Bonjour,
Nous sommes déjà en octobre 2008 et nous étions au
Tadjikistan en août 2007...
Malgré l’année et le silence qui séparent ces deux périodes, je voulais vraiment remercier vivement les personnes qui, à cette époque, avaient donné des infos précieuses sur ce forum, à propos de ce pays dont personne ne parle et dont le Lonely Planet est des plus pauvres, de même qu’Internet d’une façon générale. Ces infos m’ont été très utiles, je vais dire très « rassurantes » surtout, car je ne savais absolument pas où je m’aventurais en décidant de faire des treks au
Tadjikistan.
Un grand MERCI donc à vous tous ; à mon tour d’apporter une petite pierre à l’édifice en décrivant les treks effectués, même s’ils l’ont déjà été en partie ou sous une autre variante, dans ce même forum.
Je voulais dire aussi à ceux qui se « tâtent » encore pour partir au
Tadjikistan, que ce pays n’a été que l’un des pays que j’ai parcourus au cours d’un long voyage de 18 mois, mais que c’est vraiment l’un de ceux qui m’a le plus marquée, et où je rêve de retourner. Ses paysages sont par endroits – au
Pamir plus précisément - complètement lunaires, incroyables, c’est un véritable désert d’altitude où il pleut encore moins qu’au Sahara paraît-il, et où la vie y est extrêmement dure, ce qui rend les lieux et les gens très attachants (malgré les horribles chauffeurs de taxi, comme partout ailleurs...). Il règne une grande pauvreté, un froid et un vent mordants tout au long de l’année qui rendent les peaux burinées comme du vieux cuir, il n’y a aucun légume mis à part des patates (en gros, au
Pamir, notre régime de base était patates + yaourt, et c’est le quotidien des gens). Ils ont vraiment du mérite de vivre dans un tel dénuement. L’image la plus frappante de la vie humaine là-bas est pour moi Alichur, bourgade poussiéreuse balayée par les vents, qui évoque « le désert des Tartares » ; il n’y a quasiment aucun emploi, la route est déserte même si l’ouverture au commerce de la route avec la
Chine permet désormais le passage d’immenses camions chinois qui arrivent à plein et repartent à vide... et servent bien souvent de seul moyen pour se déplacer aux habitants contraints de faire du « stop » et qui ne savent jamais quand ils pourront partir s’ils en ont besoin. Les toilettes publiques d’Alichur, très « spéciales », sont aussi le symbole, pour moi, de la misère dans laquelle vivent les habitants.
Par ailleurs, l’accueil dans les Fans a été le plus fabuleux qui soit ; on nous a offert des sourires immenses, à manger toujours en quantité, du bois, précieux, et une grande chaleur humaine. Et ce malgré le trekking et les randos à cheval en tour organisé qui se développent et contribueront, un jour ou l’autre, à changer les choses...
De tels magnifiques moments m’ont permis d’oublier l’horreur de la corruption autour de l’OVIR qui règne à
Dushanbe et qui nous a fait vivre des aventures détestables car nous ne voulions PAS payer le « bakshish ».
A savoir donc, comme certains l’ont déjà écrit ici, que si vous entrez au
Tadjikistan en provenance de
Samarcande il n’y a PAS d’OVIR à Penjikent (enfin, c’était le cas à l’été 2007) et donc ne croyez pas les histoires qu’on vous raconte à ce sujet. Par ailleurs, les petits papiers délivrés par les hôtels de
Dushanbe et qui sont soit-disant de véritables enregistrements à l’OVIR n’en sont ABSOLUMENT PAS, et donc si vous vous faites contrôler avec ça, vous serez bons pour mettre la main au portefeuille.
En conclusion : faites votre enregistrement OVIR à Khojand,
Khorog (facile mais sujet à horaires d’ouverture un peu particuliers tout de même, et il peut y avoir la queue) ou
Murghab (très facile). Ca vaut le coup de prendre le risque d’attendre d’arriver dans l’une de ces villes-là avant de s’enregistrer à l’OVIR, je n’ai jamais entendu parler de gens qui ont eu une amende car ils ont dépassé les 72h réglementaires sans enregistrement OVIR.
Pour notre part, on a fait dès notre entrée dans le pays l’AR Penjikent-
Dushanbe (car on voulait faire un trek dans les Fans) rien que pour l’OVIR... et c’est certain, on ne le refera plus.
Monts Fan : trek Artush-Shing via les cols de Goytan et Tavasang (fait en août 2007)Temps de marche indiqués : pour les 3 premiers jours et demi, avec des ânes portant nos sacs ; pour la suite, avec nos sacs sur le dos.
J1 : 2h30 de marcheDépart d’Artush à 16h ; 2h30 de marche ; nuit au pied du Kulikalon, un peu au-dessus du camp russe (prairies sympathiques, eau, bois, tentes d’estives avec très bon accueil et dégustation de petit lait et de yaourt, miam !).
J2 : 6h30 de marche2h de montée jusqu’au Kulikalon. En haut : les lacs ; compter 2 à 3h pour en profiter (on peut s’y baigner, notamment). Lac Bibijon, entouré de dizaines de tentes de Russes venus là faire de l’escalade, de la marche, ou prendre l’air et se faire bronzer... On se croirait dans un camping de la Côte d’Azur en plein été. Dommage car le cadre est très chouette. Au-delà de toutes les tentes, très belle vue sur un glacier avec petit lac aux eaux turquoises à ses pieds.
Redescente au camp en 1h30. Pliage des tentes puis on continue la descente pendant 1h pour aller jusqu’au pied du col de Goytan ; installation du camp pour la nuit au bord de la rivière. Pas facile de trouver du bois mais les bergères nous ont aidés.
J3 : 9h à 9h30 de marcheMontée du col de Goytan en 1h45 (point de départ au niveau des sortes de gorges qui partent sur la droite quand on vient d’Artush). Trajet joli, ombragé, odorant ; eau à mi-parcours près de champs cultivés. En haut, bien sûr, vue splendide.
Descente de l’autre côté jusqu’au village de Goytan en 2h ; chemin extrêmement poussiéreux, qui casse les pattes, et bonjour les ampoules si vous n’êtes pas bien chaussés... Goytan est un beau village avec toits en terrasse et beaucoup de vergers.
Descente dans la vallée en amont de Zintut - 1h de marche : suivre depuis Goytan le sentier (visible depuis le village) qui part à gauche sur le flanc de montagne après la route, jusqu’à un pont menant à une piste.
Remontée dans la vallée par cette piste (paysages très rocailleux) ; 3h45 de marche jusqu’à la confluence avec le Sarymat. Prendre le deuxième pont 100 m après la confluence pour passer rive droite du Sarymat ; suivre la piste en surplomb jusqu’au dernier village, situé là où s’arrête la piste « carrossable » : 1h de marche depuis la confluence. Attention, dans ce « village » qui ne compte en fait que quelques maisons, enfants terribles, chapardeurs, curieux, très mal élevés : faire attention à vos affaires si vous vous arrêtez là. Nous on a dormi là (coin nul pour camper) mais en fait, on a découvert le lendemain qu’un peu plus loin, à maximum 30 min de marche de là, il y a un beau spot de camping.
J4 : 9h de marchePoursuite dans la vallée pendant 2h15 (en prenant bien son temps), beaux vieux arbres, eau. A un moment, il y a un enclos grillagé sur la droite du chemin, avec une cabane de berger. 5 min après, patte d’oie (à ne pas louper ! être attentif) : prendre à droite, c’est là le début du sentier qui monte au col.
1h30 après, arrivée à un campement avec point d’eau (et quantité de yaourt et de pain offerts à dévorer !) ; là, rester à gauche dans le vallon. A partir de là, la montée jusqu’au col de Tavasang prend environ 2h30 à 3h si vous portez vous-mêmes vos sacs (je dis ça car c’est à ce campement que notre ânier nous a « lâchés » : trop fatigué pour continuer, il a débâté nos ânes et nous a dit de continuer tout seuls !) ; on a d’ailleurs galéré à trouver la bonne voie, heureusement un berger providentiel a surgi des montagnes et nous a indiqué le chemin et nous a même aidés à finir en chargeant nos sacs sur son âne... Merci Monsieur !
De là-haut, ne pas s’attendre à voir les lacs ; on ne les voit toujours pas.
Prendre le sentier qui descend raide à gauche puis entrer dans le goulet (au-dessus de celui-ci à gauche, repérer une maison isolée). Là seulement apparaît de nouveau de l’eau. Descente par moment « casse-gueule », attention aux éboulis. Temps de marche depuis le col jusqu’au prairies qui précèdent le village de Tiogli : 1h30. Ces prairies sont un magnifique endroit pour camper (au bord du ruisseau) ! Bien sûr, demander l’autorisation aux villageois car en fait elles sont leurs « jardins » ; super accueil, ils nous ont apporté du bois pour le feu (car il n’y a rien du tout, là !) et du pain au petit déj ! Du bas du village, on voit le lac de Margusor.
J5 : 5h de marcheDescente depuis le village de Tiogli jusqu’au bord du lac en 1h15 (accueil formidable, les gens vous indiquent le chemin, aiment être pris en photo...). En arrivant au bord du lac, qui est aussi l’embouchure du torrent que vous suiviez plus ou moins jusqu’alors, partir à droite sur la piste ; 1h45 de marche jusqu’au 5ème lac (très bel endroit pour pique-niquer sous les arbres), puis 2h de marche dans cette vallée assez encaissée et venteuse dont les lacs se sont formés suite à des effondrements, jusqu’au seul emplacement possible pour camper, qui se trouve entre les 2ème et 3ème lac. Là vous déchantez car vous croisez des groupes organisés à cheval, vous revenez à la « civilisation »... et au lieu de camping, encore des groupes organisés qui boivent des bières et font des barbecues... D’ailleurs l’emplacement est très sale (détritus), caillouteux, peu de bois pour le feu... Bref, pas inoubliable.
J6 : 2h30 de marcheSuite de la descente de la vallée jusqu’à Shing ; rien de spécial, sauf une belle allée de vieux noyers dans un village. Autour de Shing, le paysage est marqué par les glissements de terrain successifs qui ont affecté le coin, et ont même mené à de graves inondations en 2004.
A Shing, il existe des transports : bus pour Penjikent à 6h30 et à 13h30 ; nous avons opté pour un taxi partagé à 15 soms le véhicule (ou 5 par personne puisqu’on était 3) jusqu’à Penjikent.
Conclusions :
Magnifique trek, pas très difficile si vous êtes un peu en forme, paysages variés, accueil extraordinaire par les bergères des estives qui offrent thé, yaourt, pain... Donc c’est bien d’avoir aussi un petit quelque chose à leur rendre en retour.
Variantes possibles si vous n’avez pas beaucoup de temps : J1 et J2 en une seule grosse journée ; J5 et J6 idem. Mais c’est dommage...
Logistique :
- Bus Penjikent-Artush à 8h30 de la gare routière, 5 soms / personne, durée environ 3h.
- On trouve toute la nourriture nécessaire voire le petit équipement (popote, tasse, briquet...) au bazar de Penjikent.
- Ânes a Artush : on a eus 2 ânes + l’ânier pour 5 jours (= durée comptée pour un accompagnement jusqu’à la montée du col de Tavasang – car après on avait prévu de le faire de toute façon sans âne, et y compris le retour de l’ânier chez lui à Artush) à 120 USD, sachant que nous devions lui fournir sa nourriture. Soient des prix unitaires plutôt « bien payés » d’environ 7 USD / âne / jour, et 15 USD / ânier / jour. Attention à ne pas vous faire embobiner : un bon âne peut porter jusqu’à 70 kg, et pas seulement 40 kg comme certains essaieront probablement de vous le faire croire. On aurait très bien pu partir avec un seul « bon » âne... Et à Artush, malgré la vie très modeste menée par les gens, on a eu du mal à trouver un ânier qui accepte de nous accompagner à un prix « raisonnable ». On nous a annoncé des prix complètement farfelus (du genre 15 USD / âne / jour, et 30 pour l’ânier !) ! Ne pas les accepter, sinon cela contribue, une fois de plus, à véhiculer l’idée que les étrangers ne comptent pas leurs sous et sont tous Crésus...et à faire augmenter les prix inconsidérément. Attention aussi au rôle d’entremetteur (qui se prend donc nécessairement une bonne commission) de M. Niyozkul, celui qui fait « guest-house au noir » au rond-point de Penjikent ; nous avons refusé toutes ses propositions d’ « aide » pour les ânes ; on a tout fait tout seuls et donc à bien meilleur prix que ce qu’il annonçait. Idem, attention quand il essaie de vous refourguer un de ses amis taxis pour aller à Dushanbe, là aussi il se prend une bonne commission ! Mieux vaut aller négocier tout seul comme un grand au bazar.
Pamir : trek Bulun Kul – Alichur (fait en août 2007)
J1 : 3h de marcheDépart du croisement de la
Pamir Highway avec la piste de Bulun Kul ; de là déjà, très belle vue sur les lacs salés. Marche jusqu’au lac (pas d’eau en chemin, et il fait chaud ! c’est vraiment le désert). Campement au lac à côté d’une bicoque remplie de bouses, utiles pour le feu dans ces régions sans bois...Le lac est alimenté par une petite source.
J2 : 3h de marche jusqu’au campDu lac de Bulun Kul jusqu’à Sumantash, via la traversée à gué (eau jusqu’à mi-cuisse au maximum) de la rivière Alichur en contrebas de l’unique maison du coin, juste à côté de la yourte (enfin, y en avait une là en août 2007 !). Installation du camp de l’autre côté de la rivière, dans un cadre splendide ; pas vraiment de bois sur place, nous l’avons ramassé en chemin. Douche aux sources chaudes équipées d’une cabane. Passage de quelques troupeaux de yacks avec leurs bergers kirghizes. Largement le temps de faire une balade « à vide » au bord du lac, de visiter les vestiges (les cartes ACTED mentionnent un caravansérail mais ça ressemble plutôt à un mausolée en fait). Nous ne sommes pas allés jusqu’au cadran solaire mais il y a probablement le temps dans la même journée. Il y a là une piste carrossable.
J3 : temps de marche : je ne me souviens plus ! mais pas très long, tout à fait faisableDe Sumantash jusqu’aux deux petits lacs indiqués près de la rivière en la longeant en direction d’Alichur (parfois nécessité de remonter sur le plateau), près d’une grosse maison kirghize et un enclos à bestiaux. Il y avait là des yourtes, très bon accueil mais malheureusement communication difficile car l’anglais n’est pas parlé du tout par ces Kirghizes, et nous ne savions que trois mots de russe. Camp très moyen : herbes piquantes, sel partout au sol, pas de bois (pour notre part, nous en avions trimballé depuis le camp précédent), eau stagnante, gelée la nuit (25 août !). En chemin, arrêt aux geysers (l’un à gauche de la piste, l’autre, plus spectaculaire, plus haut sur la droite à environ 50m de celle-ci : tendre l’oreille et aiguiser son regard pour le repérer ; suivre les traces blanches pour y accéder).
J4 : temps de marche : 4h30 y compris la pause pique-niqueDu camp jusqu’au village d’Alichur, sur le plateau puis sur la piste ; paysages monotones, pas d’eau, rien d’inoubliable.
Conclusion :
Pratiquement toujours plat, très facile si vous êtes acclimatés (altitude environ 3700m), petites étapes, variées, certains très beaux bivouacs, rencontres sympathiques de Kirghizes qui vous invitent à manger sous leur yourte. Possible en 3 jours en faisant des étapes plus longues.
On ne conseille pas de le faire dans l’autre sens car sinon se posera de façon encore plus cruciale le problème de l’absence de transport... Au moins, en arrivant à Alichur, vous aurez de quoi loger et manger en attendant l’hypothétique transport pour repartir de là...
Probablement difficile de trouver âne et âniers dans le coin (d’autant qu’à cette saison, tous les hommes sont partis aux estives).
Pour notre part, nous nous sommes faits déposer au point de départ du trek en venant du Wakhan.