Vladivostok n’est pas seulement une ville, c’est un symbole, en particulier pour tous les Français qui cherchent à l’atteindre, elle représente rien de moins que l’autre bout du continent eurasiatique, un petit bout de l’Europe perdu au milieu de l’Asie, entre le
Japon, la
Chine, et les deux Corées. De plus, et pour la plus grande joie des voyageurs du
Transsibérien, la ville est belle, étonnante et parsemée de références historiques passionnantes.
Le 3 juillet 1860, les soldats et matelots russes du navire Mandchourie débarquèrent dans la baie de la Corne d’or (Zolotoï rog) autour de laquelle s’articule aujourd’hui la ville. Durant les deux premières décennies de son histoire,
Vladivostok resta un petit port sans importance, et ce n’est que dans les années 1870, où l’administration générale de la région y fut transférée, que l’agglomération développa ses installations portuaires et urbaines pour devenir un des deux centres de l’Extrême-Orient russe, avec
Khabarovsk plus au nord. Dès lors, des milliers de colons affluèrent par bateau jusqu’à la fin du siècle, ainsi que des émigrés chinois, japonais ou coréens. La ville traversa par la suite de nombreuses périodes sombres, d’abord la guerre russo-japonaise, puis la révolution d’octobre 1917 et l’intervention des Alliés, durant laquelle des navires français, anglais, américains, japonais et autres occupèrent la baie de la Corne d’or. Les combats durèrent cinq ans dans les rues de
Vladivostok, entre partisans rouges et combattants contre-révolutionnaires. Totalement “libérée” en 1922, la ville fut pillée et saccagée. Sous Staline, elle devint un important centre administratif du goulag, les prisonniers transitaient par
Vladivostok avant d’être envoyés au nord à
Magadan, dans la Kolyma. A partir de 1958, elle devint la base navale de la flotte russe et fut fermée aux étrangers pendant trente ans.
Aujourd’hui la ville est un important centre commercial et financier de l’Asie, sa richesse est apparente, de par les nombreux bâtiments de construction récente, la proportion de voitures japonaises et coréennes dans les rues, l’animation de certains quartiers et, comme à
Moscou, le nombre étonnant de touristes japonais que l’on croise devant tous les monuments, agglutinés autour d’un guide, et qui disparaissent aussi vite qu’ils sont arrivés, pressés par le timing imposé par les agences touristiques qui exploitent jusqu’à la lie ce petit morceau d’Europe à quelques encablures du
Japon.
Le relief est très marqué à
Vladivostok, la ville monte sur les versants des collines qui tombent dans la longue et étroite baie Zolotoï rog. De presque partout on peut voir la mer, et de la mer la ville s’étager jusqu’aux sommets qui offrent de nombreux points de vue, dont le plus célèbre s’appelle le “nid d’aigle”, accessible par un funiculaire ou par des escaliers escarpés, et où le panorama est tout simplement exceptionnel. On y voit toute la vieille ville et la succession des quais autour de la Corne d’or, le balai des bateaux qui rentrent et sortent, ainsi que les baies avoisinantes, où l’agglomération qui compte aujourd’hui près de 600.000 habitants s’est étendue. On aperçoit également sortant de l’horizon les côtes montagneuses de l’autre côté du golfe de l’Amour, dernière bande de terres russes longeant la frontière chinoise jusqu’à la Corée du Nord, le pays le plus fermé du monde.
Vladivostok, posée sur un site naturel exceptionnel, se distingue également par sa position géographique idéale, au carrefour de la
Chine et du
Japon, de la Sibérie et de la Corée, ce qui lui permet de profiter du dynamisme économique des puissances asiatiques. Son nom lui même, signifiant “la ville qui tient l’Est” (en russe “vlast” le pouvoir et “vostok” l’est), témoigne de sa position stratégique des plus avantageuses.
La place Centrale, au-dessus du port, est flanquée d’un building assez moderne, pourtant décoré d’une faucille et d’un marteau gigantesques en bronze. Elle est dominée par le pamiatnik en l’honneur des “combattants pour le pouvoir des Soviets”, tombés durant les cinq années de guerre civile qu’a connu la ville, de 1917 à 1922. En bas de la place commence le port, où sont amarrés de nombreux navires de guerre, frégates, croiseurs et autres avisos et bâtiments de moindre taille, ainsi qu’un navire hôpital. Un mémorial en l’honneur de la flotte sous-marine russe est installé depuis 1970 dans un sous-marin C52 posé de l’autre coté de la route longeant le quai. La place est bordée au nord par la rue Svetlanskaïa qui monte le long de la baie et, face au monument des partisans, la rue Okeanskaïa monte à pic vers la ville haute. Ces deux rues sont les artères principales de
Vladivostok. Au bout de la Svetlanskaïa, sur le golfe de l’Amour, se trouve une petite plage, de nombreux établissements de nuits sur des quais ou des bateaux aménagés, et une place où chaque soir l’animation bat son plein, musique, kiosques, cafés en plein air et promeneurs le long des berges, ambiance garantie. Plus loin se trouve le célèbre cirque marin de
Vladivostok, appelé “Les lions de mer”, à coté d’un aquarium non moins célèbre, qui compte diverses espèces marines telles que pieuvres géantes, esturgeons, crabes du Kamtchatka qui peuvent atteindre jusqu’à un mètre d’envergure, et toutes sortes de poissons et crustacés caractéristiques ou non du milieu marin local.
La vie à
Vladivostok est très agréable, surtout après avoir traversé toute la Sibérie. Nous avons trouvé à louer un appartement pour trois jours, avec presque vue sur la mer. Le climat est malheureusement capricieux, il a plu sans interruption pendant presque deux jours.
J’ai laissé mes compagnons de voyage rentrer directement par l’ouest, quant à moi je pars au nord vers Komsomolsk pour rejoindre la ligne du
Baïkal-Amour-Magistral, de quoi remplir encore quelques carnets.