Bobo. Dimanche 26 janvier 2014.
A Bobo- Diolasso, je loge toujours à l''Auberge "BENKADY", modeste pension qui propose des chambres à 10 euros. L'endroit est simple, voire spartiate, mais cela me convient et j'y ai mes habitudes.
Ce soir, partant au restaurant, j'ai croisé Maïmounia, la femme à qui je confie toujours le soin de laver mon linge dès mon arrivée à l'hôtel.
Maïmounia, dont je situerais l'âge entre 30 et 40 ans, travaille à l'auberge, 6 jours par semaine, chaque semaine de l'année, depuis bien des années. Dure à la tâche, gentille, réservée, toujours d'humeur égale, elle ne ménage pas sa peine. Elle a deux enfants. Deux filles de dix ans et quatorze ans. Elle vit séparée de son mari depuis de nombreuses années et il a lui- même trop peu de ressources pour les aider.
Le généreux sourire de Maïmounia laisse découvrir des incisives complètement gâtées, ce qui lui inflige parfois d'insupportables douleurs.
Alors que, justement, elle me remerciait pour les antalgiques offerts lors de mon dernier passage, je me permets de lui demander pourquoi elle ne se fait pas extraire ces dents gâtées, source de tant de souffrance.
Bien stupide question en vérité.!!... Elle gagne 25000 frs par mois (38 euros.. Le SMIC du
Burkina.) et faire arracher et remplacer 2 dents lui coûterait un peu plus de 15000 francs.
Elle a un faible loyer mais doit payer l'eau, l'électricité, la nourriture pour elle et ses deux enfants ainsi que leur scolarité. Elle se fait un devoir de les envoyer à l'école afin qu'ils puissent avoir " un métier". Cela grève fortement le budget.
Elle se déplace en vélo malgré la longue distance qui la sépare de son domicile. Une bicyclette chinoise de 3 ans déjà dont elle se souvient encore parfaitement du prix..
Elle économise sous par sous en priant Dieu chaque jour pour que rien de grave ne lui arrive.
Avouant un peu d'économies, elle confesse cependant ne pas vouloir utiliser cet argent et le conserve précieusement en cas de "gros pépin". Sa fortune est pourtant très maigre et, à l'entendre dévoiler son montant, je ressens un malaise intérieur qui ne me quittera plus de la soirée.
Alors que la nuit descend doucement, la conversation prend fin et je la regarde s'éloigner sur sa bicyclette. Il lui faudra, m'a-t-elle annoncé, une bonne demi- heure pour arriver chez elle.
Bien que n'ayant presque rien avalé depuis le petit-déjeuner, je pars donc au restaurant sans grand appétit. J'ai passé le jour complet dans le bus qui vient de
Ouagadougou et me suis régalé, à la mi- journée, de 2 morceaux de cet excellent pain de BOROMO.
Suffisant pour calmer la faim.
Quelques minutes de marche et me voici au "DANKAN" ; nombreux serveurs sans jovialité, tables blanches, télé écran plat et WiFi gratuit... Assurément trop aseptisé pour être tout à fait africain, ce restaurant a pourtant les faveurs de la petite bourgeoisie locale.
À cette heure je suis pratiquement le seul client. Il est encore bien tôt.
Je consomme mon " riz- sauce- légumes- mouton " sans bien réaliser que je mange car toutes mes pensées vont encore à la conversation que je viens d'avoir avec Maïmounia.
Ma dernière bouchée avalée, je demande l'addition et je constate qu'elle s'élève à presque 5000 francs. C'est pourtant un repas bien simple, dénué de tout artifice culinaire.!!
Les deux bières renchérissent la note bien sûr, cependant je trouve cet endroit nettement plus onéreux que la dernière fois... pour un plat similaire.
Je viens juste de réaliser que cela correspond à un soin complet pour une dent...
A pratiquement une semaine de travail pour cette femme que j'ai quittée il y a une heure à peine. !!
Je sais maintenant ce que je vais lui offrir...
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