Pourquoi part-on dans un pays qui souffre ? Voilà une des questions à se poser, quand on se prétend « routard ». Malheureusement, ce mot est souvent galvaudé. On se fait plaisir en arborant son passeport, on oublie les réalités que l’on frôle. Les séances diapo du retour sont toujours plus plaisantes. Pourquoi partir ? Découvrir les autres ? Alors, acceptons ce qu’ils sont et ne fermons pas les yeux sur les réalités. Si vous voulez faire de belles photos, comme je le lis un peu trop souvent, il y a bien d’autres lieux dans le monde. Si vous voulez aider un peuple qui souffre, il existe des associations. Si vous voulez partir sur le terrain, pas de problème, on aura bien besoin de vous quelque part. Arrêtons l’hypocrisie. Essayez de voir le reportage de Evan Williams, qui est récemment passé sur Arte (
Birmanie, la guerre secrète). Le reporter s’est fait passer pour un touriste. Il nous rapporte un constat affligeant, tant sur la réalité du pays que sur l’hypocrisie des autres pays, Chinois ou Occidentaux. Ce n’est pas en voyageant que l’on donne aux autres, c’est en s’engageant. Donner pendant son voyage ne règle en aucun cas le problème. Bien au contraire, il le déplace. La plupart de ce que vous allez payer va partir dans les caisses de la Junte (quand bien même il s’agit de « trois sous »...), le reste... le reste, c’est le prix de la frustration, de la soumission au tourisme de masse. Commencez très tôt à éduquer les populations défavorisées au tourisme, voyez ce qu’ils deviendront. Tout « routard » devrait connaître le problème. Inutile de s’appesantir là-dessus. Peut-être que ces mots vont déranger les bonnes consciences, mais elles ne sont pas là par hasard. J’ai moi-même pas mal bourlingué, et j’en suis venu à me poser des questions. Du coup, je ne considère plus le voyage de la même façon. Nous avons un privilège inestimable : notre passeport, qui nous permet de partir aux quatre coins de la planète. Nous avons le droit de voyager, c’est formidable. N’oublions pas que nous avons également des devoirs moraux. Mais la morale n’est pas vraiment au goût du jour (à ce propos, jetez un œil sur le rapport Kouchner relatif à la société Total en
Birmanie ; comparez aux diverses revues de presse abordant le sujet... La philanthropie de notre Superministre ne résiste visiblement pas à d’autres Sirènes...).