Fabricia · 30 septembre 2004 à 16:57 · 127 photos 41 messages · 12 participants · 19 836 affichages | | | | À: Lotusbleue · 14 octobre 2004 à 15:26 · Modifié le 14 oct. 2004 à 15:43 Re: Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1 Message 21 de 41 · Page 2 de 3 · 10 643 affichages · Partager Hué -
Merveilleuse ville impériale, classée patrimoine mondial de l'humanité par l'Unesco. Les souverains impériaux y avaient leur résidence dans la "Cité interdite" édifiée selon les rigoureux principes obéissant à des critères sacrés. L'hôtel Tanh Noï est situé dans l'enceinte de la citadelle, à une centaine de mètres du palais. D'époque coloniale, restauré et entouré de pavillons tranquilles, nous devrions y goûter une paix... royale.
On est arrivé dans l'après-midi, l'estomac dans les talons... La salle du restaurant est vide, un serveur nonchalant, qu'on a manifestement réveillé de sa sieste traditionnelle, nous apporte, en traînant les pieds, un infâme brouet liquide et tiède : dans l'assiette, c'est un fagot d'osselets broyés dans de l'eau de vaisselle... Si vous n'aimez pas ça, d'autres plats figurent à la carte des restaurants voisins : ragoût de chien, cervelle de singe, fricassée de méduse, cuisses de chauve-souris, poissons-chats du delta du Mekong ! Je jure que tout ceci est véridique.
A quelques encâblures, le Saïgon-Morin est un hâvre de paix et de fraîcheur, où des nourritures plus réjouissantes viennent combler nos appétits. Le jardin intérieur est planté d'arbres et de buissons odorants où s'abritent des oiseaux de toutes les couleurs. Petite pause pour -a nice cup of tea-.
Hélas, le dîner de notre hôtel n'est pas appétissant : une soupe végétale aux liserons d'eau (de l'eau tiède, où flottent quelques brindilles verdâtres insipides), suivie d'une pauvre omelette... Un boucan d'enfer, provenant de la réception nous matraque les tympans toute la nuit : la télévision reste allumée et diffuse à plein tube la retransmission d'un tournoi de football. Un changement de chambre s'impose : le lendemain matin, nous obtenons de haute lutte une chambre donnant sur le jardin. Ces problèmes d'intendance étant réglés, nous partons à la découverte des hauts lieux voisins.
La Citadelle et sa Cité interdite sont un des points forts de Hué. On se croirait transporté dans le glorieux passé des mandarins qui ont vécu, durant des siècles, derrière ces hautes murailles, préservés du commun des mortels comme des divinités sacrées. Les vestiges ont malheureusement souffert des combats de la guerre américano-vietnamienne, bombardés sans égard pour l'irremplaçable patrimoine. De nombreuses restaurations ont essayé de ressusciter les mytérieux édifices où nul étranger ne pouvait pénétrer à la haute époque impériale.
Des remparts entourent les palais, cernés de fossés remplis d'eau stagnante. Plusieurs femmes pataugeant dans la vase cueillent de larges feuilles vertes flottant comme des algues à la surface : ce sont les fameux liserons d'eau utilisés à toutes les sauces dans la cuisine locale.
Ce matin, nous partons vers les tombeaux impériaux, impressionnants mausolées à la gloire des souverains qui se sont fait bâtir de leur vivant, tels les pharaons égyptiens, des temples tout entiers consacrés à leur mégalomanie. D'abord, celui de Sa majesté Tu Duc, dans un parc boisé entourant un lac, avec pagode baignant dans les eaux couvertes de nénuphars. Au bout d'une longue allée, un pont à trois arches mène vers le saint des saints gravé de formules magiques, célébrant le seigneur pour l'éternité.
Il faut franchir la rivière des Parfums sur une barque où quelques habitants sont déjà assis. Notre bonne figure d'étrangers incite le batelier à nous faire payer le prix fort pour nous embarquer : grâce à notre généreuse contribution, il va empocher en une seule traversée son gagne-pain quotidien...
Sur la rive opposée, le mausolée de Minh Mang culmine au sommet d'une colline, entouré de colonnes de bronze. Les plans en ont été dessinés par le souverain en personne, et fut construit après sa mort. Pour la petite histoire, cet empereur n'a eu "qu'une trentaine d'épouses légitimes, 300 concubines et 142 enfants" !...
La série des tombeaux s'achève par le plus kitsch, celui de Khaï Dinh, entièrement recouvert de mosaïques bariolées qui tranchent étonnamment avec les sombres granits gris de ses prédécesseurs.
Cette longue marche nous a affamés : vite, retour au centre ville de Hué, pour s'attabler au Saïgon-Morin devant des... spaghettis bolognaise et un fruit-punch Copacabana... qui nous font oublier un moment l'infecte cuisine de l'hôtel...
Je passe l'après-midi dans la chambre dont les fenêtres s'ouvrent sur le jardin : sieste et lecture en compagnie d'un charmant gecko qui se propulse à toute allure sur les murs de la chambre, allant des doubles-rideaux jusque derrière les gravures murales.
Le dimanche est consacré au musée des trésors impériaux, qui expose les trophées de la dynastie dans des vitrines poussiéreuses, sous la garde nonchalante d'un couple qui passe le temps en jouant aux dames.
Quelques kilomètres en taxi et nous arrivons à la pagode Thien-Mu, autrement dite "pagode de la vieille dame céleste", sur le bord de la rivière des Parfums. Haute montée de marches, trois portes symbolisent les étapes bouddhiques, génies du Bien et du Mal, perspective magnifique sur l'immense jardin éclatant de fleurs. Fondée en 1601, puis complétée en 1841, la grande pagode est surmontée de sept étages ornés de stupas finement sculptés.
Lieu de recueillement et de dévotion à la mémoire d'un bonze, Thich Quang Duc qui, en 1963, s'est immolé en s'arrosant d'essence enflammée, au coeur de Saïgon, pour protester contre le pouvoir dictatorial. Plus tard, une répression féroce dès 1975 contre des milliers de moines bouddhistes, envoyés dans des camps de concentration, a généré d'autres nombreux suicides en place publique, dont le monde entier a pu voir l'horrible spectacle sur toutes les télévisions. Visite très émouvante, sous un ciel bleu saphir, dans une atmosphère de sérénité retrouvée.
Nous explorons maintenant le quartier moderne de Hué, avec ses hôtels internationaux, Huong Giang et Century River, qui dominent de leurs hautes structures bétonnées la douce rivière parfumée. Les galeries marchandes de ces palaces exposent les plus beaux objets artisanaux de la région : soieries, nacres, porcelaines délicates, argent ciselé, bronzes, paravents anciens, ombrelles, boules yin-yang... Tentations irrésistibles !
Un avion Fokker à hélices, tout neuf, nous emporte vers Hanoï, capitale du Vietnam... | | | Hué en images... Images attachées: | | | Waouh... Soupir... Quelles photos... Quels mots... Souvenirs souvenirs... On attend la suite!!! | | | À: Parvat · 14 octobre 2004 à 17:03 Re: Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1 Message 24 de 41 · Page 2 de 3 · 10 609 affichages · Partager Dernières images de Hué... Images attachées: | | | À: Fabricia · 16 octobre 2004 à 11:36 · Modifié le 16 oct. 2004 à 14:21 Re: Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1 Message 25 de 41 · Page 2 de 3 · 5 720 affichages · Partager Je voulais m'accorder le temps nécessaire pour lire tranquillement ce récit.
Le temps de cette lecture je me suis toatement évadée, transportée que j'étais en Asie. A la lecture on voit les scènes, on sent les odeurs..on a l'impression d'y être.
J'ai bien sûr été sensible aux allusions à Loti (goût commun pour cet écrivain), d'autant que je venais de finir la lecture du "pélein d' Angkor".
Je constate que lorsqu'on se retrouve loin de chez soi avec des cuisines très dépaysantes (çà ne doit pas être gros des cuisses de chauve-souris!!), une petite crêpe fait toujours plaisir!!!!
Vraiment j'ai pris plaisir à lire ce voyage au Cambodge et au Vietnam.
Merci pour ce pittoresque voyage.
Kénavo
Odonate rêveuse d'horizon lointain | | | Il est temps de nous faire partager la suite de ton voyage, tu ne crois pas Fabricia ? (il n'y a pas que Paris dans la vie...   !)
Dolma | | | À: Dolma · 11 novembre 2004 à 15:00 · Modifié le 13 sep. 2005 à 13:31 Re: Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1 Message 27 de 41 · Page 2 de 3 · 5 530 affichages · Partager Hanoï -
C'est dans un avion Fokker à hélices, tout neuf, que nous décollons en direction de la capitale du nord, Hanoï, où nous atterrissons à 15h. Un taxi nous promène d'hôtel en résidence, établissements situés dans les artères surpeuplées du centre-ville, où règne une cacophonie intense qui ne dit rien de bon... pour notre repos nocturne. On tourne longtemps dans les rues grouillantes de motos, scooters, vélos, charrettes, piétons, lorsqu'enfin nous arrivons à l'hôtel Huyen-Trang, dont les chambres donnent sur une cour intérieure.
C'est au petit restaurant à l'entresol de l'hôtel, minuscule salle sans fenêtre, que nous dînons d'une soupe végétale, assortie d'un riz cantonnais et de maigres cuisses de poulet. Demain et les jours suivants, nous ferons des découvertes culinaires réjouissantes dans cette jolie ville. Contraste frappant avec Saïgon, surnommée "la dévergondée" à l'inverse d' Hanoï-la prude, selon les résidents français qui ont le sens de la formule-choc.
Nous préparons le point d'orgue de la région : la célébrissime baie d'Ha-Long, que nous explorerons seuls en voiture avec chauffeur et un guide francophone, Luong, étudiant qui rêve de s'inscrire dans une université française. Quelques démarches au bureau d'Air- France pour reconfirmer nos billets de retour. Incursions dans les librairies, nombreuses, puis halte gourmande chez le traiteur Beaulieu, la boutique des gastronomes de l'hôtel Sofitel.
Ce luxueux palace de la chaîne française trône sur la plus belle avenue de Hanoï. Devant la façade blanche à colonnades, une "traction-avant" Citroën noire, au charme rétro, est garée en face de l'entrée du Sofitel, telle une icône personnifiant l'élégance des belles années du colonialisme défunt. La plus chic brasserie de la ville, c'est indéniablement "Le Club" du Sofitel, où se retrouvent les expatriés pour leurs repas d'affaires ou de plaisir. Dans un décor très élégant, un somptueux buffet présente une montagne de délices auxquels on ne résiste pas : foie gras, caviar, saumon, fraîches salades, viandes et poissons et irrésistibles desserts composent un festin royal. Je n'ai vu, nulle part ailleurs, même en France, un buffet aussi raffiné.
Poussant nos estomacs devant nous (se souvenir de Peter Mayle, dans "Un bonheur en Provence"...), il faut se faire une douce violence pour ne pas manquer la visite du musée d'ethnologie fortement recommandé par mon neveu Ky, d'origine vietnamienne. Le trajet semble obscur au chauffeur de taxi, qu'on remet plusieurs fois sur la bonne route à l'aide d'un plan de la ville. Ce n'est pas la première fois que nous remarquons les difficultés des conducteurs, que ce soit en Inde, en Indonésie ou au Vietnam, quand on leur précise une destination où ils ne sont encore jamais allés. Ce musée est loin de tout, très excentré et fort peu visité par les clients des taxis. Consacrées aux traditions millénaires du Vietnam, d'immenses salles présentent les divers aspects historiques du pays. Eblouissant, fascinant. Une foison d'objets rituels artisanaux, évocations des moeurs, richesses des documents, reconstitution de l'habitat des provinces, démonstrations de leurs techniques, cérémonies chamaniques, instruments de musique traditionnelle. Comment on fabrique les chapeaux coniques, le "nan", coiffures si typiques de l'Indochine de nos livres d'images, qui servent à la fois de protection contre le soleil et la pluie.
Tout près de notre hôtel, comble de bonheur pour les fines gueules nostalgiques de la bonne bouffe française : un coquet restaurant, "Le Café des Arts", tenu par un compatriote, un voisin, puisqu'il vient de Nice. Sur le tableau noir devant le portail, des plats qui font saliver, tels que "brochettes de filet de boeuf-frites" et "crème brûlée"... Jolie salle au premier étage, tables placées devant les fenêtres d'où l'on a une vue plongeante sur la rue très animée.
Incessant ballet des petits commerces, portés dans les lourdes "palanches" sur les épaules de frêles marchands qui sillonnent inlassablement les ruelles encombrées. Ce sont deux paniers accrochés en équilibre sur un balancier, très lourds, qui obligent les porteurs et les porteuses à courir sans à-coups pour ne pas renverser le contenu : sur l'un des paniers d'osier, un réchaud et du charbon de bois, sur l'autre tous les ingrédients -légumes-poisson-poulet- pour cuisiner le "phö", ce pot-au-feu traditionnel qu'on mange à toute heure, accroupi sur le trottoir, au milieu de la cohue habituelle. Il n'est pas rare que des familles entières soient installées en rond devant leur porte, assis sur de minuscules tabourets, pour partager leur repas : on a l'impression, très gênante, de traverser leur salle à manger !
L'agitation de la ville donne le tournis à tous les visiteurs étrangers, quand on se trouve encerclé par des milliers de véhicules pétaradants qui engloutissent les piétons au moment du crépuscule, à l'heure des sorties de bureaux... Gare à ne pas se faire écharper par ces engins lancés à toute allure, à peine freinés par les feux de signalisation parfois "facultatifs" !... | | | À: Dolma · 11 novembre 2004 à 15:09 · Modifié le 11 nov. 2004 à 15:41 Re: Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1 Message 28 de 41 · Page 2 de 3 · 5 528 affichages · Partager Illustration en photos : Hanoï. Images attachées: | | | Cette furia dans les rues cesse lorsque la nuit est tombée, et Hanoï retrouve alors sa douceur et le charme particulier qu'elle inspire au voyageur.
Lovée autour du lac Hoan Kiem (lac de l'épée restituée) bordé de flamboyants et de buissons fleuris, une avenue circulaire ponctuée de bancs publics invite les passants à une longue rêverie en contemplant les eaux calmes où se reflètent les lumières de la ville. Haut lieu des rencontres amoureuses des jeunes citadins. On s'arrête pour admirer les évolutions des canards au plumage irisé. Un petit temple consacré aux divinités du fleuve veille au milieu du lac, un joli pont rouge permet de traverser d'une rive à l'autre, pour se perdre dans les ruelles du vieux quartier chinois et ses échoppes proposant mille objets rituels. Délicieux contraste avec sa soeur saïgonnaise, emportée dans un tourbillon diabolique qui lui fera perdre irrémédiablement son âme...
Au matin de ce troisième jour à Hanoï, la voiture et son guide nous emmènent vers la baie d'Ha-Long, pour un trajet d'environ trois heures, sur de bonnes routes. Paysage de plaines cultivées à perte de vue. De chaque côté de l'autoroute, on voit de curieuses maisons étroites, tout en hauteur, à peine deux mètres de façades, une porte unique s'ouvrant sur un long couloir qui mène à des jardinets minuscules. Le prix du m2 de terrain est si élevé et les ressources des habitants tellement faibles qu'ils n'achètent qu'une mince portion pour y bâtir leur humble demeure... Elles semblent si fragiles qu'un coup de vent pourrait les renverser...Subitement, tout devient noir : terre et habitants sont recouverts d'une grasse poussière de charbon, ce sont des mines à ciel ouvert sur des kilomètres, exploitées par une main d'oeuvre nombreuse dont c'est là un moyen de survivre pour des salaires dérisoires. Les ouvriers charrient à longueur de temps des brouettes chargées du combustible crasseux. Tristes fantômes aux yeux brillants dans leurs visages d'ébène.
Alors s'ouvre devant nos yeux l'un des plus célèbres paysages du monde, la fabuleuse baie d'Ha-Long au bord du golfe du Tonkin. Notre hôtel est juché sur la colline résidentielle qui domine la petite ville tout entière vouée au tourisme international. Menu unique pour un rapide déjeuner dans la pinède, sur le bord de mer.
Des centaines de bateaux de croisière amarrés le long des quais attendent leurs passagers. Vers 13h, nous embarquons dans un drôle de rafiot déglingué, primitivement utilisé par les groupes vu sa longueur et ses multiples sièges rouillés sur le roof. Bien obligés d'accepter cette vieille barcasse dont je me demande si elle ne va pas sombrer dans l'heure ! Une jeune femme et un gamin sont montés à bord avec nous : avec le pilote et son second, plus notre guide-étudiant, cela fait sept passagers alors qu'il y tiendrait au moins quarante personnes.
Mais la magie des lieux, uniques de beauté, nous fait oublier l'inconfort du vieux bateau, qui sort vaillamment du port dans une pétarade aux senteurs de gasoil compact. Quelques minutes de navigation et nous accostons au pied d'un rocher truffé de cavités : c'est la visite incontournable d'une grotte marine, à pied, au bout d'une longue montée de marches noires de monde. Ce sont des curiosités bien classiques, ces stalactites et ces stalagmites de calcaire, formant un décor sans surprise. J'éprouve là-dedans la même hâte d'en ressortir, comme à chaque fois que je pénètre dans ces caves humides et surpeuplées...
A peine sommes-nous revenus à l'air libre que notre cornac nous annonce une autre grotte... puis un arrêt de quelques heures sur une plage, pour se baigner dans les eaux du lagon. Il n'est pas question de perdre un temps précieux, que nous désirons consacrer à la croisière dans les eaux de la baie, hérissées de ces fantastiques rochers. Ha-Long signifie "lieu de la descente du dragon", et selon la légende, ce sont les écailles de cet animal fabuleux émergeant des eaux qui se dressent comme des fantômes disséminés dans l'immense baie. A un rythme lent, nous évoluons sur l'émeraude liquide, croisant des barques de pêcheurs dont certains rançonnaient, il y a peu de temps encore, les visiteurs étrangers... Fines apparitions de jonques chinoises de bois sombre et des sampans aux voiles semblables à des ailes de chauves-souris géantes. Le bateau s'infiltre parmi les cônes déchiquetés ornés d'une végétation têtue qui donne un relief différent à chacune de ses concrétions, baptisées "combat de coq", "marionnettes" et autres dénominations d'une vague ressemblance avec certains personnages célèbres... Beaucoup d'imagination pour l'oeil du visiteur. Nous sommes sous le charme de cette longue traversée dans un silence impressionnant.
Intrigués par la présence de la femme et du jeune garçon, nous découvrons très vite la raison qui les a fait monter à bord. Ils ont tous deux des marchandises à vendre : de temps à autre, ils sortent de leurs paniers quelques bricoles fabriquées dans la région, napperons brodés, tuniques, tableautins représentant la baie et ses reliefs de pierre noire, cartes postales... Petit marché auquel nous succombons de bonne grâce.
On suit le soleil dans sa course, la croisière "doit" s'achever après le sunset réclamé par tous les photographes. Le capitaine fait traîner la balade, et c'est par une nuit noire que nous regagnons le port. Un pâle lumignon signale la présence de notre vieux sampan, sur lequel se précipite, tous feux éteints, un autre rafiot, percutant l'arrière de notre coque, sans dégât apparent... On l'a échappé belle : un naufrage dans les eaux troubles du bassin aurait un peu gâché une si belle journée. J'ai pris des dizaines de photos souvenirs d'une promenade inoubliable.
Nuit tranquille, pour rêver encore. Retrouvé au petit déjeuner, notre jeune étudiant n'a plus la grande forme, il se plaint de maux de tête et n'a qu'une hâte, rentrer à Hanoï (peut-être a-t-il un peu trop fêté sa folle nuit à Ha-Long ?). Ce qui nous épargne les arrêts prévus dans ces coopératives multiples à but touristique.
Revenus par le lac Hoan Kiem, nous longeons le joli bassin rafraîchissant, cerné d'édifices culturels qui drainent les amateurs d'opéras, de théâtres et de grandes bibliothèques ouvertes aux nombreux étudiants. Il règne ici une atmosphère au charme un peu décadent, à l'écart de la circulation infernale des avenues périphériques dont on perçoit à peine le brouhaha quotidien. Les book-shops sont hélas très fournies en littérature anglophone exclusivement... Il est loin, maintenant, le temps de la prédominance française, et les jeunes se jettent tous sur la langue british, désormais seul sésame dans le monde entier.
Dîner au Café des Arts : nous sommes accueillis par Mr. Gastel qui vient partager un apéritif convivial, pour évoquer quelques instants ses activités locales. Sur les murs, une exposition de tableaux d'artistes vietnamiens, parrainés par le patron qui est un amateur éclairé, donnant ainsi leurs chances à ces jeunes peintres. Il nous dit aussi qu'il sponsorise des actions caritatives à but humanitaire un peu partout dans la région d' Hanoï. Faisant appel aux bonnes volontés de ses clients sur son site internet, nous prenons note de son adresse électronique pour rester en contact avec lui... | | | Géniaaaaal!!! Merci très chère Fabricia!!!!! | | | À: Parvat · 16 novembre 2004 à 14:43 · Modifié le 13 sep. 2005 à 13:33 Re: Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1 Message 32 de 41 · Page 2 de 3 · 5 351 affichages · Partager Petit matin à Hanoï. Dès le lever du soleil, les rues retrouvent leur animation bourdonnante. Au coeur de la ville, une étrange construction posée sur un socle de béton, trempant dans un bassin fleuri de lotus au milieu d'un jardin public où se pressent quelques visiteurs : la "Pagode à pilier unique" est devenue l'emblème de Hanoï.
A proximité de ce charmant pagodon, un édifice de pierre dorée abrite le musée consacré à Ho Chi Minh et le mausolée du grand homme. Comble de malchance pour nous : tout est fermé au public. Tous les ans, à pareille époque (novembre), la dépouille de l'Oncle Ho est envoyée à Moscou chez les spécialistes de l'entretien des momies célèbres, à l'instar de Lénine qui subit, lui aussi, le "lifting" annuel obligatoire... Il reste à visiter la dernière demeure du héros de la réunification, une petite maison de bois blottie dans un jardin zen. C'est un chalet de style alpin, de modestes dimensions, que ce personnage discret avait choisi comme résidence, dédaignant le palais officiel, bien trop luxueux à ses yeux. Quelques soldats en uniforme viennent relever la garde permanente autour de ces lieux protégés.
Un grand gaillard souriant s'approche de nous, il plaisante mon compagnon sur sa barbichette qui lui rappelle son grand'père : le ci-devant J.M. Roujeau est originaire de Los Angeles et vit maintenant en Virginie, district de Shenandhoa.Je le surprends quand je traduis ce nom amérindien, qui signifie "rêve réalisé". (Un étonnant français a construit dans son jardin, il y a quelques années, une fabuleuse goélette qu'il avait baptisée de ce nom étrange, resté à jamais gravé dans ma mémoire...) Nous partageons une boisson fraîche en sa compagnie, dans le parc voisin. Ses ancêtres sont d'origine vendéenne, émigrés en Amérique il y a quelques siècles. Un de mes lointains cousins...peut-être ?
Nous suivons le conseil de notre Routard, dont les pages gourmandes de la ville signalent "L'Indochine", une ancienne maison coloniale aménagée dans un jardin de bambous et de bananiers. Les élégants serveurs s'empressent : dans une jolie salle aux murs ornés des photos de leurs plus célèbres clients, en particulier celle de notre président Chirac le représente dégustant les spécialités de la maison, manifestement conquis par son repas d'après sa mine épanouie... Des plats fins, recettes de gastronome appliquées à la façon asiatique, composent un déjeuner exquis.
Retour vers le lac Hoan Kiem, coeur palpitant du vieil Hanoï, on franchit le pont rouge pour pénétrer dans la pagode laquée de carmin, exhalant des parfums d'encens. Lieu de recueillement et de sérénité bouddhique. Dans les rues voisines, les boutiques des lingères exposent des nappes brodées à la main. Payées de quelques dongs, ces humbles brodeuses ne sauront jamais le prix de revente de leurs oeuvres, que je trouverai également en France, au retour, encore augmentées des taxes et bénéfices intermédiaires. C'est notre avant-dernier jour ici, vite les derniers achats de souvenirs : coussins brodés, jouets en bois, petits bijoux délicats.
Ce soir, nous allons dîner au "Cyclo", dont le patron est un compatriote. A la table voisine, on parle français avec un accent yankee très reconnaissable : revoici notre ami Joe, rencontré ce matin chez Oncle Ho. Il dîne souvent dans ce restaurant, qu'il connaît depuis tant d'années qu'il sillonne le Vietnam. Son premier contact avec ce pays a eu lieu en 1968, avec l'US Air-Force... Plus tard, il a parcouru l'ex-empire colonial français à titre d'expert militaire auprès de l'armée française. C'est un heureux caractère, moqueur et enjoué, voyageant avec son copain Spencer qu'il pilote à travers le Vietnam depuis quelques semaines. Soirée très gaie, évocation de nos vies et échanges d'adresses, pour le jour où ces deux joyeux lurons viendront en France.
Samedi 11 novembre : dernier jour. Tournée des grands palaces, dont le "Daewoo", récent 5 étoiles ultra-moderne construit à l'intention des voyageurs fortunés. La galerie marchande est à l'image du luxueux building. J'y achète trois poupées revêtues de l'ao daï, pour la collection de mes petites filles.
On ne saurait quitter Hanoï sans faire un dernier tour en ville, admirer encore l'Opéra, et déguster le plat du jour au Café des Arts, accoudés aux fenêtres du premier étage pour contempler le spectacle inlassable de la rue. Les marmites où bouillonne le phö sont posées sur le trottoir, et chacun plonge sa cuiller en porcelaine dans la soupe fumante. Attaché par une corde à un tronc d'arbre, devant la porte, un chien de race indéterminée somnole, sans penser au lendemain. Je soupçonne qu'il figurera au menu comme plat unique d'un prochain jour de ripaille !
Nous réglons notre note d'hôtel avec notre carte bancaire, que l'employée utilise au "fer à repasser", ne réussissant pas à obtenir une liaison téléphonique avec la banque, fermée cet après-midi. Nous remontons dans notre chambre pour boucler nos bagages : deux domestiques ont refait les lits pour les clients suivants... Ciel, que font-ils ? Ils ont vaguement rincé les verres du plateau posé sur table et les essuient avec... les draps qu'ils ont sortis de nos lits... et les enveloppent dans un sachet "sanitized for you" ! Nous sommes estomaqués, et nous réalisons brusquement que nous avons bu dans ces verres, essuyés avec... les draps usagés de nos prédécesseurs...
Un taxi nous dépose à l'aéroport international quatre heures avant notre décollage, selon les consignes habituelles. Quelques minutes plus tard, notre chauffeur revient en courant : la secrétaire de l'hôtel demande qu'on paie à nouveau la note de notre séjour, cette fois en espèces, car la transaction n'a pas été enregistrée. Elle promet que notre compte bancaire ne sera pas débité. Un peu inquiets tout de même, nous raclons nos derniers francs et dollars pour calmer la pauvre fille. Nous serons rassurés, à notre retour : aucun retrait n'a été effectué sur notre compte.
Longues heures d'attente dans la salle d'embarquement grouillante de voyageurs. Décollage just in time. Escale à Bangkok : un jeune homme vient s'asseoir sur le siège libre à côté du mien. Il a sorti de son sac un livre passionnant que j'ai lu il y a quelques semaines : "Le Portail" de François Bizot raconte les atrocités commises par les khmers rouges au Cambodge. Mon voisin est un employé d'Air- France qui revient d'un périple en Asie : excellent sujet d'échanges et d'impressions qui vont me faire oublier les longues heures d'un retour en Occident. | | | À: Fabricia · 16 novembre 2004 à 14:53 · Modifié le 16 nov. 2004 à 15:13 Re: Nostalgie indochinoise- Vietnam et Cambodge - 1 Message 33 de 41 · Page 2 de 3 · 5 331 affichages · Partager Quelques photos. Images attachées: | | | Ce post nostalgique mais aussi si drôle ! sans doute veux-tu nous faire oublier que c'est le dernier de cet émouvant carnet...?
J'espère que tu prépares déjà le prochain récit que je partagerai avec toujours le même bonheur (tu connais mon impatience je crois).
A très bientôt.
Dolma | | | Fabricia,
Quel joli récit incitant au voyage, rien que des mots qui font rêver : jonque, sampan, gecko !....
J'attends la suite avec impatience... Image attachée: | | | Bonjour Fabricia
Une incursion à "La Caravelle", palace 5 étoiles, fief des riches hommes d'affaires étrangers qui viennent signer de juteux contrats avec leurs homologues locaux. Le communisme n'interdit plus les échanges internationaux : le Vietnam ayant compris tout l'intérêt du capitalisme mondial. Implantations des usines Mercédès, General Motors, Renault, etc... Les boutiques de l'hôtel vendent de très beaux objets artisanaux dont les prix sont à la mesure des portefeuilles bien garnis.
Place Lam Son, le Théâtre "Belle époque" inauguré en 1900, a retrouvé sa vocation après avoir été pendant quelques années le siège de l'Assemblée nationale. Pimpante architecture rococo blanche et rose. Juste en face du Caravelle, la façade fraîchement repeinte du Grand Hôtel Continental évoque les heures de gloire de cet établissement mythique. Au temps de l'empire indochinois, c'était le lieu de rendez-vous des célébrités
Que de souvenirs... Je suis né et j'ai passé mon enfance dans ce quartier Cong Truong Lam Son (Place Lam Son) jusqu'en 1975. J'ai quitté ma famille pour arriver au Canada. Je suis revenu en 1995, après 20 ans de séparation. J'ai encore l'image des soirées chaudes et humides, nous étions au parc, en face du théâtre avec les amis. Que de souvenirs...   
Tican | | | Bonjour Fabricia, Bravo pour ton merveilleux compte rendu sur l'Indochine!!
J’ai glané des infos dans de nombreux guides touristiques pour préparer ce prochain voyage et faire mes choix de visites. Voilà qu’en lisant ton CR, tout s'éclaire comme par magie; je me sens tout à fait rassurée sur mes choix (itinéraire, visites, certains hôtels...). Je trouve ton CR un condensé du meilleur des meilleurs guides touristiques – imagé, pratique, informatif en tout point, humoristique et si agréable à lire. Quel magnifique résumé! MERCI!
Il m'a rappelé de beaux souvenirs du Vietnam: « jeunes demoiselles en ao-daï sur leur grand vélo», les chapeaux coniques, le beau, le moins beau.... J’ai bien ri quand tu parlais des « haltes commerciales inévitables, d'un guide aux paroles insipides» - oui, leurs explications sont souvent beaucoup trop longues surtout quand on a lu sur le sujet.
Merci et félicitations pour ce captivant CR digne d’un écrivain. J’appuie sans réserve, 10 ans plus tard  , tous les commentaires élogieux que tu as reçus. | | | un livre passionnant que j'ai lu il y a quelques semaines : "Le Portail" de François Bizot raconte les atrocités commises par les khmers rouges au Cambodge.
J'ai lu sur ce sujet: « L’enfant kmère ou l’instinct de survie» de Gail Sheehy – émouvant, bouleversant! Peux-être l'as-tu lu?
Quand tu auras le temps, pourrais-tu me recommander deux ou 3 autres livres captivants (qui se lisent aussi bien que ton CR si possible  ...), que je pourrais apporter en voyage (donc, pas trop encombrants) pour m’aider à mieux supporter les longues heures d’attente dans les aéroports? Je constate que tu es une lectrice hors pair et que tu as lu d’innombrables romans fondés sur des récits historiques. Je cherche des romans incontournables qui se rapportent soit aux temples d’ Angkor ou à Luang Prabang ( Laos) ou au Vietnam.
Je pensais aux suivants: «Un pèlerin à Angkor» de Pierre Loti « Un Américain bien tranquille» de Graham Green ? Qu'en penses-tu? Autres suggestions? Monique | | |  Merci beaucoup, Monique, d'avoir lu et apprécié ma "Nostalgie" ! Ce fut un merveilleux voyage qui m'a laissé d'excellents souvenirs et je t'envie de partir vers ce Sud lointain au passé riche et émouvant.
Une belle saga fut écrite par Erwan BERGOT, au joli titre de " Sud Lointain", consacrée à l'Indochine et que j'ai lue avec plaisir avant d'aller dans ce Vietnam d'aujourd'hui. Trois tomes existent en édition Poche : 1/ Le courrier de Saïgon - 2/ La rivière des parfums - 3/ Le maître de Bao Tan. Tu trouveras certainement ces livres à la superbe librairie " INDIGO", rue Ste Catherine à Montréal : lors de mon séjour dans cette ville, en 2011, j'ai eu le coup de foudre pour ce paradis des lecteurs et ce fut une visite presque quotidienne et à chaque fois, j'ai trouvé de quoi satisfaire ma passion des livres ! Amicalement à toi. P.S. Quel bonheur d'avoir découvert, visité et aimé Montréal- Québec et leurs environs durant 3 belles semaines... Coup de coeur immédiat ! | | | Voici quelques autres titres consacrés au Vietnam : (j'y suis allée en novembre 2000) :
- "La montagne des parfums" de Pedro NGUYEN LONG-Georges WALTER" (1996) - Livre de Poche n° 14514
"Mourir pour le Vietnam" de Charles COLLINGWOOD - (1970) - Presses de la Cité
"Vandenberghe, le seigneur du delta" de Erwan BERGOT (1973) - Livre de Poche
"Souvenir du Vietnam" de Danielle STEEL - (1990) - Presses de la Cité...
Très bons aussi : "Un pèlerin d' Angkor" de Pierre Loti et "Un Américain bien tranquille" de Graham Green
Liste non exhaustive, il y en a des centaines.. Ce pays foisonne de récits d'histoire et de civilisation. Magnifique ! | Carnets similaires sur le Cambodge: Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 2 715 visiteurs en ligne depuis une heure! |