Bonjour Monsieur !
Un très joli moment pour nous qui n'a rien à voir avec les fêtes de Diafarabé qui était tout simplement la vie de transhumance des Peuls.
J’ai bien compris que vous ne parliez pas de Diafarabé mais de Koubi, petit village situé à la rive du Diaka (dans le cercle de Ténénkou ; voir la carte ci-dessous)...
Ma référence à Diafarabé (que j'ai passé dernièrement en avril 09) avait pour but de dire qu'il n’est pas obligatoire d'y aller pour vivre une traversée des bœufs. On peut assister à une traversée maintes fois en plein Delta central. Vous savez, en amont, le
fleuve Niger et son principal affluent, le Bani constituent les principaux cours d’eau. Le Diaka, à Diafarabé, est le défluent le plus important du Niger :
il forme des bras secondaires qui, avec des défluents plus en aval, transforment le Delta en un labyrinthe de cours d'eau au Sud du lac Débo. Donc, il n'y a rien d’autre à faire qu'un troupeau débouche sur un "obstacle d’eau" dans cette zone... Entrez p.ex. dans les environs proches de Waladou (voir les photos 2 et 3 en bas de page). Et tout ça n'a rien à voir avec les fêtes du "
Yaaral (<
‘yaar-aade, v.vm (1) "retourner les premiers (en parlant des animaux)") et du
Degal (grande fête du retour des troupeaux au village)". Rien...
... ils y a des fêtes au départ et à l'arrivée des saisons de transhumances sur Diafarabé mais bien souvent les dates ne sont connues que très tardivement.
Monsieur, il n'y a pas moyen de faire autrement ! Les traversées commencent à Diafarabé (où a lieu, du point de vue touristique, la plus connue) et se produisent en aval et en rythme hebdomadaire. La fixation des dates dépendent de divers facteurs, à savoir de...
- la pluviométrie
- la vitesse de la baisse d'eau
- les conditions en dehors des
bourgou (2) (niveau des récoltes et des champs...)
- les conditions à l'intérieur des
bourgou- l'opinion des
dioro (maîtres des pâturages bénéficiant de revenus d‘exploitation) (3)
- les propositions des divers cercles en question (>
Conférence régionale des Bourgoutières)
Il faut savoir que l’organisation de telles traversées remonte à la
Dina (théocratie fulbe) au début du 19e siècle (depuis 1830). Aujourd’hui, les dates sont déterminées par l'Administration avec la population locale, fixées définitivement et publiées enfin (avec des recommandations) par la
Conférence des Bourgoutières au niveau régional à Mopti (qui peut tout à fait avoir lieu vers le 20 novembre). Alors, sur le niveau local, ces dates sont souvent remises puisque les dates fixées à la
Conférence ne satisfaisent toujours pas aux complexes réalités sur place. Une telle
Conférence annuelle dont je parlais, se compose de...
- maires
- représentants de diverses organisations étatiques et non-étatiques
- sous-préfet de la région
- divers
dioro- policiers
- particuliers (souvent des citadins cossus)
VIVE LE MALI !!! VIVE LE DELTA INTERIEUR (sans touristes) !!!
Bon dimanche, hgb
(1) v.vm = verbe voix moyenne (dont la forme infinitive porte toujours le morphème aspectuel -
aade). Petite note orthographique : en langue foulfouldé, il existe la semi-voyelle /y/, identique avec le /y/ dans
yeux et y
aourt (du français) mais aussi l'occlusive palatale /'y/ (glottalisée) n'étant pas disponible sur le clavier, p.ex. dans
‘yaaraade (cette note est peut-être insignifiante pour pas mal de gens mais si vous prenez un dictionnaire foulfouldé, un tel savoir est nécessaire et d'une grande aide).
(2) pâturage inondé.
(3) ses pendants bozo sont les soi-disant
jiituu (maîtres d'eau ; en bam.
jitigi) qui doivent être payés pour certaines méthodes de pêche, p.ex. la pêche à
niesege (une sorte de piège) ou la pêche à
so xolo (grand filet). D’autres en revanche sont gratuites, p.ex. la pêche à
tina (harpon à fer bident mobile), à
taniso (filet dormant), à
teni (filet bougeant au fond), à
jila (hameçon) et la pêche collective dans les mares.
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