Que dire de plus...Et bien que koh dach n'a bien sur pas échappé à l'histoire...J'ai trouvé ce temoignage d'un ilien (dans
Cambodge Soir) et je pense qu'il est trés interressant, je vous en fait donc part :
Mèt Man : souvenirs de l’île de la Soie soumise à la loi d’airain des “Pol Pot” Né à Koh Dach, "l"île de la soie" située à quelques kilomètres de
Phnom Penh, il y a 59 ans, Mèt Man évoque pour
Cambodge Soir sa vie durant la période des Khmers rouges. Une époque tragique qui l'avait mené loin de son île natale. Témoignage. Mèt Man, 59 ans, est né sur l’île de la Soie, près de la pagode Krorpoum Pech. Ses parents paysans cultivaient du maïs, des haricots, du sésame, des concombres. De l’âge de 15 ans jusqu’à ses 25 ans il a pris le froc pour suivre un enseignement bouddhique. “Je voulais apprendre comme les autres à l’école publique mais ça coûtait trop cher, explique-t-il. J’aurais voulu avoir un travail plutôt que de creuser la terre mais je n’en étais pas capable car je n’avais pas d’éducation. A 25 ans, j’ai quitté la pagode pour aider mes parents dans la plantation.” De sa jeunesse, Mèt Man garde le souvenir d’un quotidien facile, où il survivait même avec 2 à 5 centimes par jour. La monnaie cambodgienne avait davantage de valeur, estime-t-il. Sous le Sangkum Reastr Niyum, il trouvait du travail sans difficulté. Sous Lon Nol, le niveau de vie chez lui n’a pas changé, en revanche les hommes jeunes étaient enrôlés de force dans l’armée. “Ma vie a commencé à être difficile en 1971, quand on nous forçait à devenir soldats pour combattre les troupes khmères rouges. Une semaine après avoir intégré mon unité, je me suis échappé en courant dans la forêt. Trois jours après j’étais de retour à la maison, rit encore Mèt Man fier de son escapade. Mais ils sont revenus me chercher, ils faisaient trois descentes par semaine! Je me suis caché dans l’armoire, à la pagode... Ceux qui ne couraient pas vite se faisaient attraper.” Dans le voisinage, personne ne dénonce les “planqués” puisque tous les jeunes des environs sont voués au même sort.
Les Khmers rouges font leur apparition sur l’île de la Soie en 1974 pour combattre les troupes de Lon Nol. Ils prennent le contrôle en 1975, avant la capitale. “J’ai oublié les dates, s’excuse Mèt Man, car je ne veux pas me souvenir de la douleur.” Au début il était pourtant content qu’on les libère des soldats de Lon Nol. “Une fois entre leurs mains, nous avons réalisé que c’était la torture.” Eux aussi sont chassés vers d’autres contrées, les Khmers rouges promettant qu’ils surveilleront leurs biens. Mèt Man quitte l’île de son enfance sans bagage, vêtu d’un simple pantalon et d’un krama. “Je ne sais pas pourquoi ils nous considéraient comme des 17 avril, ils nous accusaient d’être des espions de Lon Nol”, se souvient-il. Ce paysan passera les années Pol Pot dans la région de Pursat. Il change de lieu mais partout s’épuise à creuser la terre. “Nous devions creuser 5 m3 par personne et par jour. Et deux fois par semaine nous avions des réunions où l’on nous répétait qu’il fallait travailler pour le parti et remplir ces objectifs. Si l’on n’y arrivait pas, il fallait travailler de nuit. Je ne sais pas si les canaux d’irrigation que nous avons creusés sont toujours là, mais si j’avais les moyens, j’y retournerais pour faire une tombe pour ma mère.” Elle est décédée là-bas en 1977, épuisée et affamée. “Aujourd’hui on ne mange pas du riz cru mais à l’époque, si, comme les bœufs”, témoigne Mèt Man qui glisse à demi mots quel-ques exemples de larcins indispensables à la survie : racines, fruits, potiron. Pourtant les récoltes étaient bonnes, selon lui, mais elles étaient vendues à l’extérieur.
Ce paysan de l’île de la Soie avoue confus que ce sont les “Pol Pot” qui l’ont marié. Le jour de l’union, il a découvert sa future femme. Les hommes en noir l’avaient choisie pour lui. Sous la menace d’un pistolet les époux devaient promettre de vivre ensemble mais concrètement, ils ne se retrouvaient qu’une fois tous les quinze jours. A défaut de s’être choisis, ils se sont adoptés si bien qu’à la chute des Khmers rouges, ils se cherchent pour rentrer ensemble sur l’île de la Soie. Ils marchent un mois durant, se nourrissent du riz que leur lèguent sur le trajet les troupes viêtnamiennes.
Etrange arrivée à Koh Dach. Les survivants, qui reviennent petit à petit, paniquent devant ces paysages qu’ils ne reconnaissent plus. “C’était un champ de bataille”, confie la tante de Mèt Man. “Tout était envahi par la forêt, se rappelle son neveu, la route d’aujourd’hui n’était qu’un chemin très étroit. On a aussi découvert des fosses de cadavres.” Son premier réflexe est donc de chercher la maison familiale. Or il n’en reste que des cendres, elle a été brûlée comme la pagode. Heureusement deux de ses trois sœurs se sont réinstallées à cet emplacement et l’y attendent, soulagées de le retrouver. De son groupe de 50 personnes, ils ne seront que 4 à rentrer. “A l’époque, on ne pensait pas aux amis absents, on ne pensait qu’à soi, à sa femme et à cette obsession que les Pol Pot nous poursuivent.” Mèt Man tente d’oublier les dizaines d’hommes qu’il a vu fusillés, le goût du son (kantuok), cette nourriture du cochon que les Khmers rouges sucraient avant de le distribuer comme médicament, il essaye d’effacer cette image du jus de coco donné aux malades comme sérum. Comme les autres rescapés il compte ses morts. La petite sœur décédée, les cousins tués ou disparus... Puis il décide qu’il fera silence sur cette période. Pourquoi raconter? Même ses enfants ne le croiront jamais.
Peu à peu l’île de la Soie reprend vie. La vie locale se réorganise autour de nouveaux chefs de village, les anciens ayant tous été exécutés. Deux mois après son arrivée, Mèt Man plante les semences abandonnées par les Khmers rouges et partagées entre les villageois. Deux ans plus tard naît le premier de ses six enfants.