol ». Orphelin de mère, fils d'un paysan très pauvre, solidement bâti, il a toutes les qualifications requises pour un enfant soldat : malléable, en quête de reconnaissance. Il sera une machine à obéir aux ordres, d'abord sous-fifre assigné au portage, puis chef d'unité. Adolescent vif, il est sélectionné pour étudier la photographie en Chine. À son retour à Phnom Penh en mai 1976, il est nommé photographe en chef à Tuol Sleng. Il a 16 ans.
En janvier 1979, le Vietnam envahit le Cambodge et renverse le pouvoir khmer rouge. Nhem En, lui, suit l'Angkar (l'organisation khmère rouge) en direction de la frontière thaïlandaise. Il photographie les activités dans les maquis khmers rouges de l'ouest du pays. Puis se replie aux côtés de Ta Mok à Anlong Veng, jusqu'à sa défection en 1995.
Contacté par Nhem En, Youk Chhang, directeur du centre de documentation du Cambodge qui accumule depuis 1995 les pièces à conviction contre les dirigeants khmers rouges, dit avoir été « touché par l'acte de contrition » du photographe. « Ses photos montrent un autre univers, celui des Khmers rouges. Elles peuvent aider à comprendre ce qu'il s'est passé durant ces années d'horreur. »
Youk Chhang remarque « une épidémie d'excuses » chez les anciens cadres khmers rouges d'Anlong Veng à l'approche du procès. « Les excuses ont un corollaire : il faut répondre de ses actes », rappelle-t-il.
Anlong Veng, le dernier bastion des Khmers rouges, fait l’objet d’un grand projet de développement touristique, récemment approuvé par le Conseil des Ministres. Le plan prévoit de rénover 21 maisons ayant appartenu à des chefs révolutionnaires, dont Pol Pot lui même, mais aussi des hangars ayant servi à stocker du matériel militaire. Selon le Premier ministre Hun Sen, cette initiative permettra "aux visiteurs de connaître la vie des derniers dirigeants du régime génocidaire". Un guide devrait d’ailleurs voir le jour, pour retracer les derniers moments du régime Khmer Rouge, et leur ralliement au gouvernement. Si l’idée d’un tel développement est approuvée, reste désormais à en définir le coût et le calendrier.
L'ex-photographe de S-21 a déclaré avoir reçu l'autorisation du ministère de l'Intérieur pour son projet dans le district d'Anlong Veng.
Aujourd’hui membre du conseil du district d’Anlong Veng, Nhem En souhaite avec son futur musée attirer les touristes dans ce district, connu comme le dernier bastion des Khmers rouges.« Mais c’est bien plus que cela, argumente-t-il. Créer un tel mémorial avec des photos de prisonniers et des vidéos de l’époque de Pol Pot, c’est aider à la préservation de l’histoire du Cambodge. Je ne fais pas ça à la gloire des Khmers rouges, mais afin que les futures générations en connaissent d’avantage sur leur passé. »
Actuellement en construction, le musée devrait ouvrir en décembre. Mais il manque encore des fonds pour mener à bien le projet.
« J’ai fait appel à des ONG pour obtenir de l’aide. Dans tous les cas j’irai jusqu’au bout du projet, même si cela doit me coûter beaucoup d’argent », affirme-t-il
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