Lorsque je préparais ma croisière sur le Déliziosa qui devait nous mener, en Mai de cette année, de
Dubaï à Savone, j’observais fréquemment les webcams des bateaux Costa qui croisaient au Moyen Orient.
Chaque fois qu’un bateau était accosté dans le port de
Dubaï, on pouvait voir, sur l’image webcam, dans le lointain, un paquebot à la cheminée rouge. Ce bateau était toujours présent et ne semblait pas bouger.
Et bien sûr, lorsque le 9 Mai, nous avons embarqué sur le Déliziosa, à
Dubaï, une de mes premières préoccupations a été de regarder si le paquebot était toujours là : Il était bien là, en effet, parfaitement amarré sur le quai du port Rashid, à quelques centaines de mètres. A cette distance, je ne pouvais pas lire son nom. Mais, ce bateau était imposant. J’avais cru voir un peu de fumée sortir de son unique cheminée.
Le lendemain, lorsque nous visitions
Dubaï et que nous étions sur les trottoirs du souk de l’or, nous apercevions, dans le lointain, le Delizioza, magnifique, et ce mystérieux paquebot.
Je profite alors de la présence de notre guide pour lui demander quel était ce bateau, qui semblait en parfait état mais qui, visiblement, ne bougeait plus.
« C’est le Queen Elisabeth II », répondit-il. Il a été racheté par une société de
Dubaï et va être transformé en hôtel de luxe.
Le site définitif de mouillage du QE2 sera le Palm Jumeirah, une ile artificielle créée par le gouvernement de
Dubaï. C’est un volet de la politique de
Dubaï pour le développement du tourisme, dans le but de devenir, à terme, une station capable de concurrencer
Las Vegas.
Les travaux auraient dû commencer en 2009. Mais voilà, il y a eu la crise, et pour l’instant, il ne se passe rien. On fait seulement tourner les turbines du bateau afin de ventiler l’intérieur (d’où la fumée qui s’échappe de la cheminée).
Autre problème : les jeux d’argent sont interdits dans les pays musulmans, alors, comment concurrencer
Las Vegas, dans ces conditions ?
Autant de questions qui font planer un doute sur l’avenir de ce magnifique bateau.
Alors, Je me suis posé une nouvelle question : la « reconversion » de ce bateau a-t’il provoqué en
Angleterre la même émotion qu’en
France, lorsque le paquebot
France est devenu le Norway ?
Car, le voilà pratiquement abandonné sur un quai du Moyen Orient. Bien sûr, l’inscription « Cunard » a été effacée. Normal, puisqu’il n’appartient plus à cette compagnie. De même, son port d’attache « Southampton » a été remplacé par « Port Vila », capitale du
Vanuatu, états des Nouvelles Hébrides dans l’
Océanie.
Mais, il s’appelle toujours le « Queen Elisabeth II » le nom de la reine qui l’a baptisé et qui règne toujours sur l’empire britannique.
Ce magnifique bateau a, en effet, été baptisé le 20 Septembre 1968 par la reine Elisabeth II elle-même. La souveraine avait utilisé, pour la cérémonie, la même paire de ciseaux d’or qu’avaient précédemment utilisée sa mère et sa grand’mère lors des inaugurations du Queen Elisabeth et du Queen Mary. Une grande cérémonie, à la gloire du
Royaume Uni.
Aussi, n’est-ce pas humiliant, pour les Anglais que le nom de leur reine soit encore inscrit sur un bateau du
Vanuatu, abandonné sur un quai de
Dubaï ? Où est donc la fière
Angleterre : “Rule Britannia, rule over the world “?
Et, ce luxueux hôtel flottant, s’il existe un jour, s’appellera-t-il également Queen Elisabeth II ?
Je ne suis pas anglais, mais j’ai éprouvé beaucoup de tristesse en photographiant ce bateau. J’ai recherché, depuis, son histoire dans internet : Il a une dimension historique car il a participé aux transports de troupes, pendant la guerre des
Malouines. Et il a transporté des millions de croisièristes...
J’ai trouvé de nombreux sites mais j’en ai sélectionné un d’un conférencier anglais que j’ai trouvé particulièrement émouvant :
« J’ai senti une grande tristesse lorsque, en Juin 2007, j’ai appris que le QE2 avait été vendu et prenait sa retraite. J’avais eu la chance de donner une série de conférences à bord au cours de sa saison d’adieu. Ce fût une perte terrible pour les voyageurs lorsque le QE2 est arrivé à Dubaï. Son retrait du service a marqué la fin d’une époque. C’était la fin d’un navire comme on n’en avait jamais vu. J’ai le ferme espoir qu’à Dubaï, elle sera conservée comme une icône et traitée comme une reine** »
Une grande tristesse, mais aucun sentiment d’humiliation. Finalement, tant mieux.....
(**Nota :les Britanniques n’utilisent pas le genre neutre pour leurs navires mais le genre féminin, montrant ainsi qu’ils considèrent leurs bateaux comme des personnes).
Images attachées: