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Bonjour Mimi,
Merci pour votre message, qui m'a touché par sa sincérité. Je vais essayer de dissiper vos derniers doutes.
Laissez-moi tout d'abord vous dire que je ne côtoie pas de mendiants tous les jours. Les quartiers dont j'ai l'habitude sont soit des quartiers d'employés et d'ouvriers, soit les beaux quartiers déserts des ambassades et autres centres culturels. Je ne conduis pas de voiture, donc ce n'est pas à ma fenêtre que les mendiants jetés sur le trottoir par divers gangs et mafias viennent taper. En fait, je ne croise guère que des gens qui travaillent.
Les Occidentaux qui viennent dépenser beaucoup d'argent gagné en travaillant peu dans des pays où on gagne peu en travaillant beaucoup (et sans arrêt) ont de bonnes raisons de se sentir coupables. Cela ne leur enlève pas le droit de se donner bonne conscience par leur générosité. Avant que vous ne fronciez le sourcil, je vous précise tout de suite que je ne donne aucun sens péjoratif à l'expression "bonne conscience". La compassion et la charité sont des valeurs que je respecte.
C'est bien cela le problème.
Car en donnant une piécette ou un bonbon à un gamin qui fait la manche, ces bonnes âmes (et je répète que je ne doute pas de leur sincérité) font finalement très peu, très mal et très à côté de la plaque.
C'est pour cela que j'invitais cette personne partant au
Népal - et par qui cette discussion sur la mendicité a commencé - à faire plus, mieux et mieux ciblé.
Plus, en faisant un vrai gros don qu'elle sentira réellement passer plutôt que plein de petites aumônes sonnantes et trébuchantes. Mieux et mieux ciblé, en confiant cet argent à des professionnels, qui savent l'employer là où il faut, quand il faut et pour qui il faut. Ce n'est pas toujours là où on croit. Si vous avez la télévision, vous aurez sans doute constaté qu'en Ossétie du Nord, les gamins sont visiblement sous-alimentés. Vous saviez ça, vous ? La pire détresse est rarement au détour du chemin (la famine dans les campagnes est beaucoup moins visible que la misère urbaine, les petites filles souffrent plus discrètement que les petits garçons, etc.).
Evidemment, le virement bancaire mensuel au profit de MSF ne rapporte pas la même satisfaction individuelle que le regard ébaubi de ce gamin à qui vous venez de faire un petit cadeau. Et là encore, je ne vois pourquoi les Occidentaux qui visitent des pays pauvres devraient se priver du plaisir d'offrir. Simplement, les bonbons, les stylos, les bidules et les gagdets, je pense qu'il vaut mieux en faire de petits pourboires que des aumônes.
Des gamins tuberculeux qui triment du matin au soir dans un boui-boui minable, les touristes qui sillonnent l'
Inde en croisent à longueur de chemin. Ils vivent souvent loin de leur village et de leur famille et travaillent dans des conditions dont ni vous ni moi n'avons idée. C'est à eux qu'il faut réserver en priorité les petites attentions. Et si vous voulez trôner en bonne place dans mon petit panthéon personnel, vous en coincez un l'après-midi, entre le service du déjeuner et celui du dîner et vous lui apprenez l'alphabet en trois jours. Quand vous quittez le bled, il vous a écrit son nom en anglais tout seul et là, oui, là on est d'accord, vos yeux se mouillent.
Pour finir sur une petite note de désespoir, vous écrivez que 15 ans après votre premier voyage, ce doit être "toujours pareil" pour les Indiens les plus démunis. Je vous rassure tout de suite : c'est certainement pire.
Pyaasa