Salut à tous,
Je n'ai pas la réponse au 1/4 des questions posées ici, et je crois d'ailleurs qu’Olivier a déjà donné pas mal d'infos fiables et dignes d'intérêt (un gars que j’ai du rencontrer à Longyearbyen dans les années 2002-2004, un jeune grenoblois très sympathique, si mes souvenirs sont bons...). Mais je voulais vous donner le point de vue d’un modeste baroudeur, loin, bien loin des préceptes du professionnel du voyage. Je ne suis allé que 2 fois au
Svalbard, toujours en solitaire, j’ai pris à chaque fois un pied « du tonnerre de Dieu », et je n’ai jamais déboursé le moindre centime pour un guide ou un organisme de « trek ». J’y retourne cet été avec ma belle, une semaine en juillet (une étape dans un voyage nordique plus long).
Pour le kayak, je crois que c'est impératif d'y aller accompagné (à moins d’être soi-même un expert), et bien accompagné si possible. Une année, j'ai rencontré un groupe de (jeunes) français dont le séjour a été malheureusement écourté car ils étaient partis seuls, "à l'aventure". Total : deux d'entre eux ont dessalé, hypothermie, rapatriement par hélico et une bonne engueulade des Sysselmanen, assortie d'une injonction de quitter l'archipel. Dommage ! Toute cette énergie pour ça... Ils sont repartis prématurément, bredouilles...
Par contre, pour la rando pédestre (le "trek" pour parler barbare...), en été, il n'y a pas vraiment d'obligation de partir avec un guide, si vous êtes :
1)Parfaitement au fait des conditions de sécurités requises (cf le site officiel sus-cité)
2)Bien équipé pour assurer cette sécurité (arme, QUE VOUS SAVEZ MANIPULER, dispositif anti-ours autour de la tente, téléphone iridium -optionnel, mais sachez que le portable là-bas, c’est... mais vous le savez déjà !-, etc. généralement louables sur place), surtout si vous sortez de la zone 10 (prévenir les Sysselmanen de votre itinéraire dans ce cas...et puis allez les voir de toute façon)
3)NOMBREUX !!! C’est le plus sûr pour des raisons évidentes (appel des secours, tours de garde la nuit etc.). Partir seul ou à deux étant plus risqué, si vous sortez des « sentiers battus » (en réalité il n’y a pas vraiment de sentier battu, ni balisé au
Svalbard)
4)Bons lecteurs de cartes et bons utilisateurs de GPS (optionnel mais utile). Au
Svalbard, si vous êtes perdus (surtout à l’écart des côtes), le manque de points de repères « anthropisés » (maison, route, ligne téléphonique etc.) peut s’avérer redoutable. La lecture du paysage est parfois difficile (il se peut que les montagnes, les vallées et les glaciers se suivent et se ressemblent...), l’appréciation des distances est difficile à cette latitude (phénomène d’optique du à la densité de l’air, enfin je crois) et dans le fond du grand vide polaire, personne ne vous entendra crier en demandant votre chemin.
5)Courageux MAIS pas téméraires. Les rivières peuvent être des obstacles difficiles en été, les contourner peut demander du temps, beaucoup de temps. Les traverser sans néoprène peut vous conduire à l’hypothermie, le courant peut s’avérer trompeur.
Par contre, si certaines recommandations sont bonnes, je m’indigne un peu de lire : « L'idéal pour se déplacer l'été, c'est par la mer, avec des randos quotidiennes ou même pour la demi-journée et retour au bateau pour changer de coin. » Version un peu « confort et archi-sécurité » du voyage, qui ne correspond pas à toutes les bourses ni à toutes les attentes. Cet « idéal» n’engage d’ailleurs que la subjectivité de la personne et ne devrait en aucun cas vous sembler parole d'évangile... Car enfin que voulez-vous faire au
Svalbard ? Une sorte de Safari-photo, voir tout très vite, flasher des méga-octets de paysages et de bestioles « sauvages » sur votre super 10 Millions de Pixels (alors qu’entre nous, vous êtes comme moi, un piètre photographe...), pour rentrer tous les soirs au chaud, dans vos pantoufles, à l’abri de votre petite cabine 5 étoiles, un petit verre de Gin’tonic à l’apéro (et pourquoi pas une partie de Bridge pendant qu'on y est ?) ? Ou bien prendre le temps de vous imprégner réellement de l’atmosphère si spéciale de ce désert arctique ? Crapahuter, sentir ce vent froid qui vous mord les lèvres, humer les parfums polaires, avoir la visite surprise d’un Labbe ou d’un renard arctique à la sortie de votre tente...? Chacun voyage comme il veut, mais je voulais vous inviter à ne pas prendre ce genre de paroles pour argent comptant : « Pour les treks, il faut savoir que le Spitzberg ne permet pas de faire des parcours longue distance en été. ». C’est archi-faux : vous pourrez, si vous le voulez, marcher 20 kilomètres par jour, ce qui est déjà bien (ainsi, par exemple, vous pouvez rejoindre Barentsburg à pied en 2 OU 3 JOURS (rythme plus que pépère). « Trop d'eau, de torrents, de glaciers à franchir partout... » : qui a dit qu’une rando au
Svalbard était comparable à une promenade dominicale sur le plateau des mille-vaches ? Bien sûr qu’il y a des difficultés, surtout si on y va en talons-aiguilles avec une robe de chez Dior... L’eau, le torrent, le glacier... sont précisément ce qui fait l’intérêt d’une telle expérience, et peuvent être évités avec une bonne carte et une boussole. Enfin « En autonomie totale, on ne peut pas faire grand chose à moins d'avoir la pointure d'un explorateur » : Pffffffffffff !!! Non, non et trois fois non ! Tous les gens du cru vous le diront, on est pas obligé de s’appeler
Indiana Jones pour marcher une petite semaine, en été, dans les environs de l’Adventalen... Prétendre ça c’est contribuer à faire du
Svalbard un mythe inaccessible au commun des mortels. C’est ce que pensent la plupart des gens qui sont partis là-bas en croisière, et qui n’ont rien vu d’autre que « des paysages mâââgnifiques»,... du pont de leur bateau !
Pour les « aspects culturels », je suggère (à moins que vous ne fassiez une étude de troisième cycle sur les variations sociologiques imputables à la vie polaire...) à tous ceux qui vont à Longyearbyen de se laisser aller, de passer quelques vendredi et samedis soirs au Huset, et quelques bières aidant, les choses se feront toutes seules. Evitez de rester « en groupe » en permanence, il n’y a rien de plus néfaste si vous voulez rencontrer les locaux (valable dans le monde entier). Les gens du
Svalbard (norvégiens ou russes) sont en règle générale ouverts, si ils savent lire quelques signes d’ouverture dans vos yeux (c’est une règle générale non ?). Ils aiment vous en mettre plein la vue, vous apprendre des anecdotes, et ils savourent l’afflux de touristes estivaux comme une bénédiction, tant les hivers sont mornes et sentent la solitude (là, c’est une attitude typiquement scandinave). Rares sont ceux qui sont nés sur l’archipel ou qui y ont vécu des décennies. Le pasteur change tous les 5 ans ou 7 ans je crois, car il n’est pas bon qu’il reste trop longtemps (risques de dépression, à éviter, car il est pour beaucoup LE référent des personnes qui ne vont elle-même pas bien). En été, ça drague dur, très dur après quelques bières, et vous sentirez sans doute l’effet du soleil de minuit sur votre système hormonal (moins de sommeil, beaucoup plus d’énergie...).
Demandez des conseils, sur place et avec une carte, à des locaux, à des chasseurs ou à des guides sympas. Sachez improviser (si vous n'optez pas pour un voyage organisé, les voyages cousus d'avance, ça n'existe que sur les brochures touristiques). Ne partez pas seuls si vous n’êtes pas habitué aux randonnées en autonomie (la haute montagne offre une expérience utile à ce titre) : cherchez à vous grouper avec d’autres personnes venues ici « en solitaire » ou en petits groupes. Planifiez bien vos étapes en étant pessimistes sur les distances parcourues. L’argent n’est pas le seul passeport pour l’aventure. Le
Svalbard n’est pas le fief des touristes fortunés et ne doit pas le devenir (ce en quoi je m’oppose un peu à une vision parfois élitiste du voyage polaire organisé, que seuls des gens aisés peuvent s’offrir –profs, cadres, médecins etc. - et qui offre moins d’espace à l’inattendu, à l’inhabituel, à l’improvisation –vous resterez entre français, et vous rencontrerez moins de gens « du coin » de cette façon : est-ce là LA SEULE bonne façon de voyager ???). Vous pouvez partir sans guide si vous êtes bien renseignés, que vous avez des bases en anglais et que vous avez la tête sur les épaules. Si je l’ai fait, croyez-moi, vous pouvez le faire également (à condition de n’avoir pas 95 ans ou une patte cassée). La démerde, l’audace, et la faculté de s’émerveiller : voilà ce qu’il faut amener avec soi en voyage, ce qui ne pèse rien dans le sac et ne coûte pas un centime.
Bien à vous, et en vous souhaitant de revenir du
Svalbard avec des souvenirs aussi vibrants que ceux que je suis allé pêcher là-bas...
Mehdi