Chapitre 10 :
Pakse et le plateau des Boloven
Les levers se suivent et se ressemblent. Il pleut encore et il fait toujours aussi frais. 0730h., notre MA60, petit cousin de l'ATR, décolle de
Vientiane pour se poser 1h15 plus tard à
Pakse. Par les hublots, nous pouvons voir avec joie que le soleil est présent.
Une petite course en tuktuk et nous voilà devant le Lankham Hôtel dans la rue principale. Notre but, louer une moto pour partir à la découverte du plateau des Boloven. Le Lankham propose plusieurs sortes de deux-roues, des 100cc, des 110cc et même une vraie moto, en l'occurrence une Honda 223cc trail, 75'000 km au compteur, mais encore bien vigousse comme une vraie gamine. 60'000, 70'000 et 200'000 kips respectivement à la journée.
Nous faisons quelques essais en nous asseyant les deux sur la selle avec un sac. Les scooters seront un peu juste au niveau des amortisseurs, vu notre poids. Donc au diable l'avarice, ce sera la moto. Une carte du plateau nous est donnée et notre loueur nous indique que le tour est à faire en commençant par Tad Lo et non pas par Paksong. Pourquoi, aucune idée.
Nous vidons un sac pour emmener l'essentiel avec nous, nous pouvons laisser nos affaires en dépôt au Lankham. Et c'est parti. Il est important de bien remettre à zéro le compteur journalier, car la carte mentionne les kilométrages pour prendre les bons embranchements. Encore pas mal de circulation à la sortie de
Pakse, mais comme toujours, vitesse lente, pas d'énervements des conducteurs, c'est facile.
Boloven, acte I, première étape les chutes de Phaxouam. Payantes. 5000 kips par personne et 2000 pour la moto. Les cars des tours-opérateurs thaï s'y arrêtent aussi. Un pont de liane traverse la rivière pour accéder au petit promontoire d'où nous pouvons admirer les chutes. Impressionnantes ? Non. Jolies ? Oui. A peine 2 km de détour de la route principale, cela valait la peine.
Nous continuons ensuite direction Tad Lo qui sera notre étape du soir. Là encore, le kilométrage fourni sur la carte nous permet d'être attentifs. Un premier panneau annonce les chutes de Tat Suong sur la droite. Il faut encore continuer quelques kilomètres pour trouver la bifurcation pour Tad Lo qu'une piste en terre y conduit.
La plupart des guesthouses sont situées après le pont qui passe juste après les chutes de Tad Hang et nous nous posons à la Siphaset, première à gauche. 70'000 kips pour une chambre simple avec douche. Après discussion avec d'autres touristes rencontrés plus tard, il semblerait qu'il y ait mieux dans le village, notamment la Palamei GH.
Nous partons à pied voir les premières chutes, juste là sous notre nez. Peu de débit vu la saison sèche, mais c'est tout de même assez beau à voir. L'eau par contre n'est pas très claire et même assez sale. Nous reprenons la moto et partons voir la chute de Tat Suong, selon les indications fournies par le Lonely Planet. La route, goudronnée, traverse des cultures, des bouts de forêts et nous croisons de nombreux paysans locaux, avec des enfants. Le dépaysement est total. Le dernier village avant d'arriver aux chutes remporte la palme. Volailles, cochons, chiens, enfants et adultes, tous cohabitent sous les maisons à pilotis, dans une ambiance d'un autre temps pour des Occidentaux comme nous.
La chute de Tad Suong est un à-pic vertigineux et impressionnant. Il serait très dangereux d'aller trop au bord, vu le vide. Par contre, là encore quasi pas d'eau, juste un filet qui dévale le précipice.
Sur le retour, nous voyons les habitants d'un village marcher le long d'une piste en terre pour aller à la rivière, avec tout le nécessaire pour le bain du soir. Nous prenons aussi cette piste et effectivement, l'endroit est peuplé. Lessive, des habits, mais aussi des corps. Les enfants nous entourent, touchent la moto, nous touchent aussi, avec de grands éclats de rire. Par repect pour les familles en train de faire leur toilette, nous ne prendrons pas de photo.
Retour vers les bungalows luxueux du Tad Lo Lodge, où il est possible de s'asseoir sur des rochers à fleur d'eau, avec une belle vue sur la rivière. Nous arrivons juste un peu tard pour voir deux éléphants et leur mahout traverser le cours d'eau pour rejoindre leur lieu de "stationnement" nocturne.
Le repas du soir, au Jom restaurant, tenu par une petite famille laotienne. La cuisine y a été fameuse, une belle adresse. Nous y rencontrons d'ailleurs un couple de Québécois en voyage depuis quelques mois autour de la planète. De bons moments d'échanges entre cousins francophones.
Une journée bien chargée et une excellente nouvelle. Le ciel est étoilé. La pluie déciderait-elle de nous laisser tranquille ?
Boloven, acte II. Ciel dégagé ce matin, cela fait du bien. Après le repas du matin, nous voilà prêts à reprendre la route. Nous quittons Tad Lo, qui se vante par un panneau d'être un village "crimeless", quelle belle philosophie, que bien des cités dites civilisées devraient prendre en exemple. A Ban Beng, nous tournons sur la droite direction Thateng. Selon les guides, nous devrions être sur une piste caillouteuse. Et non, la route est neuve, bitumée et belle. Nous voyons nos premiers caféiers. Dans les villages, les grains sèchent au soleil sur des bâches. Nous nous arrêtons quelques fois pour les décortiquer, encore verts une fois l'écorce enlevée. Les villages sont toujours aussi typiques, avec les animaux domestiqués, le robinet qui sert de point d'eau, de jeu pour les enfants et de salle de bains pour tout le monde.
Thateng, la route pour Sékong est bien indiquée. Une grande route, peu fréquentée, bien roulante. Sékong est une ville tout en longueur et il faut quitter la voie principale pour la découvrir. Toutefois, rien de spécial à voir ici. Nous décidons alors de poursuivre pour Paksong. Il fait chaud, nous avons l'impression d'avoir un foen qui nous souffle son air brûlant. Au moins 20 degrés de plus qu'à
Luang Prabang.
Ban Lak, le début de la piste pour Paksong. Même pas une station service pour faire le plein, juste une petite échoppe avec deux tonneaux qui sert de l'essence au décilitre si besoin. Un village étiré, de bout du monde, sans rien d'attirant. Nous nous assurons auprès de divers locaux que la piste qui part sur la droite est bien celle qui mène à Paksong. Personne ne parle un mot d'anglais ici, mais les signes sont unanimes, c'est bien là.
Une vrai piste en terre, poussièreuse à souhait dès que nous croisons un véhicule. Au début assez plate et régulière, et parfois parsemée de bosses et de cailloux. Nous croisons un ou deux petits villages, sans électricité, qui semble vivre de l'essentiel de ce que l'élevage et les cultures leur donnent. Rapidement, la piste s'élève dans la végétation. Une vraie jungle, sans âme qui vive. Les chutes de Katamtok, les plus hautes du
Laos paraît-il, sont sur l'itinéraire. Nous relisons les lignes du Lonely Planet. Elle serait difficile à trouver, soyons attentifs.
La pente est parfois assez rude, mais notre Honda en a encore dans le ventre malgré son âge respectable. Après une quinzaine de kilomètres, une première chute est en vue sur notre droite. Katamtok ne doit plus être loin. Je repère deux arbres ceinturés d'un ruban plastique orange vif. En face, un chemin descend en contrebas. Et même un petit panneau en bois "Ketam Whater Fall", pas si difficile que cela. Une petite plateforme permet d'admirer l'eau qui dévale la montagne en face de nous, sur le versant d'en face. Belles chutes en effet.
Nous reprenons notre montée du plateau, encore quelques kilomètres, avant que la route ne devienne plate. Partout autour de nous des caféiers, parfois petits arbrisseaux, parfois adultes. Et toujours ces mêmes villages, avec les enfants qui agitent les mains à notre passage. Plusieurs fois nous nous sommes arrêtés, pour voir des femmes au travail, triant des grains ou fabriquant des petits balais avec des branches d'arbres. Merci l'indépendance de la moto.
Bien sûr, nous mangeons parfois la poussière lorsqu'on croise un véhicule, il faut même s'arrêter pour en prendre le moins possible dans les yeux et les poumons. Et nous n'avons encore rien vu... Mais quel sentiment d'indépendance sur ce plateau perdu au sud du
Laos, loin de tout signe extérieur de notre civilisation occidentale.
A un croisement, nous prenons la direction de Paksong et peu après, nous voyons notre premier camion, la benne chargée de terre. Le premier d'une longue série. Rapidement, nous allons constater que la route est en train d'être refaite. Une véritable autoroute de par sa largeur. Mais toujours en terre, avec toujours la même couche de poussière qui s'envole au moindre véhicule. Alors les camions.... 20 à 25 kilomètres comme cela, à manger le chemin (un ami québécois reconnaîtra cette expression), à ne pas pouvoir rouler vite vu le revêtement très inégal et surtout la poussière que l'on prend chaque fois, et c'est souvent, que l'on croise un poids lourd. J'imagine que ce petit enfer faisait partie de l'aventure.
Paksong est en vue. Enfin. Même si la fin était dure, cette piste était magnifique. Nous trouvons facilement la Borlaven Guesthouse, un kilomètre à la sortie du village sur la route de Thateng. Une grande maison en retrait, avec beau jardin et de l'herbe devant. Le propriétaire, très accueillant, ne parle quasi aucun anglais, mais pour une chambre aucun souci. 60'000 kips avec eau froide, 80'000 avec l'eau chaude. Vu notre état de saleté, eau chaude, merci. Et nous en abuserons pour ôter toute cette crasse qui a dû s'infiltrer partout. Belle chambre tout en bois, lit confortable, parfait.
Le patron nous invite à le suivre derrière la guesthouse. Il a quelques bananes en main. Dans l'arbre derrière la maison vivent deux singes qui acceptent sans souci les fruits. Attention, il ne faut pas s'approcher trop près, le patron me mime qu'ils peuvent mordre. Pas lui, ils le connaissent et il les nourrit. Mais nous oui. Nous les voyons sauter de branche en branche, jouer dans l'arbre. Nos premiers animaux "sauvages" depuis notre arrivée au
Laos.
Nous partons en moto pour le village et trouvons une petite échoppe qui vend du café et qui propose du WiFI, la seule de Paksong d'ailleurs, sur la gauche en direction de Paksé, avant le marché. Stop pour boire un petit noir et pouvoir vérifier nos mails et appeler nos enfants. Le tenancier des lieux, un Hollandais, fait pousser du café et organise une visite guidée de ses plantations avec toutes les explications relatives à la fabrication du café, depuis la jeune pousse du caféier jusqu'au liquide dans la tasse. Dégustation à l'appui. Nous prenons rendez-vous pour le lendemain matin, avant de partir manger au Borlaven Restaurant, qui n'a rien à voir avec la guesthouse. Petite carte, mais très bon Fried Rice. Pas simple, personne ne parle anglais dans la petite famille qui tient l'établissement.
A notre sortie, la selle de la moto est trempée de rosée. Paksong est à 1300 mètres d'altitude et en soirée, il y fait frais. La lune est belle et ronde dans le ciel clair, quelle journée bien remplie.
Boloven, acte III. Nous avons rendez-vous à 0930h. au Coffee Shop pour la visite. Ce qui nous laisse le temps d'aller au marché de Paksong. Un marché traditionnel où aucun Blanc n'est en vue. Une petite vendeuse, coiffée de son chapeau de paille cônique, vient nous proposer des beignets. Mais à quoi ? Nous en prenons un pour goûter, 1000 kips. Excellent, c'est sucré et fourré avec du lait condensé. Du coup, c'est parti pour 4 beignets ! Après avoir fait le tour des stands, où comme d'habitude sur les marchés laotiens, tout se vend dans une ambiance de bric-à-brac, nous nous posons pour un café lao. Le café lao n'est pas un café pur, apparemment il est coupé avec du chocolat, du sucre et même du sel paraît-il. Il est filtré assez grossièrement à travers un tissu, qui laisse ensuite un dépôt au fond de la tasse.
Quelques belles photos plus tard, il est l'heure de rejoindre notre ami hollandais à sa petite échoppe. Curieux personnage, il est parti d'Europe il y a quelques années, s'est posé en
Thaïlande et a fini par tomber amoureux et de la région de Paksong et d'une femme du coin. Depuis, il s'est lancé dans la culture du café. C'est parti pour deux heures de visite, avec dégustation à la fin. Visite guidée très intéressante pour connaître l'essentiel, depuis la pousse du caféier jusqu'à son âge adulte, depuis les premières récoltes jusqu'à celles amenant du profit, sur le pourquoi du café au
Laos, sur la terre, etc... Vraiment très instructif et notre guide étant un passionné, il est très enthousiaste. Alors que nous sommes en pleine plantation, deux jeunes débarquent en courant, bâton à la main, visiblement à la chasse de quelque chose vu la manière dont ils frappent le sol, tout excités. Un gros serpent, à une quinzaine de mètres de nous, essayant d'échapper à ses poursuivants. Cerné, il ne pourra plus résister, même s'il se dressait, la bouche grande ouverte prêt à mordre. Un des jeunes exhibe sa proie. Un reptile d'environ 160 centimètres, tout gris. Venimeux ? Nous ne le saurons jamais, mais visiblement pas très apprécié ici.
De retour à l'échoppe, notre guide va rôtir des grains de cafés verts, pour les rendre prêts à consommer, dans un grand wok. L'odeur qui s'échappe est appétissante. Nous pouvons croquer ces grains chauds, prêts à être moulus. Un délice pour les amateurs. Nous en boirons facilement 3 petites tasses chacun. Prix : 50'000 kips par personne, dégustation comprise (minimum 4-5 tasses).
Il est l'heure de reprendre la route, direction
Pakse. En chemin, deux chutes, dont l'accès est payant (5000 kips par personne plus 3000 pour la moto) Tad Fane et Tad Yuang. Tad Fane serait la plus haute de tout le
Laos et c'est vrai qu'elle émerge de la végétation pour mourir plus de 100 mètres plus bas au pied d'une falaise. Mais nous la voyons d'en face, ce qui atténue le côté impressionnant des lieux. Tad Yuang, elle, est plus courte, mais on peut aller très facilement à ses pieds. Et c'est très beau, l'effort de descendre, et surtout de remonter, en vaut la peine. Visiblement, les familles viennent pique-niquer sur les hauts de la chute, là où la rivière compose de petites piscines.
Pakse est encore à quarante kilomètres, nous nous mettons en route. Au fur et à mesure que la route descend vers la plaine, la température, elle, remonte en flèche. En arrivant dans les faubourgs de la ville, nous transpirons malgré l'air de la vitesse. Nous nous posons à la Narin Thachaleun GH, dans une rue parallèle de la principale, à 3 minutes à pied du Lankham. La chambre est à 80'000 kips, soit 20'000 de plus qu'au Lankham, mais elles sont plus grandes et plus agréables. Nous restituons notre engin, qui ne nous a pas causé le moindre problème durant le tour et nous récupérons nos sacs laissés en dépôt. Avant de sortir manger, nous recomposons nos sacs et prenons une longue douche pour laisser toute la poussière à l'état de souvenirs.
Dimanche soir, la ville tourne au ralenti, mais au coin de la rue principale 200 mètres avant le Lankham sur le trottoir opposé, un petit resto attire le client, le Dao Linh. Les plats sont excellents, les prix doux, le service rapide et les employés très sympas. A côté de là, une ribambelle d'échoppes proposent internet à haut débit à 5000 kips de l'heure. Il fait chaud en soirée, nous voilà de retour dans la chaleur tropicale, fini l'air frais de l'altitude.
Boloven, conclusion. Un des points forts du voyage, c'est certain. Mais sans doute grâce à l'indépendance fournie par la moto. Arrêts nombreux, demi-tours, plaisir de rouler, de se sentir libre, un pur bonheur. Les Laotiens sont prudents sur la route, le seul danger pouvant provenir des chiens, cochons, poules, vaches, chèvres qui bordent les routes et qui, Dieu sait pourquoi, décident de se jeter sous les roues des véhicules, trouvant que le bord d'en face est plus intéressant. Un conseil tout ce qui a de plus personnel : si vous envisagez la piste du sud entre Paksong et la route Sekong-Attapeu et que vous êtes deux sur la même monture, envisagez la moto plutôt que le scooter. Les amortisseurs seront sinon mis à rude contribution, le risque de crevaison multiplié par beaucoup, le risque de chute aussi. Et n'oubliez pas, en cas de casse, vous payez cash. Sans compter que sur cette piste magnifique, vous pouvez faire parfois des kilomètres sans croiser qui que ce soit. Si vous restez sur les axes principaux, bitumés, un scooter pourra suffir.
Nous avons réservé notre transport pour Champasak au Lankham. Prise en charge devant l'hôtel, arrivée directement au centre de la ville ferry compris, bien pratique. 55'000 kips par personne, plus cher que le réseau local, mais sans tuktuk tant au départ pour rejoindre la gare routière qu'à l'arrivée à Champasak. La visite du Wat Phou, temple khmer, est au programme. Avant de filer aux 4000 îles, point final de notre périple lao.