Alors lŕ, c'est pas possible ??!!
Y'a un truquage ? Ils ont mis des décors de film derričre les fenętres du bus, ou quoi ?
Difficile de rendre une telle immensité en quelques mots. Plus que l'immensité du paysage, quelque chose dans les contrastes (ces montagnes imposantes et ces bébés agneaux comme des peluches en premier plan !), dans les lumičres, quelque chose que j'ai encore du mal ŕ définir me remue jusqu'au fond de l'âme.
Certains connaissent un coup de foudre pour les étendues désertiques de
Mongolie...ou pour les montagnes de la Cordillčre des Andes...ou pour la Mer de
Chine.Moi c'était les sommets de
Nouvelle Zélande. Peut-ętre connaissez-vous ce roman d'André Dhôtel intitulé : 'Le pays ou l'on n'arrive jamais"? Et bien, durant ces 6h de bus qui m'ont paru sincčrement trop courtes, j'ai eu l'impression d'avoir trouvé ce pays de mes ręves sans męme savoir que je le cherchais.
Ni męme qu'il existait. Assez déroutant, et je n'ai pas fini d'essayer de comprendre. Je me sentais vraiment comme une gosse un matin de Noel !
Bah, je relativise : je me dis que tout cela va "décanter" ŕ mon retour...je passerai ŕ autre chose pour un temps, j'oublierai, ces images s'affaceront devant d'autres images, d'autres quotidiens. Peut-ętre. Ou peut-ętre pas ?...mais une chose est sure : dans ce bus-lŕ, devant ces montagnes-lŕ, je sais déja que ce n'est qu'un premier voyage. Un jour viendra ou je remettrai les pieds forcément les pieds par ici.
Bon. Qu'est ce qu'elles ont ces montagnes, de si spécial ??
Fermez les yeux...je vais vous raconter !
Imaginez.....vous ętes dans un bus. Autour de vous une vaste plaine.
C’est vert terrain de golf, plein de reliefs trčs marqués mais peu élevés. C'est plein de moutons qui fleurissent comme des pâquerettes par ici!
De temps en temps le plumeau rigolo d'un "cabbage-tree" (sorte de palmier tout maigre ŕ plusieurs troncs) vous rappelle que vous ętes loin de l'Europe. Bosquets, haies d'arbres, buissons de genęts en fleurs.Mais vous voyez tout ça de haut, avec un trčs large champ de vision vers l'horizon. Et cet horizon, justement est littéralement barré par une gigantesque chaîne de montagnes. Quelque chose comme la colonne vertébrale de quelque dragon géant des temps oubliés.Pas des vallées encaissées entre deux collines, pas des pré-Alpes annonçant doucement les dénivelées ŕ venir. Non : un mur vertical qui se dresse contre le ciel !!! Avec le blanc éclatant des cimes enneigées, bien sur.
Et au dessus de tout ça, courent des nuages comme j'en ai rarement vus.
Des nuages d'océan...des nuages qui s'étirent sans contrainte sur des distances incroyables...Et je ne vous dis pas la lumičre !
Et lŕ, juste devant vous, ces agneaux du printemps, mignons, stupides, et si familiers.
Le temps d'apprivoiser ce décors incroyable, votre bus commence ŕ grimper doucement vers un des quelques rares 'Pass' qui permettent de rentrer dans ces montagnes. Et tout change : plus d'herbe verte, plus de moutons...C'est exactement le Rohan qui ondule devant vous.
Exultation intérieure.
Le regard se perd dans cette immense étendue de collines vides, d'herbe haute ocre et jaune, comme un tapis de cheveux longs qui ondulent...
C'est le royaume du vent et des nuages.
Et au loin ces montagnes de plus en plus hautes, de plus en plus blanches !.et le bus continue sa route.
Laissant derričre lui les collines du Rohan, il atteint une espčce de trčs large plaine, plate comme le dos de la main, qui s'étale comme un lac entre deux massifs. De part et d'autre de la route, une savane d'herbe jaune, beaucoup de cailloux et quelques buissons-arbres épineux, d'un vert gris moussu. Ca fait trčs désolé et trčs bizarre entre ces montagnes qui semblent jaillir de terre comme posées artificiellement sur un plancher. Cours d'eau d'un bleu trčs laiteux...
En fait, cette immense plaine alluviale et ces dépôts d'argile/roches c'est le fond d'une gigantesque vallée glacičre !!!!!! (il faut un moment pour ressituer, tant les proportions sont déroutantes).
Et, donc, logiquement, ces espčces de collines gris-noires au fond lŕ-bas, ce sont des moraines gigantesques !!!
Dimensions quasi himalayennes.
L'altitude ce cette chaîne des « Alpes du Sud » (dénomination officielle!) n'a rien d'extraordinaire sur la carte (sommet=
Mont Cook ŕ 3700m et des brouettes...et les fameuses montagnes géantes de tout ŕ l'heure doivent culminer ŕ 2000m). C'est bien modeste comparé ŕ tous les géants du monde.Mais en réalité, ce sont des parois de 1000 ŕ 2000m qui surplombent directement une plaine au niveau de la mer.
Un angle droit géant, en somme ?
'
Mont Cook Village' est posé lŕ, au bord de cette plaine/vallée incroyable. La végétation exotique est digne des savanes les plus africaines (le fameux Bush neozelandais....plus sympatique que son homologue etasunien...), et pourtant, la température et le crachin qui s'obstine ŕ bruiner ont tout de l'
Ecosse.
Le
Mont Cook nous attend, juste derričre la cręte.
Pyramide de rocs, de glace et de neige encornichée.
Il rivalise avec les plus grands seigneurs des autres continents.
Oui, c'est bien "
Aoraki", le "perceur de Nuages", montagne sacrée des Maoris.
Aoraki ne se laisse pas facilement approcher, ni męme contempler.
C'est que l'Océan est tout proche, lŕ-bas, de l'autre coté.
Et les vents qui arrivent ici ont traversés des milliers de kilomčtres sans obstacles, venant parfois directement de l'Antartique, pour se briser enfin sur ce caillou pointu isolé de tout. Nuages, tempętes, neige et glace se déchainent en altitude pour sculpter cette majestueuse pyramide.
Il en faut de la chance pour contempler le
Mont Cook sur un ciel bleu, dans toute sa splendeur.
J'ai eu cette chance : crampons aux pieds, montant vers la Muller Hut, tellement heureuse dans cet univers de Haute Montagne, j'ai pu rendre hommage au Géant des Terres du Milieu.... Mais c'est une autre histoire qui ne sera pas contée dans ces pages.
La suite pour demain.
Si, si : demain

Bluebird (encore)