Bonjour David,
Etant moi-même amoureux du
Maroc, j’ai lu avec beaucoup de plaisir tes récits de voyages.
J’ai juste envie de te faire une petite remarque et de poser une question :
Quelle nuance cherches tu à donner au mot
civilisation quandtu le metsentre guillemets en écrivant : «... Ici s'arrête la "civilisation"... » ?
Puis j’ai tiqué en lisant : «... c'est le domaine encore primitif des berbères... ».
Domaine primitif, sans guillemets cette fois à l’adjectif.
Le terme
traditionnel n’eût-il pas étéest plus approprié ?
Je crois qu'il éviterait de générer une confusion dans la tête du lecteur :
L’auteur considère-t-il les berbères comme des êtres primitifs au sens de « moins avancés » que les autres marocains ?
Par rapport à la phrase «
... Chaki n'y comprend rien car ils utilisent leur propre dialecte qui n'a aucun lien avec l'arabe... », il est bon de préciser que le berbère est une langue et non un dialecte, et qu’à l’heure actuelle cette langue est le critère le plus évident d’identification de la population berbère qui, ne l’oublions pas, est la population originelle de toute l’
Afrique du Nord et du Sahara.
Bien entendu, avec l’islamisation et une arabisation socioculturelle initiée il y a des siècles, cette langue n’a cessé de reculer au point d’aboutir à une assimilation si grande que la quasi totalité des maghrébins se dit, estime, être arabe*. Mais bien peu ont dans les veines un peu de sang arabe. Les conquérants du VIIème siècle et les vagues qui s'ensuivirent au XI ème n’étant composées de guère plus de deux cent mille individus d’après les estimations les plus optimistes.
Le berbère, une langue donc, avec ses variations par régions, voir aujourd’hui par pays, mais une langue encore bien présente dans tout le Maghreb. Un kabyle algérien et un berger de l’
Atlas marocain se comprendront toujours et tous deux se nomment « Amazigh » ou « Imazighen » au pluriel. Pour ne parler que du
Maroc et de l’
Algérie, les recensements estiment raisonnablement les berbérophones à 20% de la population algérienne, et à 40 % de marocains. Ainsi les berbérophones sont actuellement démographiquement minoritaires. Il n’en demeure pas moins vrai que l’immense majorité des arabophones actuels ne sont que des « Berbères arabisés » depuis des dates plus ou moins reculées.
Au
Maroc la berbérophonie est essentiellement montagnarde : au nord, le Rif avec la Tarifit, au centre le Moyen-
Atlas et une partie du Haut-
Atlas emploie la Tamazight, au sud/sud-ouest, Haut-
Atlas, Anti-
Atlas et Sous, la Tachelhit. En
Algérie la principale région berbérophone est la
Kabylie puis à une échelle moindre, les Aurès et la région de
Ghardaia.
Voilà, j’avais envie d’apporter cette petite précision qui, à mon sens, a son importance historique mais dont la carence n’enlève rien à la qualité de ton récit.
*
Comme j’ai appris à mes dépends les dangers et les limites des échanges par écran interposé, je tiens à préciser que je ne suis pas dans l’opposition systématique des arabes et des berbères comme les ultras des deux bords... mais non plus dans le sacrifice de l’un pour l’autre.
Par ailleurs, comme cela semble t’intéresser, je rajoute quelques noms et titres aux conseils de lecture déjà donnés par Khaldoun.
Abdelhak Serhane
Les enfants des rues étroites
Le soleil des obscurs
Mohamed Khaïr-Eddine
Légende et vie d’Agoun’Chich
Abdelkebir Khatibi
La mémoire tatouée
Mohamed Choukri
Le pain nu
Tahar Ben Jelloun
L’enfant de sable suivi deLa nuit sacrée
Moha le fou, Moha le sage
L’écrivain public
Driss Chraïbi
La mère du printemps suivi de Naissance à l’aube Le passé simple
Une enquête au paysBoujedra
L’isolationMouloud Ferraoun
Le fils du pauvre
L’anniversaire
Tous ces titres sont disponibles en
France dans les différentes collections de poche.
La liste des écrits des auteurs ci-dessus n’est bien sûr pas exhaustive, mais se sont mes préférés.
Si je peux me permettre, mais bien sûr le choix est subjectif puisque personnel, commence par Chraïbi et sa très belle fresque romanesque en deux volets sur les origines de l’Islam au
Maroc, puis comme te le conseille Khaldoun, découvre l’inspecteur Ali dans le désopilant
Une enquête au pays du même auteur.
J’ai vraiment beaucoup aimé les romans cités de T. B. Jelloun, mais pas trop accroché sur les plus récents... à toi de voir. Les autres sont un peu moins connus du lecteur européen mais tous méritent la découverte... et la suite.
Bonne lecture.
Au plaisir de te retrouver dans d’autres récits, et peut-être faire ta connaissance lors de l’une de nos aventures dans ce beau pays.
José