19 juillet : Livingstonia
Rien que le nom est mythique. D’ailleurs, on irait en ce lieu rien que pour son nom...
Le levé de soleil est magnifique : le lac est à nos pieds, les montagnes sont roses, les champs multicolores. Interminable petit déjeuner, exquis, mais interminable... Comme d’hab’ : tu commandes des pancakes, tu t’attends à entendre au loin, en cuisine, le pshhhh de la pâte à crêpes qui glisse sur la poêle. Et bien non, tu entends le trac-trac de la pâte à crêpe en train d’être battue. Toujours se souvenir que la notion de « stock » n’existe pas, tout simplement parce qu’il n’est pas raisonnable de préparer quelque chose avec pour risque de le jeter. Tout est donc préparé à la commande. Il faut par exemple compter une demi-heure minimum pour des pancakes. A part ça, superbe smoothie aux choses locales.
On décide d’aller se promener à pinces, marre de la voiture. Direction
Livingstonia, à une demi-heure.
Premier arrêt : les chutes de Manchewe. Franchement jolies, dans un beau paysage de verdure, elles tombent de haut.
Des enfants nous demandent des bonbons « give me sweets ». Alors, amis lecteurs, permettez moi une digression. J’aimerais mettre la main sur le pécheur originel, le premier c.... de touriste qui a donné des bonbons à un enfant africain

. Si vous pouvez me communiquer son identité, surtout n’hésitez pas. Une fois que je le tiens, j’entame trois actions : 1) lui fourrer le contenu de sept paquets de bonbons là où je pense 2) aller à la sortie de la maternelle où sont ses enfants ou petits enfants et y faire une bonne et belle distribution de bonbons, éventuellement vêtu d’un imperméable, 3) l’interdire de dentiste jusqu’à ce que ses dents se transforme en chicots

. Quelle buse celui là ! Fin de la digression...
Nous achevons donc la montée vers
Livingstonia, au milieu de bananiers et des champs de manioc, de maïs (blanc) et de café. Très peu (en fait pas du tout) de monoculture.
Ici, les fermes sont toutes petites et ne répondent pas à notre définition actuelle de la ferme. Ce sont principalement des fermes de subsistance qui permettent de nourrir une famille. L’excédent est vendu et permet d’acheter de l’huile de cuisson et un peu de poisson pêché dans le lac. En
Europe de l’ouest, il faudrait remonter bien longtemps dans le temps pour retrouver ce type de ferme.
Livingstonia est initialement une mission presbytérienne (protestants calvinistes écossais, pour faire court) construite à l’instigation d’un Monsieur nommé Law, en mémoire de
Livingstone (lui-même presbytérien, vous vous en douterez). La première mission (en fait la deuxième) avait été construite à Bandawe, sur les bords du
lac Malawi (à 200 m de Makuzi), mais les missionnaires sont pour beaucoup morts du paludisme. Alors, la mission a été déplacée en altitude, où il n’y a pas de moustiques et donc pas de palu. Par ailleurs,
Livingstonia est devenu une université qui à maintenant plusieurs campus, la plupart loin de
Livingstonia (sérieux, heureusement, quand tu vois le mal qu’il faut se donner pour atteindre
Livingstonia).
Cet endroit est très bizarre, c’est comme si un urbaniste avait déposé quelques demeures anglaises ou écossaises dans la campagne africaine, mais n’avait pas terminé sont boulot. Au beau milieu de l’Afrique, c’est un peu décalé ce petit côté Yorshire, mais très beau. Un vieil hôpital qui pourrait être en
Ecosse, une tour avec horloge (en panne) qui pourrait se trouver dans le Sussex...
La mythique "Stone House", dont on ne visite pas le musée, anticipant le pire.
On s’arrête dans le coffee shop qui fait aussi boutique de souvenirs de la mission où nous buvons un thé au lait. Agréable n’est-il pas ? Visite de la cathédrale, digne d’une belle église d’Edinburg. En échange d’un don raisonnable, nous montons en haut du clocher qui offre une belle vue sur la campagne alentour.
Il y a des singes qui gambadent dans certaines allées. Promenade dans l’université qui est très mignonne et toujours de style architectural anglicisants avec un petit côté Cambridge sans étages et avec tout plein de mauvaises herbes.
Quelques courses au petit marché local. Pas de pain à la boulangerie, mais des scones (délicieux, n’est-il pas ?) qui feront l’affaire pour le petit déjeuner, surtout accompagnés de quelques bananes.
Nous descendons à pieds et, en chemin, nous croisons la route d’un respectable Monsieur d’une soixantaine d’année. Présentations réciproques. James, c’est son nom, est fermier et nous accompagne sur un bout de chemin. Il parle un très bon anglais, comme beaucoup d’habitant du coin. Sa voix est discrètement chevrotante, il impose le respect. Nous échangeons chemin faisant sur l’agriculture locale, l’élevage, la vie locale plus difficile qu’il n’y paraît, la religion, le coût élevé des consultation à l'hôpital de
Livingstonia... La majorité de ses enfants sont âgés, mariés et ont quitté le domicile familial. Ils exercent plutôt des professions intellectuelles comme instituteurs. Sa ferme est petite, elle permet un peu plus que l’autosuffisance. La production excédentaire permet de vivre assez confortablement. J’ai du mal à m’habituer à ce concept : fermier désigne une personne qui cultive la terre et élève quelques bêtes dans le but d’en vivre, tout juste.
On passe devant l'église adventiste. Le
Malawi est un pays où j'ai noté l'une des plus hautes densité d'églises. Denses, mais aussi très diverses...
Retour à Lukwe Eco Camp, et me voilà aspiré par le Permaculture Garden. Bon, alors, pour tout vous dire, j’ai beau habiter le 11ème arrondissement de
Paris (arrondissement gluten-free et sulfites-free, où la graine de chia constitue l’essentiel de l’alimentation et le quinoa considéré comme « has been »), la permaculture, je ne savais pas ce que c’était. Évidemment, on se doute un peu : méthode systémique et globale qui vise à concevoir des systèmes (par exemple des systèmes agricoles) en s'inspirant de l'écologie naturelle. Alec, le responsable, me fait visiter, et j’ai été bluffé par ce concept de potager « développement durable » reposant sur une polyculture dans laquelle les espèces s’entraident, le tout couronné d’un système d’irrigation très créatif. J'ai été fasciné, impressionné, tout ça...
J’aurais pu y passer des heures à me faire tout expliquer, mais même les bonnes choses ont une fin. L’appel de la Green au coucher du soleil m’arrache à ce petit coin de paradis.