Nikola · 20 août 2004 à 19:33 17 messages · 9 participants · 6 855 affichages | | | | 20 août 2004 à 19:33 · Modifié le 20 août 2004 à 20:11 Message 1 de 17 · 6 762 affichages · Partager Voici le récit de 3 merveilleuses semaines passées au lac. Avec Laurent, ça fait déjà un mois et demi qu'on est à Moscou pour nos études. Histoire de profiter d'être déja si loin, on s'est dit " Pourquoi ne pas bouger plus loin après ? ". Et en regardant la carte, on a vu le Baïkal. On ne savait vraiment pas tout ce qui nous attendait là-bas, toutes les merveilles que nous allions découvrir...
Le Transsibérien
Tout a commence à Moscou le 20, avec ce fameux train dans lequel on pensait s’ennuyer comme jamais auparavant. En plus de 90h, il y avait vraiment moyen ! On a eu peur en arrivant de nos voisines, 2 russes qui pouffaient entre elles dès qu'on leur demandait quelque chose, se disant l’une l’autre « je n'ai pas compris... Ah Ah ». La perspective de longues conversations avec elles était donc impossible... Heureusement, de l’autre côté nous avons eu des voisins plus loquaces, tous originaires de Sibérie et parlant volontiers des us et coutumes du coin, en particulier Marina, devouchka de notre âge, fort charmante et énigmatique. Le paysage sinon était assez sympathique : forêt, forêt, forêt, et parfois une ville, tous les 100km des qu’on est entré en Sibérie, une fois passé l’Oural. Les arrêts, 20-30mn toutes les 7 ou 8h, étaient par contre plus intéressant, car chaque ville a son combinat spécialisé et donc sa production particulière. Ça se voit en descendant du train au nombre de babouchkas qui vendent la même chose : poisson séché, noix de cèdres, laines... Idéal pour tester la gastronomie locale ! Le tout accompagné de thé noir, la boisson préférée des russes, préparé à l’aide du samovar, grosse réserve à eau chaude dont sont équipées les maisons russes mais aussi notre wagon. Le 2ème soir, nous avons eu droit a un spectacle d’une rare beauté : à travers les vitres du train, nous avons assisté pendant plus de 5 heures à un déluge d’éclairs. En moyenne toutes les 4 ou 5 secondes, un éclair tombait et illuminait la taïga d’une lumière électrique et irréelle. Notre contrôleur, grand sexagénaire chauve et à la dentition émaillée d’or, est originaire de Severobaikalsk et nous invite à prendre le thé. Nous passons d’agréables moments avec lui à l’écouter parler du lac qu’il connaît bien. A un arrêt, Laurent, grand amateur de photographie, en profite pour réaliser sa plus belle photo, et nous échangeons nos adresses. Au final le voyage est passe très vite et nous ne l avons pas vu passer, excepté la journée a 35 degrés dans le wagon ! Pourtant, aux descriptions de voyageurs que j’avais pu lire auparavant, je m'attendais à une rude épreuve, nerveuse et olfactive, mais pour nous le voyage fut comme un enchantement, entraîné que nous étions vers l’inconnu et la nature a n’en plus finir.
Enfin, le lac !
Après, arrivée à Severobaikalsk. Enfin, le lac ! Un peu déçu au début, sûrement parce que j’habite à 2km de la Manche. On a trouvé un logement par l’intermédiaire de Natalia Raspoutina. Elle travaille à la toute nouvelle office de tourisme et s’exprime dans un français excellent. Nous avons passé une nuit assez sympathique dans le bungalow qu’une famille de NijniAngarsk a tout juste fini de construire pour accueillir des touristes. On a pu profiter de leur « bania », le bain russe. Il consiste en une pièce chauffée par un gros poêle à bois sur lequel sont placées des pierres. Pour faire circuler le sang, on se fouette avidement de branches de bouleaux, puis on sort dehors a défaut de douche froide, mais pas trop car des qu on a repris une température normale les moustiques arrivent. Seule déception, le comportement trop intéressé de nos hôtes :
- Venez manger ! - Merci il est 15h on a mangé à midi on n’a vraiment pas faim. - Ouh là là impossible ! On est en Russie, ça ne se refuse pas ! Vous êtes nos invités, on ne refuse pas une invitation !
...
- 100p chacun SVP. - Mais on n’a mangé qu’une soupe tellement on avait pas faim ! - Ah oui mais il a bien fallu qu’on aille au produkti et qu’on prépare et ici c’est une gastinitsa il faut payer, vous êtes Français de toute façon qu'est-ce que ça peut vous faire de nous donner ça c’est rien pour vous !
Expérience un peu décevante donc et nous avons rapidement passé notre chemin ! | | | À: Nikola · 20 août 2004 à 19:34 · Modifié le 20 août 2004 à 20:04 Message 2 de 17 · 6 749 affichages · Partager Le mercredi suivant, course aux laissez-passer (propusk, le 1er mot qu’on a appris en Russie) pour aller dans un parc de l’autre côté du lac. Je n’en parle même pas ça a été déjà assez pénible comme ça ! Ou plutôt si, parce que c'était vraiment débile.
Le mardi on nous indique un bateau pour le soir a l’office du tourisme. Du coup on ne fait rien de la journée, mis à part les courses pour 5 jours sans ravitaillement. Le soir on arrive au port et le bateau en question n’existe pas. Tant pis, a NijniAngarsk apparemment il y en a, on le sait parce qu on a demandé à 5 personnes différentes qui nous ont toutes dit qu il y a un bateau là-bas, toutes nous on dit des horaires et jours différents mais l’endroit semble bon. On trouve ledit bateau, le gardien nous informe que le départ est le lendemain a 10h, mais qu on ne peut pas dormir dehors, sinon les « hooligans » auront raison de nous et de notre argent pendant la nuit. Et nous voici invité à dormir sur le bateau ! Tout allait bien jusqu au lendemain matin, lorsque notre hôte nous réveille à 7h sur ce qui en russe doit vouloir dire " propusk time ". La, tu frémis, mais tu ne sais pas ce qui t’attend. Tu as 3h pour trouver le propusk, et tu es invité à prendre tes affaires avec toi parce qu’il est vraisemblable que tu devras prendre le bateau le jour suivant. Nous voici parti avec le marchrout vers une administration au nom bizarre. On arrive 30mn après dans un bâtiment dont l’équipement sent une autre époque, comme ces films des années 50. On demande, on nous indique un bureau. Là, on trouve 2 fonctionnaires à peine plus âgés que nous. On leur explique qu’on veut l’autorisation pour aller au parc, on leur montre nos passeports. Et là, est-ce le fait de ne jamais avoir vu d’étrangers ? Est-ce une private ? Ils explosent de rire, sortent avec nos passeports, reviennent 5mn plus tard en nous annonçant que le directeur nous attend. On trouve le bonhomme, imposant avec sa veste de cuir derrière son grand bureau surplombé des portraits de Marx et Lénine. On se serait cru dans le bureau d’un bandit. Ou bien du seul haut fonctionnaire de Moscou qui a tous les pouvoirs dans son coin loin de tout. Il nous a parlé, on lui a fait répéter, on n’a pas comprit. Certains russes sont comme ça : on a beau leur dire qu on ne comprendra que s’ils parlent avec des mots simples et lentement, ils approuvent mais réitèrent la même soupe incompréhensible. Pas si incompréhensible que ça finalement, parce qu on s’est rendu compte qu'il nous demandait d’autres propusk et justificatifs divers avant d’avoir celui qu’on voulait. Et le temps tourne, tourne. Heureusement Laurent est là pour calmer mon humeur, qui commence à s'échauffer, a coups de phrases comme " Mais on n’est pas venu la pour remplir des propusk pendant 15 jours !!! ". Finalement, sans rien comprendre, la situation s est débloquée : les 2 fonctionnaires nous ont fait grimper dans une camionnette militaire, direction... l’office de tourisme de la veille ! Où on nous a fait le laissez-passer alors que la veille on nous y avait indiqué un autre endroit pour le faire ! Tant pis se dit-on, ce pays est un peu fou mais ça y est, on a notre papier, et il reste 30mn pour aller au port a 1km. Triste désillusion en sortant, une épaisse pluie nous accompagne jusqu’au bateau. C est une pluie russe. Une vraie pluie. Pas une pluie bretonne qui tombe tranquillement et innocemment toute la journée. La pluie russe tombe pendant 2 ou 3 heures comme il faut, c’est-à-dire de façon à ce qu au bout de 10 mn, tu es trempé de la tête aux pieds malgré ton poncho que tu ne ramèneras jamais en voyage (rien ne vaut sursac + pantalon K-Way + bonne veste pour tout voyage dans le Nord !). On arrive donc au bateau. Et là... et là... une dame qui remplit des propusk. Ils sont fous ! Tout ça pour rien ! On n avait plus qu’à regagner notre siège, dans notre compartiment où il pleut un peu moins que dehors (heureusement la coque était plus étanche !), à se demander comment les informations peuvent circuler aussi mal et être si contradictoires dans ce pays. Comment tout peut-il être aussi désorganisé ?
La Russie est géniale pour ça : perdre de l argent et du temps pour faire des papiers qui ne servent qu 'à donner du travail a des gens qui dépriment tellement leur boulot est pas intéressant et qui du coup ont pour seule occupation de vous envoyer balader. Surtout à Moscou.
Nous voici donc dans le bateau qui nous emmène avons Kakusi, une sorte de village vacances pour les Russes. La vie s’articule autour du débarcadère où passent en moyenne 3 bateaux par jours. Dans le village, un seul magasin, aux étalages quasi-vide et aux horaires minimalistes. Au bout du plus gros chemin de l’île, les sources chaudes (46°, où comment se sentir dans la peau d’une patate qui passe à la casserole) et la cafétéria. Partout autour, des bungalows au milieu des bois et sur le bord du lac. On s’est requinqué à coup de quelques bains dans la source chaude, et d’un bon repas à la cafétéria du village. Surprise en partant. On n’accepte pas notre argent pour le repas. Quand on demande combien ça coûte, on nous répond par un hochement de tête gêné. Tiens, serait-ce l’héritage du communisme ? Tu paies pour entrer et après tout est gratuit ? 10/20. Il faut tout payer, mais c’est bien l’héritage du communisme car tout se paye... à l’administration centrale (on s’est fait rappeler à l’ordre, sûrement une dénonciation...). Tu veux un café ? Tu vas à l’administration centrale. Après, tu marches 1 km pour aller à la cafète. Tu veux aller aux sources chaudes ? Même tarif. On a demandé un thé à l’administration, on a trouvé qu on le payait assez cher. En arrivant à la cafétéria, on nous prend le papier qui atteste qu’on a bien payé le thé, et on nous sert... une soupe, une salade, et un verre de jus de fruits. Allez comprendre !
Et après, les choses sérieuses commencent : direction les bois et la nature a perte de vue, en suivant les berges du lac. Notre objectif : la baie Ayaya, très profonde et donc toujours à l’abri des ventes, et le lac Frolika. La journée : marche le long du lac, ou dans la forêt quand les berges sont trop dures à suivre. Une machette aurait été fort utile contre les multiples branches de sapin qui nous attaquaient de toute part. Le soir, bivouac, avec un feu pour se réchauffer, et lutte contre les moustiques qui attaquent par centaine. Tout le long, la vue sur le lac est magnifique, on se sent comme dans une carte postale. Par contre, c’est un véritable désert : en 3 jours, on n’a rencontré des gens qu’une fois arrivés à Ayaya. Très peu de personnes s’aventurent entre Kakusi et Ayaya. La plupart des gens préfèrent louer les services d’un bateau. Et ça se comprend parce que la traversée est vraiment difficile. Une fois à Ayaya, on a passé le temps agréablement, notamment avec la rencontre de Vatsov, un Tchèque qui fait la même chose que nous mais seul. On a marché ensemble jusqu’au lac Frolika, à 2h de marche dans les terres, où on a trouvé un petit coin fort agréable pour passer la nuit : cabane, endroit plat pour la tente, installation pour le feu, vue imprenable sur le lac, avec « mer » d’huile et reflet parfait des arbres et des montagnes dans l’eau (on ne sait plus dans quel sens notre photo a été prise !). Nos tentatives de pêche ont lamentablement échoué lorsque notre unique hameçon correct a pris le large, nous contraignant à incurgiter chaque soir notre horrible soupe chinoise lyophilisée. Dimanche soir, retour sur Ayaya où nous rencontrons des russes qui voyagent en canot autour du lac. Une bonne idée pour le prochain voyage ! Ils nous reçoivent avec un grand feu et du thé. Lundi la pluie s’oppose toute la matinée a notre projet de retour si bien que nous devons attendre de trouver un bateau. Heureusement, un groupe ayant réservé un bateau arrive. Nous nous blottissons tous au chaud dans la cale du bateau où un verre d’eau de vie et quelques toasts de poisson nous remontent.
Arrivés à Kakusi, nous reprenons un bain pour se réchauffer. Tous les Russes présents en profitent pour discuter avec nous, discuter nature, cuisine, France, Russie et s’enquérir du salaire moyen en France qu’ils jugent astronomique (la moyenne en province est d’environ 200 euros en Russie...) Puis l’un d’eux, Viktor, un Bouriate de 44 ans, nous donne rendez-vous le soir même pour aller boire une bière dans son bungalow. On y trouve sa femme de 22 ans, ainsi qu’une grande quantité de poisson cru et de vin moldave. On a passé une excellente soirée à discuter de toutes sortes de choses, bien ivre à la fin devant la lourdeur de la main de notre hôte. Puis on est resté dormir vu qu’ils insistaient. Aucun problème pour s’endormir à 3h du matin après nos 5 bouteilles de vin. Par contre, à 7h, la forme en « U » du matelas finit par avoir raison de ton sommeil et surtout de ton dos. Impossible de fermer l’œil.
L’après-midi nous prenons le bateau pour retourner à Severobaïkalsk. Sur place, le soir venu, nous allons sonner à la porte de notre contrôleur de train. Hélas, il n’est pas là. On croise alors une voisine, qui sonne chez une autre voisine qui elle même sonne chez quelqu’un d’autre... En bout de compte, on s’est retrouvé invité à dormir par une babouchka dans un petit appartement de l’immeuble. Elle nous a parlé de Dieu en nous offrant le thé. Puis elle est partie prier avant de se coucher. Le matin, elle s’est levée à 5h30 pour être à l’heure à la messe, nous laissant seuls avec les clefs chez elles. | | | À: Nikola · 20 août 2004 à 19:36 · Modifié le 20 août 2004 à 20:06 Message 3 de 17 · 6 735 affichages · Partager Nous sommes partis ensuite pour le port, où nous avons pris la « roketa » pour Port Baïkal, à 600km, au sud du lac. En 11h, l’affaire était bouclée. Ca peut paraître beaucoup, mais niveau distance, ça fait quand même Nantes - Biarritz ! Une fois arrivés, 2 jeunes du coin nous ont fait traverser la rivière Angarsk à bord d’un petit bateau à moteur, puis nous sommes arrivés à Listvianka, petit village au bout de la route d’ Irkoutsk, connu de tous les guides touristiques. L’ambiance du village est excellente et il n’est pas encore envahi de touristes comme on pourrait le penser. Sur la place centrale, entre la route et le port, des vendeurs de poisson séché préparé sur place et des marchands de souvenirs.
Nous nous sommes aventurés à l’écart du centre pour trouver où planter notre tente. Finalement nous avons repéré une datcha dotée d’un terrain plat et nous avons demandé aux 2 jeunes qui se trouvaient dedans si on pouvait mettre la tente. Pas de problème, ils nous font même entrer pour prendre le thé. Armed a 15 ans, est turkmène et est ici en temps que « gastarbeiter ». Il répare la maison et est logé, nourri et payé en échange. Artioum est le fils de 17 ans de Kazimir. Kazimir d’ailleurs qui rentre avec sa femme de son travail sur les 23h et nous croise sur le perron alors qu’on allait se coucher. Artioum lui explique, Kazimir nous bloque la sortie : la suite à l’intérieur. Ils dressent la table, la garnissent de poisson, patates, olives, spécialités de poisson, vodka... Une vraie table de roi. On est fréquemment invité à trinquer et on vide à 3 la bouteille de vodka. Mais on a tellement mangé avec ce 2ème repas qu’on y est totalement insensible. Nos hôtes sont des gens d’ Irkoutsk qui ont ici leur datcha, pour les week-ends et les vacances d’été, quand il fait assez chaud. La maison est toute en bois, avec au centre un immense poêle à bois. Nous sommes invités à dormir dans la maison inoccupée de la grand-mère, qui a été construite il y a 150 ans (la maison, pas la grand-mère !). Elle est toute de travers, peinte en bleu clair à l'intérieur. Les pièces s’articulent autour d’une colonne centrale qui est en fait le four, de forme très bizarre, qui dispose d’une porte par pièce.
Le lendemain, Kasimir nous emmène voir les musées du village. Nous voyons des ours dans de toutes petites cages, et 2 phoques, des « Nerpas », une espèce de phoque d’eau douce endémique au Baïkal. Puis retour à la maison. Après un gargantuesque repas comparable à celui de la veille, une petite séance de tir à la carabine à plomb, puis direction la forêt pour une cueillette de champignon, et surtout de « chichka », qui sont les fruits des cèdres. C’est très simple à récolter : il suffit de trouver un gros cèdre et d’affronter les centaines de petites branches et la sève pour monter en haut et décrocher les pommes. Ceux qui attendent en bas les récupèrent avant qu’elles ne roulent en bas de la montagne. Ensuite, ça se mange comme ça, ou mieux, après une heure dans l’eau bouillante pour enlever la sève collante. C’est délicieux et très apprécié de tout Sibérien qui se respecte. D’ailleurs, les Sibériens ont l’habitude de grignoter à longueur de journée des graines : tournesol, citrouille, cèdre. On les voit ainsi mâchouiller cracher les coques. Ca remplace le chewing-gum là-bas !
Après une 2ème nuit dans la maison de la grand-mère, nous prenons le bus pour Irkoutsk. La pluie nous accueille et nous nous contentons du marché central, et de l’Internet café. Nous rentrons aussi dans un bar chinois. La musique est horrible et anti-conversation. Nous décidons donc de changer et de tuer le temps dans un autre bar chinois qui est beaucoup plus calme. Mais au bout de 20mn arrive un DJ qui lui aussi aime bien les décibels. Tant pis, on s’en va et on appelle Kazimir, qui nous avait dits de l’appeler le soir. Il vient nous chercher au marché central, passe chez lui prendre des victuailles et nous emmène dans son autre chez lui, une grande maison en construction à l’écart de la ville, où on va loger pour 2 nuits. Là, la confiance s’installe avec ce personnage et il finit par nous expliquer qu’il fait du « business », c’est donc mieux si les travaux traînent le plus longtemps possible. Tous les voisins dans la rue sont selon lui des « bandits », et maintenant c’est calme, parce qu’avant ça arrivait souvent que des problèmes se règlent à coups de « pan pan ». Toute la soirée jusqu’à minuit, Kazimir reçoit des appels sur ses 4 téléphones ainsi que les visites de nombreuses personnes qui viennent se garer devant la maison. Tout ce qu’on a compris, c’est qu’il businessait avec les matériaux de constructions et employaient des gens au noir. Et puis, il a quand même ajouté que puisqu’on serait ingénieurs, si on voulait revenir dans le coin faire du business, il faudra l’appeler parce que ça sera plus facile pour nous. Bref, une bonne connaissance !
Le lendemain, on avait rendez-vous avec un ornitho. En fait, je parlais mieux russe que lui anglais, donc vu que je ne savais pas dire des mots comme « barge à queue noire » en russe, la communication a été très limitée, surtout que de par son tempérament il avait peur de nous. Nous l’avons quitté dans l’après-midi et nous sommes promenés dans Irkoutsk. De belles églises à voir, beaucoup de vieilles maisons en bois, une belle vue sur la rivière où on voit une multitude de pêcheurs qui tentent leur chance sur leur barque. Sinon, pas grand chose d’intéressant. C’est une grande ville, un peu différentes de celles de l’Ouest, mais on ne se sent pas énormément dépaysé. Le soir nous sommes allés sur une île où les jeunes vont faire la fête. Musique techno trop forte, vêtement de marque, tenues courtes, bière à gogo. On attrape vite mal à la tête. | | | À: Nikola · 20 août 2004 à 19:38 · Modifié le 20 août 2004 à 20:07 Message 4 de 17 · 6 735 affichages · Partager Dimanche 1er août, Laurent part, me laissant seul à Irkoutsk. En fait c’est plutôt moi qui le laisse seul vu qu’il reste cette nuit prendre des photos de la ville. Moi je pars à la gare, direction Ulan Ude. Ca sonne mystérieux Ulan Ude. C’est la capitale de la Bouriatie, république autonome de la Fédération de Russie. Je m’imagine que l’Asie y commence vraiment. Pour le moment, le Nord du lac et la région d Irkoutsk ne se différencie de l’Europe au niveau de la population que par une faible part de la population d’origine bouriate, dont les traits sont proches de ceux des voisins mongols.
J’arrive à la gare, précédée par une rangée de produkti qui, sur 200m, proposent inlassablement la même chose : bière, cigarettes, sucreries, boissons. Il y a au moins 20 magasins identiques, avec en face de chaque un distributeur Coca-Cola, signe que les temps changent ici. Fatigué, tout ce que je veux pour passer les 2h d’attente, c’est me poser dans un coin tranquille, boire ma Stari Melnik et fumer une cigarette. Mais parfois les circonstances s’y opposent coûte que coûte. Impossible de trouver un coin avec vue sur le lac sans se faire aboyer dessus, impossible de se poser à la gare tant elle est bondée. Finalement mon train arrive. Il n’y avait plus de places en platskart, tant pis, ça part en kupe, deux fois plus cher, où je voyage avec une devochka russe et une mère bouriate avec son enfant de 8 ans. Et là, je ne sais pas si c’est le fait d’être seul, mais les gens deviennent subitement extrêmement curieux et se mettent à vous poser pleins de questions sur vous et à s’étonner de votre voyage. « Et vous avez des frères ? Des sœurs ?... ». Parfois ça semble sans fin ! Mais enfin, c ‘est toujours bon pour s’améliorer en russe !
11h de train et 4h de sommeil plus tard, j’arrive au petit matin à Ulan Ude. Le Lonely Planet avait beau m’avoir prévenu que la ville était un labyrinthe au premier abord, je me suis laisser prendre. Après une heure de marche dans ce que je croyais être le bon chemin, je commence à stresser de rater mon bus, je demande mon chemin et un Bouriate me mène au bus ou je réalise que j’étais à l’opposé d’où je croyais être. Mon ego sur mon bon sens de l’orientation en prend un coup...
J’arrive juste à temps pour prendre le « Marchrout », un taxi collectif, qui doit m’emmener à Ust-Barguzin, d’où je compte rejoindre Sviatoï Noss (le « nez sacré ») où je m’attends à trouver un petit paradis de nature. Les Marchrout sont invariablement des monospace de marque japonaise, dans lesquels peuvent rentrer 10 voyageurs environ. En Sibérie, en dehors de la ligne du Transsibérien, c ‘est vraiment le meilleur moyen de se déplacer. Sauf quand on à la malchance comme moi de choisir celui qui n’a plus d’amortisseur, un chauffeur pressé, et qui doit de plus parcourir 300km sur une piste en terre parsemée de nids de poule, dans lesquels on pourrait d’ailleurs sans problème loger le coq et les poussins. Le voyage est terrible, surtout que je suis coincé à l’arrière entre 2 mecs. Seule distraction pour palier aux fenêtres trop basses pour voir le paysage : le spectacle de tous les passagers qui à chaque bosse décollent de 10cm de leur siège et s’assomment parfois au plafond. Ca fait un peu mal aussi. | | | À: Nikola · 20 août 2004 à 19:39 · Modifié le 20 août 2004 à 20:05 Message 5 de 17 · 6 730 affichages · Partager Enfin, après 5h, arrivée à Ust-Barguzin. C’est prometteur : le village est composé de maisons de bois, séparée par des palissades de bois, et des animaux se promènent librement dans les rues. En arrière-plan, les montagnes de Sviatoï Noss, qui culminent à 1860m. Une barge tirée par un petit bateau permet de traverser la rivière pour rejoindre Barguzin et l’entrée de Sviatoï Noss, qui est une presqu’île de géographie assez particulière. Le gros de la presqu’île est composée de montagnes, et pour y accéder, il y a une bande de terre de 40km de long et 25 de large, à peine plus haute que le lac, constituée de marais et de lac avec seulement une très fine bande (moins de 100m de large) au sud où il y a une plage, des arbres, et la piste. En attendant de traverser la rivière, j’achète mon repas pour midi : poisson séché, pain noir, bière. Celle-ci est chaudement recommandée car les poissons séchés sont salés. Très salés ! Au bout de 30mn, la barge est pleine, 10 véhicules dont 7 Marchrout y ont pris place, tout le monde ou presque a acheté son poisson aux babouchkas qui sont installées toute la journée en face, et le voyage continue. 5mn après me voici sur l’autre rive, puis à l’entrée du parc où je trouve rapidement une voiture en stop (plus de transports réguliers !) pour arriver aux montagnes.
Je ne savais vraiment pas ce que je trouverai dans ce parc, s’il y aurait des gens ou pas. Je m’attendais à un endroit désert. C’est le cas de toute la presqu’île, sauf des derniers 10km de la bande de terre, où les bois sont plus épais sur le bord qu’ailleurs, si bien que l’endroit est un petit paradis où il est possible de mettre une tente à l’abri du vent au milieu des arbres, à quelques mètres de la plage, tellement longue qu’on n’en voit pas la fin. Si bien que sur ces 10km, des gens viennent d’Angarsk, Ulan Ude ou Irkoutsk passer quelques jours dans la nature en famille ou entre ami, et tous les 300m on voit des campements au milieu des bois.
Lundi soir, malgré la fatigue, je me motive pour l’ascension des 1860m du sommet. Vu l’heure, je suis le seul à monter et je croise beaucoup de gens qui m’annoncent que le sommet est à 3h de marche, puis 1h plus tard à 4h, et encore une heure plus tard toujours à 4h ! Vu le handicap des 25kg de mon sac préparé pour 5 jours sans ravitaillement, je comprends que le sommet sera pour demain et je fais halte après la mi-chemin, au 1er sommet indiqué par une grande croix de bois. Et j’y ai passé une nuit inoubliable : le temps était au beau fixe, la vue sur la bande de terre imprenable, et sur les 23h, une magnifique lune rousse grosse comme un ballon se lève à l’horizon alors que j’étais dans mes pensées au coin du feu. Etrange impression que d’être seul, vraiment seul, sans un bruit, en pleine nature, à des kilomètres du 1er humain et à 8000km de la maison. Je pense qu’en France c’est l’après-midi et chez mon frère à Toronto encore le matin. Je me décide à passer une nuit à la belle étoile (même les moustiques sont absents de ce petit paradis !). Quel bonheur !
Le lendemain, je me réveille à 10h30, allume un feu et me voit envahir 20mn plus tard par un groupe d’une dizaine d’Allemands, avec qui je vais faire une bonne partie du chemin jusqu’au sommet. Le sommet est un endroit fort plaisant : vue magnifique, source d’eau potable, myrtilles à gogo, plaques de neiges pour se rafraîchir, et je pars seul faire les crêtes, chantant à tue-tête au milieu de cet espace désert. La descente est plus rude : je me trompe de chemin et emprunte celui qui est couvert d’une épaisse couche de terre sèche, si bien qu’avec mon sac je glisse tous les 20m en soulevant de gros nuages de poussières. 4h plus tard, je suis en bas, exténué, et je mets ma tente sur la plage, rêvant d’une longue nuit tranquille. Hélas, vers 5h, je suis réveillé par le bruit des vagues et du vent de l’autre côté de la baie. Etrange parce que chez moi tout est calme. Vraiment calme. Et soudain la tempête arrive, d’un coup comme ça. Alors ma tente plantée à l’arrache prend une allure gallettiforme, avec moi dedans en trin de lutter pour gagner de la hauteur de plafond, telle une tranche de jambon dans une galette. 2 choix se présentent alors : attendre, ou tailler la zone avant que la pluie n’arrive. Juste le temps de tout emporter en vrac, avec la tente comme sac ; 50m plus loin des campeurs ont le même problème avec une de leurs tentes, ils m’hébergent, moi et mon sac-tente et la pluie se met à tomber abondamment jusqu’au lendemain 11h. Sauvé de justesse ! Et maintenant je me méfie du climat du lac et de ses tempêtes subites ! | | | À: Nikola · 20 août 2004 à 19:41 Message 6 de 17 · 6 729 affichages · Partager Les journées suivantes sont plus tranquilles et placées sous le signe de rencontres intéressantes. Mes hôtes pour la nuit me proposent de rester, et en me promenant alentours, je rencontre les Russes et les Tchèques que j’avais croisé lundi pendant l’ascension. Et pendant 3 jours, je vais goûter à l’hospitalité russe et à l’extrême curiosité que je n’avais qu’entre aperçu dans le train pour Ulan Ude. Mardi soir, direction le campement des Tchèques, à 300m de chez moi. Les Tchèques sont je pense en nombre les 1ers touristes européens en Russie. Tous ceux que j’ai rencontrés maîtrisent la langue et sont adeptes de grands espaces. Après un « Tchaï » (boisson non alcoolisée nationale) et quelques morceaux de poissons séchés achetés aux vendeurs qui sillonnent la route de l’île en voiture et s’arrêtent à chaque campement, je m’en vais chez les voisins qui m’ont eux aussi invité à prendre le Tchaï. Mais une fois sur place, c’était plus une invitation à dîner, et même à très bien dîner : kartoffels, poisson, biscuits et bonbons tirés d’un sac de 3kg au moins, que tous les gens ici semblent avoir pour le dessert. Mes hôtes sont 2 couples de 45 ans environ, très extravertis, et Anna, la devochka de l’un d’eux. Le dîner est en fait prétexte pour me poser 1000 questions. Tous ont déjà dîné auparavant et se relaient maintenant pour m’interroger sur mon voyage, la France, comment on y vit, ce que les Français pensent des Russes... La soirée continue au bord d’un grand feu, élément indispensable à toute soirée dans les bois en Sibérie. Puis je rentre, à 2h du matin passé.
Le lendemain est encore plus intéressant. La pêche étant l’activité favorite auprès du lac, je me suis décidé à m’y mettre vraiment et à maîtriser cette canne à pêche qui jusqu’ici ne m’a pas été très utile. Reste à trouver un professeur. Des professeurs en fait. Je suis allé demander conseil à un homme d’une quarantaine d ‘année sur la plage. Le reste de sa famille n’étant pas loin, je me retrouve bientôt entouré de 5 personnes, de 10 à 60 ans, me promulguant leurs bons conseils. A ma surprise, pas besoin d’utiliser la moulinette : l’eau du lac est tellement riche en poisson qu’il suffit de laisser 3m de fil au bout de la canne pour que ça morde dans la minute. Pour eux tout du moins, je n’ai pas encore le coup ! Pourtant, à 2m du bord, on voit des dizaines d’alevins se promener dans l’eau d’une clarté incroyable. C’est d’ailleurs comme ça dans tout le lac : l’eau est si claire qu’on aperçoit facilement le fond et les poissons. Les locaux affirment qu’on peut voir à 30m de profondeur tant l’eau est claire. En réalité c’est plutôt 3m mais ça reste surprenant. Le lac n’est quasiment pas pollué. Seuls une usine de cellulose à Baïkalsk, au sud du lac, et les rejets des villes comme Severobaïkalsk viennent polluer localement l’eau du lac. Du coup, le Baïkal est un gigantesque réservoir d’eau douce et propre, dans lequel prolifèrent toute sorte de poissons (52 espèces, dont 27 endémiques, dont l’Omul qui est un des poissons les plus appréciés du lac). Leur récolte obtenue en l’espace d’une heure est impressionnante : une quinzaine de poissons, de 10 à 25cm. Elle se transformera le soir même (on m’a invité pour me consoler de n’avoir pêché qu’un pauvre petit poisson de 5cm) en « Oura », soupe de poisson, pommes de terre et oignon, et en délicieuses grillades sur le feu de bois. La famille est très sympathique : une dizaine de personnes en tout, autour de 2 frères (Sacha et Valeria) et de leur oncle. Ils viennent d’ Omsk et d’Angarsk. Une fois les habituelles questions de curiosité posées, l’oncle lance la conversation sur son sujet préféré : les années Brejnev, dont il a la nostalgie (un peu dur à suivre vu mon niveau de russe... Dommage). J’ai devant moi un vrai personnage de film : il ne cesse de décrier la situation actuelle, tombe sur une savonnette marquée « fabriqué à Saint-Pétersbourg » et la jette violemment contre la table en crachant par terre, affirmant qu’il y a déjà une fabrique de savonnette en Sibérie et que c’est une vraie absurdité de transporter ça sur 6000km. Ce qui n’est pas faux... (On fait bien pareil en France : je suis descendu en Italie avec un routier il y a 2 ans. Il a chargé 40 tonnes de poisson surgelé à Saint-Malo, l’a descendu sur un port de l’Adriatique où il en a repris 40 tonnes pour remonter en Bretagne. Allez comprendre...). L’un des neveux, Armyan, 24 ans, fume ses 2 paquets de Maksim par jour et m’explique qu’il travaille dur pour subvenir aux besoins de sa femme et de son enfant. Quand on leur pose la question, tous sont d’accord pour dénigrer Gorbatchev et Eltsine. Poutine par contre, leur plaît à l’unanimité pour sa fermeté et sa politique en Tchétchénie, qui est pour eux un territoire de la Russie et qui n’a donc aucune raison d’être séparé du reste (tiens ça rappelle un peu l’ Algérie ça...).
Le bout de la route
Le lendemain, j’arrive à 11h pour passer la journée avec eux. Ils sont tous venus à bord d’un gros camion de transport de troupes, autrefois propriété de l’Armée Rouge et racheté après la chute du régime. Le plus jeune, du haut de ses 10 ans et de ses 1m20, m’explique la mécanique du camion qu’ils sont en train de réparer pour faire des économies d’essence. Puis on part pour Monakovo, d’où l’on va essayer de trouver un bateau pour les sources chaudes.
Le voyage est épique : la route est défoncée, les femmes voyagent à l’arrière du camion, confortablement allongée sur d’épaisses couches de couvertures alors que des quantités incroyables de poussières rentrent par l’arrière du camion. Les 2 plus jeunes eux voyagent assis sur le toit de l’engin. Monakovo est décevant : une trentaine de tentes et autant de voitures sont serrées sur une petite plage surplombée de falaises, avec une magnifique vue sur le lac et la côte en arrière. Deux bateaux gris de 10m environ ont échoué leur proue sur la plage et attendent le voyageur pour la source chaude. Mais 3000 roubles (100 euros), c’est un peu trop pour nous et nous nous contentons d’escalader un petit promontoire d’où la vue est imprenable. Puis, cap sur Kulbutik, l’autre village de Sviatoi Noss, à plus de 2h de piste de la route principale. Après, la piste s’arrête. Nous découvrons ainsi un village d’une quarantaine de maisons. Entre la rue principale et le lac, des abris sur ski qui l’hiver sont traînés sur le lac, viennent recouvrir un trou dans la glace qui habituellement atteint 1m20 d’épaisseur et permettent de pêcher bien au chaud au coin du poêle. Des bidons, vielles voitures délabrées et toutes sortes d’objets rouillés bordent le lac et les clôtures en bois des maisons. Plus loin, des motoneiges attendent patiemment l’hiver.
C’est dans ce petit village que je découvre le meilleur pain que je n’ai jamais goûté. En entrant dans une maison que rien ne distingue des autres, nous découvrons la boulangerie du village, qui est une grande pièce sombre peinte en bleu ciel, au milieu de laquelle se trouve un énorme four auprès duquel sont posés les moules à pain rectangulaires. Nous achetons 5 gros pain chauds, tout frais, tout juste sortis du four. La croûte est croustillante et la mie fondante, limite brûlante. Un vrai régal ! Les baguettes n’ont qu’à bien se tenir !
Je passe une 2ème soirée au campement et profite du bania de poche. Le concept est très simple : des troncs de jeunes bouleaux recouverts de peaux forment un tipi, sous lequel un placé un poêle à bois recouvert de pierres. Il fait vite très chaud, plus à cause du rayonnement direct du poêle que de la chaleur de l’air, ce qui est vite difficile à tenir ; heureusement, le lac n’est pas loin pour se refroidir. Un peu effrayant toutefois lorsqu’il fait nuit noire, que l’eau n’est pas à plus de 15 degrés et animée de vagues dignes de la Bretagne. | | | À: Nikola · 20 août 2004 à 19:43 · Modifié le 20 août 2004 à 20:10 Message 7 de 17 · 6 729 affichages · Partager Et le lendemain samedi, l’heure du retour a sonné. Il ne me reste plus que 2 jours pour retourner à Ulan Ude, visiter la ville et la Datsan (terme bouriate désignant un temple bouddhiste) et prendre mon avion. Mais en réalité, la fête est finie. Le retour s’annonce beaucoup plus dur que prévu. Déjà, impossible de faire du stop pour quitter la presqu’île : après 1h30 de marche, je ne me suis fait doubler que par une voiture. Pour ne pas rater le dernier Marchrout à Ust-Barguzin, je demande à des campeurs de m’emmener en voiture. Ils acceptent, et m’évitent ainsi 19km de marche ! J’arrive au bac permettant de rejoindre la ville, déjeune une bière et un poisson séché trop salé, demande aux marchrouts qui attendent s’ils vont à Ulan Ude. Et là, c’est le bad : un chauffeur de taxi qui m’a entendu me propose de m’emmener au prix du marchrout. Il descend à Ulan Ude avec un de ses amis bouriates après quelques jours de congés. Ils semblent nets. J’accepte.
A peine sorti du village, 1er arrêt : le restaurant (non merci je viens déjà de manger un énorme poisson séché. Comment, je suis français ? Pas moyen de refuser, je suis invité ?). Un gros repas et un gros verre de vodka plus tard, nous revoici en route. A peine 5mn plus tard, on récupère un poivrot qui fait du stop. Tout ce que j’ai compris en une journée passée avec lui, c ‘est qu’il adore boire (c’est son hobby), et que d’ailleurs hier il s’en est mis une grosse et qu’il a dormi dehors... Je ne perds pas espoir d’arriver tôt à Ulan Ude, jusqu’à ce que je me rende compte qu’on a quitté la route directe pour prendre la route côtière, beaucoup plus longue. Et là où les Marchrout roulent à fond pour faire l’aller-retour dans la journée, mon taxi économise à outrance ses amortisseurs. Et je vois le paysage défiler à 30km/h... Des arbres, le lac. On s’arrête près d’un arbre isolé au bord du lac le long de la route. A chaque branche sont accrochés des rubans de couleurs et motifs variés. On m’explique que c’est un endroit spécial pour les Bouriates. Y accrocher un ruban où déposer cigarettes et pièces de monnaies au pied apporte la chance. Il y a d’ailleurs tout autour du lac une multitude d’arbres comme celui-ci. Ce sont souvent des arbres qui ont une situation particulière, de par leur proximité d’un monastère ou leur isolement. On repart, toujours à 30km/h. Comme c’est fatiguant de rouler si lentement, on s’arrête près d’un lac surnommé « la sœur du Baïkal », où le taxi et son pote veulent aller à un monastère sur une île en pédalo. Je me retrouve donc avec le poivrot sur un pédalo. Je me retourne, pensant que les 2 autres suivent. Mais non, je les vois aller vers la voiture (avec mon sac dedans) et démarrer. Et le poivrot ne veut pas faire demi-tour. Il préfère engager la discussion sur des sujets comme « est-ce qu’il y a beaucoup de gens trucidés dans les rues le soir en France » ou « est-ce qu’on sait se battre en France vu qu’on n’a plus le service militaire, alors que chez eux tout le monde a le droit a 2 années de bonheur ». Petit moment de stress. Mais finalement il accepte de rentrer au bout de 20mn, on marche 5mn jusqu’à une maison où les 2 présumés fuyards sont en fait en train de vider une bouteille de vodka en compagnie d’un grand-père unijambiste. Je ne me tire de ce guet-apens que légèrement éméché, pensant enfin reprendre la route. Mais sur la plage, on tombe sur des jeunes qui fêtent un mariage. En gros, ils sont tous complètement saouls. Une fille en petite tenue se frotte à moi en s’extasiant que je suis le premier étranger qu’elle rencontre et que je suis très intéressant pour elle. Elle veut me laisser son adresse mais est tellement ivre qu’elle est à peine lisible. Toute leur bande monte dans un mini van japonais. On reprend la route, le jeu de mes chauffeurs est de les coller pour leur faire passer une bouteille de bière (2 bons litres à 8%, la norme). A la tombée de la nuit, on les rejoint sur une aire de déjeuner. Même bourrés, certains convives du mariage ne perdent pas le nord et me demandent de leur offrir des bouteilles de bière, vu que je suis français, donc que pour moi ici la vie représente rien du tout et parce que forcément je suis très riche. Puis la fille collante (aux 2 sens du terme) revient. Mais rapidement, le chef de leur bande (ou son copain ?) décide qu’il leur est temps de partir. La fille traîne un peu. Le mec s’énerve pour de bon, l’attrape et tente de la rentrer de force dans le van. Elle se défend, et il s’ensuit une petite scène de violence conjugale qui ne peut que choquer le Français ici présent, pour lequel le respect des droits de la femme est la norme dans son pays. Ils s’en vont et on ne les reverra pas. Pas une grosse perte...
Mais la pause est de courte durée. 5mn plus tard, le Bouriate commence à me dire qu’il est temps pour moi de régler les 3000 roubles que je leur dois. Tiens c’est marrant, la vodka ça fait voit double les zéros. Le ton monte, je lui explique très calmement mais dans un Français très peu catholique qu’il peut se brosser. Finalement, ils s’arrêtent dans un coin sombre, on descend de voiture, moi et le Bouriate. Et... le chauffeur évite des effusions de sang en rappelant son collègue pour lui dire que c'est bien 300 roubles qui étaient dus. Décidément, ce voyage est riche en sensations fortes ! La fin de la route jusqu’à Ulan Ude semble interminable. L’ambiance est désormais bien pourrie, et les discussions avec mes hôtes toujours aussi limitées. J’ai beau leur demander de parler lentement, ils mâchent toujours autant leurs mots, et le chauffeur ne peut s’empêcher de terminer chaque phrase par une blague que je ne comprends pas et un éclat de rire, ce qui annihile chez moi toute volonté de conversation. Au lieu de 5h de voyage, on en mettra finalement 12. Il est 1h du matin quand on arrive, tant pis pour mes projets de visite de la ville. Surtout que le chauffeur ne veut plus me laisser partir. Il dit qu’il est trop tard pour aller à l’hôtel, il faut que je garde mon argent (! ! ! ?) et donc c’est mieux si je vais chez lui.
Rien ne vraiment notable à raconter sur sa maison. Je suis reçu assez froidement par sa femme et son fils de 17 ans. Impossible de sortir seul en ville car c’est à la limite de la sortie de la ville. Le lendemain, mon dernier jour en Sibérie, il tient à me montrer la ville : on visite un zoo où des aigles ont une cage cubique de 4m de côté. Ce qui est à peine plus grand qu’eux et il y a des plumes partout accrochées sur le grillage. Un gros ours brun fait des aller-retour dans sa petite cage avec de la folie dans ses yeux. On a mis le bébé ours dans une autre cage. L’après-midi, on s’arrête au centre d’ Ulan Ude. Sur la place centrale, une tête de Lénine de 10m de haut, sans compter le support. C’est la plus grosse du monde et sûrement la plus effrayante.
Pour finir, ils m’emmènent à ma demande à la datsan d’Ivolginsk, le plus grand monastère bouddhiste de Russie. A 25mn de voiture de la ville, je découvre un des plus beaux édifices religieux que j’ai vu. L’espace d’une heure je me suis senti en Chine, avec toutes les pagodes sculptées et colorées. Partout dans le monastère flottent d’apaisants chants religieux. Je n’ai pas pu savoir si c’était des moines ou un disque. Le chant était très monotone mais s’échappait des fenêtres d’un temple dans lequel il était défendu d’entrer. On visite le monastère en en faisant le tour sur un sentier, dans le sens des aiguilles d’une montre. Le long du chemin sont placés une multitude de moulins à prière, qu’il faut faire tourner aussi dans le sens horaire pour s’attirer la bonne fortune. Il y en a de toutes les tailles : de minuscule jusqu’à haute d’un mètre et demi, ce qui les rend difficile à faire tourner. Puis on arrive au grand temple, dont l’intérieur est une véritable merveille. On est tout d’abord surpris en entrant par les couleurs. Tout est très coloré et très chaleureux. Au fond de la pièce, des dizaines de statues de Bouddha sont protégées derrière une vitrine. Juste devant, au centre, un grand siège surélevé. C’est là que le Dalaï-Lama s’assoit lors de ses visites au temple. Devant ce siège, 2 rangées de sièges pour les moines encadrant une allée centrale. Au plafond, des mezzanines sur plusieurs niveaux et des tapis colorés. A côté de moi, une pèlerine prie en s’allongeant à plat ventre par terre, les bras tendus vers l’avant. Partout, sur chaque meuble ou recoin, devant chaque statue, des offrandes diverses : pièces de 10 ou 50 kopecks, cigarettes, biscuits. L’ensemble fait naître chez le visiteur un sentiment de calme et de plénitude. On ressort de là apaisé, comme dans une autre dimension. Vraiment bien. Retour sur Ulan Ude le soir. Je m’ennuie toute la soirée chez mes hôtes. Le matin il m’amène à l’aéroport, me demande sévèrement et abusivement 1000 roubles pour couvrir ses frais d’essence et de nourriture et perd la sympathie que je commençais à lui trouver. Je lui laisse 300 et je le regarde empocher les billets et partir sans se retourner ni dire au revoir.
Péripéties aériennes
En arrivant dans le hall de l’aéroport, j’ai d’abord cru que c’était une ancienne gare de bus désaffectée. Après je me suis rappelé que j’étais en Russie. Le hall est mal éclairé, tous les affichages manuels avec de grosses lettres en plastique. Surprise, mon avion n’est pas affiché. Il y a bien un départ pour Moscou à 9h05, mais seulement le mercredi. Je demande. On m’envoie à un guichet, puis un autre, puis dans un bureau. Une dame me dit que l’avion est retardé, il partira à 16h finalement. Génial, une journée à l’aéroport - gare de bus ! Au bout d’une heure quand même je vais vérifier la véracité de cette information. Quand on veut avoir une information en Russie, ça n’est pas rare d’avoir autant de réponses différentes que de personnes interrogées. Je croise un groupe de personnes mécontentes. Ca a l’air d’être les gens de mon avion. Je comprends qu’il n’y a pas d’avion à 16h, personne n’en a entendu parler. En fait, ma compagnie a fait « bankrupt ». C’était bizarre aussi le billet à 4500p (130 euros), mais très pratique quand on veut serrer le budget. Bref, 2 solutions se présentent. La 1ère consiste à aller à Irkoutsk (10h de minibus) et donc à rater ma correspondance pour Paris. La 2ème consiste à attendre la fin de l’enregistrement d’un vol sur une autre compagnie et à acheter une place à 10000p (300 euros) si par chance il en reste. Moi j’étais un peu perdu dans toutes ces histoires. Ca parlait russe super vite, je ne comprenais pas tout, ne savais pas si et où et comment me faire rembourser. Et soudain intervient Oksana. Elle aussi doit prendre cet avion. Et je ne sais pourquoi, elle s ‘est décidé à aider ce Français pommé avec ses gros sacs. Elle vient donc me voir, m’explique en parlant très lentement pour que je comprenne. Comme on ne peut payer qu’en liquide les billets sur l’autre compagnie, elle propose de m’accompagner en centre-ville pour retirer. On grimpe donc dans un taxi, je pensais qu’elle aussi avait besoin de retirer. Et en fait non, c’était juste pour m’aider ! Elle était prête à perdre plus d’une heure et à payer la moitié du taxi juste pour m’aider ! Au bout de 500m, elle prend un air pensif, me regarde dans les yeux et me dit : « Si je te prête 10000p, tu me les rends hein, tu promets ? ». Demi-tour, on retourne à l’aéroport. Parfois elle me laisse seul en toute confiance avec les 10000p qu’elle m’a avancé. Décidément, je ne dois pas avoir une mauvaise tête ! On arrive finalement à vaincre la foule qui se presse pour arracher les dernières places et on monte dans notre Tupolev 154, moins riches mais sûr d’être à Moscou en temps voulu. Originaire de Severobaikalsk, elle a fait ses études à Ulan Ude et travaille maintenant à Moscou. Elle revient d’une mission à Ulan Ude et en profite pour ramener du pays un sac d’au moins 15kg rempli de poisson. On discute agréablement pendant tout le chemin du retour, échange nos adresses, elle m’invite à venir la voir si je repasse à Moscou dans le futur. A l’aéroport de Moscou, son père l’attend ; je la rembourse, elle me glisse un « paka » et disparaît comme elle est apparue. En tous cas, merci Oksana. Tu m’as sauvé mon retour et m’as fait finir le voyage sur une agréable note. | | | À: Nikola · 20 août 2004 à 20:14 Message 8 de 17 · 6 715 affichages · Partager Salut camarade Nikolaï!
Je me devais d'être le premier à te répondre.
Ça y est j'ai tout lu. C'était long!! Bravo! Tes promesses en privée ont été largement tenues.
J'aurais plein de remarques, de commentaires à faire. Souvent, pendant la lecture, je me disais: "là, je dois dire ce truc là". Et puis, avec le cumul, la plupart de mes impressions se sont fondues en une seule: tu as vécu à fond la Russie dans toute sa splendeur: ses Oksanas qui surgissent et disparaissent de nulle part (pour moi, elle s'appelait Ania, mais tu le sais), ses paradoxes incompréhensibles, ses pourquoi qui tuent chaque heure à coup de parce que, sans autre forme d'explication rationelle, ses transports loufoques, ses semi-bandits, ses paysages grandioses, ses tchèques dans la nature (j'ai rencontré les mêmes au refuge du pied du Beloukha, dans l'Altaï, en 99), se bouriates très différents mais si russes pourtant, ses nostalgiques de l'ancien régime, ses dévots, ses racistes qui te recoivent le coeur sur la main malgré tout, ses bains, bref, la Russie dans toute son exagération naturelle. Et c'est bien écrit, facile à lire, agréable. Bravo!
Bref, merci pour ces instants de Russie, qui me manque de plus en plus, ici, au Mexique, à 14 heures de décalage horaire d' Irkoutsk et du Lac, qui me manque plus que la France, ça, c'est une évidence.
Bonne rentrée à Centrale, camarade! Bonne présidence du club Russie cette année. Tiens moi au courant! | | | À: Nikola · 21 août 2004 à 17:06 Message 9 de 17 · 6 696 affichages · Partager  ..... C'était long, mais vraiment génial, au début j'ai cru que c'était Loopkin qui se cachait derrière un deuxième pseudo.....  , encore une envie supplémentaire de partir dans ce coin de Sibérie perdu, mais là il faut quand même être fort psychologiquement, avoir une bonne santé pour la vodka  , et vraiment être prêt pour affronter toutes ces aventures promises......
Et puis que de rencontres, même si elles n'avaient pas toutes le charme d'Oksana...... | | | À: Alan · 21 août 2004 à 22:15 Message 10 de 17 · 6 684 affichages · Partager En fait, je precise a tout le monde que j'ai trois pseudos differents ici. Tu viens en effet d'en decouvrir un autre. Niko n'est qu'une replique, en effet...
Aïe pas taper Niko!!! Je plaisantais... | | | À: Nikola · 23 août 2004 à 16:09 Message 11 de 17 · 6 561 affichages · Partager Szdrasvyuite Nikola,
Super ton récit! Mon copain a quitté Irkoutsk il y a maintenant 20ans, alors qu'il n'était qu'un gamin de 12ans. Depuis, malgré la chute du régime communiste, il n'est jamais retourner dans sa ville de Russie.
Je lui ai envoyé un lien de ton post...je crois que ça va beaucoup l'intéresser, car ont entend rarement parler Sibérie sur notre continent..Dommage!
Nous prévoyons un départ pour Irkoutsk à l'été 2005 avec visite de St-Petersburg et Moscou. J'ai bien hâte de m'y rendre et contempler ce lac Baïkal, la Volga, les steppes....
D'ici là il faudrait bien que je travaille mon russe...
À bientôt,
Éternité | | | À: Nikola · 24 août 2004 à 0:45 Message 12 de 17 · 6 543 affichages · Partager Ca, c'était un voyage !! en te lisant, je me rappelais les énormes repas confectionnés avec effort et tendresse à mon égard par la mère de la famille chez qui je demeurais et la babouchka qui aimait me serrait contre son coeur... Ton parcours a été très étonnant, et me fait envie de vivre un jour cette expérience en partant seule et ressentir des émotions aussi intenses (cela inclue les 300 roubles qui deviennent des 3000  , surtout si ça se finit bien comme toi héhé)... Ce qui m'a épatée aussi est que tu dois tout de même bien maîtriser le russe malgré ta modestie  , pourtant dieu sait que ce n'est pas évident !! | | | À: Nikola · 24 août 2004 à 14:50 Message 13 de 17 · 6 537 affichages · Partager Bravo, bravo, bravo, je suis épatée...
ça c'est du carnet de voyage !!! et bien écrit en plus...
j'ai moi aussi cru à plusieurs reprises à un retour masqué de Loopkin  tant les anecdotes, les émotions, les surprises bonnes et mauvaises y font penser.
C'est à coup sûr la preuve de la sincérité et de la fidélité de ton récit à cette terre russe qui vous tient tant à coeur. | | | À: Nikola · 5 février 2006 à 20:48 Message 14 de 17 · 5 450 affichages · Partager Super ce récit !
Cela me donne qu'une envie: repartir en Russie pour prendre le transsibérien et voir l'est que je n'ai pas visiter.
En tout cas, merci de partager ton aventure. | | | À: Nikola · 3 octobre 2015 à 21:48 Message 16 de 17 · 1 537 affichages · Partager Très chouette récit. Tu ne lis peut-être plus les réponses, mais tant pis :
J'adore la Russie ! ! | | | À: Moushika · 3 octobre 2015 à 22:28 Message 17 de 17 · 1 533 affichages · Partager Bonsoir Moushika, Merci pour ton message, il me permet de découvrir ton Cr, la Russie est un pays fascinant. je vais y retourner, l'année prochaine, sur les bords du Baikal, envie de découvrir une partie de cette mosaïque. je ne me lasse pas de l' asie Centrale. Merci de votre échange. thierry WWW.lesroutesdailleurs.com | Carnets similaires sur la Russie: Trouvez des offres de séjours uniques avec nos partenaires Tous les droits réservés © 2026 MyAtlas Group | 4 698 visiteurs en ligne depuis une heure! |