J46 samedi 2 octobre
Caraz à Huaraz via Yungay 72 km de route
Nous reprenons la route après un arrêt de trois jours. Les grands cols des Andes sont devant nous et nous n'allons pas tarder à attaquer le premier qui passe à 4700 mètres. La ville de
Caraz se situe à 2200 mètres d'altitude et
Huaraz à 3090. Nous partons de bonne heure, 7h15, et laissons l'hôtel
Chavin et ses propriétaires sympathiques et très serviables. Sur notre route se trouve Yungay, cette ville détruite par une immense coulée venant du Huscaran lors du tremblement de terre de 1970. Nous nous arrêtons sur le site. Sur l'ancien emplacement de la ville a été aménagé un immense sanctuaire, planté de fleurs sur les décombres de la ville que l'on a laissés en l’état après la catastrophe. En effet la coulée a recouvert une ville de plusieurs milliers d'habitants, et les autorités ont décidé de ne pas déblayer les corps des personnes enfouis sous les décombres des maisons. On se promène dans une grande allée centrale qui conduit à l'emplacement de la place centrale de la ville. La cathédrale, seul bâtiment au milieu de ce vaste jardin, a été reconstruite à l'identique. Il est étrange d'imaginer que sous nos pieds, une ville a été engloutie en quelques secondes par une gigantesque avalanche venant du Huscaran, qui nous domine du haut de ses 6700 mètres Il a sur ce versant, des airs de Mont Blanc vu de Chamonix, avec l'immensité en plus. En effet Chamonix, 1200 mètres, le Mont Blanc 4810, Yungay 2500 et le Huscaran plus de 6700. Il domine donc la ville de plus de 4000 mètres. Après cette visite émouvante sur les lieux de ce drame nous poursuivons en direction de
Huaraz, qui tient un peu lieu de Chamonix péruvien. Bonne surprise, alors que nous avions eu de mauvaises indications quant à la longueur de l'étape du jour, avec joie nous touchons au but 30 kilomètres avant ce que nous pensions. Notre heure d'arrivée vers les deux heures trente, va nous laisser tout loisir de vaquer à nos occupations. En ce qui me concerne, priorité numéro une: me racheter une veste de montagne pour remplacer celle qui m'a été volée. Je trouve un équipement goretex qui me va à ravir et qui semble offrir toutes les garanties d'efficacité contre la pluie et le froid. Ensuite je procède avec Alain, au remplacement de ma chaîne de vélo. En effet depuis
Quito nous avons effectué à peu près 1800 km sur nos montures, souvent dans des conditions difficiles, qui ont fortement éprouvées la mécanique. Les pistes en terre sont tout particulièrement abrasives pour les chaînes et les pignons. La mienne commence à présenter des signes d'usure inquiétants. Elle a moins de 3000 kilomètres. Avec la précédente j’avais effectué plus de 8000 kilomètres et elle fonctionnait toujours très bien, je l’avais remplacée préventivement en vue d ce voyage en
Amérique du Sud. Cela prouve que les conditions que nous rencontrons sur les routes d'
Equateur et du
Pérou sont plus difficiles que celles rencontrées sur les routes européennes.
J47 dimanche 3 octobre
Huaraz (3053m) à bivouac (3970 m) 14 km avant Conococha 69km de route
Nous partons tardivement, 9h30, toujours une multitude de choses à faire ce qui nous empêche de démarrer de bonne heure. Avant le départ, un dernier coup d'œil du toit de l'hôtel sur la Cordillère Blanche. La route monte doucement mais sûrement. Nous subissons de plus un léger vent défavorable. Vers 13h, nous n'avons effectué que 37 kilomètres. Un petit restaurant, à l’allure sympathique, nous invite à l’arrêt, où comme d'habitude nous avons droit à une bonne platée de riz, accompagnée d’une truite succulente. Cela tient bien au ventre, ce qui est idéal pour les trajets difficiles à vélo. Après un arrêt d'une heure, la reprise est dure. Nous arrivons rapidement vers les 4000 mètres et nous atteignons l’altiplano. Une grande lande ondulante couverte d'herbes, bordée en arrière-plan de grands sommets enneigés, développe ses immensités. A 16h30, nous décidons de nous arrêter et nous préparons au bivouac, avant la venue de la nuit et du froid qui tombe brutalement dès la disparition du soleil. Nous nous abritons de la vue de la route derrière une petite butte à proximité d'une rivière. L’endroit est superbe et de plus le sol est très plat, ce qui permet d'installer confortablement nos deux tentes. Depuis que j'ai pu me racheter, lampe frontale, couteau, couverts, appareil photos et autres objets, je n'ai plus l'impression d'être le SDF à qui il faut tout prêter. La nuit arrive rapidement et à 19h nous disparaissons dans nos abris pour une longue station allongée. La température va descendre progressivement jusqu'en dessous de -10.
J48 lundi 4 octobre
Bivouac (3970) à Pachapaqui (3950) 54 km
Nous avons attendu que le soleil touche les tentes pour sortir. Tout était couvert de givre, l'eau et le coca étaient de gros glaçons. Alain a essayé de faire un essai de sortie vers 6h30, nous l’avons rapidement entendu retourner dans sa tente. Mais dès que les rayons chauds sont arrivés, la température est devenue immédiatement clémente. Le temps que tout notre matériel soit sec, il était 9h20. Les paysages qui nous entourent sont extraordinaires. Dans le lointain à une cinquantaine de kilomètres la masse imposante du Huscaran est très visible. Ce matin, toujours un petit vent défavorable jusqu'au village de Conococha qui se situe vers les 4000 mètres d'altitude. Il n'y fait pas chaud du fait des courants d'air. Après y avoir bu un café, nous reprenons notre route en prenant une direction différente, ce qui nous permet d'avoir un vent favorable. Avec la côte, les bagages et l'altitude cela fait une sacrée différence de pouvoir bénéficier d’un souffle qui accompagne le mouvement. Nous franchissons un col à plus de 4200 mètres puis effectuons une longue descente jusqu'à 3600 mètres. Nous avons tout loisir sur ce nouveau versant d'admirer d'autres grandes montagnes couvertes de glaciers. Halte pique-nique, il fait une trentaine de degrés et nous cuisons presque. Je me suis acheté un grand chapeau pour remplacer le bob qui m'a été dérobé et il m'est bien utile sous ce soleil de plomb. L'amplitude thermique entre le jour et la nuit est vraiment importante, de l'ordre de 40 degrés. Encore une dizaine de kilomètres et 300 mètres de dénivelé, que nous sentons à peine, et nous arrivons à Pachapaqui, petit village logé dans un magnifique cirque montagneux à la teinte ocre du fait de l'herbe. L'unique hébergement du lieu nous propose une chambre à deux lits pour trois. Cela nous paraît royal comparativement à la nuit précédente. Nous sommes d'autant plus contents de nous trouver à l'abri que ce soir une pluie assez forte se mettra à tomber.
Le village en contrebas invite à la balade. Nous y descendons par un champ en pente. Bourg du bout du monde, qui s’articule autour d’une large rue principale en terre battue. Des habitations basses à l’aspect très pauvre se serrent les unes contre les autres. Des gamins jouent au ballon, de minuscules commerces faisant sans doute office de débit de boisson attirent des groupes de quelques jeunes hommes, qui nous regardent passer avec curiosité. Nous entrons dans un petit magasin dans le but d’acheter des provisions et de boire une bière. Dans une pièce à l’ameublement rustique dans une quasi-pénombre, incroyable, un ordinateur trône et il est possible de se connecter à internet. La mondialisation, globalisation comme disent les Américains est vraiment en marche ! Après un moment agréable passé à discuter avec le propriétaire du lieu et après m’être acheté une cagoule du genre « sentier lumineux », nous remontons à notre chambre en bordure de la route qui domine le village.
Nous dînons dans un routier local, petite pièce avec quelques tables. Devant l’établissement d'énormes camions stationnent dont les chauffeurs se restaurent. Certains d'entre eux vont sans doute ensuite rouler toute la nuit. Leurs engins sont impressionnants, souvent neufs et propres, trois essieux et douze roues à l'arrière, tous de marque Volvo. Nous mangeons très correctement comme toujours depuis que nous sommes en
Amérique du Sud. La soupe est indéterminée, une espèce de gelée violet clair, un goût sucré et une consistance un peu gélatineuse. Quel étouffe chrétien! Je n'arrive pas au bout de mon assiette. Bien repus dans le noir nous rejoignons notre logis en essayant d’éviter les flaques d’eau apparues avec la forte pluie.
J49 mardi 5 octobre
Pachapaqui à La Union par col de Yanashalla (4720 m)
La nuit a été très bonne dans notre chambre à trois. Avec Alain nous avons dormi dans le même lit, et ne nous sommes absolument pas gênés. Seules les toilettes demandaient de la prudence, planches en équilibre sur un vide de plusieurs mètres, où le faux pas risque de vous projeter au fond du trou ! La pluie, qui à la tombée de la nuit était assez forte, dès 21h a laissé la place à un ciel parfaitement clair constellé d'étoiles. Mais je n'ai toujours pas réussi à voir à nouveau la Croix du Sud. Petit déjeuner à 7h chez les routiers. Ce matin le petit local semble envahi par les travailleurs de la DDE. Ils sont aussi sympathiques que les routiers. Le soleil entre dans le lieu et nous réchauffe. Hélas, un énorme camion vient se garer et l'ombre reprend ses droits. A huit heures nous roulons. Le soleil nous réchauffe et la température monte très vite, bien que nous soyons à 4000 mètres. La route en pente modérée s'enfonce dans un immense vallon dominé de belles montagnes, qui doivent voisiner avec les 5500 mètres. La montée est agréable, à part les chiens de bergers qui viennent nous agacer. À un moment, je suis aux prises avec quatre bestiaux de belle taille, dont deux sont particulièrement agressifs. Ils essaient de m'attaquer par plusieurs côtés à la fois. Je me mets en protection avec mon vélo en barrage et je fais front en commençant à les arroser de cailloux, ce qui n’a pas l’air de les émouvoir. Un énorme camion se pointe. Le chauffeur, averti de la situation par Jean, qui assiste au spectacle d'un peu plus bas, déclenche son klaxon très puissant. Les chiens sont manifestement déstabilisés et mon sauveur m'adresse un grand sourire. Très souvent les chauffeurs nous font de grands gestes d'encouragement. En un peu moins de trois heures et vingt deux kilomètres nous sommes au col à 4720 mètres. Cette montée n’a pas été particulièrement difficile, car la pente était toujours faible, en de grands lacets qui nous permettaient de contempler la montagne sous tous les angles. Nous n’avons ressenti aucun essoufflements ou si peu. Nous nous sommes sentis si bien dans l’escalade de ce col, que tout le long de la montée avec Alain nous avons discuté poissons et régions de
France que nous aimons. Un comble au milieu des Andes! Lorsque nous comparons avec les cols équatoriens, cela nous a semblé une promenade de santé. Pourvu que cela dure.
Du sommet, une fois habillés nous nous lançons dans une longue descente de vingt huit kilomètres, et arrivons à l'adorable petite ville de Huallanca, où nous déjeunons. Le propriétaire du restaurant chasse un gamin qui se rapproche un peu près de nos vélos. La technique de vol semble bien rodée: se montrer, afin de mettre en confiance tout en guettant le moment d'inattention pour s'emparer d'un objet ou d'un sac. Nous repartons vers les 14 heures, en direction de La Union. Tout le monde nous dit que c'est un coupe-gorge, enfin nous verrons, nous surveillerons nos bagages. Il faut dire qu'à vélo avec ces nombreux paquets que nous trimbalons à vitesse réduite, nous sommes facilement détectables et suscitons des convoitises, ce qui nous rend particulièrement vulnérables à des gens malintentionnés. Sur les vingt kilomètres de cette dernière portion de l'étape du jour, les chiens sont bien présents. À deux reprises Alain est freiné par des crocs plantés dans ses sacoches. Nous arrivons juste au moment où la pluie fait son apparition, comme tous les jours. Il n'est que trois heures et demie.
Effectivement la ville n'inspire pas. Elle est toute en longueur, enserrée entre deux chaîne de montagnes pelées. Il s'en dégage une certaine austérité. De nombreux jeunes nous dévisagent d’un air impassible. Un marché embouteille de nombreuses rues boueuses et dans cette foule dense le voleur doit pouvoir agir avec facilité. Nous faisons le tour des hôtels, c'est un peu glauque. Certains n'ont pas de toilettes! Nous nous décidons pour un établissement, qui ne donne pas vraiment confiance, mais il faut bien prendre une décision. Jean dira « ce soir on ne va peut-être pas aller manger tous ensemble». Il y a des douches, mais froides. Bien que ce soit le troisième soir sans me laver, je n'arrive pas à me glisser sous cette eau gelée et pare au strict, strict minimum. En tout cas, malgré les petites turpitudes, auxquelles nous nous habituons, l'étape de ce jour était formidable. Si les mille kilomètres qui nous séparent de
Cusco sont du même acabit, nous avons encore de beaux moments en perspective. À dix huit heures alors que je finis de taper mon petit compte-rendu journalier, en regardant par la fenêtre (ce qui est déjà bien pour une chambre d'hôtel, car souvent elles n'en ont pas), je constate qu'il fait pratiquement nuit du fait de l'épaisseur des nuages. La pluie tambourine sur les toits en tôle ajoute une note inquiétante au sinistre du lieu.
J50 mercredi 6 octobre
La Union à Chavinillo 68 km
Ce matin il faut beau, la ville apparaît plus riante que la veille sous la pluie. L’équipement des vélos devant l’hôtel se fait au milieu d’une foule grouillante de jeunes, qui à la moindre inattention de notre part partiront avec un sac ou une sacoche. L’hôtelier le sait et nous surveille avec bienveillance. Départ à huit heures quinze. La route est goudronnée, ce qui est appréciable, alors que ma carte ne le mentionnait pas. Quelques chiens vont aboyer sur notre passage, mais sans vraiment se lancer dans de grandes poursuites. Concernant les deux attaques sur les sacoches d'Alain, hier après-midi, il a constaté que l'une d'elles était trouée. Manifestement le chien a serré fort! L'étape de ce jour est magnifique. Elle se déroule sur de grands flancs de montagnes, qui dominent des gorges encaissées. L'altitude sera en permanence entre trois mille et trois mille sept cents mètres. La circulation sera peu dense. C'est le type même d'itinéraire complètement adapté au vélo. Comme souvent, vers les treize heures nous tombons sur un petit restaurant au sein d'un groupe de maisons. Nous avons droit au traditionnel poulet riz. Mais cela passe bien, et je ne m'en lasse pas. De plus le riz constitue l'aliment idéal pour les gros efforts prolongés.Nous repartons vers les treize heures trente pour seize derniers kilomètres, dont quatorze de montée. Vers les quinze heures le pittoresque village de Chavinillo apparaît. Il est tout en longueur, situé à mi-pente d'un grand flan de montagne. L'atmosphère y est sereine. De plus le temps contrairement aux jours précédents, la pluie ne semble pas venir. Nous allons avoir des difficultés pour nous loger, car du fait des élections, les différents hôtels affichent complets. Nous réussissons à obtenir une chambre pour trois.
Nous avons franchi ce jour le cap des deux mille kilomètres à vélo depuis notre arrivée en
Amérique du Sud.
J51 jeudi 7 octobre
Chavinillo (3500 m) à Huanuco (1910 m) 73 km
Après une assez bonne nuit, bien que nous soyons entassés tous les trois dans une chambre minuscule, nous allons déjeuner dans un local du village. Il ne fait pas chaud, nombreux sont ceux qui portent un bonnet. Le ciel est couvert, contrairement aux jours précédents il n'a pas plu hier soir, ce qui explique peut-être la présence de cet épais manteau nuageux.
À huit heures quinze nous roulons. Nous pensions avoir à effectuer une courte montée, mais pas 15 kilomètres. En fait la route passe à près de 4100 mètres d'altitude. Comme mise en jambe ce n'est pas mal. La vue est splendide. Lorsque nous arrivons en fin de montée nous découvrons un village tout en longueur. Nous nous y arrêtons boire un café dans une épicerie. Il ne fait pas bien chaud. On nous installe trois chaises et nous consommons nos boissons chaudes parmi les clients qui viennent faire leurs emplettes. Deux anciens à la peau bien cuivrée se sont déjà mis le compte avec l’alcool local, bien qu'il ne soit pas onze heures du matin. Nous sommes incapables de distinguer s'ils nous parlent en castillan ou en quechua!
Dès le départ de notre bistrot épicerie bien sympathique la descente, elle nous conduira jusqu'à Huanuco, grande ville tout au fond de la vallée deux mille mètres plus bas. Nous n'aurons quasiment pas à pédaler durant plus de cinquante cinq kilomètres! Cette étape nous a conduits au cœur du
Pérou profond. À midi, nous nous arrêtons dans un petit restaurant, comme nous le faisons souvent. Il fait aussi débit de pétrole à partir de gros fûts entreposés dans la salle à manger. Nous nous installons le plus lin possible de ces récipients, car l'odeur de gasoil est très présente. Un chien vient quémander, puis un chat et enfin un petit cochon. Tout ce petit monde fait bon ménage sous la table.
Enfin vers 14heures nous atteignons notre but. Il fait très chaud, plus rien à voir avec l'atmosphère des jours derniers. La ville est bien dans la tradition sud américaine, très bruyante. Et comme si cela ne suffisait pas, les salles de restaurants n'ont pas de porte, mais un rideau métallique à déroulement vertical qui reste grand ouvert. Les bruits et les odeurs des véhicules de tous types s'y engouffrent. Non seulement ils ne sont pas avares concernant le klaxon, mais de plus systématiquement il y a systématiquement un poste de télévision qui braille et augmente l’effroyable bruit ambiant. C'est très pénible.
J52 vendredi 8 octobre
Huanauco (1910m) à Huariaca (3050m) 70 km
Après une nuit bruyante et un petit déjeuner consistant à base de gâteaux bien sucrés dans une pâtisserie, bien entendu à la mode sud américaine, boucan d'enfer entre les voitures et autres engins à moteur d'une part et la radio à fond la caisse d'autre part, nous prenons la route vers 8h30. Le topo que nous a fourni l'Allemand rencontré quelques jours précédemment nous annonce des dénivelés très importants. Cette information se révélera fausse. Donc nous quittons la ville en pensant avoir une journée très dure. Sur les routes péruviennes il y a beaucoup de travaux d'une part d'entretien et d'autre part de réfection. Dans ce deuxième cas, cela occasionne des ralentissements importants du fait de la circulation alternée. Au cours des arrêts nous discutons avec les chauffeurs de toutes sortes d'engins bloqués comme nous. C'est comme cela que je me retrouve aux commandes d'un rick-show.
Nous sommes durant ces haltes forcées attaqués par des petits insectes très piquants, qui me font penser aux horribles medjes écossaises. Un produit répulsif, qui sent très mauvais, les freine dans leurs offensives. Nous remontons une immense vallée en pente douce. Un vent arrière nous aide et le trajet se transforme en partie de plaisir. En chemin un gamin à vélo nous accompagne quelques kilomètres. Son vélo est vraiment grand pour lui. Il me fait peur, car il roule complètement à gauche, et de gros engins déboulent de temps à autre à toute vitesse. Il nous pose la question rituelle. Ce qui préoccupe souvent les Péruviens, outre notre nationalité, c'est le prix de nos montures. Nous éludons systématiquement la question, refusant d'annoncer un prix, qui pourrait leur paraître faramineux. Vers midi arrêt dans un petit restaurant à San Rafael, où comme d'habitude nous déjeunons fort bien d'une bonne soupe et d'une assiette de viande servie avec du riz, le tout accompagné d'une boisson indéfinie à base d'herbes, fort bonne et légèrement tiède, suivi d'un bon café qui clôture le repas. Et cela comme toujours dans ces petites villes en bordure de route pour un coût défiant toute concurrence, l'équivalent d' 1,20 euro par personne. Manger au restaurant au
Pérou revient beaucoup moins cher (et c'est bien plus agréable et bien meilleur) que de s'acheter des produits manufacturés genre boîte de thon, fromage, petits gâteaux et coca-cola que l'on mange sur le bord de la chaussée.
Vers 15h nous atteignons notre but. Les mille et quelques mètres de dénivelé nous ne les avons pas sentis, sans doute le tracé impeccable de la route et le vent favorable sont les éléments essentiels de cette facilité éprouvée. Un superbe hôtel, très agréable et pratique pour les vélos nous accueille, ce qui est excellent pour le moral.
Nous allons avoir une longue discussion sur la suite de l'itinéraire. D'ici
Cusco, il ne semble pas y avoir de problème, même si les difficultés sont bien réelles le chemin ne laisse guère d'initiative. La question se posera cependant de savoir si pour gagner du temps nous n'effectuerons pas une partie en bus. Nous sommes tous trois d'accord pour trouver que ce serait dommage, si l'itinéraire continue d'être aussi attrayant que ce que nous avons connu depuis maintenant 600 ou 700 kilomètres. Par contre la suite, après la frontière bolivienne, ne semble pas de la tarte, en particulier la traversée des salars boliviens, itinéraire qui doit nous conduire à San Pedro de Atacama au
Chili. Une estimation optimiste pour notre arrivée dans cette ville se situe autour du vingt novembre. En ce qui me concerne ma date butée se situe le 10 décembre à Santiago, où je dois prendre l'avion. Nous aurons l'occasion de faire un premier point intermédiaire à
Cusco. Mais le «timing» me semble serré. Il est étonnant de partir pour un voyage de presque quatre mois, s'imaginant que c'est long, et de passer son temps justement à courir après le temps pour ne pas prendre de retard. C'est là que l'on se rend que l'
Amérique du Sud c'est gigantesque.
J53 samedi 9 octobre
Huariaca à Cerro de Pasca (4320 m) 53 km
Cela paraît peu 53 kilomètres, mais il y avait 48 kilomètres de montée. Une rampe interminable, de plus le temps pas très beau, la pluie menaçait. Et puis en haut de cette côte, certes régulière mais qui nous a demandé cinq heures, nous avons vu surgir sur un plateau à 4320 mètres une ville de 15 000 habitants, qui nous accueille avec un panneau: LA VILLE LA PLUS HAUTE DU MONDE. Pourquoi tant de monde, tout simplement du fait des différentes mines en exploitation dans cette région haut perchée.
Nous sommes surpris par la vie grouillante. Cela semble être le fait des fêtes musicales qui sont organisées en ce moment. Ces manifestations drainant du monde, ont pour conséquence une forte occupation des hôtels, d’où la difficulté de nous loger. Alors que nous cherchons une chambre, l’altitude et le temps incertain se conjuguent et il en résulte un froid réel. Je grelotte et espère trouver au plus tôt un logement. À la troisième tentative, on nous propose deux chambres pour trois, nous n’hésitons pas. Seule la chambre individuelle a la douche, donc les deux punis n'ont pas droit ni à une serviette ni à une bouilloire. En effet ici on ne chauffe pas, et le soir il y a distribution de bouilloires.
Ville étonnante, on a vraiment l'impression d'être très loin, une espèce de far-West des montagnes. Demain nous n'allons pas partir très tôt, en effet il risque de faire très froid.Parfois je me demande ce que je fais là, tout particulièrement le soir, la nuit tombant très vite. Dans les villes l'ambiance devient vite glauque, alors que dans les villages au contraire cela reste très sympathique, même si parfois les conditions y sont beaucoup plus spartiates.
Pour
Cusco il nous reste un bon morceau et je crains que deux semaines ne soit une estimation optimiste, nous verrons bien. En tout cas ce que nous mangeons dans les restaurants, même les plus simples est toujours de qualité et servi en quantité, bon pour le moral.
J54 dimanche 10 octobre
Cerro de Pasco à Junin 78 km
Ce matin nous ne nous sommes pas trop pressés, en effet à cette altitude nous avons peur d'avoir froid en partant de bonne heure. La température est basse, mais du fait du ciel couvert, le thermomètre reste au-dessus de zéro. Nous avons demandé notre chemin en direction de Junin. Nous espérions ne pas remonter à 4500 mètres, retrouver la route que nous avions laissée pour venir à Cerro de Pasco. Ce qui est extraordinaire, lorsqu'on pose une question concernant une direction à prendre, immédiatement plusieurs personnes s’en mêlent et répondent de manière sûre mais les avis divergent. Les doigts pointent dans toutes les directions. Il y deux jours j'ai même eu droit à une réponse du style: à droite mais tout droit alors que la personne de la main indiquait la gauche! Nous nous rendons à l’évidence, il nous faut faire les sept kilomètres qui vont nous ramener à l'intersection où nous avons bifurqué hier.
Le temps est menaçant, de petites ondées font leur apparition. Nous sommes dans des régions qui peuvent rapidement devenir hostiles. Une fois être repassés par les 4500 mètres, une longue descente très douce va nous faire perdre quatre cents mètres en quatre vingt kilomètres. Notre étape se situe entièrement au-dessus de quatre mille mètres. La vue porte très loin. La luminosité est vive, malgré les trains de nuages très sombres. La pluie ne devrait pas être forte, car normalement la saison des pluies commence dans un mois au moins. Un indice nous rend optimiste, l'herbe est bien jaune, donc les précipitations sont encore faibles. Cependant dans les fossés en bordure de chaussée, il y a des traces de neige, il doit donc bien y avoir quelques tempêtes.
Nous roulons sur un immense plateau, entouré dans le lointain de montagnes pointues. L'ambiance est austère, un vent modéré mais froid souffle de travers, et de gros nuages sombres déversent au hasard sur cette immensité une petite pluie intermittente. Cependant nous gardons un bon rythme et vers quatorze heures nous touchons au but. La petite ville de Junin, ressemble à ces villes du far-west posées à même le bord de la route. La vie dans ces coins à plus de quatre mille mètres d'altitude ne doit pas être facile tous les jours. Nous trouvons un petit hôtel sympathique, aux chambres accueillantes et spacieuses. Seul problème, indépendant de la bonne volonté de l'hôtelier, pas d'eau. En effet jusqu'à demain matin six heures, toute la ville est privée d'eau du fait de réparations. Bon, nous nous passerons de douche. D'ailleurs nous ne nous sentons pas très sales, d'une part la route était aujourd’hui bien asphaltée, donc pas de nuages de poussière, et d'autre part la température pas très élevée limite la transpiration.
Une fois nos affaires déposées, une petite truite de très bonne qualité nous est servie dans un bouiboui minuscule en plein vent qui ne paye pas de mine. Mais comme toujours la nourriture est très bonne, bien que nous ayons froid à cause de leur sacrée habitude de laisser la porte grande ouverte. En effet la fermer signifierait que le restaurant n’est pas ouvert, donc aucun client à espérer.
Nous repartons dans nos discussions quant à l'orientation à donner à notre voyage. Vu notre vitesse de progression, je suis partisan de prendre le bus sur une bonne distance. En effet, à ce train je pense que nous ne serons pas à
Cusco avant fin octobre. Or le reste du programme est très chargé, traversée de deux parcs nationaux en montagne, l'un en
Bolivie, et l'autre au
Chili. Après ces deux visites qui à mon sens prendront une dizaine de jours, le plat de résistance, traversée de deux salars Coipasi et
Uyuni en
Bolivie, puis traversée du désert du sud Lipez avec une ascension du
Licancabur, sommet de presque 6000 mètres, pour arriver à San Pedro de Atacama, ville à partir de laquelle je compte rejoindre la capitale du
Chili en bus. En ce qui me concerne je ne dois pas oublier que j'ai un avion à prendre le 10 décembre au plus tard à Santiago. Tout cela me semble bien dense pour 60 jours. En effet le vélo ça prend du temps, surtout lorsqu'on passe de nombreux cols entre quatre et cinq mille mètres, et que l'on pousse son vélo sur des pistes! Les décisions que nous allons prendre détermineront de l'orientation que je donnerais à ma participation, car je ne veux pas m'engager dans les déserts de
Bolivie à vélo après le cinq novembre, cela deviendrait une course rangée contre le temps pour arriver dans les délais à Santiago.
J55 lundi 11 octobre
Junin Laoroya 58 km à vélo puis Huancayo en bus 118 km
Ce matin, il fait froid, Jean a repris la tourista. Nous ne nous préparons pas très vite. L'altiplano est hostile, temps couvert. Nous déjeunons près du centre ville que nous n'avions pas vu hier. La cité s'étend sur une grande superficie. La voie de chemin de fer, uniquement pour le transport des matières minérales, passe au beau milieu de la ville. On dirait vraiment une voie ferrée qui vient et qui va nulle part.
Vers dix heures nous roulons. Il fait froid, le vent se lève et de gros nuages gris se déchargent de temps en temps. Cependant la route est plate et le rythme est de l'ordre de vingt à l'heure.
Nous voyons quelques vigognes, assez sauvages, que nous ne pouvons pas approcher à moins de trente mètres. Les vingt cinq derniers kilomètres sont en descente, le long d'un petit vallon tout en méandres. C'est très agréable. Après avoir mangé d'une excellente truite, nous sommes à Laroya à 14h30. Cette ville minière et métallurgique est impressionnante d'une part de part les immenses pans de montagnes multicolores qui l'enserrent et d'autre part du fait des installations industrielles qui mangent tout le fond de la vallée, avec comme fleuron une immense cheminée sinistre.
Un bus part pour Hancayo dans trente minutes, après quelques discussions entre nous, nous le prenons. Nous faisons attention aux bagages, dan la précipitation, l'expérience nous a montré ce qui pouvait arriver. Les vélos sont montés sur le toit. 15H départ, le début du voyage est fantastique, le long d'un profond vallon aux multiples roches multicolores qui affleurent. 17H30 arrivée, il pleut, la nuit n'est pas loin. Nous apprenons que le terminal pour se rendre demain à Huanoco est ailleurs dans un autre quartier de la ville. Nous remontons nos montures puis sous la pluie nous partons à la recherche d’un e chambre. La nuit tombe, la pluie ne faiblit pas, le trafic est intense. Une jungle de véhicules de toutes tailles, heureusement pas de grande vitesse, mais le klaxon en permanence. Jean glisse et tombe sur un rail qui traverse la chaussée. Un hôtel, en première apparence glauque, mais finalement très bien. Ouf!
Je me renseigne sur le bus du lendemain. Gentiment l'hôtelier téléphone et me dit qu'il faut prendre les billets ce soir. C'est reparti, il m'emmène en moto. Heureusement la pluie a cessé Retour à l'hôtel à 19h30. Nous partons dîner dans un chinois excellent et ça change. Alain fête le fait d'être grand-père pour la seconde fois et le «burgogno» péruvien coule bien!
J56 mardi 12 octobre
Huancayo à Ayacucho en bus 300 km 8 heures
Journée de bus, par moments style salaire de la peur. La plus grande partie du trajet s'est faite sur chemin de terre non vraiment stabilisé le long d'une gorge. Pour nous mettre dan l'ambiance, au départ on nous annonce qu'il y eu un éboulement sur l'itinéraire et que si ce n'est pas dégagé, nous ferons le passage incriminé à pied et nous serons récupéré par un autre véhicule de l'autre côté. Mais lorsque plusieurs heures après nous arriverons sur les lieux, un bulldozer sera en train de terminer le travail de déblaiement. Le chauffeur est un virtuose du volant, il roule à une vitesse folle alors que la route a juste la largeur de son véhicule. Les roues doivent passer à quelques centimètres du vide, mais il ne ralentit pas. Dans les virages sans visibilité, il se contente d'un coup de klaxon. De cette façon, il se retrouve face à un énorme camion avec remorque, qui lui aussi ne chôme pas. Grands coups de frein des deux bolides qui s'arrêtent à un mètre l'un de l'autre les roues en dérapage.
Alors commencent les grandes manœuvres de croisement. On recule sur une centaine de mètres, le bus se colle au centimètre près contre la muraille rocheuse et le croisement est effectué. On n'imaginerait jamais l'un de ces véhicules sur ce chemin, alors le fait qu'ils puissent se croiser relève du miracle ou du mystère !
A treize heures, arrêt repas. Dans un minuscule village une Indienne propose pour 1 sol, à peu près vingt cinq centimes, quatre petites patates et un œuf dur. Nous sommes pas mal redescendus par rapport aux jours précédents, l’altitude est d’environs 2000 mètres, et l'attaque en règle des minuscules moustiques reprend.
En deuxième partie de trajets nous parcourons d'immenses zones semi-désertiques, peuplées seulement ou presque de cactus géants. Nous sommes dans un véritable décor de film de cow-boys. A seize heures arrivée à
Ayacucho, petite ville, très jolie et animée.
Demain nous reprendrons notre parcours à vélo. Lorsque je regarde la carte du
Pérou, nous en avons effectué une bonne partie, dont 900 kilomètres en bus. D'ici à
Cusco la distance est de 600 kilomètres, une bonne partie en terre avec au moins trois cols à plus de quatre mille mètres. Nous prévoyons d'arriver à
Cusco le 21 octobre en effectuant la totalité à vélo. Nous verrons bien.
J57 mercredi 13 octobre
Repos Ayacucho
Ce matin à 6 heures, les voitures du"
Paris Dakar péruvien" faisaient un tour de la
Plaza de Armas avant de se présenter au départ à la sortie de la ville. J'ai eu la flemme de me lever. A huit heures nous déjeunons avec les deux cyclotouristes allemands que nous avions rencontrés précédemment. Comme nous ils ont fait une partie en bus, mais pas la même. Aujourd'hui ils reprennent la route. Nous discutons longuement et vers les neuf heures bien dépassées ils partent. L'étape est longue. Il faut passer un col à 4200 mètres et la ville est à 2800, et c'est de la piste. On apprendra demain, qu'ils ont été pris dans la tourmente, et que les travailleurs qui refont la route leur ont permis de dormir dans un de leur camion. Pour nous farniente. Nous visitons le musée de la réconciliation, qui retrace la double barbarie dans le cadre du mouvement sentier lumineux. Cette tragédie s’est déroulée en deux actes, action et réaction. Une contestation violente forçant les gens à les rejoindre, et une réaction brutale et arbitraire du gouvernement. J’ai aussi profité de cette journée de pause pour me racheter un dictionnaire espagnol français ainsi que deux livres bilingues espagnol anglais. Le premier à mourir de rire «la rançon du chef indien ». La pluie est venue tôt et elle a été violente. On a l'impression que la saison des pluies est en avance, c'est embêtant. De véritables torrents dévalent les rues en pente, mais les camelots ne sont pas déstabilisés et s’en accommodent.
J58 jeudi 14 octobre
Ayacucho (2800) un abri à 4300m 45 km de piste
Nous quittons de bonne heure cette charmante petite ville, dont paraît-il la place d'armes est la plus belle du
Pérou. 7H30, nous traversons des faubourgs embouteillés et rapidement la pente commence et va durer 45 kilomètres. Tout au long de ce trajet, des travaux d'amélioration d’ampleur sont en cours. De gros engins sont à l'œuvre, des camions de terrassement font des allers et venues incessants. Le trafic normal se superpose à cette activité. De toute évidence, ce n'est pas la grande solitude andine que nous affrontons. Les ouvriers tout au long du parcours nous interpellent pour nous dire que nous avons le bonjour de Nina et Rainer, les deux Allemands. C'est par l'un d'eux que nous apprendrons leurs conditions d'hébergement de la nuit précédente. Ils nous montrent même le camion qui a servi d’abri. Vers quinze heures nous atteignons le point haut, situé vers les 4200 mètres. Mais pas de descente derrière, seulement un immense plateau. De plus un grand tir de mines est prévu est nous sommes bloqués. Situation la pire que nous puissions envisagée. Arrêtés pour un long moment au plus haut, et le temps qui se dégrade rapidement. Au-dessus de la route à quelques centaines de mètres un bâtiment en dur. Avec Alain nous partons à pied nous renseigner. Il s'agit d'un édifice hébergeant le garde de la réserve naturelle d e la région. Très gentiment il nous permet de nous installer dans l'une de ses dépendances. Rapidement nous sommes tous les trois à l'abri. Il était temps, tout autour les ondées commencent à se déverser. A ces altitudes, les conditions météo défavorables rendent vite la situation très désagréable. Nous trouvons trois matelas et passons une nuit fort satisfaisante.
J59 vendredi 15 octobre
Abri à 4300 à Ocros 3200 m 72 km de piste
A 7h du matin après un petit déjeuner frugal nous démarrons. Le soleil présent réchauffe l'atmosphère et il fait bon. Il est étonnant de constater la rapidité des changements de températures dans ces régions d'altitude. Nous passons la zone qui a été dynamitée hier. En effet elle est de grande ampleur, plusieurs centaines de mètres de long, pour élargir la chaussée. Durant plus de 45 kilomètres nous allons rouler sur un terrain à peu près plat situé aux environs des 4200 mètres. La circulation est quasiment absente. Ce qui fera dire à Jean « les jours se suivent et ne se ressemblent pas». Au bout de ce plateau une longue descente en immenses épingles à cheveux nous conduit à Ocros, petit hameau perdu au milieu des montagnes. Nous avons vraiment l'impression de nous sentir très loin au milieu des Andes. D'ailleurs cette partie Ayacutcho Abancay de 400 kilomètres, dans laquelle nous sommes engagée, est d'après certains la plus difficile du parcours à vélo des Andes. Il est midi, nous avons bien roulé. Le temps par contre nous inquiète. De gros nuages très sombres occupent toute la partie de ciel que les montagnes, qui nous dominent, nous laissent voir. Nous déjeunons dans un ce ces petits locaux caractéristiques du
Pérou. Pour un prix dérisoire une fois de plus nous sommes repus. A la fin du repas, la pluie commence. Plus de doute, il nous faut nous arrêter. Après quelque attente sous de grosses gouttes, deux chambres pour trois nous sont proposées. Ambiance agréable, matelas confortable (en ce qui me concerne) et montagne de couvertures, la nuit sera très bonne.
J60 samedi 16 octobre
Ocros à Uripa (3300 m) 69 km de piste
Aujourd'hui nous nous attendons à une étape longue, et le temps qui se dégrade généralement tôt nous inquiète quelque peu. En effet une fois la piste mouillée, une gangue de boue rend le pédalage très pénible et soumet la mécanique à très rude épreuve. Je n'oublie pas que j'ai déjà détruit une chaîne depuis notre départ. Elle a tenu moins de trois mille kilomètres, 1500 faits en
France et 1200 en
Amérique du Sud. Les trente premiers kilomètres sont en descente, le long d'un flanc de montagne abrupt qui plonge sur 1200 mètres. L'impression est incroyable, on se croirait pendu au beau milieu d'un versant sans fond sur une piste, où cependant circulent de véritables monstres équipés de remorques.
Le plus incroyable, alors que ces énormes semi-remorques à eux seuls occupent toute la piste, ils arrivent à se croiser. Cela relève du miracle et d'une dextérité extrême des chauffeurs. Ils occupent à tel point toute la piste, que hier dans une grande courbe je suis tombé face à l'un de ces mastodontes. Il s'est arrêté et je me suis glissé difficilement entre lui et la paroi rocheuse. Mes sacoches d'un côté touchant les roues et de l'autre la pierre!
Nous descendons jusqu'à deux mille mètres. La végétation tropicale est réapparue. Et de façon paradoxale elle côtoie une végétation de région semi-désertique. Bien évidemment avec la chaleur les moustiques sont revenus et nous assaillent au moindre arrêt. La circulation n'est pas très importante. Mais les véhicules soulèvent de gros nuages de poussière, que nous respirons à pleins poumons. Nous sommes assez loin de l'idée de l'air pur au beau milieu de la plus longue chaîne de montagnes du monde! Vers midi, j'ai un petit coup de bambou, en particulier du au fait que j'ai pédalé ce matin avec mes chaussures de randonnée, bien moins adaptées que mes chaussures de vélo. Mais j'avais peur de tomber en ne pouvant pas décliper des pédales, et sur ces routes devant de gros bus qui foncent il vaut mieux éviter. Déjeuner qui nous revigore et en avant pour les quinze derniers kilomètres. Malgré une petite alerte de pluie, le temps se maintient et nous débarquons dans une petite ville en pleine fête, comme on en voit souvent au
Pérou. Un hôtel sympathique nous héberge. Nos montures, nos bagages et nous sommes de véritables momies de poussière. Nous avons effectué à peu près la moitié des 400 kilomètres de piste jusqu'à Abancay. Pour le moment, la difficulté rencontrée n'a rien à voir avec ce que nous avons vécu dans les pentes incroyablement raides d'
Equateur.
J61 dimanche 17 octobre
Uripa à Andahuaylas (2900 m) 75 km de piste, passage à 4150
Au matin, le temps est assez beau, bien que de gros nuages menaçants rôdent. Les conditions pour rouler sont idéales. Temps frais, route encore humide, ce qui empêche les panaches de poussière, cependant suffisamment sèche pour ne pas coller trop aux pneus. Une longue montée de quarante et un kilomètres nous attend. Mais comme toujours au
Pérou, la pente n'est pas très raide et la route fait d'immenses lacets. Une fois au point le plus élevé, nous pique-niquons à l'abri du vent dans un petit recoin en bordure de route. Il fait très bon même presque trop chaud. Le paysage est étonnant. Il n'y a pas autour de nous de grands sommets enneigés. On se croirait plutôt au milieu d'un énorme mont Lozère, culminant vers les cinq mille mètres. Cela est un peu étrange de se trouver dans de telles régions. En effet les cultures montent à plus de quatre mille mètres et nous ne nous sentons pas dans des contrées très reculées en haute montagne. Le mont Lozère serait même (paradoxe) plus sauvage. La descente sera en proportion avec la montée. Les quinze derniers kilomètres sont un enfer de nids de poule et de tôle ondulée. Les vélos sont soumis à rude épreuve. La ville d'Andahuaylas est agréable. Nous arrivons juste avant que l'orage n'éclate. A notre hôtel nous dînons avec deux Hollandaises qui visitent l'
Amérique du Sud en voiture sur une période de six mois.
J62 lundi 18 octobre
Andahuaylas à Kishuara (3900 m) 66 km de piste
Une fois de plus une immense montée de quarante cinq kilomètres va nous occuper toute la matinée voire un peu plus. Dans cette portion de quatre cent kilomètres de piste, nous nous imaginions traverser d'immenses régions sauvages et désertes hérissées de grandes montagnes. Il n'en est rien. Certes d'immenses pans de montagnes nous demandent de longues heures d'effort, mais bien souvent ils sont habités et cultivés. De plus la piste est un immense chantier sur lequel de nombreux ouvriers accompagnés d'énormes engins sont au travail. Le village, que nous atteignons vers les quinze heures, est perché sur une petite terrasse.Nous trouvons un logement sommaire, mais pour la première fois nous ne trouvons pas de restaurant. Mais une petite épicerie nous fournit l'essentiel et nous nous confectionnons un repas tout à fait honnête.
J63 mardi 19 octobre
Kishuara à Abancay 84 km dont 70 de piste
Dans un premier temps peu de montée, en six kilomètres nous rejoignons un col à 4100 mètres. Un petit établissement, nous nous y arrêtons boire un café en compagnie d'un policier de la route en faction à ce point. Souvent nous avons des contacts amicaux avec la police.
C'est bien la première fois que nous marquons un arrêt prolongé après seulement six kilomètres. Mais nous venons de franchir le dernier col d'une longue série le long de cette piste. Nous repartons pleins d'espoir d'une étape facile. La route descend légèrement et après trente kilomètres nous voyons la ville d'Abancay s'étaler au fond de la vallée. L'un de nous estime la distance à vingt kilomètres, l'autre à trente. Et bien nous sommes loin du compte, il y a exactement encore cinquante quatre kilomètres à parcourir. La descente est infinie et sur cette piste, il faut rester très vigilant, car parfois des zones molles ou des cailloux rendent l'équilibre précaire. D'ailleurs Jean fera une chute, heureusement sans gravité. Nous perdons beaucoup d'altitude et nous passons en dessous des deux mille mètres.
La chaleur est étouffante, un vent chaud et rageur soulève des tourbillons de poussière. Enfin nous atteignons une route goudronnée. Les quatre cent kilomètres de piste prennent fin. Nous nous croyons arriver, il n'en est rien. Encore dix huit kilomètres et six cent cinquante mètres de dénivelé. La ville d'Abancay est toute en pente, et comme bien souvent au
Pérou, elle est très animée. Une multitude de commerces de tous genres, pâtisseries, quincailleries, pharmacies, épiceries, boutiques de mode cohabitent avec des vendeurs sur les trottoirs qui eux aussi proposent de tout, de l'herbe à cochon aux fruits et légumes et passant par une multitude d'habits.
J64 mercredi 20 octobre
Abancay à Curahuasi 72 km
Ce matin le temps n'est pas terrible. La pluie menace très sérieusement. Nous déjeunons dans une pâtisserie et nous gavons de gâteaux. L'heure du départ, pas très matinale sonne, il est huit heures trente. Nous ne montrons pas un grand enthousiasme. En effet, la route qui conduit à un col un peu au-dessus des quatre mille mètres est complètement dans les nuages et la pluie commence à s'installer. Nous partons quand même. Les dix premiers kilomètres se feront sous une pluie assez consistante, puis des accalmies nous permettent d'envisager de passer ce col sans trop de difficulté. La côte s'étend sur trente sept kilomètres. A quatorze heures nous sommes au sommet. Il ne fait pas chaud et nous sommes mouillés. Une immense descente nous conduira à la charmante petite ville de Curahuasi. Une vingtaine de kilomètres avant, nous nous arrêtons déjeuner dans un restaurant en bordure de route. On nous sert une viande de porc absolument succulente. Dans deux jours nous serons à
Cusco.
J65 jeudi 21 octobre
Curahuasi à Ancahuasi 81 km
Le grand village où nous avons passé la nuit est très agréable. L'hôtel qui nous a accueilli superbe, le propriétaire vraiment gentil. Depuis notre départ de
Quito, l'hébergement a pratiquement toujours été de qualité tout à fait acceptable. L'itinéraire de la journée commence par une descente de trente kilomètres qui nous fait descendre jusqu'à deux mille mètres.
A cette «basse» altitude des nuées de moustiques sévissent. Mais cela ne va pas durer. En effet il nous faut remonter à un col à trois mille sept cent cinquante mètres. Cette côte est longue de 45 kilomètres. Par moments, il fait chaud. Je trouve l'exercice difficile, bien que la pente, comme toujours au
Pérou ne soit pas très forte, rarement au-dessus de cinq ou six pour cent. Enfin le col, il est trois heures. Le temps devient très menaçant. Dans le lointain de gros éclairs zèbrent le ciel. Une courte descente de six kilomètres nous conduit à Ancahuasi. Nous décidons de nous arrêter. Un semblant d'auberge nous offre une pièce dans laquelle la propriétaire met deux matelas au sol, un lit en planches se trouvant déjà dans le local. Il était temps d'arriver, des trombes se mettent à tomber et ne s'arrêteront que vers minuit. Nous allons boire une bière dans une épicerie, on nous propose gentiment trois chaises et en sirotant notre Cusquenia, nous regardons les Indiennes faire leurs courses du soir. Puis nous allons manger le traditionnel «pollo con papas fritas» dans un minuscule local, où il fait pour une fois chaud, car nous sommes à proximité du four à bois. Le retour à notre chambre dans la nuit, la pluie et la boue est un calvaire. La propriétaire nous attendait et vient à notre rencontre avec une lampe électrique.
J66 vendredi 22 octobre Ancahuasi à Cusco 45 km
Enfin nous allons rejoindre cette ville mythique. J'attendais cela depuis déjà longtemps. L'étape est courte. A onze heures nous y sommes. Nous trouvons un superbe hôtel qui donne sur la ville et ses collines environnantes.
Après nous être installés je pars réserver un voyage de deux jours à
Machu Picchu dans une des nombreuses agences de la ville. Etant pressé, je ne prends pas trop le temps de comparer entre les différents voyageurs et ne me donne pas les éléments de comparaison. Je me fais un peu arnaquer, mais nous pourrons partir demain matin pour ce site exceptionnel.
Ensuite petit tour dans la ville, où nous croisons beaucoup de touristes occidentaux.
J67 samedi 23 octobre
Visite Machu Picchu
Avec Alain nous partons pour
Machu Picchu par le train. La voie remonte une longue dépression aux pentes pelées, on se croirait dans la vallée de la Bérarde en beaucoup plus long et plus étroit. L'arrivée à Agues Calientes est impressionnante. Le site est enserré entre des montagnes très raides couvertes de végétation. Un village de constructions pour touristes, genre lodges du fond de la vallée de l'
Annapurna, se blottit au pied de ces faces abruptes. Il y a beaucoup de monde et cependant, on est en basse saison. Le
Machu Picchu attire 450 000 visiteurs par an. Cela peut paraître beaucoup, mais comparé à Lourdes deux millions ou le Mont Saint Michel, qui je crois est visité au moins un million de fois l'an, cela n'est pas énorme pour un site de cette notoriété.
Nous trouvons notre hôtel qui nous offre une prestation minimum.
J68 dimanche 24 octobre
Visite Machu Picchu
En nous réveillant, nous sommes très impatients d découvrir ce lieu que l’on nous a décrit avec tant de ferveur. Nous y montons en bus. Le spectacle est grandiose. La chance est avec nous, le ciel se découvre à peu près et l'ensemble du cirque se dévoile. De ces pentes quasi-verticales et colonisées par la végétation, toutes nimbées de brouillard, se dégage une impression forte et mystérieuse. On imagine les Incas quelques cinq cents ans plus tôt, qui eux aussi levaient les yeux vers ces pics. Nous montons par un chemin raide sur le Waina Picchu, la montagne qui domine.
Nous avons eu de la chance de pouvoir en faire l'ascension, car pour des problèmes de préservation du site, seules quatre cents personnes sont autorisées à y monter chaque jour. Or pour être de ces privilégiés, il faut dès les quatre heures du matin se précipiter et monter à pied jusqu’au bâtiment qui délivre les fameux billets d’accès et faire la queue, en espérant se trouver dans les quatre cents premiers. Ignorant totalement cette procédure, malheureusement nous découvrons que nous ne pourrons pas monter sur cette montagne. Mais grâce à l’indication de notre guide, qui nous a expliqué qu'en fonction des désistements vers les dix heures un petit nombre de personnes hors cota pouvaient monter, nous aurons la joie de faire cette ascension, certes facile mais époustouflante, et sans avoir eu à faire la queue depuis très tôt le matin pour obtenir le fameux sésame. La vue du haut est vraiment grandiose.
Après les derniers quinze jours où nous avons vu très peu d'Occidentaux, il est étrange, et je dois reconnaître pas désagréable, de se trouver au milieu de cette foule de touristes, dont il ne faut pas oublier, nous faisons partie. Les prix sont multipliés par beaucoup et on se fait un peu arnaquer. Le prix du café est le double de celui d'un repas de bonne qualité dans les régions que nous venons de traverser. L'après-midi une foule gigantesque envahit le lieu. Le retour en car depuis
Machu Picchu jusqu'à Agues Calientes, demande une longue queue devant les bus qui font la noria sur une piste en lacets dans une pente vertigineuse. L'impression de vide est cependant atténuée par la végétation dense qui masque bien souvent les perspectives aériennes. Notre train est prévu à 19 heures, nous avons tout notre temps pour nous promener dans cette ville artificielle destinée à héberger pour une nuit les visiteurs de ce lieu mythique de la planète. Notre train arrive, il nous dépose vers les 22heures à une cinquantaine de kilomètres de
Cusco. Malgré la somme non négligeable que nous a coûté cette prestation, le taxi chargé de nous ramener à
Cusco n'est pas là. Nous trouvons refuge dans un minibus qui transporte une famille de Sri-Lankais, qui viennent de parcourir le
chemin de l'Inca. Dans le fond pour une somme supplémentaire modique nous avons passé une heure trente très agréable et instructive avec ces passagers dont une partie habite en
Australie et une autre dans leur pays d'origine.
J69 lundi 25 octobre
Cusco à Puno en bus 4 ou 500 kilomètres
Nous quittons cette étonnante ville de
Cusco un peu à regret, d'autant plus que je n'ai pas vraiment pris le temps de la visiter. En effet à notre arrivée, ma première préoccupation a été de trouver un moyen de partir visiter
Machu Picchu dès le lendemain. Une fois cette opération effectuée, nous sommes allés manger puis la visite d'un musée et la journée était écoulée, car le matin nous avions roulé. Donc au petit matin par des rues presque désertes, nous nous rendons au terminal terrestre, d'où partent les bus. Tout y est bien organisé et les risques de vol sont limités si l'on fait preuve de vigilance. L'opération la plus délicate est le chargement des vélos dans les soutes. Mais nous commençons à bien maîtriser ce type de chargement. Le voyage va durer 6heures trente, à travers l'altiplano. La route, presque toujours bien droite, traverse une large plaine située près des quatre mille mètres d’altitude. Nous nous disons qu'à vélo cette longue portion aurait été bien monotone, même si le paysage est magnifique, bien que pas très varié. En particulier, une luminosité particulière, sans doute due à l'altitude et aux teintes jaunes de l'herbe, donne au paysage une touche de toute beauté. Au cours du trajet, des Indiennes montent et vendent leurs produits. Nous achetons des petits pains ronds en forme de galettes. Ils sont absolument succulents, bien grillés et croustillants sous la dent. Enfin, nous sentons que le
lac Titicaca approche. En effet toute forme disparaît de l'horizon, comme si la Terre devant nous tournait au néant. On ne voit plus rien et pas encore l'eau du lac, impression étrange. Puis une mince bande bleu profond apparaît et enfin le lac se découvre. L'arrivée sur la ville de
Puno est très originale. Une ville de grande dimension nichée entre eau et montagne.
Ces montagnes sont pelées, mais ressemblent plus à de grosses collines qu'à l'idée que l'on se fait de sommets de plus de quatre mille cinq cents voire cinq mille mètres. Les constructions sont dans des tons ocre qui s'harmonisent avec la végétation environnante. Le déchargement des vélos se fait sans problème et nous voilà à la recherche d'un hôtel. On se renseigne dans le premier venu, qui n'a d'ailleurs pas de chambre libre. Alors que nous nous concertons pour savoir dans quelle direction poursuivre nos recherches d'hébergement, une voiture de police s'arrête à notre hauteur. Je m'approche, le policier me tend la main par la fenêtre ouverte. Il me demande ce que je fais là. Je lui fais part de notre recherche. Il me répond de ne surtout pas rester dans ce coin car nous risquons de nous faire voler. Il m'indique un hôtel un peu plus loin, qui sera parfait pour une somme modique. Un petit tour dans la ville, nous achetons quelques gâteaux, très bons. Bientôt nous allons quitter le
Pérou, nous espérons seulement que dans les prochains pays,
Bolivie et
Chili la nourriture sera d'une qualité équivalente. Par l'intermédiaire de notre hôtelier nous réservons pour demain une longue balade en bateau sur le
lac Titicaca, à la découverte de ses îles flottantes ou non.
J70 mardi 26 octobre,
visite lac Titicaca
Nous avons passé la journée sur le
lac Titicaca. Visite de plusieurs îles, dont les fameuses îles flottantes en roseau. Il y en a une soixantaine, de quelques centaines de mètres carrés à quelques hectares; elles sont habitées par des familles indiennes.
Lieu très touristique, où l'on croise de nombreux occidentaux. Journée intéressante sur ce lac d’altitude. Les distances entre les îles sont longues. Nous avons fait au mois six heures de bateau, mais je n’ai pas trouvé le temps long.
J71 mercredi 27 octobre
Puno Desguadero en bus
Nous commençons notre dernière journée au
Pérou. Un petit tour dans la ville de
Puno au petit matin, à la recherche d’un lieu où prendre un petit déjeuner, nous permet pour une dernière fois de nous baigner dans l’atmosphère de ces villes péruviennes. Un petit pincement, nous savons que cette première aventure dans ce grand pays va prendre fin. Nous réalisons que nous y avons vécu des moments très intenses, toujours la curiosité en éveil et rarement déçus de la découverte de ce monde qui nous était étranger. Dans ce petit bistrot nous prenons notre temps et puis nous dirigeons vers le terminal terrestre. Nous n’avons pas à chercher bien longtemps, nos vélos sont vite montés sur le toit d’un bus et attendons tranquillement de prendre le départ pour la ville frontière de Desguadero.
Le trajet n’est pas très long, nous arrivons vers les onze heures au sud du
lac Titicaca. Les démarches à la frontière sont rapidement exécutées et nous pénétrons en
Bolivie où de nouvelles aventures nous attendent.