Je trouve qu'il se compromet completement pour le développement de l'ancien royaume de Lho pour ma part.
Cependant, j'ai été assez frappé par certains aspects du festival de Tiji, auquel j'ai eu la chance d'assister durant mon trekking au printemps 2012.
Il faut d'abord indiquer que le
Népal recoit chaque année des millions d'aides humanitaires destinées a son developpement, et le
Mustang n'y fait aujourd'hui plus exception.
D'une part, la fondation American Himalayan Foundation (AHF) finance la restauration des trois monasteres de Lho Manthang, Luigi Fieni dirige le projet et son equipe de restaurateurs Lhopas. C'est un projet de longue haleine qui vise a préserver le patrimoine culturel exceptionnel de Lho, ainsi que les peintures murales precedemment restaurées des monasteres de Gar Gompa a Lo Gekar, et de Tsarang. Le
Mustang possede en effet des trésors inestimables, dont leur restauration et preservation ont été définies comme prioritaire par AHF, qui réalise a ce sujet un travail particulierement exemplaire.
www.himalayan-foundation.org/
Le site incroyable de luigi:
www.luigifieni.com/
D'autre part, AHF est le promoteur du renouveau de la culture boudhiste lamaïque au
Mustang. Lors de son ouverture au tourisme, le fondateur d'AHF a découvert une culture en pleine décadence, des monasteres en ruines, des écoles boudhistes presques vides. Il faut dire que Lho s'est considerablement appauvri suite a l'invasion chinoise du
Tibet, puis de la chute du commerce du sel, vecteur economique principal du
Mustang comme bien d'autres régions des hautes vallées himalayennes au
Népal. Cela explique la situation dramatique des monasteres du
Mustang et ses écoles boudhistes.
Il s'agissait d'ailleurs de la principale voie de commerce de tout l'Himalaya. Lho est donc confronté aujourd'hui a des problemes economiques notables, d'autant plus importants que le
Mustang ne fut jamais auto suffisant, sa capacité de production étant largement insuffisante pour nourrir sa population. Pour rappel, le
Mustang (comme les
Dolpo ou Nubri voisins), pour un sac de blé, achetait deux sacs de sel au Changtang tibétain. Il les vendait ensuite contre 4 sacs de blé, dans les basses vallées népalaises. Un commerce donc fort lucratif fondé sur un commerce caravanier éprouvant a l'aide de chevres et de yaks, qui empruntait les pâturages de Tradung Gompa puis du Changtang pour rejoindre les vastes lacs salins du haut plateau.
Aujourd'hui, le
Mustang continue d'acheter les vivres essentiels pour sa subsistance dans les basses vallées. Mais le cout de transport exhorbitant le conduit a s'approvisioner maintenant de produits chinois tres competitifs depuis le
Tibet voisin.
AHF finance donc massivement l'education des jeunes moines a travers le sponsoring de jeunes moines. Le leader spirituel du monastere principal de Lho (Lama Ngawang) se concentre donc exclusivement sur des campagnes visant a recolter des fonds necessaires a la formation lamaïque des jeunes moines. Aujourd'hui, l'ecole de Chode est en pleine effervecence, c'est le fer de lance d'une véritable renaissance de la culture boudhiste. Le monastere est doté en electricité et besoins basiques pour ses jeunes moines. Les salles ont été remises en état, une école a été construite sur
Pokhara pour heberger les moines loin du rude hiver himalayen.
Toutes ces avancées significatives sont le fruit du travail inconditionnel de Lama Ngawang, qui s'est transformé en manager pour le bien de sa communauté.
La politique au sujet du monastere de Tiji ne me plait pas cependant. Le festival n'avait plus lieux depuis plusieurs dizaines d'années lors de la visite du fondateur d'AHF. Afin de stimuler la renaissance culturelle du
Mustang, la fondation finance donc intégralement les coûts du festival: organisation, élaboration des costumes... etc.
En d'autre termes, si le festival existe de nouveau aujourd'hui, c'est uniquement grace a l'aide d'AHF.
Malheureusement, il me semble que le festival, s'il reste extraordinaire, s'est tourné davantages vers les touristes que vers les Lhopas. Dans le but de stimuler l'activité touristique, les meilleures places sont distribuées d'abord vers les donateurs, puis les touristes et photographes. Viennent ensuite les Lhopas, qui se sentent mal a l'aise selon les témoignages de plusieurs personnes de Lho et de Dhie avec qui j'ai eu l'opportunité de discuter de ce sujet.
Il est clair que le
Mustang a besoin des revenus du tourisme, mais je ne concoit pas que Tiji se transforme en un festival pour touristes, il s'agit avant tout du festival des Lhopas.
J'en ai d'ailleurs conversé avec Lama Ngawang, mais si son opinion est respectable, nos avis divergent sur cette question. Je ne peux que reconnaître le travail exemplaire pour sa communauté.
Le probleme vient plutôt des membres importants de la fondation AHF et en premier lieu Richard Blum, qui s'affichent déguisés en rois tibetains au premieres loges au côtés du roi de Lho ou maintenant du prince héritier (puisque le roi est trop faible pour revenir sur Lho et vit aujourd'hui sur
Katmandou), et qui acceptent cette situation sans doutes sans comprendre le mal aise des Lhopas. J'ai contacté l'association pour leur presenter la situation, mais je n'ai recu aucune reponse.
Les défis de demain sont nombreux: Il faut préserver la culture du
Mustang tout en l'ouvrant vers la modernité, afin d'améliorer les conditions de vies particulierement rudes des Lhopas. Les changement climatiques ont aujourd'hui un impact tres important au
Mustang. En hiver: de moindre chutes de neiges sur les hauts plateaux et les sommets voisins. En été: des températures plus élevées et de forts pluies qui frappent le
Mustang qui n'en recevait pas auparavant. Je vous laisse imaginer les dégats sur les maisons faites de boues, concues pour des climats arides. Mais surtout, la fonte rapide de certains glaciers, surtout au dessus de Dhe Gaon et de Sandzong. Pour ce dernier, la solution retenue est tout simplement translocation du village vers le VDC de Choser, dans des plaines au dessus de Kimaling et Tinggar, autrefois en culture, mais dévastées puis abandonnées il y a plusieurs années par la rutpure de la moraine d'un lac glaciaire dans la vallée au dessus de Nymado, porte d'acces vers les sommets du
Mustang Himal. Ses terrains appartenaient au Roi de Lho, qui les a gracieusement donné aux habitants de Sandzong pour qu'ils puissent les remettre en état.
Il faut donc trouver des solutions innovantes dans les secteurs de l'irrigation, pour lutter contre le manque d'eau de certaines vallées, de l'agriculture, pour remettre en état des champs importants pour nourrir le
Mustang, dans la préservation de l'ecosysteme fragile du
Mustang, pour maintenir l'eau et eviter l'erosion et la secheresse, controler l'activité pastorale qui conduit au surpaturage et a la degradation de l'ecosysteme, a la subsitution du bois pour la cuisson et le chauffage, pour préserver les dernieres forêts de cypres et de genevriers du
Mustang, et préserver sa faune unique qui convertir l'ancien royaume en un hotspot de la biodiversité de l'himalaya. Ce sont des défis majeurs, mais les deux plus importants semblent avant tout les impacts de la route et du tourisme de masse sur la culture et l'environnement. Comme de partout au
Mustang la perforation des routes et le tourisme de masse sont responsables de la pollution de l'environnement, les habitants de ces vallées reculées ne sont pas préparés pour la gestion des déchets.
Ces problématiques sont justement au coeur des préoccupation de l'assocaition Lo-
Mustang Association, fondée et dirigée par Lama Ngawang, qui a bien compris les enjeux de demain afin d'assurer le developpement le plus durable possible pour la communauté de l'ancien et merveilleux royaume de Lho.
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