Kanaka, la soeur de mon ami Mohan, ma petite maison est a cote de la leur, a decide de m emmener a un temple, Karikili Temple, du nom du village ou nous habitons.
Nous marchons a travers des sentiers, traversant des champs de cacahuetes, manguiers et palmiers a perte de vue. Nos pieds foulent la terre chaude, parfois brulante, terre dessechee qui nous rapelle sans cesse la dure realite, l eau fait cruellement defaut, les moussons ne sont pas bonnes depuis deux ans.
Tout a coup, nous arrivons devant le petit temple, dedie a la Deesse Amman, temple a l abri des regards indiscrets que seuls les habitants du village connaissent. J ai du mal a voir la Deesse, tant elle est couverte de colliers de jasmin et de bouts de sari deposes par des femmes esperant voir ainsi leurs voeux exauces.
Est ce l imagination ou la realite, mais l atmosphere est empreint d un calme absolu que seul accompagne le chant des oiseaux. Kanaka verse l huile dans un petit pot en terre, y ajoute une meche qu elle allume avec d infinies precautions. Petite flamme qui devient grandiose et chargee de symboles, nous invitant a eclairer nos vies et nos ames. Nous accomplissons les rites, par trois fois la paume de nos mains effleure la flamme, par trois fois nous faisons le tour du temple, puis nous nous prosternons, la tete contre le sol. Kanaka degage doucement les guirlandes de jasmin pour prendre a meme la deesse un peu de poudre rouge qu elle me met sur le front et dans le cou. En tamoul, ce geste s apelle Kumkumam.
Enfin, nous nous asseyons un long moment toutes les deux dans ce lieu charge de plenitude. Je ferme les yeux pour me laisser envahir par cette quietude parfaite, le temps n existe plus, les mots se vident de tout sens, mon esprit se libere totalement.
Kanaka m effleure le bras, je la regarde, ses yeux petillent, un merveilleux sourire illumine son visage. Elle sait, oui elle sait que grace a elle, j ai vecu en cet endroit un pur moment de bonheur.
Sandrine
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