(Feu) Mon demi-beau-frère
Il s'appelait Daeng, prénom très courant s'il en fût et "bi-sexe" en plus !
Je connais (ou ai connu) au moins 5 "Daeng" différents depuis que "je fréquente" la
Thaïlande...
Très vite, il m'a fallu trouver un "qualificatif" à adjoindre à ce nom par trop banal afin de distinguer l'un de l'autre dans les conversations.
C'est ainsi qu'une (petite) cousine est devenue
"Daeng poot-mak" par suite de ses très longues conversations téléphoniques !
Lui, mon demi-beau-frère, tout le monde l'appelait
"Pi Daeng", et on savait de suite de qui on parlait !
C'était un demi-frère de ma femme car leur père était monogame... mais dans des limites géographiques étroites !
Le père était "chauffeur" de train et avait plusieurs "familles" le long du parcours
Bangkok-HatYai.
Ma femme étant un "rejeton" de la famille associée au terminus (HatYai), elle a eu le bonheur de voir plus souvent que d'autres ce père intermittent.
Pi Daeng, lui, avait une mère dans la région de Thungsong, le coeur du "grenier-à-riz" du Sud du pays.
Lorsque je l'ai connu, il avait plus de 65 ans et faisait vivre une "deuxième famille" centrée autour de sa jeune épouse de 28 ans et de deux jeunes enfants de 4 et 6 ans.
Il habitait "en plein HatYai" et élevait des porcs non loin de la mosquée et c'est là que j'ai connu mon premier "réveil au muezzin" à 5H le matin.
Son habitation était un assemblage très organisé de planches et de tôles ondulées divisée en deux parties, la première dédiée à l'élevage des cochons et la seconde (beaucoup plus réduite en surface) à "la vie" des habitants humains.
Et la séparation entre les deux parties était -euphémisme léger- ajourée, suffisamment pour surveiller à tout moment la vie de la marmaille animale d'à-côté (les truies ont le redoutable défaut d'étouffer de temps en temps leur vorace progéniture pendant les multiples tétées).
Bien entendu, vous l'aurez deviné, si les bruits filtraient totalement, les odeurs aussi, malgré le nettoyage "au jet" quasi-quotidien et accompagné de cris de plaisir de la marmaille.
"Dans le cochon tout est bon", sauf l'odeur...
L'habitation côté humains avait "tout le confort", l'eau au robinet qui coulait en fil dans une immense jarre, une ampoule de 5W dans chaque pièce -il y en avait 3.
Pour la cuisine, une extension du toit en tôle permettait de s'activer dehors au sec même s'il pleuvait.
Pour la toilette, la coupelle à fond plat permettait de s'asperger bruyamment et joyeusement.
Pi Daeng passait la matinée de chaque jour à récolter les déchets "de cuisine" dans les restaurants et hôtels de la ville en poussant sa carriole à deux roues, puis, avec son épouse, il préparait "la soupe" pour les "bâfreurs d'à-côté".
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Il semblait infatiguable malgré son âge, ses cheveux et sa moustache blanche...
Ses (jeunes) enfants étaient totalement craquants, un petit garçon très "boxe" et une fillette très sage.
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Ils étaient habillés avec attention de vêtements soit achetés soit -souvent- récupérés dans la "tribu" lorsque les propriétaires initaux avaient grandi.
Et, bien sûr, pendant l'année scolaire, ces petiots s'en allaient en uniforme le matin assister au cérémonial de "salut au drapeau" qui précéde les cours.
Les enfants étaient globalement en bonne santé malgré quelques petits ennuis qu'avait eus la petite demoiselle au sourire espiègle.
Je garde de cette famille "inattendue" le respect de ces gens pauvres qui triment pour "pas grand'chose" et vivent doucement et tranquillement une petite vie paisible avec une fierté jamais démentie et une dignité absolue.