NW Canada, Alaska et Nord Arizona
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préambule

L'ensemble de ce voyage a été réalisé par mon épouse et moi-même entre le 27 Juin 2011 et le 11 août 2011.

Les photos proviennent bien, en règle générale, de ce voyage de l'été 2011. Cependant, je ne m'interdis pas d'introduire occasionnellement quelques photos prises lors du voyage précédent assez semblable (2007), lorsqu'elles sont nettement meilleures que celles prises cette année.

La rédaction d'un carnet de voyage est une première pour moi, et probablement une dernière aussi, car je n'envisage pas de me lancer régulièrement dans ce type de récit, pour raison de temps. Mais, si bien des régions du monde font l'objet de nombreuses descriptions sur VoyageForum, bien peu de carnets détaillés existent pour l'Alaska, aussi j'ai souhaité y remédier. J'espère, malgré la qualité médiocre des photos incorporées (limitées chacunes à 100 Ko), donner envie à quelques uns de s'intéresser au grand Nord du continent Américain. Il le mérite bien. Nota (juillet 2013) : les photos dans le corps du texte ont, depuis quelque temps, parfois disparu (merci VF ?) surtout dans la deuxième partie de chaque page ; elles ont alors été remplacées par ... une vignette. Mais il suffit de cliquer sur cette vignette dans le corps du texte pour les retrouver à leur taille normale.

Il s'agit de notre quatrième voyage en Alaska. Nous avons insisté cette fois : - sur les lieux que j'avais le plus appréciés auparavant (négligeant certains endroits pourtant célèbres, comme Denali NP, qui ne nous tentent plus) ; un "Best Of" en quelque sorte. - sur la partie maritime Sud (l' "Inside Passage") que nous ne connaissions pas.

Enfin le voyage se termine par une extension en Arizona, car nous souhaitions retourner une fois de plus à CBN (The Wave) ; nous avons eu en Avril dernier la bonne surprise d'apprendre que nous avions gagné, via la loterie internet, deux permis d'accès au site (très difficile à obtenir), vers la fin de notre séjour Américain. Il nous fallait en profiter. ===================================================

Notre trajet a été le suivant :

(comme le texte est très long et entrecoupé par des commentaires, afin de retrouver un passage plus facilement, j'ai introduit un certain nombre de renvois avec lien vers le texte correspondant : cliquer alors sur les passages en gras dans la table suivante) :

- Vol Lyon-Paris-Los Angeles (voir juste ci-après) - vol pour Seattle - frontière Canadienne - Yoho N.P. - Lac Moraine, Lac Louise, Icefields Parkway (ours) - Jasper, Lac Maligne - Alaska Highway : 1/ traversée de la Colombie Britannique : Dawson Creek, Fort Nelson, généralités sur l'Alaska Highway, Muncho Lake (ours), Liard River Hot Springs, ours sur la route - Alaska Highway (suite) : 2/ entrée dans le Yukon, Watson Lake, Teslin Lake, Whitehorse - généralités sur la ruée vers l'or du Klondike - passage en Alaska, Skagway - retour au Yukon, Whitehorse à nouveau, route vers Dawson City, Dawson City, - Top of the world Highway, passage en Alaska, Tok, Glennallen, passage rapide à Anchorage - route vers Homer, Homer - Journée à Brooks Falls, Katmai NP (ours très nombreux) - péninsule de Kenai, Anchorage - route vers Glennallen et Kenny Lake (pipeline de l'Alaska) - Edgerton Hwy, Kennicott et McCarthy (ours), - route vers le parc de Kluane, passage à nouveau au Yukon, lac de Kluane - Haines Junction, survol des glaciers (Kaskawulsh et South Arm Glacier) - route vers Haines (retour en Alaska) Haines, Chilcoot River (ours) - A PARTIR DE MAINTENANT TRAJETS EN FERRY. Ferry vers Juneau, Juneau, Mendenhall Glacier - Tracy Arm Fjord, Sawyer Glaciers, retour à Juneau (ours) - ferry vers Sitka, Sitka - en route vers Wrangell, passage à Petersburg, Wrangell, vers Anan Creek (ours) - Anan Creek (ours très nombreux) - Ketchikan - retour à Bellingham en ferry, retour à Seattle. - vol vers Las Vegas, route vers Page - The Wave (route défoncée), autour de Page - Secret Canyon - Cottonwood Canyon Road Bryce NP, Red Canyon, Cedar Breaks NM, retour à Las Vegas - Havasupai - Palm Springs, retour à Los Angeles, retour en France.

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Le vol depuis Lyon vers Paris puis Los Angeles a été parfait (Air France en Affaire, grâce aux miles FlyingBlue). Vol AF CDG-LAX

A l'arrivée nous prenons possession d'une petite voiture Hertz pour quelques heures, car nous devons changer rapidement d'aéroport ; direction John Wayne Airport (SNA) à 40 miles de là, à Santa Ana. Mais nous avons le temps sur le trajet de faire un détour pour nous dégourdir les jambes près de l’océan ; ce sera Huntington Beach, et son sympathique pier. Huntington Beach

Vol ensuite vers Seattle avec Southwest Airlines, une compagnie low cost, mais qui fonctionne parfaitement, et au confort très correct. Enregistrement rapide (il n'y a pas de boarding pass avec siège pré-attribué, mais on reçoit un numéro qui signifie l'ordre de pénétration dans l'avion, où chacun choisit à sa guise un des sièges encore disponibles). Bagages gratuits ! Encore un vol sans problème, à l'heure, avec une escale de quelques minutes à Oakland. Tout cela pour environ 50$ ttc par personne !

Peu avant d'atterrir, nous survolons le Mt Rainier, repère mythique de la région de Seattle. Mount Rainier

La réception de la voiture à Seattle sera un moment important, car nous devrons cohabiter un gros mois ensemble, sur plus de 10000 km. Et, outre une consommation raisonnable (le prix de l'essence n'est plus ce qu'il était ; nous l'avons trouvée dans certains coins reculés sensiblement plus chère qu'en France !), il nous fallait une longueur inférieure à 15', pour minimiser le coût de transport sur le ferry. Il fallait aussi qu'elle soit confortable, afin de ménager nos vieilles articulations. Le préposé au comptoir Hertz est compréhensif, efficace et compétent, il assimile nos exigences.

Il nous attribue une Hyundai Elantra. Bonne pioche, elle a été parfaite, à l'aise sur les pistes (faciles) telles que Top Of The World Hwy ou McCarthy Road, et confortable pour les très longs trajets routiers (je dirais que c'est comme une Mégane, en plus confortable. Le toit ouvrant sera un plus très apprécié (surtout par Madame qui a ainsi pu profiter du soleil Arctique, sans faire chuter notre moyenne), car nous avons eu sur la plus grande partie du trajet un temps anormalement beau et ensoleillé. La radio par satellite nous permettra de recevoir des centaines de chaînes, même très loin de toute zone habitée. Prix total payé pour cette voiture en km illimité, pour 1 mois complet : 1 175 US$ ttc, avec toutes les assurances raisonnablement nécessaires.

Petite remarque amusante : nous avons reçu une voiture immatriculée en Floride, et cela nous a attiré beaucoup de sympathie tout au long du parcours, car la Floride, c'est très looooooin de l'Alaska. On nous a souvent fait confirmer que nous venions bien de Floride, et lorsque nous répondions "non, de France", on nous demandait alors généralement "où est situé cet état ?". Notre réponse habituelle, "encore plus à l'Est que la Floride" les a à peine surpris (l'Américain moyen ne connaît que très mal la géographie).

Notre première tâche a été de faire un très gros plein de nourriture et d'outillages de cuisine dans un Safeway et dans un Walmart à proximité de l'aéroport de Seattle, car, pour des raisons d'économie ou de diététique, nous ne mangerons pas très souvent au restaurant.

En fait, tous les midi nous prévoyons un picnic léger et rapide. Et le soir, nous ne fréquenterons les restaurants que de temps à autres, lorsqu'ils amèneront un plus significatif. Car au Canada et en Alaska, les restaurants sont rares dans les zones reculées, et ailleurs ils sont toujours très chers (environ le double de ceux qu'on rencontre dans le SW des USA à qualité comparable) ; ils sont en outre généralement très quelconques ou bourratifs.

De plus, les logements que nous fréquenterons (hôtels-motels-lodges, bungalows, BnB, roadhouses, cabanes, …) nous donneront souvent gratuitement accès à un barbecue (nous comptons bien faire une cure intensive de saumon sauvage grillé) ; et sinon nous aurons parfois une kitchenette, ou au moins un micro-onde disponible ; nous utiliserons une boite spéciale en plastique, très pratique, spécialement conçue pour préparer rapidement et facilement une plâtrée de riz ou de pâtes dans un micro-onde. Il nous a néanmoins fallu trouver des cartouches bleues Camping-Gaz. Et là, mauvaise surprise, elles ne sont plus distribuées aujourd'hui dans les magasins REI de Seattle "pour raison de sûreté" (?) nous explique-t-on (j'aurais plutôt pensé pour raison commerciale). Mais heureusement nous en trouverons rapidement dans un "Big 5" voisin.

Nous passons quelques minutes, pour le fun, au Pike Market de Seattle afin de retrouver l'ambiance inimitable des vendeurs de poissons.

Pike Market, Seattle

Nous faisons là notre première rencontre du voyage avec les fameux saumons sauvages d'Alaska, à la chair couleur rouge vif, incomparables avec les saumons d'élevage que nous connaissons en Europe.

Lancés par un assistant, ils rejoignent la caisse enregistreuse par dessus les têtes et les étalages pour y être pesés et emballés. Il est vrai (nous pourrons le confirmer plus tard) que les saumons d'Alaska sont bien des champions reconnus pour le saut, par exemple pour remonter une chute. Les poissons volent bas !

Un petit tour express, sur le front de mer près du marché nous permettra de saluer une dernière fois le Mt Rainier, omniprésent dans la ville.

Seattle waterfront

Notre premier picnic se déroulera sur la rive Est du Lac Union, dans une zone un peu rétro et hippie, assez sympa, avec des maisons flottantes (on se croirait au nord se Sausalito). Lake Union

Mais nous ne nous attardons pas, et quittons bien vite la ville, direction Nord, par l'I5. Là, les difficultés commencent. Comme la dernière fois où j'ai emprunté cette autoroute en direction du Canada, elle est complètement engorgée sur 60 miles (la carpool est elle-même saturée). Contrairement à l'idée reçue, la vie ne doit pas être toujours rose dans la région de Seattle !

Nous arrivons enfin au Canada, et dormons à Abbotsford, une cinquantaine de km à l'Est de Vancouver (ville que nous éviterons complètement cette fois).

Le lendemain de bonne heure, nous nous engageons sur la "transcanadienne" direction Est, avant d'obliquer vers Kelowna et la vallée de l'Okanagan (région que nous ne connaissions pas), puis de rejoindre les Rocheuses Canadiennes.

la transcanadienne

pont flottant de Kelowna

des cultures à perte de vue

vallée de l'Okanagan

Nous n'avons pas vraiment apprécié cette région, pourtant réputée. Certains points de vue sont effectivement très beaux (le fond de la vallée est une succession de jolis lacs très longs), mais la circulation y est pénible, et les villages assez quelconques. La région est fameuse pour ses vergers, et ses fruits ; mais si ces derniers sont bien vendus en grand nombre dans des stands un peu partout au bord de la route, le tarif est dissuasif (bien plus cher qu'en supermarché, bien plus cher qu'en Europe). De plus il est très difficile de trouver à midi un coin sympathique avec tables de picnic.

Heureusement, la belle surprise de la journée sera notre ville étape, Revelstoke, au pied du Parc des Glaciers (le Canadien, pas l'Américain). Nous logeons dans un motel sympathique (Swiss Chalet), genre BnB. Et l'ambiance de ce gros bourg forestier est vraiment plaisante et relaxante : un orchestre de jazz dans un kiosque à musique anime agréablement une soirée bon enfant. Seul bémol, la ville est traversée en permanence par des trains interminables (on a compté 168 wagons), mais cela donne un coté folklorique indéniable.
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
MA Mamieli ·
je rentre de quelques jours de vacances est c'est avec plaisir que j'ai lu vos premiers commentaires de voyage. Nous avions aussi apprécié nous promener à Revelstoke et je remarque qu'il y a toujours des trains aussi longs !!!!!!!!!!

Merci de prendre du temps pour nous donner des infos, même si pour ma part, j'attends surtout la suite de votre voyage plus vers le Nooooord (pour reprendre une expression déjà utilisée par certains sur ce site).

Sinon, en ce qui concerne la réservation du ferry : j'ai fait des simulations de prix mais on me demande la longueur de la voiture , j'utilise aussi, pour des raisons de coûts, la voiture inférieure à 15 ' , mais qu'en sera-t-il exactement au final puisque je ne connaîtrai les dimensions exactes que lors de la prise du véhicule . Savez-vous si on peut quand même réserver en donnant certaines indications et les changer par la suite ? En tout cas, bonne continuation dans votre périple.
TR Trois14 Globetrotter ·
Au petit matin nous reprenons la transcanadienne, avec vues sur le magnifique Parc des Glaciers, encore bien enneigé.





Puis, aux environs de Golden, nous longeons pendant un certain temps la fameuse Columbia River. Mais ici, en amont dans son parcours canadien, elle parait une petite rivière bien calme aux innombrables méandres, très loin de ressembler au fleuve majestueux qui traversera ultérieurement l'état de Washington avant de se jeter dans le Pacifique.

La rivière Columbia

Nous entrons dans le Yoho National Park (que nous découvrons à cette occasion).

Une courte promenade apéritive (1h30 AR) nous mènera aux belles et puissantes Walpta Falls



Yoho NP : Walpta Falls

Nous longeons ensuite la Porcupine River, où nous trouvons sans peine une aire de picnic sympathique.

Yoho NP : Porcupine River

De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Nous obliquons vers le Nord, suivant le cours de l'Emerald River. La rivière passe sous un pont de pierre naturel très ludique, creusé dans la roche par la rivière.

Emerald River

Natural Bridge

Nous arrivons dans la zone du Emerald Lake, où nous avons programmé quelques ballades agréables.

Emerald Lake

Mais le sort s'acharne contre nous, toutes les pistes de promenade sont fermées, et un panneau explique pourquoi.



Pour rendre plus explicite le message, des pièges à ours prêts à fonctionner sont installés à proximité, bien visibles.



Amusant ! Mais ayant côtoyé un assez grand nombre d'ours durant ce voyage (et d'autres voyages précédents), je reste sceptique. Est-ce la véritable raison ? Un ours n'est habituellement pas dangereux si on garde ses distances avec lui ; et s'il y a un ours vraiment agressif et dangereux, il est aisé et rapide pour les rangers de le retrouver, de l'endormir et le capturer. Cela prendrait moins de temps, et coûterait bien moins cher que la solution lourde retenue (nombreuses pistes fermées aux touristes, balisage, pose de nombreux pièges). Que nous cache-t-on ?

Finalement, cela me rappelle un dessin humoristique qu'on aperçoit parfois dans les visitor centers des parcs naturels U.S.



Après une courte promenade dans la petite zone autorisée,

Emerald Lake



…... nous poursuivons donc notre route, en direction des Takakkaw Falls.

Un court sentier (nous l'empruntons en laissant indifférents deux autochtones qui nous snobent) nous permet d'accéder au pied de cette très haute et majestueuse cascade.



Takakkaw Falls

Sur le retour, nous ne manquons pas d'admirer le fameux tunnel en spirale.

tunnel en spirale

Les trains très lourds que nous avons vus hier à Revelstoke passent tous ici. La pente de la ligne étant trop élevée, les constructeurs ont conçu un système original. Ils ont creusé un tunnel circulaire dans la montagne, en pente modérée, de telle manière que la locomotive débouche du tunnel quelques dizaines de mètres plus haut que les derniers wagons qui n'y sont pas encore entrés. La loco croise alors la queue de son train.

Nous quittons en fin d'après midi le Yoho NP, que nous n'aurons finalement que rapidement survolé (ce n'était pas un but de notre voyage). Mais ce parc nous a bien plu, et il faudra transformer l'essai. Nous y reviendrons, et y passerons plusieurs jours.
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Lake Louise Village, notre étape de ce soir, n'est qu'à une quinzaine de km. Nous avons donc le temps pensons-nous de faire un court détour pour revoir rapidement la Lac et son château-hôtel. Mais cette région est de plus en plus fréquentée, et c'était sans compter avec le trafic automobile intense, même à cette heure de la journée. En fait, la route rejoignant le Lac est complètement bouchée. Changement de programme donc : nous décidons en cette fin d'AM d'aller revoir le très beau Lac Moraine, un peu plus sauvage, dont l'accès est maintenant dégagé (ce ne sera peut-être pas le cas demain matin). Un quart d'heure plus tard, nous grimpons sur la moraine qui ferme et domine le lac. Avec une eau couleur turquoise, il est toujours aussi beau et enchanteur dans son écrin de montagne.



Lake Moraine



Il y a malgré tout encore beaucoup de monde à cette heure, mais quasi-uniquement (nous excepté) que des asiatiques ! Eux aussi devaient être allergiques à la foule de la pleine journée. Nota : il ne faut pas tenter de marcher, en équilibre sur les troncs flottants (vue précédente), comme trop souvent les Français ont envie de le faire, et parfois le font : c'est le bain assuré ! (et le spectacle pour les autres visiteurs)

Retour au village. Nous sommes agréablement surpris, à la réception des hôtels ou au service dans les restaurants, de ne rencontrer partout que des jeunes parlant Français, et appréciant de retrouver des interlocuteurs parlant aussi cette langue. Ce sont des étudiants québécois, qui gagnent quelques sous dans l'Ouest durant leurs vacances. Cela est très sympathique, pour eux semble-t-il, mais aussi pour nous. La langue française est toujours bien vivante !

Après une bonne nuit, et avant de quitter la région, nous décidons, de bonne heure de tenter de repasser par Lake Louise, afin de revoir ce lac qui nous avait enchantés les fois précédentes. Mais nous jouons de malchance, la pluie s'est levée durant la nuit. Nous décidons d'y aller quand même, en espérant que cette météo aura au moins dissuadé nombre de visiteurs, et que nous aurons enfin route dégagée. C'est effectivement le cas. Mais la pluie gâche vraiment ce paysage habituellement très romantique. Même l'eau ne parait plus turquoise. Nous décidons néanmoins de marcher jusqu'à l'extrémité du chemin longeant le lac, mais en reviendrons complètement trempés.

le Château de Lake Louise

Lake Louise sous la pluie

Finalement, nous n'avons aucune peine pour quitter, peu après 9h, cette région, afin de rejoindre ce soir Jasper, par le fameux "Icefields Parkway".

Mais alors, à quelques km seulement de Lake Louise, la chance tourne encore, et nous redevient favorable. Un attroupement au bord de la route ? Mais oui : ours à l'horizon. Notre premier ours du voyage. En fait trois ours. Une mère et deux oursons.



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De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Nous continuons, pressés de revoir le très beau et photogénique Peyto Lake. Nous garons la voiture et marchons sur le sentier sous la pluie, bordé de très belles fleurs. (des anémones pulsatilles blanches -merci Kashtin pour la précision-).

anémone pulsatille blanche -merci Kashtin pour la précision-

Et nous débouchons sur le magnifique panorama du Lac Peyto. Même le temps maussade et la pluie, ici, n'altère pas vraiment le paysage. Seule la couleur turquoise est un peu plus délavée que d'habitude.

Peyto Lake



Et en regardant au loin vers le nord (vue précédente), nous découvrons que toute cette vallée glaciaire est une succession continue de lacs, à des altitudes de plus en plus hautes.

L' "Icefields Pkwy" nous offre aussi de belles chutes,



…… et nous atteignons finalement l'Athabasca Glacier, énorme langue de glace descendant du grand champ glaciaire, "The Columbia Icefield",

Athabasca Glacier

…… et son Visitor Center. Mais d'une année à l'autre, la vue de ce glacier est de plus en plus décevante, car le front de glace remonte inexorablement sous l'effet du réchauffement climatique. Je me souviens, il y a une vingtaine d'années, le Glacier atteignait presque la route, et était très beau. Aujourd'hui tout est devenu très commercial, et des ballades coûteuses en chenillettes ou en bus aux roues monstrueuses sont organisées sur la glace pour donner des frissons faciles aux cœurs fragiles.

Nous poursuivons notre route et admirons encore de multiples cascades.

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Nous longeons maintenant la Sunwapta River, également de couleur émeraude. Je me souviens parfaitement d'un emplacement très beau le long de cette rivière, idéal pour un picnic agréable. Mais c'était compter sans la pluie tenace, et nous devons finalement avaler rapidement notre lunch, en restant bien à l'abri dans la voiture. Mais nous savons apprécier notre chance quand un couple de cyclistes courageux (chapeau !), qui probablement connaissaient aussi cet endroit photogénique, s'arrêtent près de notre auto, pour également leur arrêt picnic. Malheureusement ils sont trempés, frigorifiés, et le vent violent ne leur permet même pas de déballer leurs victuailles. Aussi, ils devront se replier bien vite vers un abri de bus voisin, couvert et protégé.

La route continue vers le Nord ; nous quittons quelques instants notre voiture protectrice pour voir de près quelques chutes puissantes (Sunwapta Falls, puis quelques km plus loin, Athabasca Falls), et impressionnantes.

Sunwapta Falls

Nous atteignons enfin, en milieu d'après midi Jasper. La pluie cesse enfin. Les chalets que je fréquentais dans le temps étant indisponibles, nous avons dû trouver un nouveau point de chute. Ce sera, pour deux nuits, les Becker's Chalets, un ensemble de bungalows, à 4 km de Jasper, que nous avons finalement trouvés très agréables. Ils sont situés sur un terrain verdoyant, jouxtant un coude de la rivière Athabasca.

Becker's Chalets

Athabasca River

Seule ombre au tableau, le personnel de la réception est particulièrement désagréable. Mais les tâches bassement matérielles du check-in une fois réglées, nous n'aurons plus à faire avec eux, et apprécierons le séjour. Notre bungalow assez sommaire dispose cependant d'une clim (inutile), mais surtout d'un bon chauffage (indispensable). Comme nous avons la possibilité de cuisiner, nous faisons une première virée à Jasper afin d'acheter des pavés de steaks et de saumons, qui seront délicieux au barbecue ce soir et demain soir. Nous recherchons aussi, mais avec peu d'espoir de succés, dans les boutiques de la ville un teeshirt original et humoristique, rigoureusement identique à celui que nous avions acheté ici-même pour notre fils il y a une dizaine d'années, teeshirt qu'il a adoré et usé jusqu'à la corde. Contre toute attente, nous retrouvons le même modèle. Heureusement, ils ne renouvellent pas souvent leurs collections ! Nous cherchons également, et retrouvons sans peine, un glacier appétissant qui fabrique un délicieux sorbet naturel au yaourt et aux baies sauvages pilées devant nous, notre péché mignon. Ainsi donc, les deux soirs prochains après le dîner, nous repasserons ici en ville pour prendre notre dessert favori, le frozen yogourt.

D'une manière générale, l'agglomération de Jasper est agréable, et la fréquentation très raisonnable (rien à voir avec Lake Louise). Et que dire des environs qui offrent des ballades magnifiques et variées. Mais notre objectif de voyage cette année étant beaucoup plus au nord, nous ne nous sommes accordés qu'une seule petite journée de détente ici, ce sera demain. En fait, la région de Jasper justifierait sans peine un séjour de 4 ou 5 jours.
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Aujourd'hui donc, petite journée, cool, peinarde.

Relaxation à proximité de notre bungalow, puis ballade aux environs du Lac Maligne.

Lac Maligne

Notre idée était de refaire l'excursion sur Spirit Island, une île très photogénique (une photo de Spirit Island a gagné il y a très longtemps le concours Kodak de la plus belle photographie, elle a été diffusée dans le monde entier, et a assuré à jamais la célébrité du lieu) qui est située à l'autre extrémité du lac. La route depuis Jasper (une cinquantaine de km) est réellement magnifique, et nous devons stopper un instant peu après le lac Medicine pour laisser la priorité à un wapiti bien imprudent. Arrivés au Lac, nous sommes surpris de ne pas retrouver la remise à bateau (location de canoës) telle que nous l'avions toujours connue, avec son toit rouge vif et son inscription emblématique visible de loin. L'ensemble a été reconstruit, moins typique je trouve.



Nous souhaitons d'abord réserver au plus vite l'excursion en bateau sur Spirit Island. Mais en découvrant le coût demandé aujourd'hui pour ce tour en vedette (près de 60$ par personne pour à peine 1h30 AR), nous trouvons que cela est prohibitif juste pour refaire une photo, et nous changeons vite de plan (d'autant plus que nous avions déjà fait cette excursion -et cette photo- il y a longtemps, avec nos enfants). Et hop, 120$ facilement gagnés !

En contre partie, nous décidons de faire une balade de quelques heures sur les sentiers à proximité du lac. Nous optons pour la boucle Mary Schaffer, avec une extension pour grimper du coté des Collines-Opals.



L'environnement est agréable (bord du lac, monticules glaciaires géologiques, pins odorants, …) et les vues sur la vallée grandioses. Nous croisons quelques promeneurs prévoyants, car ils actionnent en permanence leur clochette anti-ours. Quoi qu'il en soit, nous ne croiserons pas d'ours ici.

Le soir, nous nous couchons de bonne heure, car demain notre voyage vers le Nord devrait véritablement commencer, et il faudra démarrer avant l'aube pour une très longue étape. En effet, 1000 km de conduite sont au programme, et si je connais bien le nord du trajet au-delà de Dawson Creek (excellent), je ne connais pas du tout la première partie, sans aucune agglomération significative, et je redoute d'avoir à faire à une voie d'exploitation forestière, à la viabilité incertaine.

= + = + = +

Nous levons donc la camp à 4h30 le lendemain matin, il fait nuit noire.

Le soleil apparaîtra aux environs d'Hinton, et nous apercevrons alors nos premiers mooses près des étangs environnants.

Puis nous obliquons sur la route 40, la portion que je redoutais tant. En fait, mon humeur s'éclaircit très vite. La route est goudronnée, avec peu de virages, et toujours bien roulante ; et pour ne pas gâcher le tableau, cette route porte un nom plaisant : la "Bighorn Hwy", ce qui est encourageant. Mais si les nouvelles demeurent excellentes concernant la conduite, je m'aperçois bien vite que l'environnement est loin d'être celui que j'espérais. D'une part nous n'avons aperçu aucun bighorn, aucun animal sauvage en fait (j'espérais secrètement, en voyageant très tôt, apercevoir quelques ours). D'autre part je découvre que cette région de l'Alberta est une vaste zone de production de pétrole conventionnel et non conventionnel (sables bitumineux), ainsi que de charbon. Une odeur lancinante de pétrole mal consumé aux torchères (omniprésentes), des zones ravagées par cette exploitation sauvage … donnent une bien piètre idée de l'écologie. Ceci étant, même si j'ai bien le droit d'avoir une opinion, ils sont chez eux, c'est leur problème, et ce n'est pas le mien. D'autant plus que je dois reconnaître que je suis mal placé pour administrer des leçons (avec les vols long–courrier que j'utilise, et avec tous les km que je conduis en voiture –une douzaine de milliers cet été-) ; on pourrait facilement me signifier que le pétrole que je consomme, il faut bien que d'autres trouvent des moyens pour l'approvisionner. Quoi qu'il en soit, la moyenne se maintient élevée, à près de 100 km/h. A ce rythme nous arrivons en milieu de matinée à Grande Prairie (la grande agglomération de la région) et faisons quelques emplettes au Walmart pour nous dégourdir les jambes. Nous profitons également du prix attractif de l'essence –environ 1 CA$ le litre- (nous savons pourquoi) pour refaire le plein.

Et nous reprenons la route, la longue route … en fait, plate, monotone au milieu de prairies, sans beaucoup d'intérêt jusqu'à Dawson Creek, qui est le point de départ officiel de l'Alaska Highway. L'Aventure commence !

Alaska Hwy, kilomètre zéro



hôtel de Dawson Creek

Enfin à partir de là, la route devient nettement plus agréable. Toujours longue, mais plaisante. Elle traverse bientôt Fort St John, une ville dynamique, commerçante, avec beaucoup de motels (nous y avons fait étape à plusieurs reprises lors de nos voyages précédents). C'est une ville riche, dont la prospérité est basée sur l'exploitation du pétrole et du gaz naturel. Elle est située à proximité de la plaisante Peace River, qui de proche en proche finit par se jeter au nord du continent dans l'Océan Arctique, via le fleuve Mackenzie.



La campagne devient verdoyante, parsemée de petits lacs. Mais cette fois nous ne nous arrêtons pas longtemps, car il nous reste encore 400 km de route avant d'atteindre notre étape du soir.

L'Alaska Highway est généralement une route assez large, facile à conduire. Le bitume (au moins ici, dans la partie Nord de la Colombie Britannique) est très roulant. La végétation est abondante. La circulation est très raisonnable (nous croisons une petite vingtaine de véhicules par heure en moyenne en pleine journée).

l'Alcan

Nous parvenons enfin vers 20 heures à Fort Nelson (un très ancien comptoir de trappeurs), où un motel rustique nous attend. La température est agréable (près de 20°C), et le soleil encore très haut dans le ciel (les journées s'allongent visiblement, à mesure qu'on "monte"). Nous dînerons sur le pas de notre chambre, au soleil. Puis dodo, car demain sera encore une longue étape. - -
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
L'ALASKA HIGHWAY, est également dénommée L'ALCAN

Je vais tenter de décrire, dans les trois messages suivants (à considérer comme une parenthèse dans la progression du voyage), l'Alaska Highway, tout ce qui en fait le charme, et la difficulté aussi.

La vie sauvage est partout présente tout au long de l'Alcan.





















De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Nous croisons un nombre incalculable de rivières (parfois des téléphériques manuels en facilitent la traversée pour l'exploitation forestière) et de lacs, sur lesquels les castors construisent des barrages ingénieux.





téléphérique à main







De loin en loin (environ chaque 100-150 km), un roadhouse très sommaire propose des services basiques aux voyageurs au long cours (téléphone, essence, mini-boutique, café-restaurant rustique mais toujours bien chauffé, parfois camping ou quelques cabines ou chambres sommaires). C'est souvent le prétexte pour une halte naturelle afin de détendre le conducteur.

roadhouse sur l'Alcan

un autre ...

… avec ses toilettes extérieures

Mais, les années passant, ces roadhouses tendent à s'espacer. Beaucoup disparaissent ou cessent d'être exploités, et ils ne sont pas remplacés.



Je pense que cela est dû à une évolution inexorable du trafic sur cette route. Il y a quelques années, "faire l'Alaska Highway" était encore une aventure exaltante, bien que sans risque réel. Mais cela se méritait et justifiait quelque courage. Ce courage, les gens d'aujourd'hui l'ont de moins en moins et préfèrent rejoindre Ancorage (ou Whitehorse) directement par avion. Ils ont bien tort ! Ainsi donc les voitures particulières se font de plus en plus rares, et laissent la place à des camions de plus en plus nombreux et puissants (ils roulent aussi vite parfois plus que les voitures) et à des camping-cars toujours plus monumentaux (quelle est la consommation de carburant d'un tel attelage -camping car trainant une voiture- pour l'ensemble du trajet?).

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"petite" résidence secondaire

Cette évolution du trafic a aussi une autre conséquence fâcheuse ; jusqu'à récemment, outre les roadhouses, on trouvait parfois au bord de la route quelques restaurants abordables et agréables, spécialisés dans le saumon sauvage grillé, pêché dans les rivières des environs. Nous avions même prévu de faire halte comme les fois précédentes dans deux d'entre eux qui nous avaient beaucoup plu. Perdu ! ils ont tous deux fermé en 4 ans.

Les carcasses de ces exploitations diverses demeurent à l'abandon au bord de la route. Le (mauvais) temps fait vite son œuvre, sinistre, donnant parfois à l'Alaska Highway des airs de "route 66" du grand nord.

Signalons une dernière et remarquable catégorie de voyageurs qui emprunte également l'Alcan, les cyclistes (salut Spartiate, cela devrait finir de te convaincre). En solo ou en couple, mais toujours en autonomie totale, ils "se payent" l'Alaska Hwy sur des milliers de km. Leur vélo est toujours hyper chargé, avec des sacoches partout, parfois une remorque. Nous en croisons (ou doublons) une trentaine au total cette année, toujours avec beaucoup de sympathie et de respect, en évitant de les gêner. Et leur mérite est grand, car si le climat peut être clément (comme cette année), il est parfois très pluvieux.



Nous ferons d'ailleurs connaissance (voir plus loin) à Anchorage avec un couple de jeunes Suisses de Lausanne, qui rejoindront en 18 mois l'Alaska à Ushuaia.
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Et pour terminer ce chapitre sur l'Alcan, il faut reparler de la route elle-même.

Contrairement à ce qu'on peut parfois lire, ce n'est jamais une autoroute au sens européen du terme. Il n'y a bien sûr qu'une seule bande de roulement, mais les véhicules s'y croisent habituellement sans difficulté. Elle est en général bonne, très bonne, excellente même le plus souvent. La moyenne réalisée y est élevée, seulement limitée par les réglementations officielles (90 ou 100 km/h au Canada, souvent 65 miles/h en Alaska).

Conditions donc excellentes, …... sauf quand elles sont déplorables ! L'Alcan est en effet ouvert toute l'année à la circulation. Pendant tout l'hiver (trèèèèès long) la chaussée est enneigée. Seuls des camions (trèèèèès lourds) l'utilisent alors. Et au dégel, elle se retrouve complètement défoncée, avec de multiples nids de poules. La réfection est impérative chaque année, mais elle n'est possible que pendant les seuls trois mois d'été (malheureusement, les mois où nous la fréquentons). Autant dire que les zones de travaux sont longues et très fréquentes, les ralentissements, passages en sens unique derrière "pilot car", attentes prolongées … sont monnaie courante, et crispantes quand on a prévu un kilométrage élevé dans la journée. Heureusement les journées s'allongent de plus en plus à mesure que l'on monte vers le Nord, et on ne craint pas d'arriver … à la nuit (qui ne vient jamais). Ces désagréments sont énervants, mais il faut en tenir compte. En fait, les travaux de remise en état sont d'autant plus fréquents qu'on avance vers le Nord.









A la sortie de telles zones, les vitres deviennent opaques, la voiture a changé de couleur, et nécessite le soir à l'étape (on trouve en général un robinet) un lavage en profondeur (il m'arrive alors de plaindre les utilisateurs de CC qui, aussi, doivent nettoyer leur monture, le plus souvent à la main).

Enfin, dans la partie la plus septentrionale du trajet, un autre inconvénient guette le conducteur. Le sol reste gelé toute l'année à 60 cm de profondeur. Mais la couche supérieure dégèle, irrégulièrement, en été (phénomène de permafrost). Cette irrégularité se transmet à la surface de la route, qui se trouve ainsi fortement "gondolée". Secouez-moi, secouez-moi !





Ces conditions de sol ont une autre conséquence très visible. Les plantes ne peuvent développer leurs racines que dans la partie qui dégèle en été ; or cette partie est très restreinte (moins de 50 cm parfois) dans certaines zones froides. Les plantes ainsi "compressées", tout comme les bonzaïs (même cause, même effet) restent naines, et souvent les forêts de sapins sont constituées d'arbres dà peine 1 mètre de haut.

forêt boréale

= + = + = +

Mais à coté de ces petites contrariétés, la remontée de l'Alcan nous fait vivre une véritable épopée. Non, pas la notre (notre mérite n'est vraiment pas grand), mais celle des constructeurs de cette route. En 1942, à la suite de l'attaque de Pearl Harbor, les Américains ont réalisé combien ils étaient vulnérables à une offensive japonaise aérienne sur leur propre sol. Les états "du bas" étaient protégés par de puissantes forces militaires, mais l'Alaska était quasiment sans défense, en tout cas très vulnérable. Et l'Alaska, craignait-on, risquait de devenir la tête de pont japonaise qui aurait permis d'envahir tout le continent américain. Il fallait tout faire pour éviter cette situation, et donc améliorer au plus vite les communications "états du bas"-Alaska, afin d'être en mesure d'y transporter des forces rapidement, et de défendre efficacement ce territoire en cas d'attaque. Cette voie de pénétration de plusieurs milliers de km, en territoire hostile, a été construite par les militaires en quelques mois seulement (on reste rêveur), afin d'être terminée avant l'hiver suivant. Des moyens considérables ont été déployés. Mais le trajet prévisionnel était très approximatif, et ce sont les constructeurs sur site qui en temps réel, ont décidé du détail du trajet (une des contrainte était d'éviter les longues lignes droites, qui auraient pu servir de piste d'atterrissage aux avions japonais. La route a donc volontairement été construite tortueuse) et des moyens de franchissement les mieux adaptés ; en fait, ils ont réglé sur place et en temps réel la majorité des problèmes qui se posaient. Mais les difficultés, les incidents (ou les accidents), les anecdotes, ont été nombreux. Les constructeurs ont ainsi vécu une épopée mémorable, comportant de nombreux épisodes. Des panneaux métalliques explicatifs en grand nombre, tout au long de la route, font revivre, cette aventure. Leur lecture est passionnante, et je conseille à un futur voyageur de s’arrêter systématiquement à chacun d'eux (ils sont bien signalés).

Mais la route a bien évolué depuis. Elle a fini par être entièrement goudronnée il y a une quizaine d'années seulement. Certaines portions tortueuses ont été redessinée rectilignes quand cela était possible (les américains ne craignent plus aujourd'hui les avions japonais). Ainsi le kilométrage total a diminué de quelques dizaines de kilomètres. Mais les adresses le long de la route sont restées identiques "Alcan, mile xyzt", telles qu'elles étaient à la construction. On ne peut donc plus se fier à son compteur de voiture pour trouver l'adresse d'un trappeur ou d'un chercheur d'or isolé.

Enfin je vais signaler ici un élément qui est comme un enchantement tout au long du parcours ; pour ainsi dire, un fil rouge, tant sa présence est récurrente, et avec une densité vraiment incroyable. Je veux parler d'une fleur rouge-mauve assez haute (1 mètre environ), très jolie, présente sur de grandes surfaces, partout, en particulier sur les talus au bord des routes. Cette fleur est d'ailleurs la fleur nationale du Yukon (on comprendrait mal le contraire, tant elle y est commune). En début d'été ces fleurs sont encore discrètes, à peine écloses. Mais dès le 15 juillet, elles envahissent tous les paysages, prenant même parfois le dessus sur le vert Alaska. Il s'agit des Fireweed flowers, plus connues en Europe sous le nom d'épilobe).

On ne peut pas les rater !

fireweed flowers

De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Fin de mes petites digressions sur l'Alaska Highway !

Je reviens enfin à la progression de notre voyage. Ainsi donc (pour ceux qui suivent, s'il en reste encore) je rappelle que nous passons la nuit à Fort Nelson (Nord de la Colombie Britannique), après une lonnnnnnngue journée de route.

Le trajet aujourd'hui sera à peine moins long. Notre objectif est lointain, Teslin Lake, dans le Yukon. Le départ a encore lieu peu avant 6h du matin.

Assez vite, le relief devient plus tourmenté. Nous allons passer au point le plus élevé de l'Alcan, en traversant une petite chaîne montagneuse à "Summit Lake", mais rien de bien méchant, car l'altitude reste modérée ; la température fraîchit néanmoins, et s'approche de 0°C, mais notre voiture est en forme, et nous progressons rapidement. Nous redescendons le col. Il y a beaucoup de mouflons sur la route. Le paysage devient grandiose. Nous longeons des lacs beaucoup plus grands et allongés, des lacs glaciaires.

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Puis nous approchons d'une région que j'aime beaucoup, où nous avons fait étape dans une vie antérieure : la région de Muncho Lake. Un lodge confortable en bois, installé au bord de la route et du lac, nous rappelle d'excellents souvenirs. Mais aujourd'hui nous n'y ferons qu'une brève halte, juste pour y boire un café. Sur le lac, deux hydravions sont amarrés : 1/ pour l'approvisionnement de l’hôtel, 2/ pour proposer à la clientèle des excursions (en général aller à la pêche sur d'autres lacs de montagne, ou à la chasse, ou pour aller découvrir des ours).

Muncho Lake, lodge

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Nous discutons avec un pilote. Lors de nos deux derniers passages ici, nous avions aperçu des ours tout près de la route, à quelques kilomètres plus au Nord. Il nous confirme que si nous avons de la chance, nous pourrons en revoir également cette année. Mais prudence ! Il y a une mère avec deux petits qui est très agressive, et dont il faut se méfier. Et de fait, nous l’apercevrons bien, mais sans ses petits ; mais par précaution, nous ne quitterons pas l'auto.

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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
GA Gagaprovence Regular ·
Bravo pour ces magnifiques photos qui me font rêver ! Tu as dû t'éclater, j'attends la suite !
10 jours dans l'Ouest, toussaint 2010 http://voyageforum.com/v.f?post=3791530;page=unread#unread carnet de voyage Angleterre en famille : http://voyageforum.com/forum/campagne_anglaise_en_famille_avril_2012_D5391671/ Trois jours à Rome http://voyageforum.com/forum/trois_jours_rome_D5959943/
TR Trois14 Globetrotter ·
Une centaine de kilomètres plus loin, nous parvenons dans la région de Liard River Hot Springs, avec ses sources chaudes, sommairement aménagées. L'eau est à 38°C. Madame refuse de se mouiller, mais je ne saurais résister à ce plaisir.

Liard Rv Hot Springs

Puis, les 150 km qui suivent seront très prolifiques. Nous pourrons admirer, sur le bord de la route, parfois à moins de deux mètres de nous (on reste alors prudemment dans l'auto), une bonne vingtaine d'ours. Ils ne paraissent pas farouches. Ce sont le plus souvent des ours noirs (mais il y a quelques grizzlys), bien que certains soient carrément de couleur brune, voire même beige très clair. Plusieurs mères seront accompagnées de leurs deux petits.







Non, là ce n'est pas un ours !











Nous arrivons enfin sur le coup de 13 heures à Watson Lake, et quittons la Colombie Britannique pour le Territoire du Yukon.

Le Yukon est un territoire grand comme la France (500 000 km2), mais peuplé par seulement 30 000 habitants. Quand on sait que plus de 20 000 d'entre eux vivent à Whitehorse, la capitale, et qu'il existe 3 ou 4 agglomérations d'un millier d'habitants chacune environ, on conçoit mieux ce que signifie le terme "vide". Dans cette immensité verte, outre quelques roadhouses le long de l'Alcan ou du Klondike Hwy, ne vivent que quelques trappeurs-chercheurs d'or isolés en quête de rêve et de solitudes. Par contre en été, les moustiques, eux, se comptent par millions (milliards ?), ils sont très agressifs (nous devons en permanence garder bras et jambes couverts) et énormes.

moustique mastoc

Et, mais c'est beaucoup plus sympathique, il en est de même des fireweeds (fleurs rougeâtres) qui sont partout présents par milliers (j'en ai parlé plus haut). Par ailleurs, le Yukon est mondialement devenu célèbre par la ruée vers l'or de 1896, la grande, la vraie, celle de "The Gold Rush" de Chaplin, celle de Jack London, celle du Klondike (nous en reparlerons en détail plus loin). Autre particularité : la langue anglaise est naturellement la langue du pays ; mais il existe au Yukon une puissante association Franco-Yukonnaise, dont le but est de promouvoir notre langue, et de maintenir des liens entre les francophones. Je constate qu'elle est très efficace. En fait, le Yukon, j'aime bien ! (c'est peut-être aussi parce que certains de mes proches disent que je suis un ours).

Watson Lake n'échappe pas aux remarques faites plus tôt sur la baisse de l'activité le long de l'Alcan. J'avais gardé le souvenir d'une bourgade vivante, avec des supermarchés sinon de taille imposante, du moins de taille correcte ; et une certaine animation était présente (nous avions visité un musée intéressant sur les aurores boréales, qui je pense continue à fonctionner de nos jours, et mérite un arrêt d'une heure). Mais cette année, tout parait mort, nous avons des difficultés à faire quelques emplettes (tout est fermé ou mal achalandé), et le plein de la voiture nous a demandé 20 bonnes minutes (peu de stations ouvertes).

La principale attraction de la ville est un champ de panneaux indicateurs (des milliers). Lors de la construction de l'Alcan en 1942, un soldat nostalgique de son pays (un état du sud des USA), a planté un panneau indicateur de son village, avec la distance indiquée (plusieurs milliers de km). L'exemple a été très suivi depuis, et aujourd'hui le nombre de panneaux est innombrable. Quelques uns concernent des villages français.

foret de panneaux

Nous picniquons à proximité des lacs qui sont au nord de la ville, mais devons faire vite, car un escadron de moustiques nous a repérés et ne nous laisse aucun répit ; puis nous quittons Watson Lake en tout début d'AM ; nous roulons sans discontinuer (en nous relayant au volant) jusqu'à notre étape du soir.

Peu avant l'arrivée, nous sommes témoin d'un phénomène atmosphérique remarquable.



En regardant coté Nord, droit devant nous, le ciel paraît s'illuminer sur une large portion par des lumières de couleurs, verdâtres et rougeâtres. Je n'ai pas d'explication. Bien sûr, je pense à une aurore boréale. Mais je croyais qu'elles n'étaient visibles que durant la nuit noire ; et jamais de jour, en été de surcroît. Mais au bout de quelques minutes, le phénomène s'atténue puis disparait. Il demeurera une énigme, et nous continuons notre route.

Nous parvenons peu avant 18h à notre destination-étape, le "Dawson Peaks Resort", environ 10 km avant le pont de Teslin, au bord du lac du même nom (peu large, mais 100 km de long). Dawson Peaks est une étape pratique, qui propose des bungalows agréables au bord du lac, un restaurant, mais surtout un camping ; et de fait la grande majorité des clients utilisent le camping, où ils "parquent" leurs mobilhomes gigantesques et tout confort. Nous retenons un bungalow ; ils sont peu demandés et nous avons le choix de l'emplacement.





Durant le check-in, je précise ma nationalité française en présentant mon passeport. C'est alors qu'un couple qui consommait tranquillement au bar en attendant l'heure du repas, se porte à notre rencontre, et parait tout heureux d'appercevoir deux énergumènes dont la langue Anglaise laborieuse n'est visiblement utilisée que par nécessité. Eux-mêmes habitent la région de Trois-Rivières au Québec (à près de 6000 km de là), et ils nous invitent illico à venir discuter et prendre l'apéritif dans leur mobilhome ; ce que nous acceptons avec plaisir.

Ils sont alors très fiers de nous faire visiter dans les moindres détails leur palace roulant. Et de fait, c'est très impressionnant. En position camping, mues par des moteurs électriques, les cloisons extérieures se déplacent, agrandissant la largeur du véhicule de plus de deux mètres. Je n'imaginais pas qu'on puisse disposer d'autant de place à l'intérieur. On y trouve une chambre spacieuse (avec lit queen-size !), un salon avec fauteuils, canapé, TV satellite et tout le confort, une salle de bain de taille correcte, et bien sûr cuisine luxueusement équipée. Je réalise que beaucoup de résidences secondaires (fixes) chez nous sont moins bien équipées que ce camping-car, et parfois moins spacieuses ; et probablement le plus souvent beaucoup moins chères. Je réalise aussi que le déplacement sur un long trajet avec un tel véhicule, plus gros qu'un bus, doit être extrêmement coûteux, surtout au prix actuel de l'essence (ils consomment 5 à 10 fois plus que nous). Et la vitesse doit rester modérée, pour que tout ne "danse" pas derrière sous l'effet des secousses de la route ! De fait, il s'avère que leurs étapes journalières sont trois fois plus courtes que les nôtres. Nous discutons un moment, puis raffinement suprême, ils nous apprennent qu'ils ont dans leur frigidaire bien au frais Sauternes et foie gras du Périgord ! Inimaginable dans un lieu aussi reculé, à 12000 km de chez nous. Ils connaissent parfaitement la France où ils voyagent souvent, nous parlent de leur vie au Québec.

Mais ils nous apprennent surtout qu'ils sont très hostiles à l'extension continue de la langue Anglaise dans leur pays, trouvent que leur minorité francophone est écrasée et bafouée au Canada ; ils se font donc une religion de ne jamais parler l'Anglais (que bien sûr ils connaissent parfaitement) sauf besoin absolu. En fait, tout ce qui est pouvoir fédéral et langue Anglaise les indisposent. Leur espoir est de parvenir à créer un état francophone qui couperait les ponts avec le reste du Canada tant honni. Et pour le coup, ils nous paraissent beaucoup moins sympathiques, par leur fanatisme ouvertement affiché. Autant parler français avec des gens qui apprécient comme nous de retrouver leur langue loin de chez eux et y prennent plaisir, est agréable et sympathique ; autant les suivre dans leur extrémisme nous indispose ; et nous estimons surtout ne pas avoir à prendre partie dans cette guéguerre interne. En fait, tous les Canadiens, quel que soit leur langue, peuvent être sympathiques (même si nous avons un faible pour ceux qui parlent français 😉 ). Aussi, nous prenons bien vite congé de nos hotes, avant même d'entamer le foie gras.

Et nous dînons au calme sur le balcon de notre bungalow d'un plat de pâtes au thon (c'est bon aussi) vite préparé. - -
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Le lendemain matin, nous avons quelque peine à quitter ce lieu idyllique. Aussi nous nous promenons un moment au bord du lac, avant de paresser quelques instants au soleil, sur le débarcadère.





Puis nous quittons l'endroit, en constatant au passage que nos "amis" francophones n'ont pas encore bougé. Nous traversons quelques minutes plus tard le pont de Teslin, très bel ouvrage métallique long de plusieurs centaines de mètres.





Nous parvenons à mi-journée à Whitehorse, où nous avons réservé une chambre pour deux nuits.

Peu avant la ville nous allons voir le "Miles Canyon" sur le Yukon. Le fleuve se resserre et passe par un étroit défilé, aujourd'hui d'une beauté sauvage, mais redoutable à la fin du XIXième siècle, à l'époque de la ruée vers l'or, quand les mineurs devaient passer ici pour rejoindre le Klondike, sur des barcasses sommaires qu'ils avaient eux même construites quelques jours plus tôt. La rivière était recouverte d'écume blanche rappelant la crinière de chevaux (d'où le nom de Whitehorse). Beaucoup de pauvres bougres ont laissé la vie à cet endroit, jusqu'à ce que les autorités canadiennes s'émeuvent et imposent de prendre sur chaque bateau un pilote local pour le passage. Cela a contribué à développer fortement la ville, qui auparavant n'était qu'un petit centre habité uniquement par des Indiens. Un sentier de promenade agréable longe aujourd'hui tout la défilé.



prise en 2011

prise en ... 1898

De nos jours, un barrage a été construit sur le fleuve, quelques km en aval, contribuant à calmer un peu la fougue de la rivière. Ainsi, aujourd'hui on ne voit qu'à peine cette écume blanche rappelant des chevaux blancs. Mais à la sortie du défilé, le lac calme ainsi créé, le Schwatka Lake, est utilisé comme base d'hydravion pour Whitehorse. Nous picniquerons dans les environs.





Puis nous découvrons notre hôtel, en tout début d'AM. Je pensais durant cette demi-journée que nous nous promènerions en ville. Mais nous la connaissons déjà, le voyage en auto commence à laisser quelques traces de fatigue … Aussi, une courte sieste sera la bienvenue. Ensuite Annie préfère profiter de la laundry de l'hôtel. Aussi, c'est seul que je pars faire un tour.

J'ai trouvé cette promenade assez décevante. Je n'ai pas retrouvé le Whitehorse que j'adorais. De nombreux chantiers gâchent la ville, les rues sont bruyantes et remplies de voitures (ce n'est quand même pas la place de la Concorde), les piétons sont devenus plus rares, et surtout moins typiques. On ne voit plus la police montée à cheval. Les boutiques ne sont pas très actives, la gare est presque désaffectée … bref, cela devient une bourgade moderne traditionnelle, quelconque. Seul le front de fleuve sur le Yukon, et la partie ancienne de la ville ont conservé quelques attraits. Nous y trouvons un des premiers "gratte-ciel" du monde, …en rondin, et encore habité (voir les vélos sur le balcon).

cela semble être une reconstitution

Old log church

Log skyscraper

Je découvre cependant, près du fleuve, un bâtiment moderne que je ne connaissais pas : le centre du tourisme et de la culture, qui est finalement très bien conçu, et instructif. Puis je comptais passer quelque temps au musée de la ville, le MacBride Museum, intéressant, et très orienté vers l'époque de la ruée vers l'or, avec beaucoup de documents d'archives. Mais quand je me présente, il est déjà fermé, alors que la ville commence à peine à s'activer. Quelle idée de fermer à 17h !

Retour à l'hôtel, nouvelle sortie (à deux cette fois) pour visiter les grands supermarchés de la ville et leurs rayons bien achalandés (cela nous change), puis direction restaurant. Nous recherchons un grill typique, le "Klondike Rib and Salmon Barbecue", dans lequel nous avions passé il y a quatre ans une soirée mémorable. Oui, mais l'atmosphère a manifestement changé. Une longue queue d'accès qui se prolonge dehors, un menu dont les tarifs ont explosé, un coté touristique bien plus que typique, nous font faire demi tour. Nous terminerons dans une pizzéria, finalement très correcte.

Le soir à minuit (j'ai profité d'une bonne connexion internet durant la soirée), je regarde par la fenêtre de notre chambre :



Nous avons bien entamé notre périple vers le Nord. Ce n'est pas encore le soleil de minuit, mais on peut déjà circuler en voiture sans phare en pleine nuit.

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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
VN Vnoa Globetrotter ·
hello J-Pi 😉,

hé ben dis donc quelle belle collection de "nounours" ! 😉 c'est impressionnant ! et certains ne semblent pas très loin !

merci pour ce récit qui se lit fort agréablement ! et pour toutes les explications et infos fort intéressantes !

bon, ben voilà encore une destination (Alaska) qui me fait envie ! 😛

j'attends la suite parce qu'il y a du "lourd" à venir 🙂 (ours à Katmai, Kaskawulsh Glacier dont on a eu un petit avant goût... et l'Arizona).

@+ Vnoa
"A la liberté de provocation, répond la liberté d'objection" "Les cons, ça ose tout. C'est même à ça qu'on les reconnaît" "Le con ne perd jamais son temps, il perd celui des autres"

Carnet de Voyage: De Mile High City à Sin City (Colorado, Utah, Arizona, Nevada) -> voir mon profil
LE LeSpartiate Globetrotter ·
Bonsoir Jean-Pierre,

Vu que notre carnet de voyage est terminé, je vais pouvoir plonger dans le tien avec délectation... Ben, non, je ne connais pas délectation ! Je pense qu'il va y avoir du vert 😛... J'adore 😏😉

@+ Patrick
Tout ce qui ne vous tue pas , vous rend plus fort !!
LE LeSpartiate Globetrotter ·
Salut l'ours😛

Un carnet tout en vert, blanc, bleu et noir (ours) qui me change de mes roches rouges et ocre. J'aime bien tes références historiques et anecdotes des lieux que tu traverses. Une certaine nostalgie transperce à travers de tes belles photos et de ton récit. Des feufleurs, les fameuses Fireweed flower's ... en latin ? que Laurence ne manquerait pas de photographier. Des grosses bébêtes... et la pluie..... aïe ! Amusant, la forêt de panneaux... Impressionnant, les Spartiates en vélo, ça ne doit pas être facile tous les jours, pour eux. Là, je préfère mes roches rouges et le cagnard 😉; Je salue leur courage. Etonnant, le tunnel en spirale.

on va attendre la suite..... vers le Nooooooooord

@+ Patrick
Tout ce qui ne vous tue pas , vous rend plus fort !!
TR Trois14 Globetrotter ·
bonsoir Val

et merci pour tes encouragements. Mais c'est vrai qu'à ce stade, le voyage vient à peine de commencer. Les hauts lieus que tu cites, ce n'est que pour plus tard. Et tu ne mentionnes pas notre "sommet" : Anan Creek et sa multitude d'ours, près de Wrangell, une journée de rêve.

J-Pi
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Bonsoir Patrick

Après la rédaction de votre prestigieux carnet de voyage, et la multitude d'admirateurs enthousiastes qui se sont manifestés, j'apprécie ta curiosité qui t'amène à t'intéresser à autre chose qu'aux pierres rouges. C'est vrai que si tu te rappelles bien Spartes, il n'y a pas de pierres rouges, et il y a même pas mal de verdure (c'est dans la montagne).

J'aime bien tes références historiques et anecdotes des lieux que tu traverses.

Alors tu adoreras j'espère le tout prochain message (je le posterai peut-être cette nuit). En fait, nous n'avancerons pas d'un iota (en km), mais je plante le décor pour les prochains jours. Et c'est une période particulièrement riche, envoutante même, de l'histoire de l'Alaska et du Yukon.

Tu verras, j'ai d'ailleurs rajouté un paragraphe sur une randonnée difficile mais extraordinaire, en pensant à toi. La montée du Chilkoot est un passage spécialement taillé pour les Spartiates. Surtout avec une tonne de bagages !

Pour les fleufleurs, ce n'est qu'un début, car comme Lolo je les apprécie beaucoup. Mais je suis moins savant qu'elle, et ne cherche pas à les identifier.

et la pluie..... aïe !

Et bien, non. La météo a été globalement très clémente cette année (excepté dans la région de Lake Louise au début). Tous nos longs parcours en voiture, toutes nos excursions sympas ont été réalisés par beau temps. Nous ne retrouverons la pluie et le ciel bas que pour nos tous derniers jours en Alaska, dans la région du Panhandle, que nous visiterons en ferry.

à+

J-Pi
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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Le jour suivant, notre programme nous mènera, pour une virée de la journée en AR depuis Whitehorse, jusqu'à Skagway, en Alaska.

Pourquoi Skagway, malgré son coté touristique très affirmé (les nombreux bateaux de croisières, véritables palaces flottant, qui "font" l'Alaska depuis Seattle ou Vancouver, y font tous escale et déversent leur cargaison de touristes fortunés pour quelques heures) ? Pourtant nous connaissons déjà bien ce port, pour y être déjà venus lors de voyages précédents, tantôt via la mer en ferry depuis Haines, tantôt, comme cette fois, par la route depuis le Yukon (Whitehorse).

En fait, il y a plusieurs raisons à cela.

>>>>==> Je m'intéresse particulièrement, à l'occasion de ce voyage, à tout ce qui touche la Ruée vers l'Or du Klondike, et dans ce contexte, Skagway est incontournable. En 1900, ce port était mondialement célèbre, pour être la première étape du voyage vers le Klondike. A son apogée, plus de 30.000 habitants y avaient établi demeure, et un nombre infiniment plus grand de voyageurs y transitaient ; plusieurs vapeurs par jour reliaient la ville à Seattle ou à San Francisco. >>>>==> Malgré l'exploitation touristique actuelle indiscutable, je trouve que ce port a conservé une âme. Tout dans la ville nous ramène 110 ans en arrière. Les bâtiments sont restés (ou reconstruits) très typiques (même si aujourd'hui ils sont le plus souvent transformés en commerces lucratifs). Et pour rien au monde je voudrais manquer la date du 8 Juillet à Skagway. En effet Jefferson Randolph, plus connu sous le nom de "Soapy Smith", était un gangster qui a longtemps sévi dans le Far West Américain (principalement dans la région de Denver), mais a vite compris que pour lui aussi c'est la ruée vers l'or qui pourrait assurer définitivement la richesse. Il s'installa donc à Skagway, mettra très vite en place une industrie florissante de maisons de jeux et de prostitution. Il s'alliera avec le maire et le chef de la police (qu'il avait fait élire en trafiquant les élections), pour mettre la ville sous sa coupe, y semant la terreur par le crime et le racket. Mais après que Soapy Smith eut volé le 7 Juillet 1898 sa besace d'or (2700$ de l'époque) à un prospecteur qui rentrait au pays, une milice d'autodéfense a organisé dès le lendemain 8 Juillet une fusillade sur les quais. Soapy Smith fut tué net, et la ville pu "revivre" (Un album de Lucky Luke relate cet épisode). Ainsi, depuis cette date, tous les 8 Juillet sont jours de fête à Skagway (très pratique, 4 jours seulement après la fête nationale, il suffit de ne pas ranger les habits de fête). Les habitants célèbrent tous la mort de Soapy Smith (et le calme revenu dans leur cité) en se déguisant, et ils vont danser sur sa tombe en rigolant.

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Mais je m'aperçois que je ne peux pas continuer à relater le voyage dans ces régions sans faire (pour ceux qui connaissent mal, que les autres veuillent bien m'excuser) une digression pour présenter la Ruée vers l'Or du Klondike.

LA RUEE VERS L'OR DU KLONDIKE

Après que la fièvre de l'or de Californie (1849) soit retombée, les chercheurs se sont dispersés sur tout le continent américain (principalement dans les régions désertes et reculées, peu prospectées jusque là), afin de tenter de satisfaire leur appétit d'or. Et le grand Nord n'échappa pas à cette quête permanente (certains y cherchent encore aujourd'hui). De fait, on trouva des petites quantités de métal précieux un peu partout au Yukon et en Alaska, mais rien de très remarquable. Jusqu'à ce jour du 17 Aout 1896, où dans le Nord du territoire, trois trappeurs découvrirent une pépite énorrrrrrrme dans le ruisseau Bonanza, affluent du Klondike, qui lui-même se jette dans le fleuve Yukon. La nouvelle s'est vite répandue, dans les environs d'abord (auprès des autres trappeurs, prospecteurs ou Indiens), à San Francisco ensuite, puis sur la terre entière. Des concessions furent rapidement tracées le long du ruisseau, et ce fut le point de départ de la fameuse ruée vers l'or du Klondike.

Dans le monde entier, des pauvres bougres se mirent à rêver. Dès l'année suivante une multitude de gens ont donné un sens nouveau à leur vie : il leur fallait aller au Klondike. Certains étaient très pauvres et entrevoyaient la possibilité de devenir enfin riches. D'autres, déjà établis dans la vie, qui possédaient quelques biens, pensaient que c'était le moment de les faire fructifier en mettant sur pied une expédition vers cet eldorado. Tous soupçonnaient la difficulté et les risques énormes du voyage, mais tous aussi pensaient que ces risques devaient être courus. Les gens convergèrent vite depuis toute l'Amérique, bien sûr, mais aussi depuis tous les pays d'Europe, depuis l'Australie, depuis partout en fait. Par centaines de milliers.

A titre d'illustration, un baroudeur/forumeur de V.F. (COCHIZE, merci à toi) nous a appris que s'est constitué ici même à Lyon, un "Syndicat Lyonnais du Klondike", dont le siège était 3 rue du Président Carnot à Lyon, et le fondateur un certain L. Paillard ! Pour le financer, de nombreuses actions de 100F ont été émises.



... qu'on doit encore trouver dans les greniers de quelques maisons lyonnaises sous un siècle de poussière (pas chez moi, j'ai vérifié) ... mélangées à des emprunts Russes (texte de COCHIZE, encore merci)

Je conseille vivement à ceux que cela intéresse (et surtout à tous ceux qui savent encore rêver), de lire deux livres, quasiment introuvables aujourd'hui sous forme papier, mais accessibles sur le net, numérisés par l'Université d'Ottawa.

Cliquer ici : "Voyage au pays des mines d'or : le Klondike"

Ou là : "un lyonnais au Klondike, correspondance de L. Paillard"

Ces livres ont été rédigés en français par des acteurs de l'époque (on peut soit les lire en ligne –qualité moyenne-, soit les sauvegarder en pdf –qualité mauvaise-) ; mais ils sont d'un danger extrême. Car aussitôt la lecture commencée, il est absolument impossible de s'en détacher avant la dernière page, ce qui signifie des nuits blanches en perspective… En fait ces textes (il y a quelques photos en NB) trouveraient tout naturellement leur place ici, dans la rubrique "carnets de voyage" de V.F. Leurs auteurs ont vécu une aventure extraordinaire dans des territoires peu connus et idéalisés, ils en sont revenus, la racontent avec beaucoup de détails passionnants, et ils donnent surtout une multitude d'informations pratiques (adresses, prix, itinéraires, …) ou de conseils avisés à ceux qui après eux, seront tentés de se lancer dans l'aventure. Deux bijoux !

Plusieurs voies étaient envisageables pour rejoindre le Klondike. >>>==> par voie terrestre depuis Seattle (comme je l'ai fait moi-même l'été dernier, mais j'ai un peu moins de mérite, car en 1898, l'Alaska Highway n'était pas tracé !). Peu de gens finalement y parviendront. >>>==> par voie fluviale, depuis son embouchure sur le détroit de Bering, par le fleuve Yukon qui coule vers l'Est et le Sud (relativement navigable). Mais c'était très long, et on n'avait pas de temps d'attendre. >>>==> depuis le Pacifique (bien navigable et dégagé à ce niveau), à près de 3000 km au Nord de Seattle et de Vancouver. Restait ensuite à traverser le continent pour rejoindre la région du Klondike par la terre. Plusieurs itinéraires ont été expérimentés (depuis Wrangell et la rivière Stikine que nous découvrirons à la fin de ce voyage, depuis Skagway (où nous irons demain), et également plus au Nord, depuis Valdez, en longeant l'actuel parc de Wrangell St Elias où nous trainerons ultérieurement). Tous les points de débarquement étaient situés en Alaska (territoire américain, acheté à la Russie quelques années plus tôt), il fallait ensuite dans tous les cas se déplacer vers l'Est, passer au Canada, traverser des territoires hostiles sur un millier de km (ou plus).

En fait, une voie a été très majoritairement choisie, la seule réellement envisageable : ==> rejoindre Skagway en vapeur depuis Vancouver, Seattle ou San Francisco ==> monter à pied un escarpement montagneux très difficile sur une quarantaine de km, ==> passer la frontière Canadienne, ==> rejoindre ce qui deviendra plus tard Whitehorse 200 km plus à l'Est, en marchant et en navigant (ou en glissant) sur des lacs plus ou moins gelés ; passage par le "miles canyon" dont j'ai dit qques mots dans le post précédent, à Whitehorse, ==> enfin, descendre sur des radeaux sommaires (plus tard des vapeurs à fond plats) le fleuve Yukon après qu'il ait dégelé, direction Nord sur environ 500 km, vers ce qui deviendra vite Dawson City (le Klondike et le ruisseau Bonanza ne sont alors qu'à une quinzaine de km).

Les mineurs demeuraient un certain temps (au moins un été, mais souvent plusieurs années) à proximité de Dawson City (qui sera une ville très peuplée, développée et moderne, appelée la Paris du Nord, avec un cabaret célèbre où des artistes européens connus viendront se produire). Mais les mineurs vivaient surtout seuls dans une tente ou une cabane à proximité de leur placer (leur concession), dont ils s'éloignaient le moins possible, car il fallait creuser sans cesse et toujours plus profondément un sol gelé). Puis ils revenaient par le même trajet, certains plus ou moins riches (très rarement), les autres (le plus grand nombre) ayant perdu leurs illusions, mais réalisant enfin que s'ils voulaient survivre, il fallait revenir sous des cieux plus hospitaliers. Les véritables gagnants, ceux qui ont réellement fait fortune, n'étaient, à peu d'exception près, pas les chercheurs d'or. C'étaient tous les commerçants avisés qui les ont approvisionnés, les lignes de navigation qui les ont transportés (transport de plus en plus couteux), les hôteliers de Skagway et de Dawson City, les "industries" du tourisme avec toutes ces dames (vous m'avez compris)…

Curieusement, s'il y avait une réelle compétition entre les mineurs pour obtenir les meilleures concessions (il fallait arriver parmi les premiers), il régnait entre eux une vraie atmosphère conviviale d'entraide, et il n'y avait pas de coups tordus. Bien sûr des clans se formaient, mais ils étaient basés sur la langue et le pays d'origine, et ne faisaient pas preuve d'agressivité, les uns par rapport aux autres. Les bagarres/larcins/forfaits étaient très rares (entre mineurs du moins).

L'administration canadienne s'est très rapidement organisée pour accompagner et gérer cette énorme migration. Les voyageurs rencontraient une première fois la Police Montée sur le plateau au franchissement de la frontière, environ 40 km après Skagway. Les douaniers taxaient lourdement les marchandises non canadiennes, c'est-à-dire toutes. Mais surtout, ils ont érigé des règles draconiennes, officiellement pour le bien des prospecteurs (qui devaient survivre une longue période en quasi-autonomie). Pour être autorisé à continuer, chaque voyageur devait au passage de la frontière faire suivre avec lui de nombreuses caisses de subsistance (voir la liste officielle des biens obligatoires dans les livres signalés plus haut). L'ensemble représentait près d'une tonne de matériel ou de nourriture, à transporter jusqu'à Dawson City. Autant dire que les zones de portage signifiaient de nombreux AR à effectuer ! Par contre, dès qu'on pouvait utiliser un cours d'eau, des radeaux transportant l'ensemble étaient construits.

Dès le départ de Skagway, deux options étaient envisageables. Elles se rejoignaient 50 km plus loin.

==> la plus courte est celle de la fameuse piste du Chilkoot. Il fallait d'abord rejoindre Dyea, petit port à 3 ou 4 miles de là. Ceci était possible soit par bateau à fond plat –il n'y a pas de port profond à Dyea-, soit à pied par une piste sans difficulté (nous l'avons empruntée). Dyea est aujourd'hui une ville fantôme, seuls quelques restes en bois rappellent cette époque glorieuse. Mais Dyea est surtout le point de départ de la piste du Chilkoot. Celle-ci chemine un bon moment dans une belle forêt épaisse, puis aborde la fameuse montée du Chikoot.





Chaque homme devait faire une vingtaine de fois au moins le trajet pour monter toutes ses caisses. Puis sur le plateau, il devait progresser laborieusement dans la neige épaisse.

==> L'autre alternative était de monter le difficile et dangereux (à l'époque) col du White Pass. Le trajet est plus long, mais moins pentu et suivait une piste vaguement carrossable ; les prospecteurs qui sont venus avec des chiens, des chevaux ou des boeufs (qui n'atteindront jamais Dawson City, étant passés à la gamelle en cours de route) ont a juste titre choisi ce parcours, les bêtes de trait tirant une remorque ou un traineau à glace lourdement chargée.

Finalement, les gens les plus jeunes, aventureux, sans le sous, prenaient le Chilkoot (ce fut le cas de Jack London). Les voyageurs plus fortunés empruntaient la piste du White Pass.

Tous les détails sur ces trajets (et leur poursuite jusqu' Dawson City) sont décrits dans les deux carnets de voyage (je veux dire les deux livres) signalés plus tôt.

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Dès les années 1900, le parcours s'est amélioré. On a d'abord tenté (sans succès) de mettre en place un téléphérique pour monter le col du Chikoot (vite embarqué par une avalanche). Puis on a construit une ligne de chemin de fer via le White Pass, reliant Skagway à Whitehorse. Cette ligne antique, très folklorique continue à être exploitée de nos jours, sur une partie du trajet seulement. Ses clients sont principalement les riches passagers des navires de croisière, qui passent ainsi leurs quelques heures d'escale à Skagway à fantasmer dans la peau d'un chercheur d'or. Puis on a relié Skagway à Whitehorse par une route très scénique, maintenant goudronnée et bien roulante, qui longe sur une bonne portion la voie de chemin de fer. C'est celle que nous prendrons demain. Les paysages sont magnifiques.

Enfin, quelques années plus tard, la fièvre est retombée sur le Yukon (on aurait dit-on découvert une région fabuleuse dans le grand Nord de l'Alaska, autour de Nome, où certaines plages du détroit de Bering seraient jaunes, tellement elles seraient recouvertes d'or …). Les pauvres bougres ont changé de film et tenté une nouvelle aventure … … laissant la région du Klondike à des professionnels sérieux, des compagnies puissantes dotées de matériels automatiques, qui de façon méthodique retournent toute la région jusqu'à une grande profondeur, et continuent encore de le faire de nos jours. Ainsi aujourd'hui cette merveilleuse contrée sauvage (que nous rejoindrons dans deux jours) n'est plus qu'un immense terrier. Cela rappelle un peu l'exploitation en Alberta (voir un de mes premiers posts) de la nature pour retirer le pétrole des schistes bitumineux.

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Quant à la piste du Chilkoot elle-même, elle continue, à juste titre, à enflammer les imaginations.

Si aucun prospecteur ne l'emprunte plus de nos jours, elle est régulièrement entretenue (en été seulement), et constitue une magnifique randonnée pédestre de 55 km, avec la célèbre montée du Chilkoot. On la parcourt en 5 ou 6 jours et il faut camper en chemin. Son accès est règlementé (coût 50$) et très contingenté (réservation nécessaire bien en avance). Le retour sur Skagway peut se faire depuis la gare de Lac Bennett par le train. Il faut faire suivre son passeport, car la piste traverse la frontière avec le Canada.

Quant à nous cet été, pour le fantasme, nous en avons parcouru discrètement –sans payer- une courte partie, dans sa zone haute, en partant de "Log Cabin" qui est accessible par la route bien que cela soit officiellement interdit, en direction du lac Linderman. Heureusement, nous n'avons rencontré personne pour nous contrôler ; sinon un ours à coté du sentier, ce qui a incité Annie à me demander avec fermeté de faire demi tour. Grrrr !

Je vous avais bien prévenu que la lecture des deux livres ci-dessus n'était pas sans danger !

Enfin, l'honnêteté m'oblige à signaler que les quelques photos en NB de ce message ne sont pas de moi. Mais peut-être l'aviez-vous déjà deviné, elles datent du 19ième siècle ; je ne suis plus tout jeune, mais quand même ...
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Vendredi 8 Juillet 2011 SKAGWAY

Aujourd'hui nous ferons donc une courte incursion en Alaska, à Skagway, à 200 km d'ici (Whitehorse).

Nous délaissons donc l'Alaska Highway, pour prendre le Klondike Highway, direction Sud. Cette route (voir mon message précédent) est excellente, et particulièrement scénique. Les lacs se succèdent, mais si nous ne devons stopper qu'une fois, c'est au bout d'une centaine de km, devant la magnificence d' "Emerald Lake". Tous les dégradés de bleu et de vert se conjuguent sur la surface. Et, isolé sur la berge, un magnifique chalet en bois, nous rappelle cette chanson qui nous a fait rêver durant notre jeunesse : "ma cabane au Canada".



Après deux heures de route, nous retrouvons la ligne de chemin de fer évoquée dans le message précédent, la "White Pass & Yukon Route", exploitée par la "Pacific and Arctic Railway Company". Un train est justement en attente de départ à la gare de Fraser.



Le poste de douane Canadien, suivi une quinzaine de km plus loin par le poste de douane US, sont passés rapidement, quasiment sans formalité (il nous a suffi de certifier que nous n'avions pas d'alcool ni d'armes à feu dans l'auto (les mœurs ont bien changé à Skagway depuis le bon vieux temps, tout se perd !) et le passeport est tamponné. En fait, lors des multiples postes frontière Yukon-Alaska (ou Alaska-Yukon) que nous traverserons au cours de notre périple, on ne nous ennuiera jamais avec des formalités type ESTA.

Ensuite sur une quinzaine de miles on peut suivre du regard le tracé de la voie ferrée, magnifique avec ses viaducs et ses tunnels. Et après une longue portion de descente, sur le coup de 10h (merci au changement de fuseau qui nous a fait gagner 1 heure), nous atteignons Skagway. Nous délaissons alors la voiture, et filons vers la gare, lieu typique et stratégique de la ville.





Je recommande sans réserve le café-expresso servi au buffet.

Au bout d'une demi-heure, le train que nous avions vu à Fraser, entre enfin en gare.





Les contrôleurs sont affairés en pleine discussion. J'en profite pour visiter le convoi. Remarquez les passerelles entre les wagons, plus sympathiques que les soufflets des trains de chez nous.







Mais l'intérieur des wagons est finalement très quelconque, décevant même. Enfin, au bout de quelques minutes, le train redémarre pour rejoindre le port (éloigné de 200 mètres à peine !). Mais les croisiéristes qui ont payé si cher leur ballade ferroviaire au sommet du White Pass n'aiment pas marcher.



Un luxueux bateau de croisière, le "Disney Wonder" (appartenant au groupe de l'oncle picsou), les attend pour de nouvelles aventures enivrantes (?). Pendant ce temps, d'autres navires de croisière patientent dans le port avant de débarquer leur "cargaison", qui prendra le train suivant.

Skagway est une ville Américaine, donc comme il se doit découpée sur toute sa longueur par un ensemble de rues parallèles et perpendiculaires entre elles. La rue principale s'appelle "State Street", elle comprend de nombreux bâtiments, tout droit sortis de l'époque de la ruée vers l'or, mais cependant tous dans un état impeccable. En fait, je trouve l'ensemble très réussi. Bien sûr, ces locaux sont tous reconvertis pour des usages touristiques (nombreux commerces), mais pourquoi pas après tout.











… …
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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Skagway, suite.

Comme je vous l'ai indiqué dans un message précédent, le 8 Juillet est ici jour de fête, on cherche à se remémorer la fin du 19ième siècle, quand Skagway était connu dans le monde entier. Tous les habitants (pas les touristes, encore moins les croisiéristes) sont déguisés. Dans les rues, les calèches côtoient de puissantes limousines.



Certaines maisons … je dirais particulières, retrouvent l'ambiance festive des temps jadis, et des demoiselles bien aguichantes (en particulier aux fenêtres) font de l'œil au passant honnête.







Une reconstitution avec des mannequins reproduit l'ambiance des bars d'antan.



Mais certains aussi restent bien calés sur le temps présent, et pensent même à l'an prochain (novembre 2012 pour être exact). Les maillots des champions sont en vente partout, et l'un d'eux fait fureur. Il faut dire que c'est le régional de l'étape.



Nous nous promenons ainsi longtemps avec plaisir dans les rues de la ville.

Bien sûr nous visitons les boutiques ; on y trouve de nombreux cadeaux peu chers, apparemment typiques de l'Alaska même s'ils sont tous made in China. Cela tombe bien, nous avons une liste de cadeaux à approvisionner avant notre retour au pays.

Le "Trail of 98 Museum", dans un magnifique bâtiment du XIXième en pierre de taille, mérite que l'on y consacre du temps. Il est parfaitement conçu, et fournit de nombreuses informations sur la ruée vers l'or de 1898, et particulièrement sur la montée du Chilkoot. Les multiples photos ou archives d'époque sont passionnantes à étudier. Le paquetage obligatoire que devait se coltiner les mineurs allant au Klondike est détaillé et exposé. Incroyable ! Et bien sûr, l'histoire de "Soapy Smith" et de son gang est bien mise en évidence.

Mais en milieu d'AM, il faut envisager le retour. Nous jetons un dernier regard à la gare, et au chasse neige si indispensable en hiver (il y a alors souvent ici plusieurs mètres de neige).



Puis nous reprenons le Klondike Hwy direction nord, vers le col du White Pass. La chance est avec nous. Un train fait le même trajet, à peu de distance de la route.



Nous longeons le "Summit Lake" dans lequel les montagnes environnantes se réfléchissent.



Re-douanes (toujours aussi fluides).

Puis petite ballade pour tester le sentier du Chilkoot, dans sa partie haute (après la montée du Chilkoot).





A partir de "Log Cabin" (parking), je comptais rejoindre le lac Linderman, où les prospecteurs de jadis construisaient leur premier radeau (ou traineau en période de glace). Une scierie qui s'était astucieusement installée dans les parages et a vite fait fortune. Mais c'est alors que mon épouse est intimidée par un ours du voisinage. Nous devons absolument rebrousser chemin, je ne connaitrai jamais le fameux lac Linderman.

Puis nous reprenons la voiture, en direction du Nord. Nous nous arrêtons quelques minutes à Carcross, seule petite agglomération sur le trajet. A certaines périodes de l'année, le village est célèbre car il est sur le passage des grandes migrations de caribous. Mais il n'y rien de tel en Juillet. Cependant le coin de la gare est sympathique.





Un pont permet à la voie ferrée de traverser un cours d'eau venant du Lac Bennett. Nous avons une pensée pour les prospecteurs qui devaient descendre cette rivière en radeau (avant la construction de la voie ferrée).





Nous rejoignons enfin notre hôtel de Whitehorse, bien après 21h. Mais un message nous attend à la réception. Bizarre, bizarre, car je pensais que personne ne savait que nous étions ici. En fait, c'est l'association Franco-Yukonnaise, dont je parle dans un message précédent, qui nous invite à un barbecue ce soir à …18h. Je ne sais absolument pas comment ils ont obtenu mon adresse. Mais quand je vous disais que cette association est très efficace … Quoi qu'il en soit, il est beaucoup trop tard, et nous ne profiterons pas de cette soirée, probablement très sympathique. Nous le regrettons. …

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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
MA Mamieli ·
Bonsoir J-Pi,

J'ai suivi vos préparatifs et à présent j'apprécie tout particulièrement ce carnet plein d'infos et de superbes photos. La partie "Rocheuses canadiennes" m'a fait revivre le voyage que nous y avions effectué et comme vous nous avions trouvé le personnel de l'accueil de "Becker's Chalets" assez désagréable. Bien sûr j'attends la suite avec impatience .

Merci encore de prendre de votre temps pour écrire ce récit. Liliane
BL Bluequark Veteran ·
Bonsoir,

Très sympa ce carnet. J'aime tout particulièrement le mélange impressions personnelles/explications historiques. Les photos aussi sont très chouettes. Et dire que me fiant à la date du premier post, j'ai failli le louper (genre : c'est des échanges sur un"vieux" carnet).
Bluequark

Carnets : Namibie, Laos-Perhentias-BKK, Ouest US, Lanzarote, New-York, Berlin, Cuba, Bardenas Reales, AFS -Lesotho-Swaziland, Japon et le dernier né Colombie: https://voyageforum.com/discussion/ete-2017-trois-semaines-en-colmobie-en-famille-d10108246/
TO Tomguiss Regular ·
Magnifique récit et de superbes photos en tout cas, surtout celles des lacs et animaux !
TR Trois14 Globetrotter ·
Vers DAWSON CITY

Le lendemain matin, nous quittons Whitehorse sans nous mettre la pression. Il nous faut en effet attendre l'ouverture des supermarchés de la ville, afin de procéder à un dernier approvisionnement de nourriture, pour trois ou quatre journées (je ne sais pas ce que nous trouverons les prochains soirs). Ce n'est qu'à 9h passé que nous retrouvons le Klondike Highway ; mais cette fois, ce sera en direction du Nord, cap sur Dawson City, point focal de tous les rêves, lors de la Ruée vers l'Or. Les prospecteurs de la fin du 19ième siècle faisaient ce même trajet, mais par voie fluviale.

Notre premier arrêt sera justement Carmacks, seule agglomération du parcours, au bord du Yukon. Un chemin sur caillebottis de bois, permet une agréable ballade, le long du fleuve.



Puis à la mi-journée nous parvenons à un passage célèbre, "The Five Finger Rapids". C'était le principal obstacle pour les navigateurs sur le fleuve. La rivière est séparée par des énormes blocs de rocher en cinq passages distincts, l'un d'entre eux seulement étant assez profond pour permettre le passage des vapeurs à fond plat. Le courant est assez violent.







Après le lunch traditionnel, nous effectuons une promenade vers le Yukon. Un long escalier en bois permet de dévaler la falaise. Nous continuons par un sentier forestier d'un mile environ, environné de jolies fleurs …





… et débouchons sur la rive du fleuve.



Voici le même passage, mais la photo a été prise 110 ans plus tôt.



L'histoire raconte que l'endroit était redouté et que le nombre de naufrages ici fût très élevé. Pour plus de précision, on peut se reporter à la référence en la matière, l'album de Lucky Luke : "Le Klondike".

Nous reprenons la route pour quelques heures. Nous longeons des jolis lacs dans lesquels pataugent des mooses. Puis nous atteignons Moose Creek, un roadhouse, au milieu de nulle part.



Tout est un peu délabré, mais l'ensemble est plutôt sympathique. Après le plein d'essence, il est possible de se restaurer et de gouter aux bonnes pâtisseries locales, aux baies de la région.



Sur l'arrière, dans la forêt épaisse fréquentée par des ours, des cabanes de trappeur rustiques, sans eau ni électricité, permettent d'envisager de passer une nuit typique ici. C'était mon intention première lors de la préparation du voyage ; mais mon épouse, qui les avait visitées avec moi il y a quelques années, a opposé un véto formel. L'ensemble offre cependant le téléphone à la clientèle. Même si les "cabines" sont inhabituelles, pour rester à l'écart des ours.





Le voyage se poursuit. J'avais envisagé également de programmer un détour vers Mayo et Minto, par le "silver trail", piste célèbre. Mais cela aurait demandé une journée de plus, et je ne suis pas convaincu de l'intérêt de cette extension. Nous arrivons donc en fin d'AM à Dawson City, un village particulièrement typique, resté au 19ième siècle, mais avec infiniment moins de touristes que Skagway par exemple.

Nous nous repérons au bac sur le Yukon (que nous traverserons dans deux jours), et surtout à l'énorme glissement de terrain. Notre logement est dans ce quartier.





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TR Trois14 Globetrotter ·
Nous avons réservé au "Whitehouse Cabins", petit établissement pas trop cher que nous connaissons déjà. Notre cabine est juste au bord du Yukon.



Elle est très rustique, et rappelle une cabane de 1900. Les lits comportent, en guise de sommier et de matelas, une toile tendue sur un chassis en bois, recouverte d'une paillasse végétale de 3 cm d'épaisseur. Mais le bungalow est chauffé, il dispose d'une kitchenette, et surtout d'une salle de bain avec eau chaude : madame est satisfaite. De mon coté j'apprécie d'une part le WiFi (inconnu au 19ième), d'autre part le barbecue extérieur (qui n'existait pas lors de notre dernier voyage). Ce sera donc encore filets de saumon grillés tous les soirs.



Après le diner, comme le jour s'éternise et qu'il est impossible de se coucher de bonne heure, nous partons faire un tour en ville, du coté du "Diamond Tooth Gerties", un cabaret d'époque qui abrite toujours un spectacle parisien de French Cancan, comme au bon vieux temps.



Le spectacle, à tendance humoristique, burelesque même, comprend de nombreux numéros, certains très bien faits. Et il se termine par des concours divers, avec la participation très active du public : le spectacle est alors dans la salle, les Américains étant vraiment sans complexe. Par ailleurs, dans un coin, des tables de jeu de casino sont très entourées. Il est aussi possible de diner sur place.

Quand nous sortons, à 23h passé, la ville est encore bien éclairée par le soleil.



Nous décidons alors de monter au "Midnight Dome", petite colline dominant la ville, à 10 minutes de voiture. L'intérêt est d'y apercevoir le soleil de minuit, bien que situé très légèrement au Sud du cercle polaire, car nous sommes en altitude. En haut, nous retrouvons quelques voitures, souvent des couples qui veulent vivre ensemble cet instant magique. L'endroit est très calme et nous dominons toute la vallée du Yukon, maintenant dans l'ombre.

il est minuit pile.

Nous avons également une vue sur l'agglomération, mais aussi sur ses environs, défigurés par la recherche de l'or.



Retour à notre cabane, dodo.

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Au réveil, nous réalisons que cette journée peut devenir pour nous très particulière : nous allons enfin (peut-être) devenir riches, car j'ai bien l'intention, moi aussi, d'aller prospecter, et pourquoi pas trouver, LA pépite du XXIième siècle.

Je demande au gérant de notre bungalow de nous prêter le nécessaire du parfait chercheur d'or : pelle, mais surtout gamelle (il faut dire "pan"). Et ainsi, parfaitement équipé, nous nous dirigeons, via une piste sans difficulté, vers le ruisseau Bonanza, à une quinzaine de km de là. Nous traversons de vastes zones ravagées, retournées par l'exploitation industrielle. Par endroit, la nature tente de reprendre le dessus.





Le temps des mineurs d'antan est bien révolu. Chaque concession est délimitée avec précision, protégée un panneau "défense de pénétrer sous peine de mort". Nous croisons bulldozers, et puissants engins de dragage, encore en activité. Nous apercevons aussi une drague monumentale en bois (plus de cinquante mètres de long), qui pouvait se déplacer toute seule sur le terrain (ou flotter sur l'eau) ; mais qui en tout cas écumait tout le sous-sol de manière systématique sur plusieurs mètres. Elle n'est plus utilisée depuis quelques dizaines d'années, mais peut être visitée.



Nous longeons ensuite le fameux ruisseau Bonanza, et avons une pensée émue en arrivant au "lieu de la découverte".





Un peu plus loin, une concession, gérée par l'office du tourisme de Dawson City, est ouverte gratuitement aux touristes. C'est ici qu'il y a une quinzaine d'années, j'avais trouvé une pépite (vraiment très petite, je l'ai égarée depuis). Mais plus rien les fois suivantes. Cependant, je sens que cette année sera la bonne … ; Annie est plus sceptique. Pourquoi ce défaitisme à priori ? Des "chercheurs" sont déjà au travail.





Il est temps de s'y mettre.





Cependant, au bout d'une demi-heure, alors que je n'ai encore rien trouvé, je me vois contraint de renoncer : j'ai froid aux pieds ! Encore raté ! Tant pis, ce sera pour une autre fois. Annie bien sûr jubile ! Nous rentrons tristement picniquer dans notre "palace".

Je profite de ces vues pour faire remarquer au lecteur une particularité intéressante (les spécialistes ont probablement une explication). Tous les ruisseaux que nous rencontrons, au Yukon ou en Alaska, dans lesquels des prospecteurs recherchent de l'or, sont toujours parcourus par une eau de couleur marron, comme ferrugineuse. Cela semble être un bon indice, avis aux chercheurs. - -
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
L'après midi est consacrée à une promenade à pied de la ville.

Elle est limitée sur un coté par le Yukon, très large à ce niveau, par la montagne de l'autre. Les voies de circulation, bordées par des trottoirs en bois, sont soit perpendiculaires (ce sont des rues), soit parallèles (ce sont des avenues) au fleuve. Elles sont en terre, non revétues, mais demeurent en excellent état. Nous nous souvenons en effet dans le passé d'avoir vécu ici durant une période de pluie, les rues de la ville étaient aplanies et remises à neuf tous les matins par le passage d'un lourd bulldozer municipal.

le Magasin Général, finalement bien mieux achalandé que ce que je pensais,



une maison d'habitation typique, comme il y en a beaucoup,

le théâtre

un hôtel moderne (mais cher)

un restaurant

Et enfin (nous nous imaginons sans effort dans un album de Lucky Luke) :

le journal local

un hôtel typique

une avenue (en terre)

Mais, le sol, dégelant en surface sur quelques dizaines de centimètres en été ou lorsqu'on chauffe, se déforme irrégulièrement, et certains bâtiments mal isolés, pâtissent du permafrost et ont dû être condamnés.





Dans la partie haute du village, sur la 8ième avenue, nous retrouvons, bien conservées, proches l'une de l'autre, deux habitations remarquables : - +- le "deux pièces", où a vécu jusqu'en 1912 le poète Robert Service, surnommé le barde du Yukon (il a ensuite émigré en France où il vécut à Paris dans la Quartier Latin, puis en Bretagne où il est enterré aujourd'hui).

cabane de Robert Service

- +- la modeste cabane de Jack London, un des premiers Stampeders du Yukon. Il arriva (via Skagway et le Chilkoot) à Dawson à l'automne 1897, mais, atteint par le scorbut, il a dû quitter la région dès la fin de l'été suivant. Il emprunta alors la route Nord, descendant le fleuve Yukon jusqu'à la mer de Behring, et de là trouva un bateau pour San Francisco. Il n'a pas fait fortune : les quelques pépites qu'il a pu vendre à son retour lui ont été payées moins de 5$ (de l'époque). Mais cette expédition lui a procuré l'inspiration pour de nombreux récits ou romans merveilleux sur la nature sauvage. Ce furent ses premiers réels succès. A coté de la cabane, se tient le "grenier" surélevé où London conservait sa nourriture à l'abri des ours. On peut voir que l'intérieur de la cabane est particulièrement "spartiate". La couchette parait infiniment moins moelleuse que celle de notre logement du jour, pourtant très rustique. On voit encore ses outils de "chercheur d'or".

cabane de Jack London





Enfin, après le diner, nous retournons en ville sur la première avenue (celle qui longe le fleuve), car nous avons repéré un glacier qui fabrique du "frozen yogourt" (notre vice).



Des sièges en devanture s'offrent à nous, sous un agréable soleil déclinant (si peu). Nous y demeurons un long moment. Le glacier a beaucoup de succès. De nombreux 4x4 rustiques stoppent à proximité, et leurs passagers (des chercheurs d'or du voisinage ?, des ouvriers des grandes compagnies ?) achètent comme nous leur désert du soir. Certaines glaces sont vraiment énormes (1 kg ?). Nous constatons alors une loi toujours vérifiée : plus l'acheteur est gros et gras, plus sa glace est imposante.

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De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
bonjour mamieli

Et merci de tes encouragements. Je sais que vous préparez un voyage de ce type (pour quand ?). Tiens nous au courant.

J-Pi
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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
boujour

Merci de tes appréciations.

J'aime tout particulièrement le mélange impressions personnelles/explications historiques

Effectivement, un voyage dans ces contrées doit faire fantasmer. Et pour cela, il faut se souvenir en permanence de l'histoire. Aussi je la rappelle de temps à autres (parfois trop).

Quant à mes "impressions personnelles", je dirais mes digressions, ou mes commentaires, elles font intimement partie du voyage. Je les présente donc parfois ici, même si j'ai probablement tort ; car comme toutes les opinions, elles sont personnelles, parfois même partiales. Et donc critiquables. J'espère qu'elles ne choquent pas trop, en tout cas ne font pas fuir les rares lecteurs.

J-Pi
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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
bonjours Thomas

superbes photos en tout cas, surtout celles des animaux

Merci de ton encouragement.

Mais concernant les photos d'animaux, il n'y a jusqu'à présent qu'un apperçu symbolique. Si tu apprécies les photos d'ours, patience ...

J-Pi
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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
MA Mamieli ·
Bonjour J-pi

Hélas, ce ne sera pas encore pour 2012 car nous devrions être à Seattle vers le 10 avril jusqu'au premiers jours de Juin (j'attends nos nouveaux passeports pour réserver les billets) . Et la période ne s'y prête pas . Il faudra bien qu'un jour (mais rapidement car nous prenons aussi de l'âge) mes enfants (et petits-enfants) ne viennent pas en été en France pour nous permettre d'y aller à cette période !!! En attendant je "rêve" devant votre récit . Et j'essaie de préparer un autre périple qui soit plus en rapport avec la période de notre présence , mais je dois aussi jongler avec les vacances scolaires des USA afin de profiter des petits-enfants . Cela fait beaucoup de "contraintes", mais je ne vais pas me plaindre !!!! Bonne continuation pour vous. Liliane
XF Xfg59 Veteran ·
Hello JP,

Je suis avec délectation ce carnet passionnant et passionné sur cette région qui fait partie de ma (trop longue 🤪) wishlist en Amérique du Nord...

Merci pour toutes tes références historiques, j'ai l'impression d'être replongé dans une atmosphère à la Jack London. Ce carnet représente un énorme travail je trouve, et je t'en remercie très vivement 🙂.

Je trouve que vous avez eu de la chance (jusque là) avec le temps... Bien joué 😉 !

J'attends la suite !

Xavier
Maison à louer à Moab : http://voyageforum.com/discussion/loue-maison-moab-3-chambres-piscine-jaccuzzi-d6633799/

Carnets de voyage (Colorado, Wyoming, Dakota du Sud / Ouest canadien / Moab / Afrique du Sud) : voir profil
TR Trois14 Globetrotter ·
Nous nous réveillons sur le coup de 6h, et remarquons de suite un nouveau message sous la porte :

Votre mission pour les deux prochains jours, si vous l'acceptez, sera de rejoindre Homer en Alaska le plus rapidement possible. Attention, la route est longue, ne musardez pas en chemin. Ce message s'autodétruira … … ... pfeuuttt.

Et comment, bien sûr que nous l'acceptons. Nous n'oublions pas que après-demain nous devons sans faute rendre visite à nos amis, les ours de Katmai, que nous rejoindrons en hydravion depuis Homer. Par contre, "ne musardez pas en chemin", ils sont marrants dans les bureaux. Savent-ils au moins que ce matin nous allons emprunter la fameuse "Top of the World Highway", et que ce sera peut-être la dernière fois de ma vie que je la prendrai. D'autant plus que ce matin, le soleil est de la partie, le temps est clair, alors que les fois précédentes, soit il pleuvait, soit le temps était bouché.

Nous nous préparons bien vite, et quittons notre cabine de Dawson City vers 7h. Bien que le temps soit magnifique, des petits nuages de brume flottent encore sur le Yukon, mais ils ne vont pas tarder à se lever. Nous rejoignons le bac sur le fleuve, à 50 mètres de "chez nous". Il se présente quelques minutes plus tard.





Nous embarquons (c'est gratuit), traversons le Yukon, très large à cet endroit ; nous ne pouvons nous empêcher de jeter un dernier regard ému sur Dawson City, que nous quittons.



La "Top of the World Hwy" commence de l'autre coté du fleuve. C'est une piste, ouverte seulement en été, longue de 300 km, qui se parcourt en 7 heures environ. Mais la partie "scénique" se termine à Chicken, à 180 km d'ici, et prend une bonne demi-journée (la suite, goudronnée, ne présente pas d'intérêt). Un poste frontière croquignolesque, à peu près à mi-chemin, nous permet de pénétrer aux Etats Unis.

La piste est une longue piste de crête, avec des vues magnifiques sur les chaines de montagnes environnantes. Coté canadien, elle est excellente, avec même parfois des portions en bitume. D'ailleurs, plus tard dans la journée, elle sera empruntée par de nombreux camping cars (qui ne se laissent pas doubler facilement) !











Enfin, vers 10h, nous atteignons des baraquements, c'est le poste frontière entre le Canada et les Etats Unis, un petit poste frontière entre deux grands pays !





"Poker Creek, deux habitants" : le douanier, jovial (il nous propose le café avant de tamponner nos passeports), me confirme que ce sont lui et sa femme. Quoi qu'il en soit, ce poste frontière est célèbre, c'est le poste frontière le plus septentrional des USA.

Nous sommes à nouveau en Alaska. - -
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
La partie US de la piste est de plus mauvaise qualité (jusqu'à Chicken au moins), avec de nombreux nids de poule, mais rien de bien difficile. Elle est également très belle.



Nous rencontrons un peu plus loin une autre zone habitée : un roadhouse/poste d'essence.

Le prix du gallon dans cette station est plus du double de ce qu'il est actuellement en Californie. Pourtant l'Alaska produit la majeure partie du pétrole de tout le pays !

Nous poursuivons. La vie sauvage est très présente.







Je dois préciser ici un point bien troublant. Mon GPS de route, un TomTom, fait des siennes. Autant au Canada, même dans les zones les plus reculées du Yukon, il était précis, autant en Alaska il est approximatif. La carte est bien exacte, toutes les tortuosités de la piste sont bien indiquées, mais c'est le calage de la carte sur ses coordonnées GPS qui est erroné. Et cela de manière aléatoire, l'écart est souvent de plus d'un mile ! Aussi, en permanence, l'engin nous demande de rejoindre la route à plusieurs centaines de mètres de là (selon lui), puis de tourner à droite (ou à gauche). Ceci est particulièrement énervant. Aussi je coupe le son, et passe à plus grande échelle. Il faut dire que pour un tel voyage, l'utilité du GPS est très limitée, car nous ne risquons pas de nous tromper de route (ou de piste) : il n'y en a qu'une, et elle est parfaitement tracée ! Cependant il est agréable de savoir en permanence où nous en sommes, et combien de temps il reste à conduire. En fait, cette erreur, nous la retrouverons partout dans l'état de l'Alaska (elle disparaitra dès que nous repasserons au Canada), à l'exception des grandes agglomérations (en fait, Anchorage et sa grande banlieue, mais c'est le seul endroit où la fonction "guidage" a quelque intérêt). Le GPS nous situe toujours à quelques centaines de mètres près. D'où provient cette erreur permanente ? - Probablement pas de la cartographie utilisée, qu'il serait facile de recaler avec précision. - Peut-être existe-t-il une imprécision de principe du GPS sous les hautes latitudes (les trajectoires des satellites ayant été choisies inclinées, optimisées pour maximiser la densité d'information et la précision dans les latitudes plus fréquentées) ? Mais alors, il faudrait imaginer qu'il existe un dispositif de recalage automatique dans la région d'Anchorage, et au Yukon. - Peut-être aussi, l'administration américaine a-t-elle exigé cette imprécision, l'Alaska, proche de la Russie ayant longtemps été une zone hyper stratégique.

Nous parvenons enfin, peu après midi, à Chicken, un village folklorique d'une vingtaine d'habitants.



Chicken a été fondé par des chercheurs d'or, et certains perpétuent encore cette activité de nos jours. Ici aussi, à coté des exploitations artisanales, on retrouve les grandes compagnies, qui utilisent des dragues mécaniques puissantes. Chicken est aussi une halte touristique (?), avec un camping, un gift shop et un poste d'essence. On peut trouver dans le papier ci après (photographié sur place) toutes les explications sur le village, son histoire, sa vie. D'abord, pourquoi le village s'appelle-t-il comme ça ?



Nous rejoignons le camping, quasi désert, pour notre picnic quotidien. Un ruisseau aurifère (remarquez la couleur de l'eau) coule à proximité, et les rives ont été "travaillées" sur une grande largeur, retournées à plusieurs reprises.





Fireweed

Notre voiture a souffert de la poussière de la "Top of the World". Nous devons envisager une toilette pour paraitre respectable avant de rejoindre la civilisation.



Je repère alors une piste qui traverse le ruisseau : cela fera l'affaire.





Nous reprenons la route (bien meilleure à partir d'ici, goudronnée), et retrouvons plus tard, peu avant Tok, l'Alaska Highway, et la rivière Tanana. Tok est une étape traditionnelle sur l'Alcan, avec plusieurs campings ou motels, et quelques restaurants (mais ici aussi, certains ont tristement fermé leurs portes). Cependant cette fois, sous la pression du message de ce matin ("ne musardez pas en route"), nous décidons d'aller loin. Nous pensons faire étape à Glennallen, en principe à 2h30 de route de là. Mais les travaux de réfection de la route seront nombreux, incessants même. Nous n'atteindrons Glennallen qu'à près de 19h.

Nous trouvons sans peine un camping dont j'avais noté l'adresse, le Northernights Campground. Outre des emplacements sympas dans la forêt (aucune tente, que de gros et luxueux RV), il propose deux cabanes simples, en bois. Par chance elles sont libres ce soir toutes les deux ; nous en payons une. On nous apprend alors que deux soirs par semaine, le propriétaire réunit ses hôtes campeurs à 19h45 pour partager leur expérience, et surtout gouter à un dessert typique préparé par sa femme. La vie n'est-elle pas belle, aujourd'hui est un jour à dessert ! Nous rejoignons très vite notre cabine (très sommaire. Il y a bien un micro-onde, mais aucune table ou chaise), préparons puis, assis sur le lit, avalons un peu de riz au thon ; mais nous conservons un grosse place pour le dessert.

Nous revenons à la réception, et rencontrons les autres voyageurs. Les desserts sont en fait toutes sortes de gâteaux ou tartes typiques, souvent aux baies de la foret. Leur gâteau à la rhubarbe est un délice (Annie note la recette) ; nous regrettons finalement d'avons diné avant de venir, tant c'est bon, copieux et varié ici ; mais en principe, un dessert termine bien un repas, n'est-ce pas ? Enfin, nous discutons longuement avec tous les autres voyageurs. Toutes les expériences, les conseils que nous recevons, seront utiles. Chacun raconte ses anecdotes de voyage, nous visionnons quelques photos. Les gens sont très sympathiques avec nous, car, même si certains viennent également de très loin, nous sommes les plus exotiques. Tous veulent que je parle de Paris, de la French Riviera, ou des châteaux de la Loire (je pense qu'il a dû y avoir récemment un reportage sur La France dans le dernier numéro de leur revue préférée de Camping Car).

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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Tôt le lendemain nous quittons Glennallen. Un embranchement (la Richardson Hwy) conduit vers le Sud à Valdez (nous emprunterons cette route lors de notre retour). Mais pour nous aujourd'hui, c'est direction Anchorage, cap à l'Ouest. La seule halte que nous nous permettons (toujours le message d'hier !), c'est pour prendre un café dans un roadhouse qui sert aussi de lieu de rassemblement pour tous les habitants des environs.



Nous continuons la longue route. Nous longeons sur notre gauche un magnifique glacier, mais nous ne nous arrêtons pas (le message !). La circulation devient de plus en plus dense, il est évident que nous approchons d'une grande métropole américaine. Passé Palmer, notre route devient d'ailleurs autoroute (à l'Européenne, avec voies séparées). Cela devient stressant, car les routes sauvages et désertes du grand Nord, on s'y habitue très vite. On retrouve avec peine les feux rouges.

Il est l'heure du picnic, et pour cela, à Anchorage, j'ai mes habitudes. Ce sera sur la rive du lac Hood (le plus grand aéroport pour hydravion du monde), où le spectacle est permanent.

Puis sans perdre un instant (le message toujours !) nous reprenons le volant, en direction de Homer (4h de route), via la péninsule de Kenai. Cette péninsule de Kenai est belle c'est vrai, mais ce que j'aime moins, c'est qu'elle est encore plus célèbre et fréquentée qu'elle est belle. Il y a énormément de trafic, beaucoup de 4x4, tous trainant un bateau. Car cette région, les rives de la rivière Kenai en particulier, est considérée comme un haut lieu mondial de la pêche sportive au saumon en rivière, surtout durant les différentes périodes de rush des saumons (c'est le cas vers le 15 Juillet). Des bouchons se forment aux carrefours dans les agglomérations ; celles-ci sont largement pourvues en grands magasins (Walmart, Safeway, …) et en commodités. L'Alaska Sauvage, ce n'est pas définitivement plus ici.

Mais passé la région de Soldotna, les pêcheurs se font plus rares, car nous sommes quand même à plus de 100 km d'Ancorage. Le décor change. De l'autre coté du bras de mer nommé "Cook Inlet", nous apercevons la péninsule de l'Alaska, qui se poursuit jusqu'aux confins de la Russie par le long chapelet des îles Aléoutiennes. L'ensemble est dominée par une une belle chaine de montagne, avec de nombreux volcans : l'Aleutian Range (nous les reverrons demain lors de notre vol vers Katmai). Nous passons rapidement près d'un ancien village russe très sympa où nous avions dormi il y a 4 ans, Ninilchick. Au large nous reconnaissons le magnifique Mt Redoubt, un beau volcan, aujourd'hui paisible.

Mt Reboubt, 2011

Mais en 1986, il avait été célèbre par une très violente éruption, qui a déposé beaucoup de cendre sur toute la ville d'Anchorage. Tous s'en souviennent encore.

Mt Reboubt, éruption de 1986

Un peu plus loin, à Anchor Point, nous dépassons le point routier le plus à l'Ouest de tous les Etats Unis continentaux.

Enfin, vers 17h, nous parvenons à proximité d'Homer. Nous apercevons au loin le fameux Spit d'Homer.



La ville se compose en effet de deux parties : la partie principale, sur les pentes du rivage, avec tous les bâtiments principaux, et une partie que j'appellerai "folklorique" développée dans les années 60 par des communautés hippies, assez peuplée aujourd'hui, située sur le Spit. Le Spit est une langue de terre longue de 8 km (100 m de large, altitude 6-7 mètres maximum). Elle a probablement était formée dans les temps anciens par un puissant tsunami. Mais les autorités sont très inquiètes, car ce que la mer a formé, elle peut aussi le détruire. On craint en particulier un puissant tsunami (avec vague de 10 mètres) qui pourrait être la conséquence de l'éruption soudaine d'un volcan maritime (probablement le Mt Augustine que nous survolerons demain). D'ailleurs, lors d'un tremblement de terre dans les années 60, beaucoup de dégâts ont été constatés. Mais c'est une zone très touristique, le risque n'est pas précisemment identifié (comme pour le tsunami de Fukushima), et il est difficile de déloger tous ces gens.

le Spit d'Homer

Quoi qu'il en soit, nous devons y passer ce soir, c'est notre mission (impossible). Nous devons en effet confirmer notre vol de demain, et toutes les agences touristiques sont sur le Spit.

Le halibut est appelé chez nous en Europe le flétan.

Nous progressons sur le Spit.







Vers le fond, le port

A proximité les meilleurs trophées du jour sont exposés, avec leurs pécheurs.

Et juste à coté du port un petit "lagon" est réservé aux pécheurs de saumon à la ligne. Le produit de la pêche est dépecé sur place sur des tables faites pour cela, préparé en filet par les pécheurs eux-mêmes, puis est stocké dans les lourds congélateurs qu'ils font suivre dans leur camping car (oméga3 garanti pour tout l'hiver).

Remarquez la couleur rouge éclatant du bon saumon sauvage de l'Alaska. C'est très triste pour nous européens gavés aux saumons d'élevage, insipides et beiges. Nous achetons d'ailleurs pour ce soir et demain soir deux beaux pavés bien frais de saumon et de halibut.

Nous dénichons enfin les bureaux de la Société avec laquelle nous volerons demain.



Nous devons passer préalablement à la pesée, pour équilibrer et préparer le plan de chargement de l'appareil.

Un saloon typique (typique de quoi, en fait ?) nous ouvre ses portes. L'intérieur est tapissé de billets de 1$ laissés en souvenir par les clients.





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TR Trois14 Globetrotter ·
Puis nous rejoignons la ville plus conventionnelle. Un marché écolo se tient au bord de la route.





Les légumes proposés sont énormes. En effet, bien que l'Alaska ne soit pas considéré comme un pays très chaud, il est très propice à la culture durant les deux mois d'été, quand le soleil donne presque 24h par jour. Les fleurs, les plantes adorent cela. C'est d'ailleurs en Alaska que poussent les légumes les plus volumineux de la terre (voir le livre des records).



Nous nous faisons ensuite une courte promenade en voiture le long de la baie Kachemak, dans laquelle se jettent de gros glaciers.



Kachemak Bay

Mais nous avons réservé une cabane pour plusieurs nuits et il est temps de penser à en prendre possession ; j'ai noté l'adresse. Mais nous serons retardés, à proximité, par un magnifique spectacle : un nid de "bald eagle", garni.







Puis au bout de quelques minutes, une petite tête sort également du nid.





Nous accédons finalement à notre logement vers 20h. Ce sera une petite maisonnette en bois (une cabane, quoi). Comme souvent, elle est sommaire, mais bien agréable. Le chauffage est efficace, c'est le principal nous en aurons besoin.



La cabane n'est pas étanche car les planches ne sont pas jointives : nous remarquons, dans la salle de bain une plante extérieure qui a choisi de se développer … à l'intérieur.



Quoi qu'il en soit, le barbecue habituel est installé sur la terrasse, et Annie est déjà aux commandes : les saumons n'ont qu'à bien se tenir …



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TR Trois14 Globetrotter ·
Ce matin, nous nous réveillons nerveux : ce moment était très attendu. Ce devrait être une très bonne journée, avec de nombreuses rencontres sauvages. Nous la passerons à Brooks River, dans le Katmai NP, au milieu des ours. C'est la deuxième fois que nous y allons. En 2007, nous y avons passé un merveilleux moment, une journée dont nous nous souviendrons toute la vie. Nous souhaitons la revivre une fois encore. Il y a 4 ans, nous avions accédé à Brooks depuis Anchorage, d'abord par une ligne régulière en bimoteur jusqu'à King Salmon (1h), puis en petit hydravion (15') jusqu'à Brooks Camps. Le plan est différent cette année. Nous rejoindrons directement Nakneck Lake (à proximité immédiate de Brooks Falls) depuis Homer par un vol direct de 2h en hydravion. Je pense que c'est le meilleur choix, car l'hydravion vole à basse altitude, et nous survolons sur le trajet des spots exceptionnels. D'abord les volcans de l'Aleutian Range, puis nous longeons l'île de Kodiak, nous passeons au dessus de la McNeil River, et arriverons par l'Est dans le parc de Katmai.

Le RV est fixé à 7h30 sur le lac qui constitue la base d'hydravion d'Homer, à 500 m de notre cabane.





Notre pilote, chemise orange, devant sa "cargaison" de touristes.

Nous sommes 10 dans le monomoteur. Je choisis la place du fond, afin de mieux surveiller la situation.

décollage depuis Homer

Nous apercevons déjà deux volcans sur la droite de l'appareil, de l'autre coté du Cook Inlet : au centre le Mont Redoubt, déjà aperçu hier (celui qui était en éruption en 1986), et à l'extrême gauche en limite d'image, le Mt Iliamna.

Mt Redoubt

Mt Iliamna

La mer est parsemée de petits ilots.



Puis nous passons à courte distance du Mt Augustine (celui qui fait peser un risque de tsunami dans la région). Il forme une île sur l'océan, coiffée d'un cône régulier. C'est magnifique !

Mt Augustine

En regardant de plus près, nous apercevons une activité volcanique indéniable : un panache de fumée s'échappe de la caldera, au sommet.

le volcan fume

Nous laissons ensuite sur la gauche de l'avion le rivage enneigé de l'île de Kodiak (également très réputée pour ses ours).

Kodiak Island

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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Nous parvenons ensuite au dessus de la terre ferme de la presqu'ile aléoutienne, que nous atteignons au niveau de l'embouchure en delta de la Kemai River.

Kemai River



Kemai River



L'avion doit reprendre de l'altitude pour passer une nouvelle chaine de montagne, assez haute.

lac bleu sur glacier blanc

montagne avec caldéra

vallée profonde

lac dans caldéra

Nous longeons maintenant l'imposant Mt Katmai, qui culmine à plus de 2000m. Il a fait l'objet en 1912 d'un phénomène volcanique ultra violent. Le paysage des environs a été complètement remodelé, des sommets ont disparu. Mais la conséquence majeure de cette éruption, est que de la lave provenant de la même chambre magmatique s'est échappée par une énorme cheminée adjacente, et a créé une nouvelle montagne, le volcan Novarupta. L'explosion du Novarupta en 1912, concomitante à celle du Mt Katmai, constitue (avec l'éruption du Pinatubo aux Philippines) le phénomène naturel le plus violent du XXième siècle. Le volume expulsé est environ 50 fois plus important que celui de l'éruption du Mt St Helens. Elle a eu des conséquences sur toute la planète (cendres, obscurcissement de l'atmosphère, refroidissement climatique) pendant plusieurs années. Certains lui attribuent même une part de responsabilité dans l'avènement de la guerre de 1914.

Il est remarquable de constater qu'il ne reste aujourd'hui quasiment plus rien de ce volcan Novarupta, sinon un dôme de lave très bas. Mais une énorme caldera s'est formée, englobant ce qui est aujourd'hui "la vallée des 10.000 fumées", et surtout tout le parc naturel de Katmai, qui est finalement situé à une altitude assez basse.

D'ailleurs, passée (à quelques mètres près) une dernière crête, l'avion plonge littéralement dans cette énorme caldéra. Le paysage devient vert, avec des lacs partout.



Curieusement, certaines zones rappellent même étrangement la région tropicale des Iles Palau dans le Pacifique.

Palau, ou Alaska ?



Enfin nous amerrissons sur le lac Naknek.



Sur la berge, un responsable du comité d'accueil nous attend déjà :



Un autre semble nous montrer où garer notre hydravion sur la plage.

Nous sommes impatients de débarquer. -

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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
MO Mouriann Veteran ·
Arggghh ! Tu t'es arrêté juste au moment où cela devenait particulièrement palpitant !🤪 Vite la suite ! J'adore ton, carnet, je n'en perds pas une miette ! Merci !
carnet voyage écosse : https://voyageforum.com/v.f?post=6530897;#6530897 carnet voyage est usa: https://voyageforum.com/discussion/nord-est-americain-4-semaines-entre-villes-nature-d8345961/
BL Bluequark Veteran ·
Vite ! Les ours ! Les ours ! Les ours !
Bluequark

Carnets : Namibie, Laos-Perhentias-BKK, Ouest US, Lanzarote, New-York, Berlin, Cuba, Bardenas Reales, AFS -Lesotho-Swaziland, Japon et le dernier né Colombie: https://voyageforum.com/discussion/ete-2017-trois-semaines-en-colmobie-en-famille-d10108246/
KR Krikri6792 Globetrotter ·
Hello JPI

Je suis avec intérêt, et depuis le début, ton récit. La première partie m'a permis de revoir mes paysages canadiens préférés et au fur et à mesure de ta progression vers le Nord, mon intérêt grandit.

Je me rends compte qu'il y a énormément de vie sauvage (que d'animaux !), la circulation sur les routes et les pistes a l'air d'être très fluide et l'état du réseau routier semble satisfaisant (pas de 4 x 4 nécessaire ?). En plus, tu as profité d'une très belle météo ce qui ne fait que mettre en valeur ces somptueux paysages.

J'aime beaucoup les petits intermèdes historiques qui jalonnent ton carnet.🙂

Et comme tout bon scénariste, tu sais tenir tes lecteurs en haleine, spécialement à ce moment précis, tout juste avant la rencontre avec les ours.

Alors bien sûr, j'attends les ours !

A+

Christine
Tous nos fabuleux voyages : http://sites.google.com/site/fabuleuxvoyageskrikrietherve/
TR Trois14 Globetrotter ·
également à Mouriann, et à krikri

Vite ! Les ours ! Les ours

Promis, cela vient. Mais le problème est que j'ai près de 400 photos, non encore triées, et qu'il me faut en retenir une trentaine au maximun. Dur, dur ! Un crève coeur.

Merci de votre assiduité

J-pi

=*=*=*= PS pour bluequark : ton nom m'interpelle. Ne faut-il pas y voir un clin d'oeil à la QCD (où les quarks se voient dotés d'une caractéristique nommée couleur) ?
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Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
CO Cochize Globetrotter ·
bonsoir,

j'ai moi aussi suivi avec beaucoup de plaisir et d'intérêt le récit documenté de ces belles vacances itinérantes.. plein de détails pris sur le vif et moi aussi j'attends …. les ours. Les ours, une valeur sûre . Pour grands et petits, on ne s'en lasse pas !

L'attrait du Nord et du Pacific Northwest reste très fort avec le temps . Il me semble que ces contrées ont d'avantage préservé une authenticité et procurent des émotions plus proches de celles que les pionniers devaient ressentir, que ne le fait le Sud -Ouest qui lui est bien sûr unique par les fantaisies colorées démesurées, époustouflantes, toujours renouvelées etc.... de ses paysages minéraux mais finalement circonscrits et que l'on voit surtout sous leur aspect ludique.

- le T- shirt au nom de Sarah Palin

….montre que l'orignal colle à son image depuis la précédente campagne électorale quand il se disait qu'elle était la seule capable non seulement ''to shoot a moose dead with one bullet but also to field-dress it''( nettoyer, évider, etc...) ce qui en Alaska peut -être valorisant mais peut-être un peu moins à Washington. En fait il colle tellement à son image que les deux sont interchangeables ! Jim Morin: Sarah Palin and the moose -

- le piège à ours, cette sorte de cylindre monté sur roues...

...me rappelle une histoire parue dans la presse ( Wyoming) en 2008 : on s'imagine que l'ours doit avoir hâte de retrouver sa liberté quand on le libère..sûr mais il peut aussi avoir envie de faire payer le prix de sa captivité à son geôlier : Ranger Releases Bear, Bear Attacks Ranger lequel aurait peut-être dû relâcher la bête ailleurs que sur un pont !!

il y a a peu près un mois je lisais aussi dans le Chicago Tribune que la veuve d'un botaniste de l'Illinois intentait une action en justice. Un an plus tôt (juillet 2010), autour de Yellowstone, son mari avait été tué par un grizzly qui venait d'être relâché après avoir été équipé d' un collier, les responsables ayant prématurément enlevé les panneaux d'avertissement au public, ce qui fonde l'action....selon l'avocat

- en regardant les photos du nid de bald eagles

je repense à ce jour oû j'ai observé quelque chose d'étonnant sur la côte Pacifique. Un bald eagle pourchassant une mouette laquelle en virevoltant, plongeant, esquivant était parvenue, jusque là à échapper à son prédateur. Banal ... mais ce qui l'était moins c'est que l'aigle lui-même semblait être chassé par un grand corbeau, un ''raven'', pas une corneille commune. Les trois oiseaux traçaient des figures parfaitement synchrones en se suivant de très près, quelques mètres. On pensait à un combat aérien d''avions de chasse ...tels que l'on en voit au cinéma. Cela a duré deux minutes puis ils ont tous disparus derrière un relief. Nulle doute que l'aigle ait finalement capturé la mouette mais je me suis toujours interrogé sur le rôle du grand corbeau. Comptait-il récupérer les restes de la mouette que l'aigle aurait abandonnés ? ...probable et banal. Comptait-il disputer sa proie à l'aigle ?... pas impossible mais peu probable. Tentait-il de porter secours à la mouette ? …. vision plaisante mais trop anthropomorphique.... mais après tout des cas n' ont-ils pas été documentés oû un animal en assiste un autre , d'espèce différente😮.

En tous cas, une scène à trois comme çà , je n'avais rien vu de tel jusqu'alors et n'ai rien vu de tel depuis.

Un autre jour, dans le nord de la B.C. me trouvant avec un collègue Canadien un sur une ligne de crête rocheuse oû nous avait déposés un hélicoptère quelques heures plus tôt, j'observe à la jumelle une scène insolite. Des chèvres blanches de montagne évoluent sur une corniche, un aigle survient qui fond sur l'une d'entre elles de manière répétitive. Etrange à première vue , la chèvre est certainement trop lourde pour que l'oiseau puisse l'emporter... et l'aigle semble ne faire que piquer sur sa proie sans vraiment jouer des serres ou du bec. C'est alors que mon collègue Canadien m'explique qu'il ne cherche pas à l'emporter mais à la déstabiliser, lui faire perdre l'équilibre et la faire tomber dans le vide. Ce qui finit exactement par arriver au bout d'un moment.... l'aigle plongeant derrière elle pour achever sa proie au sol si besoin est.

Je repense aussi à une autre scène étonnante dont je n'ai pas été témoin mais qui a été initialement rapportée dans le journal local de Terrace B.C. En 2008. Un bald eagle tentant, sans succès, d'entraîner au sol un cygne plus grand et plus lourd que lui..Bald Eagle'.s Aerial Attack on Unsuspecting Swan

- pas de chance en orpaillant cette année... ?

c'est pas grave ! la prochaine fois essayes la vraie bâtée, le chapeau chinois conique d'avantage dans la tradition des prospecteurs français, plus performant que le ''pan'' américain à fond plat quand... on a appris à le manier

- l'eau ferrugineuse des cours d'eau et l'or du Klondike

l'or des placers et des rivières provient de plusieurs types de gisements primaires dans la roche mais très souvent associé à des sulfures surtout la pyrite ( fool's gold) qui produit en s'oxydant du fer ferrique donc de la ''rouille'' . Cette ''rouille'' se dépose sur les galets mais quand elle est abondante reste aussi en suspension colloidale dans l'eau. Cette coloration n'est donc pas liée directement à l'or mais aux ex-sulfures de fer qui l'accompagnaient. On peut dire que c'est un ''traceur''

sur la photo du bout de minerai jointe, la pyrite a déjà été oxydée, dissoute, elle est partie ne laissant que des formes géométriques vides. Bientôt les hydroxides de fer et les paillettes d'or vont aussi partir et se retrouver dans les eaux de ruissellement

- encore le Klondike...

pour revenir sur le récit de Turenne Auzias ( Voyage au pays des mines d'or 1898) j'ai savouré, page 112, l'interview de la jeune Anglaise Miss Ida Pincett sur le comportement des uns et des autres sur la Chilcoot trail . Vois-tu de quoi je veux parler ?

- le glissement de terrain au Yukon.....

….me remonte en mémoire (pour tuer le temps en attendant la suite du récit des vacances au Katmai) l'histoire d'une nuit agitée ou les conséquences d'un déboisement débridé

J'ai lu, il y a quelques mois de çà, que près de Princeton B .C. la Transcanadienne 1 avait été coupée par un glissement de terrain. Alors j'ai repensé à un autre, gigantesque celui-là, considéré comme l'un des deux ou trois plus massifs à avoir jamais affecté le Canada , qui avait frappé la même région au milieu des années 60 (Hope Slide - Wikipedia, the free encyclopedia)

Dans les montagnes de l'Alberta, de la Colombie Britannique, notamment de l'ile de Vancouver les glissements de terrain sont fréquents. En juin 2012 se tiendra à Banff le 11ème Symposium International sur les glissement de terrain couplé avec le 2ème symposium sur les glissement de terrain en Amérique du Nord (plus de 400 spécialistes attendus)

Dans l'île de Vancouver l'accroissement du risque de glissements de terrain lié à l'exploitation forestière (le logging) est établie. Il y a trois semaines le Nord de l'ile a été temporairement isolé par une série de ce type d'accidents....et je me suis remémoré une nuit de fin d'octobre .

Entre Quatsino Sound et Kyuquot Sound nous sommes installés, un camp de cinq tentes, à la tête d'un des nombreux inlets, ces fjords de la côte Pacifique. À la tête, donc à peu près à la hauteur du delta de la petite rivière qui s'y jette. C'est dans ce camp que deux semaines plus tôt j'ai raconté comment un technicien poursuivait, clef à mollette brandie haut, un jeune ours chapardeur fuyant avec son sac à sandwich dans la gueule ... sans s'apercevoir que la mère ours le coursait à son tour !

La tente, que j'occupe avec mon épouse, un peu en retrait de la cuisine, est munie d'un parement et d'un ''plancher'' de contreplaqué , confort indispensable dans l'humidité et la boue ambiantes. Elle est installée en bordure d'un ruisselet d'à peine deux pieds de large, profond de moins d'un pied et qui coule normalement paisiblement en bas de la montagne pour rejoindre la rivière dans son delta vaseux un peu plus loin. Nous avons donc l'eau courante.... bien pratique pour quelques ablutions et pour faire le thé que nous buvons très chaud. La tente d'épaisse toile blanche comme le sont toutes les tentes de prospecteur est équipée de son ''fly'' ce second toit indépendant. Bien tendu un pied au dessus il fournit une protection indispensable contre la pluie ans et très appréciable contre le froid. Quand je dis toile blanche je fais bien sûr allusion à sa couleur d'origine , sa couleur actuelle et les taches de diverses origines qui le maculent défiant toute description.

Quelques kilomètres en amont dans la rivière elle même, quelques semaines plus tôt c'était la fin du cycle pour les saumons : face au courant, immobiles, quasiment rouges, le rostre hideux proéminent, desquamant par grands lambeaux , ils attendaient la fin. Ceux qui n'étaient pas mangés par les ours tenaient le coup quelque temps puis, devenus inertes, finissaient par dériver vers l'aval et rejoindre le delta oû mouettes, corbeaux , loutres, crabes et plein d'autres locaux s'en goinfraient..

De l'autre côté de l'inlet, sur les pentes abruptes symétriques de celles dont nous occupons la base, trois loggers, certainement des tâcherons vu leur assiduité, s'affairent. Leurs tronçonneuses tournent toute la journée, courte à cette période de l'année. Ils viennent de réactiver un chantier apparemment ouvert des années auparavant et qui a déjà fortement dénudé la montagne. Et cela continue. A cette époque (années70-80) l'encadrement par le Gouvernement Provincial des compagnies forestières n'est pas... très sévère et lorsque vous survolez en hélicoptère un chantier abandonné vous avez un peu l'impression de volez autour du Mont Saint Helens après son explosion. Quel massacre... quel gâchis...à pied la progression est parfois un vrai parcours du combattant dans l'entrelacs de débris forestiers et de fûts éclatés, abandonnés parce que considérés détériorés....

Les loggers, nous ne les rencontrons pas ; chaque soir ils remontent dans leur ''crew cab'' pour passer la nuit dans une communauté proche de quelques 40 km mais la piste qu'ils empruntent court parallèle au versant montagneux de l'autre côté de la vallée.

A cette saison, dans ce coin de l'île dire qu'il pleut est d'une banalité... bof !. Nous avons donc notre propre échelle de mesure, très simple : d'une part la pluie qui vous permet de travailler , d'autre part celle qui ne le permet pas parce qu'elle est vraiment violente, forme un mur d'eau qui réduit la visibilité à rien et noie tout. Pour remplir vos fonctions sous la pluie-qui-permet-de-travailler vous avez le ciré gris ou jaune très efficace. Généralement … mais le fabricant n'a pas pensé à certaines activités : les manches ne sont pas équipées de poignets intérieurs étanches. De sorte que sur un poste de recherche, le bras levé vers le ciel pour guider une tige d'acier, votre manche est grand ouverte tel un pluviomètre. L'eau s'y engouffre, coule le long du bras jusqu'à l'aisselle et de là ruisselle un peu partout selon les mouvements du corps. Dans le dos par exemple et jusqu'au bas du dos oû elle trouve un sillon anatomique qui semble prévu pour la canaliser...l'eau n'est pas glaciale, elle n'est pas tiède non plus.. elle est froide, l'air lui est à .. disons à 10°C . Je vous assure que ce ruissellement froid dans cet endroit normalement bien au chaud est des plus déplaisants.

Bref......

Justement il pleut … il pleut depuis plusieurs jours, de telle manière que nous sommes forcés à l'inaction . Le camp est de toutes manières désert, les techniciens ayant suivi le mot d'ordre de leur Union (syndicat) et s'étant mis en grève, l'ingénieur de leur entreprise n'ayant plus rien à faire étant parti dans le même hydravion et mes deux propres collègues dans un autre pour récupérer à Vancouver en attendant la fin de la grève.

La tente cuisine, dépourvue de sol de contreplaqué, est inondée, on ne peut s'y rendre que botté de caoutchouc de sorte que nous avons pris avec nous de quoi faire du thé , grignoter, faire des sandwichs . L'eau du thé bout directement sur le poêle à bois pliable, ce genre de poêle en tôle légère que, replié, vous pouvez emmener dans votre packsack. Monté, il n'est pas très étanche mais avec l'aération naturelle de la tente aucun risque d'intoxication, quant au tirage le problème.... c'est qu'il y en a trop, ce n'est donc pas un feu continu, loin de là, et il faut l'alimenter sans cesse depuis la provision constituée quelques jours auparavant et couverte d'une bâche.

Nous sommes donc trois, mon épouse, moi-même et notre chat. Couturé de cicatrices, il ne craint pas la bagarre avec la faune locale mais n'apprécie pas du tout la pluie d'automne . C' est ce même chat qui, une ou deux cicatrices plus tard, échappera de justesse l'année suivante à l'attaque en piqué d'un escadron de corneilles désireuses de le mettre à leur menu du jour.

Nous passons nombre d'heures allongés sur le ''cot'' à lire et à fixer le ciel de tente et à écouter le crépitement de l'eau sur le ''fly'' ; les taches de la toile se déforment sous le poids de l'eau qui a fini par passer dessous. C'est un peu comme fixer un ciel pommelé et venté du Labrador, vous y déchiffrez toutes sortes de choses mouvantes. Un vrai bestiaire , on y voit même passer le profil de belle-maman.

A l'approche de la nuit le ruisselet derrière la tente est devenu un ruisseau mais s 'écoule normalement.

Mais la pluie forcit et un peu tard les miaulements du chat ainsi qu'une sensation étrange de tangage nous réveillent en sursaut. La tente est en train d'être inondée et surtout l'eau infiltrée sous le contreplaqué la fait osciller. Le ruisseau est sorti de son lit et nous allons partir à la dérive. La nuit est d'encre, diable, si jamais l'expression est justifiée c'est bien une nuit comme celle là. Les lampes- projecteurs suffisent à peine à y voir. Le ruisseau ayant grossi a raflé sur ses berges quantité de débris végétaux déposés plus loin en un véritable barrage derrière lequel l'eau monte. Plus vite fait que par toute une équipe de castors ! Immergé jusqu'au nombril il me faut maintenant détruire cette accumulation à l'aide d'un pic et d'une pelle. J'y mettrais bien un bâton de dynamite mais dans les circonstances ce serait hasardeux .... Foutu métier de m.... . Dans des moments comme çà je me dis que j'aurai dû écouter tante Joséphine et faire mon Droit. Mais je réalise que j'aurais eu à porter une cravate et à prendre le métro au moins deux fois par jour... pensées traumatisantes qui aident à accepter l'inconfort du moment.

Bon... le verrou ayant sauté les choses se normalisent. Le temps de changer de vêtements et me revoilà dans mon sac de couchage. Nous nous rendormons.

Plusieurs heures plus tard le chat s'est de nouveau réveillé. Qu'est ce qui arrive au miron cette fois-ci ? il miaule et s'agite comme s'il voulait sortir... a-t-il senti, entendu quelque chose ? Mais comment diable voulez vous distinguer quoi que soit dans l'ambiance sonore qui règne : la pluie partout, la pluie qui crépite sur le fly au dessus de la tente, le ruisseau qui gargouille derrière la tente, les multiples écoulements qui cascadent de la montagne ? Moi je ne discerne rien d'autre et cependant ... quelques secondes plus tard une sonorité étrange perce le vacarme. Indéfinissable au début... qu'est ce que c'est encore que ce truc ? On dirait... quelque chose qui se déchire. N... d. D... un ours s'attaque à la tente cuisine. Nous saisissons deux projecteurs, j'empoigne ma grosse MARLIN 444 et nous nous précipitons dehors où la nuit est toujours aussi noire.. et oû les lampes- projecteurs ont de la peine à illuminer la scène. Mon intention est de mettre l'intrus en fuite en lâchant , en l'air, deux ou trois coups de la Marlin dont la puissante munition tonne vraiment fort !. Mais tout va vite.. je ne vois pas d'ours et en même temps le déchirement s'amplifie et ce n'est certainement pas d'une toile de tente qu'il provient. A la seconde l'évidence s'impose....bon sang...ce n'est effectivement pas la tente qui se déchire mais la montagne elle-même et ce que nous entendons c'est le décollement d'une masse terreuse et rocheuse qui précède le glissement de terrain. Moment de panique...on entend le phénomène, on sent.. on pense sentir une vibration mais d'oû cela vient-il ? De la montagne derrière nous, à gauche... à droite ? De la montagne en face, de l'autre côte de la vallée ? Avec l'écho entre les murs de l'inlet, il semble venir de partout . Fuir, mais dans quelle direction ? La nuit est si noire.

Le temps que ces pensées nous traversent l'esprit et à l'arrachement de la ''loupe'' succède l'effondrement, le fracas des éboulements, arbres qui éclatent, claquant comme des coups de fouet, rochers qui dégringolent. Si c'est au dessus de nous il est trop tard pour fuir.. mais, Dieu soit loué, ce n'est pas au dessus de nous et quelques minutes plus tard la montagne s'apaise, seuls des blocs rendus instables perturbent maintenant la nuit en dévalant la pente de temps en temps

Cette fois ci nous ne nous sommes pas recouchés ….

A l'aube... il pleut toujours. Des deux côtés de la vallée la montagne pisse, crache l'eau de tous ses pores, il en jaillit de toutes les cavités comme une éponge que l'on presserait. En face du camp de l'autre côté de la vallée, une grande cicatrice terreuse de quelques cent à cent cinquante mètres mètres marque la ''loupe'', la zône de décollement. Dessous tout est dévasté, entrelacs de terre, de roches et d'arbres. De gros rochers ont presque traversé l'inlet pour finir envasés dans le delta plus près de nos tentes que de leur point de départ. Sans la vase qui les a piégés, certains auraient peut-être bien roulé et rebondi jusque de notre côté.

Nous étions du bon côté..... sinon comme les automobilistes sur la highway Hope-Princeton dans les années 60 nous serions peut être encore enfouis sous des tonnes de roches

à quoi tiennent les choses!

En attendant la suite au Katmai .. les ours !!! les ours🙂 !!

jean-paul
Suite des "Rencontres insolites avec des grizzlys, chercheurs d'or et autres dans l'Ouest Américain"   (26 février 2009)
TR Trois14 Globetrotter ·
Bonsoir J-Paul

C'est un réel plaisir de te rencontrer sur mon carnet, et une fierté, car je sais que tu as beaucoup roulé ta bosse dans le nord du continent américain. Tes multiples anecdotes sont toujours passionnantes (on ressent si bien l'atmosphère du pays en te lisant), et je suis heureux de t'avoir donné l'occasion de nous en distiller une de plus. Tu es le bienvenu ici si la suite de mon récit peut t'en rappeller d'autres.

Et dire que j'ai hésité à mettre cette vue de l'éboulement qui domine Dawson City ! Je me souviens aussi d'un glissement de terrain qui m'avait sacrément gêné il y a quelques années. C'était également en Colombie Britannique, sur le Stewart-Cassiar Hwy. Je voyageais direction Sud, avec l'intention de rejoindre rapidement Hyder (et, on se se refait pas, ses ours). Je faisais étape à Dease Lake, et devais rouler une longue étape vers le Sud le lendemain matin. Sur le coup de 20h, je vois en faisant le plein d'essence une voiture de police qui faisait également son refueling. Nous discutons, je demande des infos sur la route de demain, et là, catastrophe. Les policiers m'apprennent qu'un méga glisssement de terrain vient juste d'avoir lieu il y a quelques heures, une petite centaine de km plus loin, dans la région d'Iskut, aux environs de la rivière Stikine (que nous recroiserons à nouveau vers son embouchure dans le voyage actuel). Ils viennent juste de l'apprendre, n'ont pas encore posé de signalisation ; mais partent maintenant, ils sont chargés de le faire sans délai. La route a été emportée sur plusieurs centaines de mètres, et sera probablement coupée des mois ! Gros problème pour moi, car après un passage rapide à Hyder, je devais rejoindre très rapidement Vancouver où je devais impérativement prendre, trois jours plus tard, un vol pour la région de San Francisco où j'avais une réunion importante (avec cravate 😕). Tout est à l'eau. Hyder n'est plus au programme (cette fois). Je vais devoir remonter à grande vitesse vers le Territoire du Yukon, et à Watson Lake (voir mon passage cette année, dans ce récit, le village avec des panneaux), prendre l'Alaska Hwy vers le Sud à marche forcée. C'est beaucoup plus long. Nous sommes donc repartis le lendemain matin à 3h du matin, à la nuit noire (nombreux animaux sur la route à cette heure), pour arriver très tard le soir à Fort St John (j'en ai aussi parlé cette année). Soit une étape imprévue de 1200 km, par une route souvent défoncée, avec de multiples ralentissements pour travaux ... Nous avons ensuite continué le lendemain et le surlendemain sur le même rythme, mais j'ai eu mon avion !

Cette année là avait été propice en glissements de terrain, car plus au Sud un peu plus tôt, il avait été impossible de rejoindre Prince Rupert, un méga glissement de terrain ayant coupé la route aux environs de Terrace. Comme tu le dis, ces phénomènes n'ont rien d'exceptionnels dans le nord de la BC. Mais c'est vrai que celui de Hope (pourtant bien plus au Sud) que tu évoques est particulièrement spectaculaire. Tout comme "le tien" dans le Nd de Vancouver Island.

=+=+=+=+=+= Sarah Palin, j'ai été très surpris de constater cet été qu'elle n'était pas politiquement complètement morte. De France, c'est l'idée qu'on s'en fait. Mais en Alaska, elle continue à avoir des fans.

Et la description très "rustique" et masculine que tu en fais, on pourrait l'appliquer à plusieurs femmes que j'ai rencontrées en Alaska (par ex la logeuse que nous aurons cette année à Anchorage). Ce sont quand même des gens durs et très courageux, une race beaucoup moins répandue "en bas" !

=+=+=+=+=+= Super ton histoire de piège à ours ! Mais pourquoi ne les endorment-ils pas avec une munition spéciale, comme cela se fait en Afrique ?

=+=+=+=+=+= Pour l'or, c'est sûr, j'y arriverai, je veux devenir riche !!!!!!

Merci pour ton explication technique concernant l'eau ferrugineuse des ruisseaux aurifères. Je ne la connaissais pas, mais vraiment, tous les ruisseaux aurifères sont de cette couleur. Cela est je pense un excellent indice. Et c'est en tout cas une info qui me sera très utile (voir 3 lignes plus haut).

=+=+=+=+=+= Pour en revenir aux multiples anecdotes que tu nous as contées sur VF, elles tournent souvent autour de prospecteurs, ou autour d'ours. Aussi cette année j'ai découvert dans une librairie de Juneau deux livres d'histoires locales sur les ours d'Alaska, un peu dans le genre des tiennes. Et ce sont tes histoires qui m'ont incité à faire cet achat (pas encore lu). Tu m'as couté une quarantaine de $$$ !

Quant aux deux livres sur le Klondike, je vois que tu les as lus également en entier. Je les trouve envoutants. On s'évade en un instant de notre temps, on est complètement en 1898 avec eux, on souffre avec eux, on se réjouit avec eux, on voyage avec eux ...

=+=+=+=+=+=

Enfin, sur un point tu m'as déçu 😕 . Je comptais un peu sur toi pour me donner un avis sur le phènomène lumineux que j'ai vu dans la région de Teslin. Aurore boréale ? Autre chose ? Tu as beaucoup roulé ta bosse par là bas dans le Nord, et tu as dû appercevoir dans ces régions des phénomènes un peu semblables.

=+=+=+=+=+=

Quant aux ours de Katmai, j'envisageais de faire un envoi un peu long le WE prochain (et encore pas certain). Mais comme vous êtes un certain nombre à les réclamer, je vais changer de stratégie, et tronçonner.. Dès demain je vais essayer de poster le début de la journée et les premiers nounours.

Juste pour patienter, voici une vue de Brooks Falls, mais qui date de notre voyage de 2007 (c'etait quasiment identique cette année).



J-pi
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
TR Trois14 Globetrotter ·
Notre hydravion rejoint la rive. Il nous attendra là jusqu'à ce soir.



Et surprise, nous retrouvons ici le petit quadriplace de Katmai-Air immatriculé N495K, celui-là même qui nous avait transportés il y a 4 ans depuis King Salmon jusqu'à Brooks.

N495K

Guidés par notre pilote, en groupe compact, nous rejoignons avant toute chose (c'est absolument obligatoire) le petit bâtiment du Visitor Center du Katmai National Park, afin d'y subir un topo de 10' sur la topographie de la région et surtout sur les règles à respecter dans le parc vis à vis des ours.

topo On nous précise que les ours sont ici chez eux et pas nous, ils sont donc à leur place partout ! C'est à nous de nous adapter et, où qu'ils soient, de leur laisser la priorité, et le choix complet de leurs mouvements ; si un d'entre eux traîne sur notre sentier et nous barre la route, nous devons attendre patiemment qu'il veuille bien abandonner sa position ; ou a défaut, nous devrons faire un détour au large dans la forêt épaisse. Une distance de sécurité doit être respectée (autant que possible, car une rencontre surprise n'est jamais exclue). Moyennant quoi, on nous assure que nous ne courons aucun risque (en principe). Car les ours ici ont un but unique : attraper et manger un maximum de saumons (jusqu'à 40 par jour et par ours). Les quelques visiteurs humains font partie du décor, mais compte tenu de la forte préférence pour la bonne chair des saumons frais qu'ils trouvent ici en grand nombre, nous ne sommes pas considérés comme une proie (en principe). A condition de ne pas les gêner, ni les surprendre, et surtout de ne jamais nous approcher des bébés ours, que leur mère protège toujours avec soin. On nous prodigue cependant tous les conseils utiles pour le cas où un ours aurait oublié les "accords" passés avec l'espèce humaine, et se montrerait menaçant (du bon usage de notre sac à dos sur lequel on le laissera s'acharner –toujours en principe-, le temps pour nous de fuir). Cette manoeuvre a parait-il sauvé ici plusieurs vies (mais les sacs sont alors déchiquetés, jamais récupérables). Mais on nous rassure : il n'y a finalement eu, à Brooks Falls, aucun accident avec mort d'homme à déplorer depuis un certain nombre d'années. Nous devons cependant signer un papier (bien sûr simple formalité, nous assure-t-on) précisant que nous sommes bien au courant des risques encourus, et que nous nous interdisons tous recours ultérieur en responsabilité contre le Katmai NP en cas d'accident. Seulement ensuite, le ranger distribue à chacun un très beau pin à porter bien visible, attestant que nous avons bien assisté au speech (et signé le papier). Les ours seront ainsi prévenus en voyant le pin que nous ne leur voulons aucun mal !

Ceux-ci sont partout, mais c'est vers la rivière (Brooks River) qu'ils sont en plus grand nombre et le plus spectaculaires. Trois plateformes d'observation ont été construites aux endroits les plus photogéniques. La plus intéressante est celle qui se trouve à proximité immédiate de la chute (Brooks Falls). Ce point se situe à environ 2 miles du Visitor Center.

Il nous faut d'abord longer le lac, puis traverser la rivière sur une passerelle (à condition qu'un ours n'ait pas, comme pour nous il y a 4 ans, l'idée de s'installer et de se prélasser une demi-heure sur ladite passerelle). Le trajet se poursuit ensuite sur un beau sentier à travers la forêt, jusqu'aux chutes. Des rangers sont présents dans la zone du Visitor Center, et près des trois plateformes ; certains accompagnent les groupes de personnes qui ne préfèrent pas faire le trajet seuls dans la forêt. Ils veillent surtout à faire respecter "la" distance de sécurité envers les ours. Mais ailleurs, ils ne sont pas là, nous sommes livrés à nous-mêmes, et je trouve ça très bien mieux.

Avant de quitter la zone du Visitor Center, bien qu'il soit environ 10h, nous décidons de manger ce que nous avions apporté, afin de ne pas faire suivre de victuaille avec nous. Nous aurons ainsi la journée entière pour nous occuper des ours.

Nous passons devant le lodge, et ses cabines nettement améliorées par rapport à qu'elles étaient il y a 4 ans ; le rapport qualité/prix est ainsi un peu moins désastreux …



… puis nous débouchons sur le lac, et la magie commence. Il y a dans cette zone beaucoup de mères accompagnées de leurs petits. Prudence !











une mère, debout, cherche à apercevoir, au loin dans le lac, une zone avec beaucoup de poissons, pendant que fiston s'impatiente. Du haut de ses presque trois mètres, elle est impressionnante.

Nous passons la passerelle sans encombre cette fois (un dispositif de fermeture a été ajouté, interdisant maintenant son accès aux ours), mais beaucoup d'ours nous observent, indifférents. Certains sont en plein repas. Des rangers veillent.





Puis nous continuons, seuls désormais. Le sentier apparait très champêtre. Une mousse épaisse recouvre les talus. Des lupins arctiques investissent les zones moins ombragées.



mousse épaisse

lupin arctique

Mais attention, contrairement à ce que je viens de dire, nous ne sommes pas seuls dans la campagne !



il nous a bien surpris, celui là !

Des sentiers bien tracés paraissent descendre de la forêt vers notre chemin. Mais ce sont des passages d'ours, car ces grosses bébêtes ont leurs habitudes, elles passent toujours par les mêmes endroits. Parfois les arbres sont abimés, car les ours s'y frottent pour tenter de se débarrasser de leurs parasites.







Annie, beaucoup moins tranquille qu'il y a un quart d'heure, n'est pas loin de croire au traquenard. Elle applique scrupuleusement la consigne, fait du bruit en frappant dans ses mains, et chante à tue-tête. Ceci est sensé prévenir les ours qu'il y a du monde (le pire serait qu'ils soient surpris). Quoi qu'il en soit, nous progressons, en musique (merci Annie), et arrivons à proximité de la rivière sans autre incident. Nous retrouvons alors du monde (Annie est rassurée), mais aussi beaucoup plus d'ours (Annie est moins rassurée).

C'est ici le saint des saints, celui qu'on voit en photo sur Géo au moins une fois par an ! ... ... ... Le spectacle va commencer. -
De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !
MO Mouriann Veteran ·
Héhé ! Quel chic pour faire durer le suspens !! Encore une fois merci pour ce récit et ces photos ! Quand en plus, Cochize s'en mêle ...
carnet voyage écosse : https://voyageforum.com/v.f?post=6530897;#6530897 carnet voyage est usa: https://voyageforum.com/discussion/nord-est-americain-4-semaines-entre-villes-nature-d8345961/
BL Bluequark Veteran ·
Bonsoir,

Percée à jour. C'est bien de là que me vient l'idée.
Bluequark

Carnets : Namibie, Laos-Perhentias-BKK, Ouest US, Lanzarote, New-York, Berlin, Cuba, Bardenas Reales, AFS -Lesotho-Swaziland, Japon et le dernier né Colombie: https://voyageforum.com/discussion/ete-2017-trois-semaines-en-colmobie-en-famille-d10108246/
KR Krikri6792 Globetrotter ·
Formidable ! Manifestement c'est là qu'il faut aller pour voir les ours ! 🙂 Je vous suis avec attention ! A+
Tous nos fabuleux voyages : http://sites.google.com/site/fabuleuxvoyageskrikrietherve/
TR Trois14 Globetrotter ·
Nous apercevons de suite au milieu de la rivière deux ours en pleine tâche.

Brooks River

Pour nous approcher, nous devons cheminer sur une passerelle. D'une part nous y sommes en sécurité, d'autre part elle débouche sur une plateforme surélevée, idéale pour l'observation. Deux rangers peuvent répondre à nos questions.

Le passage vers cette passerelle au bord de la rivière mais avant la chute, nous est en fait imposé. Cet observatoire est une sorte de "zone tampon", permettant de n'orienter des visiteurs vers le dernier observatoire (celui des chutes), que lorsqu'il y a de la place disponible sur cette dernière plateforme, où le nombre de personnes est contingentée à une quinzaine environ (quand on est en place, on peut y rester aussi longtemps qu'on veut).

Mais d'ici, c'est très bien aussi.

Cependant, pour la photographie, je réalise que, avec mon petit compact Panasonic de 200 grammes, je passe vraiment pour un rigolo. Surtout quand je contemple l'artillerie impressionnante de mes voisins.



Dans cette zone l'eau n'est pas profonde, les ours repèrent d'abord (ils sont alors rigoureusement immobiles, exceptés leurs yeux vifs qui cherchent), puis soudain explosent, sautent, courent après leur proie, qu'ils attrapent parfois, mais le plus souvent ratent. Ils prennent alors un air dépité qui fait vraiment pitié.

Mais certains, plus sportifs, font de la pêche sous-marine, un peu plus loin, là où la rivière est plus profonde. C'est assez spectaculaire de voir nager sous l'eau ces mastodontes, mais cette technique ne s'avère pas spécialement efficace.















Les rangers notent scrupuleusement avec application tout ce qui se passe, les rushs, les succès où les échecs de chaque bête. C'est beau, la science ! Enfin au bout de 10 minutes l'un d'entre eux nous aborde, et nous confirme que c'est à nous. Si nous le souhaitons, nous sommes maintenant autorisés à rejoindre le dernier observatoire, celui des chutes, où il y a deux places pour nous.

Nous reprenons sur 200 mètres la passerelle surélevée. Des ours passent dessous, indifférents, à un mètre à peine de nous. Spectaculaire ! Certains adeptes de diététique, afin d'avoir un repas équilibré, dégustent un peu de salade avant de s'attaquer au plat principal.





Des jeunes, qui se sont un peu éloignés de leur mère passent par là. Ils sont trop mignons. Mais ils rejoignent vite maman et sa protection au bord de l'eau (nous reverrons ces trois là plus tard, car ils sont vraiment attachants).







Un male à l'aspect patibulaire ne nous inspire, lui, vraiment pas confiance (nous apprécions d'être surélevés). Mais il nous ignore. Son air dépité vient en fait de ce qu'il s'est fait exclure de sa zone de pêche par un ours dominant, plus gros.







Et enfin nous approchons de la chute (Brooks Falls).



Nous resterons sur cette dernière plateforme, scotchés, plus de trois heures.

Bien sûr, il est un peu frustrant de ne pas être seul, et même de se sentir séparé des bêtes. Mais fascinés par le spectacle, nous ne nous en rendons pas du tout compte. Et je dois admettre que ici la densité en ours est telle, leur activité si importante, que cette "protection" est indispensable.

La chute qui barre toute la rivière, fait une soixantaine de mètres de large. Nous sommes à 3 mètres du bord, surélevés de 1,5 mètres environ.







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De l'Alaska à l'Arizona : contrastes. Voir https://voyageforum.com/v.f?post=4396533#4396533

Dans la vie, le pire qui pourrait nous arriver serait qu'il ne nous arrive rien !

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