Bon, je n'ai pas répondu sur le projet, tout simplement parce que je n'avais pas vu le message en temps et en heure. Deuxièmement, parce que la question était très vague, et que donc je ne savais pas trop par quoi commencer (est-ce que la personne voulait des renseignements précis? un récit? que sais-je...).
Ensuite, ce post n'est pas la place pour répondre à ces questions, il faudrait donc que j'ouvre une autre discussion, et comme les personnes intéressées n'avaient pas répondu à ma demande de questions plus précises, je ne l'ai pas fait. Faut vraiment se justifier de tout ici ma parole...
Effectivement, il y a des gens qui sont mal tombés concernant leur projet, ça arrive dans tous les pays où le SVE existe, malheureusement. Le SVE est encore "jeune", et les défauts d'organisation existent (notamment pour l'obtention de visas adéquats, en particulier pour les jeunes hors-Europe qui doivent faire leur SVE dans l'UE. J'ai par exemple un ami de
Turquie qui n'a jamais obtenu de visa pour son SVE en
Espagne, du gâchis!). C'est notamment dû, à mon avis, à la complexité que ça représente vu le nombre de pays et de cultures bureaucratiques impliqués, ainsi qu'au personnel peu nombreux dédié au SVE dans l'UE. EN gros, c'est un peu le bazar, et les assos proposant des projets d'accueil ne se valent pas toutes, beaucoup font ça pour récupérer de l'argent (et pas seulement dans les pays auxquels on pense, c'est aussi le cas en
France).
Il y a aussi des personnes pour qui le choc culturel est trop grand, et qui décident de repartir. C'aurait pu être mon cas, et celui de la quasi-totalité des volontaires que j'ai rencontrés en
Arménie.
Pour ce qui est de mon projet, en gros, sur le papier: donner des cours d'espagnol, de français et d'initiation à l'informatique à des jeunes de la région où j'étais (Vayots Dzor), ainsi que créer un site internet. Ce projet c'est moi qui l'ai proposé, il a été accepté par le centre de jeunesse où je devais atterrir (je n'ai pas "souscrit" à un projet préexistant comme c'est habituellement le cas pour le SVE). Au début, c'est ce que j'ai fait, pendant 3 mois environ. Puis il y a eu une coupure en raison de mon pb de visa (j'avais dépassé la date limite, et l'
Arménie par la même occasion commençait à me taper sur le système). J'ai donc passé un mois en-dehors de mon projet, à essayer de prendre une décision (rester illégalement, ou partir et abandonner mon SVE). J'ai finalement choisi la première option, et suis rentrée "chez moi", à
Yeghegnadzor. Mais mes collègues n'étaient plus trop motivées pour recommencer les cours. Ils ont été abandonnés, à ma grande surprise, car ça se passait plutôt bien, je crois n'avoir pas été ennuyeuse et avoir essayé de leur apprendre des choses très concrètes. Pour l'informatique, j'étais soulagée, car je donnais ces cours en "arménien", et c'était vraiment difficile car il me fallait retenir des termes techniques alors que je ne parlais pas encore couramment la langue.
Pour ce qui est du site internet, j'étais très motivée. Il s'agissait de faire un vitrine sur le net de la région Vayots Dzor. Malheureusement, je n'ai eu que très peu d'aide. D'une parce que je n'ai pas osé en demander trop de la part de mes collègues avec qui les relations même si conviviales, restaient distantes, de deux parce qu'au début, je ne parlais pas lalangue et n'avais pas de contacts. J'ai également sous-estimé la somme de travail: la partie à la fois technique du site, et le contenu, je devais tout faire. Mission quasi-impossible, et décourageante, car je travaillais seule, et j'avais l'impression que tout le monde se foutait de ce site. Sauf quand il s'est agi de réfléchir où il serait hébergé, là tout d'un coup mes collègues étaient beaucoup plus intéressés pour mettre ça sur leur site officiel de centre de jeunesse.
Sur la fin, j'ai finalement rencontré des gens qui auraient pu énormément m'aider, le centre infos touristes du village d'à côté. Sauf que personne ne m'en avait parlé. Et qu'à la fin, je n'étais plus trop motivée. Rien que le fait de demander un carte de ma ville était compliqué, à la mairie qu'on ne pouvait pas me la donner

. Au musée, pour emprunter un fascicule, même juste pour la journée, on m'a répondu: impossible, c'est l'exemplaire du directeur (je précise que mon lieu de travail était à même pas 100m du musée, et qu'il s'agissait d'une toute petite ville de 10 000 habitants). J'ai également eu besoin de traducteurs pour des légendes sur la région que je souhaitais mettre sur le site, seule une de mes amies a été disponible pour ça.
Donc le bilan, c'est qu'effectivement, le projet n'a pas vraiment abouti, du fait de la mentalité des gens qui m'entouraient. Complexe vis-à-vis de tout ce qui est occidental, gens peu habitués à cotoyer des étrangers, et donc à les accueillir pour qu'ils se sentent à l'aise. J'ai pourtant fait tout ce qui était en mon pouvoir pour briser le mur invisible entre "eux et moi" (apprentissage très volontaire de la langue, je pouvais communiquer au bout de 3 mois, inscription à trois activités différentes, dont les danses traditionnelles et cours de doudouk), je posais beaucoup de questions, etc... mais rien n'y a fait, tant pis! Moi j'ai retiré de ce SVE énormément de choses, j'ai appris une nouvelle langue et j'ai appris à regarder le monde depuis l'Est, et sincèrement, je n'en demandais pas plus, le projet était pour moi tout à fait secondaire (ce qui ne veut pas dire que je ne l'ai pas pris au sérieux).
La déception est plus grande pour ceux qui partent à cause du projet avant tout. Dans un pays comme l'
Arménie, il est très rare que les étrangers soient bien accueillis et se sentent à l'aise, mais je pense que les premiers SVE ont "défriché" le terrain, et leur ressenti a beaucoup aidé leurs assos arméniennes à comprendre ce que c'est que d'accueillir quelqu'un qui vient d'ailleurs, et c'est ça le principal. C'est pour cela que je disais que le plus difficile, ça n'est aps le projet en lui-même, mais la rencontre de deux cultures, et c'est à mon avis ce deuxième point qui est le plus intéressant dans un SVE.
J'espère avoir répondu à la question!