Bonjour Micheline,
Merci pour votre message, et d’avoir partagé votre ressenti.
Il y a effectivement un certain nombre de tribus qui fonctionnent comme vous l'avez décrit. Et elles fonctionnent de cette manière à cause de nous, les touristes, les photographes, à commencer par un des pionniers du système dans la région, Hans Silvester. C'est un cercle vicieux auquel il est difficile d'échapper. Certaines tribus cultivent leurs traditions uniquement pour le tourisme. Un bien ou un mal ? C’est un vrai débat, pour lequel mon cœur et ma raison balancent.
Quand on va à la rencontre de ces quelques tribus, des dizaines de mains se tendent dès qu'une personne sort l'appareil photo du sac, que l'on cautionne ou pas le système. Quand on est passionné de photographies, et à la fois emprunts de certaines valeurs et de certains principes, cette situation est délicate à aborder, que faire ?
Les gens rencontrés sont pour la plupart adorables, heureux de nous voir arriver, évidemment conscient que nous pouvons leur apporter de l'argent (mais dont il n'avait pas besoin avant que le tourisme vienne à leur rencontre), et sont extraordinaires à observer, pour nous occidentaux "modernes" (pas en termes de respect, de savoir vivre... on a beaucoup à (ré)apprendre), et photographes. Du coup, conscient que nous apportons un problème éthique, j'essaye de compenser en communiquant au maximum avec eux, en délivrant des messages pertinents, de ne pas accepter, ni photographier et rémunérer n'importe quoi (i.e. ce qui me semble sortir des traditions locales pour simplement attirer notre objectif), passer un maximum de temps avec eux, plusieurs jours si possible avant de sortir l’appareil, demander la permission, m'intéresser à la vie des gens que je photographie. En bref, j'essaye avant tout de voyager au sens large, et d'être, ce qui me semble, respectueux.
Certains groupes de touristes, arrivent en meute dans un village, cachés derrière leur guide, rentrent sans permission dans les espaces privés (même si la notion d'espace privé est toute relative chez eux, il y a un minimum à respecter) et même parfois dans les maisons, mitraillent sans rien demander, encouragent le "n'importe quoi", rémunèrent sans considération, semblent penser que c’est un due, et ne voient en ces personnes qu’une marchandise photographique. Ce tourisme est à mon sens irrespectueux, il me débecte, pourri les rencontres, rend le tourisme purement mercantile. C’est triste. C’est le reflet des pires aspects consuméristes de notre société : (
Je suis conscient de participer malgré tout à ce système, mais je fais de mon mieux pour être le moins "polluant" possible.
Je ne prétends pas apporter des réponses, ni donner des leçons, je partage simplement mon opinion. (je me méfie de ceux qui me font des procès d’intentions, ils se reconnaitront ;))
Bonne journée Micheline,
Cyril Blanchard