Je suis bien étonné que presque personne n’ait jamais parlé sur ce forum des pétroglyphes de Sapa, un sujet pourtant passionnant prouvant une fois de plus que Sapa "vaut le détour". Donc, voilà !
En août 1924, un français en convalescence au sanatorium de Sapa remarque dans la vallée de la Muong Hoa deux grosses roches de quartzite gravées de signes mystérieux. Il prévient l’Ecole française d’Extrême Orient (EFEO) qui envoie un archéologue d’origine russe, Victor Goloubev. Celui-ci découvre petit à petit des douzaines de pierre gravées dans la vallée, allant du gros caillou au rocher de plusieurs tonnes. Sur l’une d’entre elles, il remarque un caractère qui semble être du chinois et le montre à un sinologue de l’EFEO, qui le traduit par
Troisième année hong-tche de la grande dynastie Ming, ce qui correspond à l’année 1490. Des études postérieures faites par des archéologues vietnamiens ont établi que les plus anciennes datent du XIe siècle.
D’autres découvertes sont faites, notamment dans la vallée de Ma Tra près de Ta Phin, et on dénombre aujourd’hui 240 roches gravées. Un expert de l’EFEO de
Hanoi, Philippe Le Fallier, en a établit les coordonnées par GPS, a décalqué chaque pétroglyphe, et a publié un beau livre très détaillé sur le sujet.
Les roches à pétroglyphes de Sapa sont classés au Patrimoine national et le gouvernement a remis un dossier de demande de classement au Patrimoine mondial.
Si on connait la date de ces pétroglyphes, on ignore encore qui les a gravés. Certains experts pensent que ce sont des lolos, une population originaire d’
Asie Centrale qui descendraient des Huns et serait donc les premiers habitants de la région, les h’mongs, nung et et dao n’étant arrivés qu’au XIXe. On ignore également ce qu’ils représentent. La thèse la plus répandue établit que ce sont des plans cadastraux des vallées où l’on trouve ces pétroglyphes, les lignes horizontales représentant les rizières en terrasses, les petits rectangles des maisons ou villages, et les lignes serpentant des pistes d’autres signes (cercles, points, crochets, etc.) gardent tout leur mystère. Quelques-unes représentent des formes humaines, dont l’une, que j’ai signalée ici en 2010 sans m’étendre sur le sujet, a une tête en forme de cercle entouré de rayons comme une représentation du soleil, un pétroglyphe que l’on retrouve un peu partout dans le monde (Sahara, Far West américain,
Amérique du Sud, etc.), ce qui prouve bien que nous avons tous des ancêtres communs.
Comme toujours quand il s’agit de vieux mystères, les explications religieuses pullulent, y compris celle délirante voulant qu’il s’agisse d’un immense complexe cosmologique annonçant le déluge futur et final et autres calamités expliquées avec force détails dans
Apocalyse 2012, un best-seller complètement farfelu listant les catastrophes de fin du monde prévues pour 2012 (donc il ne nous reste même pas 3 mois !)

. Les vietnamiens pensent qu’ils reflètent les pensées, les croyances traditionnelles et la cosmogonie des Vietnamiens anciens.
Le futur des roches est incertain : les pétroglyphes se dégradent naturellement, de plus en plus de touristes trouvent amusant de grimper dessus et, pire, de graver leurs petits pétroglyphes personnels

, au point que les plus accessibles ont dû être entourés d’une barrière. Il y a avait un projet de les transporter dans un musée, solution que les experts contestent car, s’il s’agit bien de plans cadastraux, ces roches représentent exactement le cadre naturel du lieu où elles sont.
Des 2 photos en attachement, la première roche est au milieu des rizières en terrasses au-dessus de Ta Van en prenant la piste à flanc de montagne et non le « Boulevard à touristes » de la vallée. L’autre, je l’ai trouvée, pratiquement invisible, au milieu de broussailles à une heure de piste au-dessus de Ta Phin (avec aucun touriste autour

) et cette représentation de bateau, qui ne semble pas récente, m’intrigue beaucoup : j’ai donc envoyé la photo à l’EFEO à
Hanoi, mais je n’ai pas eu le plaisir d'une réponse. Comme c’est également le cas pour une question que j’avais posée sur le site préhistorique de Ma Phuc à l’entrée de Langson (monticule rocher au milieu d’une rizière à gauche juste en entrant dans la banlieue de la ville), et à une 3e occasion, j’en conclue qu’il ne faut surtout pas déranger ces messieurs

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