JEUDI 02/08/2012
On a beau étudier et préparer son parcours des semaines à l’avance et de la meilleure façon possible, on ne peut pas malgré tout pas éviter l’une ou l’autre journée de transit. Celle-ci devait nous amener de
Huê centre aux bords de la baie d’
Halong. Ce jour a coincidé avec la fin des trois premières semaines. C’est le moment où on éprouve une lassitude générale, une journée où la fatigue, l’inattention et le manque de réactivité surgissent.
Pour être tranquilles, nous avons pris le taxi de l’hôtel jusqu’à l’aéroport. Distance de 15 à 20 kilomètres, prix autour de 240000 dongs. Ensuite, c’est l’avion de
Huê à
Hanoi, une petite heure de vol, rien à signaler. Après cela, c’est la navette de l’aéroport à
Hanoi centre. Le prix est toujours de 40000 dongs par personne. Nous connaissions bien le prix, l’assistant du conducteur nous rend bien 20000 sur le billet de 100000 dongs. Nous le regardons faire et nous remarquons qu’il rend trop peu de monnaie à une asiatique qui ne le remarque pas. Puis il essaie d’arnaquer deux autres touristes asiatiques auxquels il veut faire payer un supplément trop important pour faire un crochet de manière à les amener directement à leur hôtel. Cependant, ils s’en rendent compte et refusent au dernier moment.
C’est à cet instant que nous commettons la première erreur de notre journée. Au lieu de relire nos notes et d’aller vers la gare routière dans
Hanoi d’où partent les grands bus, nous consultons le routard qui indique une gare routière à l’est de la ville. Ce n’était pas faux, mais ce n’était pas tout bon non plus. Nous refusons un taxi blanc qui voulait absolument nous emmener, vu la tête du chauffeur ça sentait l’arnaque et prenons un Mailinh.
Arrivés à cette gare routière, nous voyons tous les guichets et sur l’un d’eux figure la destination Hongai. Au guichet, on nous réclame 115000 dongs par personne; quand nous prenons les billets et disons merci en vietnamien, un peu par habitude, la guichetière et sa collègue sont mortes de rire. L’assistant du chauffeur nous presse d’entrer dans le minibus 20 places qui est sur le point de partir.
Au départ, il y a peu de monde dans ce minibus, nous pouvons nous installer à l’aise et relire nos notes. Tiens, nous avions écrit 80000 dongs pour
Hanoi – Hongai. Voilà pourquoi on se payait notre tête tout à l’heure. Ce ne sont pas les trois euros supplémentaires pour deux personnes qui sont rageants à ce stade, c’est juste pour le principe. Monsieur est dans un jour sans.
Pourtant, c’est à cet instant que le cauchemar commence vraiment. Les caractéristiques de ces minibus de 20 places sont les suivantes : de multiples arrêts pour embarquer le plus de monde possible à n’importe quel endroit, ce qui compte tenu de certaines péripéties et palabres, et du thé que s’offre tranquillement l’assistant du chauffeur au bord de la route, rallonge le trajet d’une heure. La conduite du chauffeur est suicidaire : dépassements ultra dangereux, freinages brutaux, changements de file intempestifs. La musique est à fond, avec des basses puissantes, et la qualité des morceaux choisis rend la souffrance encore plus intense.
Le tout avec des amortisseurs qu’on croirait qu’il n’y en a pas, sur des routes où à chaque pont, chaque creux, chaque bosse, chaque dalle en béton vous vous retrouvez à moitié projetés en l’air et retombez aussi sec.
Après trois heures à ce régime, Madame déclare forfait. Elle a été courageuse depuis le début du voyage mais cette fois les maux de tête et les maux de dos sont trop forts. Nous aurions tenu jusqu’au bout il y a vingt ans mais peu importe le coût, cette fois nous finirons en taxi. Nous sommes surpris quand nous constatons que l’accompagnateur du chauffeur reste avec nous à cet endroit. Nous tentons bien de le convaincre de remonter dans son minibus, que nous nous débrouillerons seuls, mais rien à faire.
Nous voulons chercher un taxi Mailinh mais il nous dit qu’il n’y en a pas dans ce coin. Nous avions lu qu’il y en avait beaucoup dans le nord, mais qu’en est-il de cette province, nous ne savons même pas où nous sommes. Et nous n’en voyons pas. Impossible d’obtenir un renseignement de qui que ce soit sur place, à la moindre tentative tous nous regardent comme des ahuris. Faute de mieux, nous prenons le taxi blanc stationné sur les lieux. Au moment de démarrer, l’assistant du chauffeur du bus monte sur le siège avant. Tiens, il est malin, il avait envie de finir le voyage dans le confort ? Peu importe finalement, il y a bien un compteur et il tourne normalement. Nous leur demandons combien de kilomètres il reste à parcourir. Rien à tirer du chauffeur de taxi, il a l’air très jeune et ne sait que rire. L’autre nous dit cent kilomètres. Puis il nous passe son portable, apparemment quelqu’un de la compagnie qui confirme la distance et nous propose un forfait d’un million de dongs pour amortir le prix. Nous vous passons les détails, avec la mauvaise liaison sur le portable, la radio du taxi qui grésille, les multiples bruits de la route, l’anglais avec un caractéristique accent vietnamien...
Nous, nous voulons juste en finir. Nous sommes dans les transports depuis le petit matin et voulons quand même la faire, cette croisière sur la baie d’
Halong. Nous acceptons le forfait, en nous disant que nous verrions bien quelle serait la distance et le prix affiché. Ajoutons tout de même que nous avons pris beaucoup de taxis et de toutes les compagnies, nous n’avions connu que des personnes correctes, parfois même très honnêtes et aimables. Nous avons aussi pensé que nous avions mal évalué la distance parcourue, cent kilomètres cela fait bien autour d’un million, sinon plus.
Le jeune chauffeur et l’accompagnateur semblent quand même se payer notre tête durant le trajet. C’est un peu long mais nous arrivons enfin à Bai Chay, dernière localité avant celle que nous désirons rejoindre. Et puis les deux gars donnent l’impression de ne plus savoir par où passer. Ils cherchent, s’arrêtent plusieurs fois pour demander leur route et le résultat c’est que de plus en plus ils sont morts de rire.
Il y a des moments dans la vie, même quand arrivent l’âge et la sagesse, où on a envie de casser quelque chose ou de frapper quelqu’un. Nous ne pouvons plus rester calmes et les obligeons tant bien que mal à arrêter le taxi. Dans la discussion qui suit, nous parviendrons à les convaincre d’appeler notre correspondant Marc Tiberghien, lequel propose des croisières sur la baie d’
Halong.
Nous ne sommes qu’à quelques petits kilomètres de l’arrivée et regardons le compteur du taxi : 498000 ! L’arnaque se présente soudain dans toute sa splendeur. Nous leur montrons le compteur et voulons leur donner un billet de 500000 dongs, qu’ils refusent et que nous posons dans le taxi. L’accompagnateur fait signe au chauffeur de vite remettre à zéro le compteur du taxi. Là, nous sommes mal. Il faut savoir que dans ce genre de pays, l’acceptation orale d’un forfait vaut nettement plus que le compteur ou qu’un écrit. Mais il était extrêmement clair pour nous que pour que ce contrat soit valable il ne fallait pas qu’il y ait tromperie sur les conditions dès le départ. Nous étions à 50 kilomètres, pas à cent. Tout le monde s’énerve ; le taxi part, on se croit tranquilles, puis ils reviennent, toujours aussi vindicatifs.
Lors des quatre ou cinq communications avec Marc, régulièrement interrompues par une liaison défaillante, nous parvenons enfin à lui décrire avec les moyens du bord l’endroit où nous nous trouvons.
Le temps passe, le jour se termine, le ton monte, tout le monde dans la rue regarde ce qui se passe, le moment se rapproche où ça va se finir avec la police, dont nous ne maitrisons pas la langue et avec le risque que ça dégénère ou que nous perdions énormément de temps.
La délivrance intervient au moment de l’arrivée de Marc avec son épouse vietnamienne. Dès qu’ils ont eu vent de nos soucis, ils ont sauté sur leur moto pour nous sauver. Il y a encore eu quelques minutes de palabres sur lesquelles nous ne reviendrons pas et l’affaire s’est terminée au mieux. Nous ne l’avons pas lâché, ce second billet de 500000 dongs.
Marc Tiberghien et son épouse méritent bien la bonne tête qu’ils ont. Ils vous réservent un accueil de qualité, vous trouvent un hôtel convenable et un bon restaurant si nécessaire.
La soirée se passe dans une paix et une quiétude apaisantes. Nous nous disons que si c’est le seul vrai problème que nous connaitrons au
Vietnam en quatre semaines, nous n’aurons pas trop à nous plaindre.
Demain, nous verrons la baie d’
Halong, l’un des rêves d’une vie...