bonjour !
je suis désolé de vous contredire, mais mon expérience et celle de mes voisins est inverse au
Myanmar :
- si vous demandez la permission d'une photo, les sujets se figent et posent, deviennent souvent sérieux et ferment la bouche pour ne pas montrer leurs dents, qu'ils ont souvent très belles.. s'ils rient, ils le font comme les coréens, en mettant la main devant leur bouche, par discrétion.
- plus souvent qu'ailleurs en Asie, les birmans ne souhaitent pas être pris en photo, car jusqu'ici peu habitués à ces coutumes de touristes, ils s'inquiètent un peu de ce qu'on leur veut et sont alors sensibles au décalage entre touriste aisé et sujet assimilé à bête de cirque.
C'est leur naturel et leur spontanéité qui disparaissent alors, mais pas leur finesse.
- relativement souvent, les birmans peuvent répondre "non" si une vraie demande leur est faite. ils se demandent pourquoi soudain on veut se "payer leur tête".. gratuitement ! et je les comprends.
Bien entendu, ceci n'est pas vrai partout ni systématique en
Birmanie.
Pour bien interpréter ce que je dis, voici une illustration "bien de chez nous" : une amie américaine s'est plainte à moi il y a moins de deux ans; elle avait débarqué près de
Bordeaux deux semaines plus tôt dans une petite propriété viticole juste au moment des vendanges et, munie de deux ou trois gros appareils, s'était mise à mitrailler tout le monde, le propriétaire-récoltant y compris, alors que chacun était affairé, ajustant ses gros plans sous le nez des ouvrières etc... elle s'est plainte de ne recevoir en retour que peu de sourires et peu de complaisance de la part de ses sujets, affairés à couper et vider leurs paniers, y compris surtout de leur patron vendangeur..
j'ai du lui expliquer que pour des culs terreux de leur espèce, elle paraissait une madame sans gène, trublionne et perturbatrice d'un moment particulier de l'année, ou rapidité et efficacité du travail étaient rois..
elle a réfléchi et s'est sentie penaude; elle avait pensé être chez soi dans les vignes.. du seigneur !
Au
Myanmar, que ce soit en ville, dans la rue, au restau ou à l’hôtel, mais aussi en campagne, j'ai senti combien les gens, adorables en général, pouvaient être importunés dès qu'ils étaient épinglés comme des insectes par des appareils photos.
Pour réussir une photo, je me fais discret et très rapide, ne demande jamais la permission et lorsque je suis découvert, souvent après trois secondes, ma petite audace se transforme en connivence, en sourire en réponse au mien, qui dit merci.
Mais incontestablement, davantage qu'ailleurs en Asie, j'ai l'impression de leur voler quelque-chose, en référence à leur pureté d'esprit.
Avec les enfants, le jeu est plus fort, plus drôle, mais pas systématiquement non plus. même dans la jeunesse on est plus pudique qu'ailleurs. cette pudeur permanente qui transparait légèrement dans la population birmane en fait son plus beau charme, pour quelques années encore.
Un jour les birmans auront digéré les appareils photo et là, ce sera comme en
Thaïlande : un large sourire sera distribué, mais qui sera plus éphémère, plus commercial.
Alors quand je reçois un lumineux sourire birman, pour l'instant, je le prends comme de l'or, qui ne couvre plus seulement les pagodes. Certains de ces sourires sans prix furent photographiés, d'autres pas. C'est égal. Même si le photographe est frustré.
Image attachée: