Sorti de l'agglomération, à nouveau des paysages vallonnés et cultivés s'étendent à perte de vue. Ce décor défile sous nos yeux, mon regard restant à l'affût d'un angle ou de détails photogéniques, je ne change pas.
Pas mal le graphisme de ces terres agricoles avec cet aspect en immenses « V » mais un V renversé.
Joli aussi, le cocktail formé par une averse alliée aux rayons du soleil, un grand arc en ciel enjambe à présent le paysage... histoire de ne pas oublier que la renommée Nation arc en ciel, l'
Afrique du Sud, est à proximité.
Une nouvelle halte sur notre trajet à travers le pays nous fait découvrir un intéressant savoir-faire local.
«
Swazi Candles » où nous nous arrêtons est une fabrique de bougies pour le moins originales. Les artisans qui œuvrent dans ses ateliers sont en fait de de vrais artistes.
On est admiratif en observant la dextérité et le talent de ces artistes qui façonnent et sculptent, en quelques tours de mains aussi précis et que rapides, des bougies aux silhouettes animales.
Les bougies aux teintes vives en forme d'éléphants sont particulièrement en vedette sur les étalages mais bien d'autres animaux de la faune sauvage africaine sont également proposés aux visiteurs.
L'originalité et la qualité de ces réalisations ont fait le succès de l'entreprise, crée en 1982 elle emploie actuellement quarante cinq swatiniens et exporte ses bougies dans une vingtaine de pays, une réussite méritée.
Avec une telle appréciation, vous l'avez sans doute compris, j'ai ramené quelques bougies décoratives, des souvenirs insolites de ce petit pays.
On peut poursuivre ses emplettes d'objets souvenirs à l'extérieur de l'atelier, surplace il y a un marché artisanal très couleur locale où flottent quelques drapeaux, justement, aux couleurs locales.
Des bandes colorées, bleue, jaune rouge et au centre le dessin d'un bouclier zoulou en peau de bœuf avec des sagaies traditionnelles. Les Swazis, principale ethnie du pays est proche culturellement de celle des Zoulous, ce qui explique ces représentations sur le drapeau de l'
eSwatini.
J'évoquais en titre le royaume que constitue ce petit pays d'
Afrique australe. Parlons-en à présent de cette monarchie et de sa majesté,
Mswati III, roi de l'Eswatini. Le roi est partout dans le pays, pas toujours en chair et os mais le plus souvent en photos !
Incontournables photos placées en évidence dans tous les bâtiments officiels et administratifs, on le conçoit naturellement mais elles sont aussi apposées dans les hôtels, restaurants et boutiques... donc vraiment partout !
Un Roi souriant en tenue traditionnelle swazie toujours présenté avec à ses côtés le portrait de la Reine... pas une de ses nombreuses épouses mais la Reine mère, si importante et respectée dans la tradition royale du pays.
L'
eSwatini, ancienne colonie britannique devenue indépendant en 1968 est donc une monarchie et même une monarchie absolue. En quelques mots cela signifie que la famille royale impose son autorité sur toutes les décisions concernant le territoire : de la nomination des ministres et des parlementaires à celle des juges et autres chefs de l'ensemble des administrations.
Et comme on l'imagine, le train de vie du monarque est à l'opposé de celui de son « bon peuple » dont il faut préciser que les deux tiers des swatiniens vivent sous le seuil de pauvreté. Des privilèges sans limites et de fastueuses décorations pour parer le palais présidentiel.
Ajoutons pour terminer que chaque épouse de sa majesté le roi bénéficie (tout en étant soumise) de nombreux privilèges : à chacune une résidence luxueuse, des voitures haut de gamme et pour les enfants, des cours dispensés en privé...
Dernière précision, les épouses du roi sont au nombre de... 14 ou peut-être bientôt plus car régulièrement lors de la grande Fêtes des Roseaux du mois d'août, le roi se plaît à choisir une nouvelle épouse parmi les jeunes vierges qui dansent, seins nus, pour son bon plaisir.
Mais cette tradition à été mise à mal... lorsque que la désignée d'office 14 épouse du roi, la jeune Tintswalo N., alors âgée de 15 ans, a refusé le choix du monarque. Obligée de fuir le pays vers la
Grande Bretagne avec la complicité de sa tante, elle avait confié à la presse britannique :
« Je n’avais pas le choix. Personne ne s’est jamais opposé au roi, donc j’ai simplement disparu ».
Notre trajet nous fait passer maintenant par la vallée royale de l'Ezulwini en traversant la localité de
Lobamba, la capitale du royaume. Le palais royal est dans les environs, quant au parlement de l'
Eswatini, il est juste là, sur la droite de route.
Un parlement ? Avec des députés représentants les différentes régions du pays ? Mais serait-on alors dans une démocratie parlementaire ? Pas vraiment car l'on apprend que les candidats à la députation sont choisis par le roi et qu'il n'y a pas de parti politique dans ce pays ni aucun mouvement d'opposition légalement autorisé... en effet, l'
eSwatini est bien une monarchie absolue et même la dernière de tout le continent africain !
Ces étonnantes coutumes d'un autre temps, ce train de vie dispendieux de la famille royale incite le voyageur curieux à essayer d'en savoir un peu plus : qu'en pense vraiment la population du pays ?
De l'interrogation à la conversation avec des habitants du royaume.
Je me souviens d'avoir tenté d'aborder le sujet en échangeant avec une habitante du pays... c'était dans un petit établissement où comme partout les photos du roi et de la reine mère étaient bien évidence au-dessus de la réception.
L'employée, large sourire aux lèvres et à bien l'écoute, était dans une attitude idéale pour débuter un échange. Une première allusion banale concernant l'âge du roi (51 ans) et la date de son accession au trône (1986).
Mais ensuite en abordant le train de vie de la famille royale, sa fortune et les retombées pour le quotidien du bon peuple eswatinien... là, le visage de mon interlocutrice de se figer subitement ! Un léger soupir en guise de début de réponse... puis un silence, à cet instant on s'attend à entendre quelques critiques à l'égard de la situation, mais non... le regard se baisse tout en observant autour d'elle, y aurait-il une personne susceptible d'entendre la conversation ? Car dans ce royaume, il est particulièrement mal venu d'émettre une quelconque critique à l'égard du roi et de sa famille.
Vous l'avez compris, l'échange s'arrêtera là. Mon but n'étant pas, bien sûr, de mettre en difficulté cette sympathique employée...
Notre route nous fait traverser à présent un quartier qui semble faire le bonheur des promoteurs immobiliers, çà et là, d'imposants bâtiments sont en construction. Des immeubles de bureaux ou des hôtels ? En comparaison avec la pauvreté du reste du pays, ce dynamisme immobilier ne passe pas inaperçu tout en intrigant quelque peu.
Maintenant nous longeons sur la gauche une imposante bâtisse qui se voudrait pourtant discrète. Un panneau indique l'interdiction de photographier cette façade ! La célèbre bannière étoilée des
states flotte au vent, il s'agit donc de l'ambassade des
États-Unis.
Ses dimensions semblent démesurées pour un tel petit. Imaginez, les bâtiments et le terrain de cette représentation diplomatique s'étendraient sur une surface avoisinant la taille de 5 stades. D'ailleurs, au moment de la construction de cette nouvelle ambassade américaine, la presse sud africaine avait évoqué dans ses colonnes les étonnantes dimensions de cette mystérieuse ambassade... Et les hypothèses et les rumeurs d'aller bon train. Ces immenses bureaux abriteraient-ils des services secrets à l'écoute de toute l'
Afrique australe ? Ou encore, y aurait-il quelques intérêts économiques à exploiter un sous-sol riche de... ?
De toute façon, on se doute qu'un tel investissement de l'administration américaine dans un si petit
eSwatini est synonyme d'espoir de retours sur investissements. Fin de la parenthèse.
Une quinzaine de kilomètres parcourus sur la route MR3 et on parvient en vue de
Mbabane, la capitale administrative du pays. Elle apparaît comme une capitale située presque à la campagne ou comme une ville étirée entre collines et vallée. Une agglomération de plus de 60 000 habitants bâtie à quelque 700 mètres d'altitude.
Le climat y est plus tempéré que dans les plaines de la brousse et la végétation bien plus verdoyante, on y trouve également quelques arbres fleuris, des jacarandas parés de fleurs aux jolies teintes bleutées.
La fin de journée approche, notre halte se fera pour la nuit dans un hôtel au confort standardisé.
Seconde journée du périple.
Au fur et à mesure que l'on progresse, la route serpente dans une vallée plus vaste où le panorama s'élargit.
L'habitat sur les versants se fait plus modeste qu'en ville, on pouvait s'en douter. Quelques cases à l'aspect disparate : ton terre pour les unes, finition parpaings pour une autre, une seule a ici l'honneur d'être peinte, en bleu.
En route on croise à présent des écoliers, sacs à dos sur les épaules, de toute évidence, ils sont en chemin vers l'école.
Le moment pour nous de faire une nouvelle halte sur un parking donnant sur cet amas de sacs. Quelle idée pensez-vous peut-être ? La photo évoque un tas de déchets !
En effet, il s'agit d'un dépôt de verre... du verre en attente de recyclage et de transformation en objets d'art.
Nous sommes aux ateliers de la
Ngwenya Glass Factory où l'on passe sans transition de la vue des amoncellements de verres brisés aux objets façonnés avec talent par des artistes verriers.
Superbes ces réalisations, verres, vases et bibelots où les animaux de la faune sont bien représentés. Très artistiques et esthétiques ces éléphants, ces zèbres et autres sympathiques manchots du Cap... faits tout en verre.
Dans les vitrines, sur les présentoirs et sur les tables, les objets sont en nombre, tout en transparence, ils brillent de mille éclats sous les spots lumineux. Et pour les visiteurs captivés par ces œuvres, attention aux mouvements, histoire de ne pas se comporter comme un éléphant dans un magasin de porcelaine... même si c'est du verre, c'est tout aussi fragile !
La création de cette fabrique date de 1979 avec l'aide d'une association suédoise mais depuis l'année 1985 la fabrique est aux mains d'eSwatiniens. Des mains expertes et des ouvriers qui on aussi du souffle. Au cœur de l'atelier, une galerie en surplomb permet de voir les ouvriers (des artistes!) au travail et de suivre le cheminement des pièces depuis les fours jusqu'au polissage en passant bien sûr par le travail des souffleurs.
Les œuvres réalisées s'exportent au-delà des frontières du petit pays jusqu'en Amérique nous affirme-t-on. Une belle réussite cette fabrique d'art : 100 % de verre recyclé, du travail pour la population locale et de belles créations artistiques, bravo !