P..... de mouche.!! - Train Kazakhstan.
On partageait le même compartiment depuis deux jours...

Au début, tout allait bien. Elle voletait de son côté, se collait de temps à autre sur la vitre pour admirer je ne sais quel paysage pourtant parfois si morne...ou se reposait tranquillement sur le miroir, juste au dessus de la banquette opposée. En résumé, elle respectait mon espace personnel...
Ma foi, tout était pour le mieux dans le meilleur des compartiments...
J'avais bien sûr quelques petits reproches à lui faire, mais quand on voyage en galante compagnie, il faut parfois se montrer conciliant.
Aussi, lui avais- je expliqué, calmement, que je n'appréciais pas qu'elle vienne se coller au goulot de ma bouteille de bière ou qu'elle se frotte inlassablement les pattes sur le rebord de mon verre.
Question d'éducation... Point sur lequel je ne souhaitais pas transiger.
Il me semblait qu'elle avait compris les limites fixées pour une cohabitation paisible.
Les heures s'égrenaient, une à une, pendant que le train traversait doucement les longues et vastes steppes herbeuses du
Kazakhstan...
Tout semblait définitivement calme. Comme à l'aube des temps.
Mais voilà qu'après une bonne dizaine de minutes, cette satanée bestiole semble avoir oublié notre accord et toute forme de respect mutuel.
Si elle n'était assurément la seule dans MON compartiment, je me demanderais, non sans ironie, quelle autre mouche l'aurait piquée.
Car enfin quoi.. Tout allait si bien. !!
Chacun dans son coin.
Mais voilà..!! Madame la mouche, probablement agacée que je ne lui prête guère d'attention avait subitement changé d'attitude.
Je m'interrogeai sur ce bizarre comportement.
En fait, en y réfléchissant un peu, je me souviens maintenant.
Tout a commencé quand, m'ennuyant de la steppe sans cesse recommencée, je me suis mis à lire.
Elle s'est dés lors montrée arrogante voire même agressive.
Elle est d'abord venue sur mes jambes nues, puis s'est autorisée à me chatouiller la voûte plantaire.
Bon enfant, j'ai immédiatement songé à un petit amusement de sa part. Plutôt bien disposé à son égard, je n'ai donc rien dit.
Mais, me voyant continuer ma lecture, ma co-locataire de mouche a décidé de s'enhardir et de venir jusqu'à se poser sur ma main droite, me dérangeant ainsi, désagréablement cette fois, dans ma lecture. Puis de nouveau sur mon pied pour revenir sur mon autre main provoquant un réel agacement.
L'effrontée. La sans-gêne. C'est pas une mouche française qui ferait ça..!!!
A ce point du récit, il faut préciser que je suis un garçon extrêmement patient et plutôt de caractère paisible. Mais, comme chacun sait, toute patience à ses propres limites. Il était désormais temps de réagir.
Ce que je fis..
Le premier avertissement fut une claque bruyante sur la partie de ma cheville qu'elle persistait à chatouiller.
J'étais, pour ma part, prêt à en rester là. L'avertissement me paraissait fort clair.
Je compris vite que ce n'était pas son intention.. Prenait-elle mon geste pour le début d'un nouveau jeu..?
Il est vrai qu'après 2 jours de train à travers les steppes kazakhes, on est en droit de se distraire d'une certaine monotonie. Je le concède...
Mais... Je n'en avais pas envie. Ou plutôt pas comme ça.!
Elle continua donc de plus belle jusqu'à ce que, cette fois irrité pour de bon, je dus poser mon roman et en arrêter l'agréable lecture.
Tenterai-je de la raisonner?? Userai-je de mon extraordinaire pouvoir de séduction sur les mouches ou simplement lui lancerai-je un ultimatum..?
J'optai pour cette dernière solution. Ouvrant tout grand la porte en prenant le risque de voir s'échapper l'air si frais de mon compartiment climatisé, je la priai, ma foi fort courtoisement, d'aller se changer les idées dans le couloir...
Ma requête n'eût aucun succès.
J'étais troublé et un peu déçu qu'elle me porte aussi peu de considération après 2 jours de vie commune.
Il fallait bien que je me résigne à accepter la dure vérité: cette mouche ne m'aimait pas. Peut être même, pêchait t-elle par égoïsme.!!
Je compris dés lors que nous ne pourrions plus cohabiter. Il fallait agir au plus vite. Il en allait de ma tranquillité.
Je ré-ouvris la porte et la chassai cette fois avec plus de vigueur.
Je cru avoir réussi et refermai la porte. Soulagé...
Mais c'était compter sans sa fourberie. La misérable s'était dissimulée pour mieux revenir à l'attaque.
Cette fois c'en était trop.! Je lui déclarai une guerre sans merci. C'en était fini.
Ce serait elle ou moi..!!!!

Usant à mon tour d'une félonie dont je ne suis pas coutumier, j'entrepris de lui dresser un piège.
J'avais remarqué qu'elle avait un goût prononcé pour la bière. Ceci dû probablement à ses origines russes..
Je versai donc un peu de cette mixture dans le fond de mon verre.
Il ne me restait plus qu'à attendre et j'avais la conviction que ce ne serait assurément pas long...!
De courtes minutes s'écoulèrent, avant qu'attirée par la suave odeur du houblon, elle ne plonge dans mon verre.
L'inconsciente était prise au piège.
Je n'éprouvais aucune joie à avoir vaincu si facilement mon ennemie. Juste une simple satisfaction.
J'avais beau être le vainqueur, incontestable, je ne souhaitais pas me montrer cruel.
Je pris donc mon verre, dans lequel se débattait férocement ma proie et, m'approchant d'une fenêtre de couloir laissée mi-ouverte, je lançais le tout dans l'infini des steppes...
Elle n'eut pour toute oraison funèbre que deux mots.. " Dégage Salope..! "
Etrangeté de la nature où deux êtres vivants, certes différents, peuvent lutter jusqu'à la mort pour un petit bout de territoire...
De retour sur ma couchette, je pouvais enfin reprendre ma lecture.
Un ouvrage traitant de la tolérance...