Madame et Aix, les deux plus petites îles de Charente-Maritime
FR

This discussion is in French, the community’s main language.

Original post
JE
Moins connues que leurs grandes sœurs, Oléron et Ré, les îles d'Aix et de Madame sont aussi les plus petites des quatre îles situées au large des côtes de Charente Maritime. Certes ce sont des îles confettis, mais la diversité de leurs paysages rend leur visite particulièrement plaisante. Je les ai (re)découverte il y a quelques mois lors de balades pédestres le long des sentiers qui les parcourent. Ce fut un plaisir de refaire le « voyage » en rédigeant ce texte/photos, un récit que j'ai voulu partager en le mettant en ligne, ici sur VoyageForum. Ces îles sont situées dans ma région mais la curiosité et le plaisir voyageur sont parfois à deux pas de chez soi … Pour débuter le récit, honneur à la plus petite des deux îles, honneur donc à Madame.

--

La route m'a mené jusqu'à la côte, son terminus où je débarque à.. Port des Barques (je n'ai pu résister au jeu de mots !).

Arrivé au bord de la grève, je n'ai d'yeux que pour Madame … Madame (tout court) est effet le nom d'une île minuscule au large des côtes de Charente Maritime. Cette île, un mini territoire d'à peine 1 kilomètre sur environ 700 mètres, est située juste à l'embouchure de la rivière Charente.



D'ici, on aperçoit un imposant Fort et des carrelets (cabanes de pêche sur pilotis) déjà un avant-goût du programme de la balade sur l'île qui par ailleurs réserve au visiteur quelques autres aspects à découvrir.

Madame est vraiment une île ... mais seulement à pleine mer car lors de la marée basse son territoire est relié au continent par un tombolo. Un chemin fait de galets et de graviers d'un kilomètre ou sans doute un peu plus car son tracé est plutôt sinueux. Parfait, comme prévu les eaux se sont retirées, c'est donc bien le moment d'en profiter pour s'engager (sans risque) sur ce fameux tombolo.

Je ne sais si c'est le fait de voir cet accès ouvert juste quelques heures par jour mais les gens qui empruntent ce matin cette « Passe aux bœufs » (c'est son nom) semblent être plein d'allant. Il y à là de joyeux randonneurs aux pas cadencés, un tracteur et sa remorque chargée de matériels qui brinquebalent au gré des cailloux, des cyclistes enthousiastes, un homme tenant en laisse son chien, une joggeuse aux foulées rythmées … enfin tout un petit monde qui se dirige allègrement vers Madame. En revanche, je n'ai vu aucun bœufs parcourant cette Passe … dite pourtant, aux bœufs !



Le hasard a voulu qu'à mes côtés, pressant lui aussi le pas, cet homme habitant le port marche en tirant une petite charrette. Comme nous sommes côte à côte, la conversation s'engage très naturellement. « Non, non, je ne vais pas jusqu'à l'île » me dit-il, avant d'ajouter, « Je vais simplement relever mon filet de pêche, vous voyez sur la gauche il est fixé par les deux flotteurs rouges ... ». En effet, en observant bien on devine ces bouées dont la teinte contraste avec la vase sur laquelle elles reposent. Je ne le suivrai pas plus loin, le terrain au-delà de la passe de pierres est on ne peut plus vaseux et glissant … je ne suis pas équipé de bottes mais de classiques chaussures de marche. Finalement, je ne saurai pas si la prise dans les mailles a été bonne durant la marée haute. « On attrape souvent (ou parfois !) des bars, mulets ou dorades » m'affirme avec fierté ce sympathique pêcheur à pied … et à carriole.



Il est souvent de bon ton lorsqu'on présente un lieu de commencer le récit par quelques mots d'histoires. Ici, dès le pied posé sur le sol rocailleux de l'île, un fait historique local vous accueille avec une croix et puis une stèle. Sur la pierre on peut lire l'inscription suivante: « En mémoire des 254 prêtres inhumés dans l'île Madame en1794 ». Quelques mètres plus loin, au beau milieu d'une prairie verdoyante, une immense croix faite de galets rend hommage à ces ecclésiastiques. Des prêtres réfractaires ayant refusé de prêter serment à la nouvelle Constitution. Déportés et maltraités, l'histoire raconte qu'ils moururent de maladies ou d'épuisement.

Bon, vous me direz que cette première étape dans la découverte de l'île Madame n'est pas très gaie, en effet, mais c'est ainsi.



La suite de la randonnée s’avérera un peu plus riante comme par exemple la vue de cette paisible scène campagnarde. Deux chevaux au pelage blanc qui offrent à mon objectif ce cadrage et ces reflets à la surface de l'eau, idéalement photogénique ! J'aperçois aussi à travers quelques broussailles d'autres animaux broutant dans un autre champ. Des chevaux encore ou des vaches ? Non, des moutons de prés salés facilement identifiables lorsqu'ils se sont mis à « bêêê … ler » !



Voilà que maintenant c'est un drôle d'attelage qui me dépasse. Une remorque ou un bateau ? Assurément les deux, avec cette embarcation à roues, est-elle amphibie ? Peut être bien !



Sur une île et d'autant plus lorsqu'elle est toute petite comme Madame, environ 75 hectares seulement, tous les chemins mènent très rapidement aux rivages et ici immanquablement le littoral est ponctué de carrelets. Ces cabanes de pêches typiques de la région, juchées sur leurs pilotis sont en nombre sur les rives de l'île, la plupart sont pimpantes avec leur coloris qui se remarquent : bleu, vert, rouge, marron ou tout simplement blanc. Elles font parties du décor et agrémentent de belle façon le paysage côtier.



Il suffit de faire quelques pas sur le sentier qui sinue le long du littoral pour découvrir entre criques abritées et autre carrelets, une tourelle. Une tour bien visible à marée basse qui autrefois était reliée à la côte par une passerelle emportée depuis par les assauts d'une tempête. En fait, il s'agit d'un puits : le Puits des Insurgés. Une source canalisée par le travail de déportés Communards en 1871. Un point d'eau potable bien utile aux résidents de l'île qui autrefois étaient principalement des soldats d'une garnison basée dans le Fort de l'île.



Édifié sur le point culminant de l'île, c'est à dire sur une petite colline, l'imposant Fort ne passe pas inaperçu. Une enceinte carrée et des casemates qui s'intégraient dans le système défensif régional de l'arsenal de Rochefort.



Me voilà à présent devant ces épaisses murailles et au bord du fossé. Alors que par définition l'eau entoure le pourtour de l'île, le fort est quant à lui bordé de fossés qui ont toujours été à sec ! Sur la façade à droite on voit une caponnière (casemate d'artillerie) avec ses meurtrières, à l'intérieur les soldats veillaient armes en mains et malheur aux assaillants éventuels.. La construction de cet édifice militaire a débuté en 1695 avant d'être remanié puis rehaussé par la suite. En observant attentivement la muraille, on constate une différence de teintes entre les moellons du bas et ceux de la partie supérieure, ces derniers posés dans un second temps ne provenaient donc pas de la même carrière.



Suivons la guide pour pénétrer dans l'enceinte. Une grosse serrure rouillée et des charnières grincent à souhait lors de l'ouverture de la grille, bonjour l'atmosphère d'antan ! Le pont levis traversé, on se trouve vite dans la cour, là, il faut imaginer entre ces murs la garnison de l'époque et ses 250 hommes en rangs serrés. La visite nous mène ensuite dans une des parties principales du fort : le magasin à poudre. Une salle voûtée entourée d'une galerie extérieure de protection et d'ouvertures qui assuraient des puits de lumières. On devine que dans un tel entrepôt d'explosifs, il était particulièrement dangereux de s'éclairer avec des lanternes, au risque de faire boom ! à la moindre étincelle.

Entre la période actuelle dédiée aux visites touristiques et l'époque où ce fort était un poste militaire, ces lieux ont été l'objet de bien d'autres utilisations. Soit une prison ou une résidence de vacances avec restaurant panoramique, ou bien encore un site tombant en ruines abandonné aux pilleurs et aux squatteurs. Il y a bien eu aussi le projet d'un riche particulier pour y établir un luxueux établissement hôtelier mais les difficultés (administratives, de rénovations avec mises aux normes et financières sans doute) ont mis à mal l'ambitieux projet …



D'une Passe à l'autre … Après avoir emprunté la Passe aux bœufs pour accéder à l'île, voici une autre Passe, située à l'opposée de la première. Mais celle-ci ne mène qu'à une étendue de rochers, de vasières et de parcs à huîtres. Comme l'indique ce panneau, elle est réservée aux véhicules des professionnels de la mer et pour les piétons aventureux, mieux vaut ne pas aller trop loin lorsque la marée commence à monter …



Faisons un crochet par l'intérieur de l'île Madame. Son territoire est si petit que même depuis le milieu des champs on aperçoit toujours en fond les carrelets du rivage. A propos de champs et de cultures, il y a sur l'île une ferme agricole et quelques étendues cultivées comme des parcelles de petits pois ou plus photogénique ce champ de colza en fleurs, jolie perspective jaune particulièrement esthétique.



En arrière plan, on distingue une partie du « hameau » qui se résume en fait à quelques rares maisons, d'anciennes constructions destinées autrefois aux militaires. De nos jours ces logements on été transformées en résidences pour vacanciers. Pour les estivants amoureux de cette nature insulaire sauvage, à proximité, on trouve aussi une petite aire de camping, ouverte en saison.



Passons de l'agriculture à l'aquaculture, une autre activité pratiquée sur l'île. La ferme aquacole mérite que l'on y fasse un tour pour y découvrir ses bassins et ses salines où en période printanière les outils traditionnels du saunier sont au repos. Ils attendent comme les professionnels l'évaporation estivale pour récolter le sel et la savoureuse fleur de sel.

Comme beaucoup de visiteurs, je complète ma balade entre les salines et autres bassins par un tour à l'intérieur de la boutique de présentation/vente des produits de la ferme. Bien achalandée, on y trouve toutes sortes de spécialités, entre autre du sel ou de la moutarde aromatisée aux algues ou aux salicornes. Tiens, cette moutarde aux salicornes émoustille mes papilles d'autant que répondant à mes interrogations, le récoltant/vendeur me vante « ses » salicornes qui apportent au condiment une touche iodée et une texture craquante … va pour un pot de moutarde « salicornée », ce sera mon souvenir gustatif de l'île. Et le jeune homme de poursuivre la conversation à propos de ses salicornes cultivées sur les terres salées de la ferme : « La culture est totalement bio, les plantes sont copieusement arrosées d'eau de mer … inutile vraiment d'ajouter des herbicides, l'eau marine très salée fait office de puissant désherbant ! On ne peut pas faire plus naturel ... ».

Comme souvenir de l'île, J'aurais pu opter aussi pour les très appétissants caramels à la fleur de sel, une autre spécialité locale. Soit dit en passant, l'établissement n'est pas seulement une boutique de souvenirs mais également un bar/restaurant où l'on peut faire à sa guise une halte repos/restauration. Au cas où la balade îlienne vous donnerait un petit creux …

Pour l'instant, avant de rejoindre à nouveau le bord de mer, ce sont les salicornes de pleine terre que je m'en vais voir. En voici dont les tiges se faufilent dans les fissures de cette terre desséchée dans l'attente de son arrosage ... d'eau salée.





Afin de terminer mon tour de l'île, je retrouve le dernier tronçon du chemin littoral. Et qu' y a-t-il tout le long des rochers face à la mer ? Un alignement de carrelets, bien sûr ! Si hauts perchés qu'on dirait qu'ils sont sur des échasses. En tout cas, on ne peut que constater la solide fixation à la roche de ces cabines de pêche , quel agencement avec cette imbrication de poteaux ! C'est impressionnant et indispensable afin de résister aux tempêtes et à la houle des tempêtes d'équinoxe.





En prenant cette photo, j'aperçois le propriétaire/pêcheur devant son carrelet, il attend patiemment la montée des eaux pour pouvoir enfin s'adonner à sa passion de pêche au carrelet. Sa cabane se distingue des autres par sa jolie décoration : une belle teinte bleue, une mouette et un voilier agrémentent une des façades, bravo mon bon monsieur de Madame !

Le sentier serpente ensuite à travers la lande, le silence du lieu rend encore plus audible les chants des oiseaux de cette campagne miniature et ce n'est pas pour me déplaire. Au fait, vous vous demandez peut-être d'où vient ce nom original d'île Madame ? Selon certains historiens, ce nom pourrait provenir de celui de « Madame » Anne de Rohant-Chabot, princesse de Soubise de la Seigneurie du même nom auquel est rattachée l'île en 1667 sur ordre de Louis XIV et la petite histoire d'ajouter que Madame était à l'époque une intime favorite du Roi Soleil.



Au bout de ce chemin, blanc et poussiéreux, apparaît maintenant le fameux tombolo emprunté plutôt ce matin pour accéder à l'île. Cette passe sera évidemment celle du retour vers le continent. La voie est hors d'eau, il est donc encore temps de l'emprunter avant que la marée montante ne la submerge.

Balade sur l'île d'Aix …. message suivant -->
Jean http://perso.wanadoo.fr/groenland-disko/yukon-dempster/
LE Lescaribous Globetrotter ·
Salut, Je ne connais ces 2 iles que de nom mais c'est avec grand plaisir que ''j'embarque'' avec toi. Je sais d'avance que je vais me faire plaisir avec tes magnifiques photos 😉 UN ptit bonjour du QUébec en passant 😛
"Homme libre, toujours tu chériras la mer" (Baudelaire)
JE Jemaflor Veteran ·
Aix

Filons maintenant un peu plus au nord, toujours le long des côtes de Charente Maritime, pour aller faire un tour sur l'île d'Aix. Une île en forme de croissant, peut être modeste par ses dimensions (environ 3 km sur seulement 700 mètres de large) mais qui avec sa diversité de paysages a tout le charme d'une grande … mais en miniature ! Et puis Aix peut s'honorer, à la différence de ces grandes sœurs Oléron et Ré, d'être une véritable île. Car pour atteindre son territoire, ici, il n'y a aucun pont !

--



En attendant le ferry, j'en profite pour observer l'île depuis la grève du port de Fouras, lieu d'embarquement pour Aix. Toute plate, la silhouette de l'île apparaît comme un trait clair qui surligne l'horizon, entre ciel et mer. On distingue quelques constructions, des arbres et dominant l'ensemble les sommets rouge des deux tours du phare de l'île, une balise qui en se remarquant de loin joue ainsi parfaitement son rôle.



Après une vingtaine de minutes de traversée , les passagers qui s'attendaient à débarquer dans un ravissant petit port de pêche peuvent être un peu surpris par cette arrivée. La jetée fait face à d'imposantes murailles, celles du Fort de La Rade. Le ton est donné, Aix était autrefois une place militaire … pour la vue de rivages plus paisibles, pourtant en nombre sur l'île, il nous faudra donc patienter un peu.



Au pieds des remparts, ce canon est un autre témoignage historique de cette île considérée autrefois comme hautement stratégique. A ce propos, quelques mots d'histoire … L'édification de nombreuses fortifications dans les îles et sur les rivages de la région est une conséquence des rivalités entre les royaumes de France et d'Angleterre. En 1666 est construit l'Arsenal de Rochefort et durant le Premier Empire, sous Napoléon 1er, l'île d'Aix se voit transformée en une véritable île-forteresse. L'Empereur a séjourné sur Aix, il y a même laissé quelques souvenirs … on en reparlera en fin de balade. Après quelques manœuvres d'amarrage me voilà pieds à terre, prêt pour un tour de l'île. En guise de tour, ma balade pédestre sera finalement un parcours buissonnier tout en zigzags parmi les sentiers de l'île. En avant donc vers les « Géants de l'île », c'est ainsi que sont appelées les tours jumelles du phare d'Aix. Juchées sur un promontoire près du Fort, elles dominent tout le territoire insulaire du haut de leurs 23 mètres.



Original, un phare constitué de deux tours ! C'est même unique sur la façade atlantique. Renseignements pris, il s'agit là d'un feu tournant à secteur blanc et rouge. La tour Est porte la lanterne tandis que la tour Ouest porte le filtre qui génère l'éclat rouge. Tant que j'y suis, poursuivons la présentation avec la portée du faisceau, 35 km (par temps clair!) et sa fréquence, 5 secondes. Quant à la construction de la (enfin des !) tours, elle a débuté en 1889. Et si ces tours semblent si coquettes parées d'éclatantes teintes blanche et rouge, on le doit à la dynamique association locale « Sauvons le Phare ». Ses membres n'ont pas ménagé leurs efforts pour solliciter et finalement obtenir des moyens pour une restauration assurément très réussie. Quatre années et quatre mois de travaux ont été nécessaires pour remettre en état ce patrimoine de l'île. Le résultat : une élégante allure et surtout un phare qui s'est enfin remis à briller de tous ses puissants éclats, c'était exactement le 30 janvier 2013, à 18 heures.



Du Fort ou du Phare jusqu'à la plage, il n'y a (presque) qu'un pas ! La baie de l'anse de La Croix est encore déserte en ce milieu de matinée de juin vue dans ces conditions elle n'en est que plus belle.



Au lieu de longer la côte, me voilà maintenant en « ville », façon de parler. Le bourg principal de cette île qui ne compte qu'environ 250 habitants permanents ressemble plus à un petit village rural, qu' à une vraie cité même si par endroits on y voit quelques belles maisons à étage, comme celle de la Mairie ou bien celle de de l'Empereur, ce sont des exemples. Quant à la plupart des habitations, elles sont beaucoup plus simples. Des maisons basses aux murs souvent tout blanc et avec des fenêtres et des volets colorés ; ici le bleu, le vert ou le rose s'harmonisent avec la teinte des roses trémières, la fleur emblématique de la contrée.





Au bout d'une des trois/quatre ruelles du bourg, la perspective bute sur une nouvelle tour. Après les deux colonnes du phare, en voici donc une troisième, c'est celle du sémaphore. Au printemps, beaucoup de résidences sont encore fermées comme en témoigne la photo ci-dessus, elles attendent l'arrivée des estivants … Des rues bien calmes, c'est très appréciable, où il n'y a que quelques très rares véhicules utilitaires pour le transports des marchandises. Car sur l'île on ne se déplace qu'à pied ou bien à vélo. Un peu partout on croise donc des vélos avec parfois une petite charrette à l'arrière.



Bon, je vous épargne la vue des alignements de vélos entassés chez les loueurs de cycles, cela ferait presque croire que l'on se trouve en terre hollandaise ou danoise ! Et d'autre part, cela donne une idée de ce que doit être ce lieu au plus fort de la fréquentation estivale …



A côté de nombreux vélos quelque peu usagés et piqués de rouille (satanés sable et air marin salé !), je suis tombé sous le charme (j'exagère un peu !) de ce vélo coccinelle. Une décoration originale et amusante qui s'accorde avec cet arrière plan abondement fleuri.

Quitter le bourg en direction de la campagne insulaire vous fait également sortir de l'enceinte fortifiée. Une porte monumentale et un pont-levis qui enjambe un fossé marquent la limite. Au passage on peut jeter un œil au mécanisme (poulie et poids) qui autrefois permettait d'actionner ce pont. De nos jours, il est bien entendu ouvert en permanence.







Le sentier chemine ensuite à travers des prairies où paissent des chevaux à l'élégante robe blanche. On peut parler de prés salés pour cette petite étendue d'herbe car de l'autre côté du chemin, la lande se poursuit par des marécages et des vasières jusqu'au rivage, tout proche. Sous l'action du soleil, certains bassins, sans doute d'anciens marais salants asséchés, prennent l'aspect d'un paysage de delta … en modèle réduit ! Avec un peu d'imagination, cela donnerait presque l'impression d'observer là une photo aérienne avec la vue de cours d'eau serpentant parmi le paysage.





En bifurquant vers un sentier qui part vers la gauche, le décor s'avère tout de même plus agréable. Des buissons de genêts sont en fleurs et à même le sable de la dune, quelques liserons rampants apportent une plaisante touche de couleur au sol sablonneux. Au-delà, passé le mince cordon dunaire, s'offre au regard la plus longue plage de l'île. Son nom, à défaut d'être original est parfaitement descriptif puisqu'elle est la bien nommée Grande Plage.



Un tel panorama sur les eaux bleues de l'Océan Atlantique baignées par un généreux soleil printanier vaut bien que l'on y fasse une halte, je n'hésite pas à m'y poser quelques longues minutes. En prenant la photo de cette plage, j'ai placé en point fort sur la droite de l'image le Fort le plus célèbre de la région. On l'aperçoit trônant fièrement au milieu de la mer. Une forteresse non pas célèbre par un glorieux passé militaire mais simplement en raison des jeux télévisés qui s'y déroulent depuis de nombreuse années. Une utilisation ludique de ce renommé Fort Boyard que les bâtisseurs militaires de l'époque n'auraient jamais pu imaginer … la télé n'avait pas encore été inventée ! En foulant le sable le long des plages, j'ai souvent tendance à observer les coquillages, vous aussi ? Cela me rassure ! C'est sans doute une habitude qui nous ramène un peu en enfance … Cela ferait bien de vous dire que sur ce rivage j'en ai trouvé de superbes, mais le cliché témoigne de la réalité et de la banalité de mes trouvailles !



Les coquillages et surtout la nacre sont à l'honneur sur l'île. Un atelier musée de la nacre est justement situé dans le bourg, il permet d'y apprécier le travail de la nacre et la réalisation de belles pièces : colliers et bijoux et objets décoratifs aux jolies teintes nacrées. Bon, je n'en dirai pas plus, je n'ai fait que jeter un coup d’œil curieux à la vitrine de cet original atelier de la nacre.



Ma randonnée pédestre se poursuit maintenant en longeant le rivage nord de l'île, entre dunes et océan. Et voilà que le passé militaire local ressurgit avec la vue de ces pourtant discrètes Batteries de Jamblet. Bâties au cœur de la dune elles étaient idéalement camouflées des observateurs ennemis, elles le sont encore au milieu de cette végétation envahissante. L'intérieur a été aménagé pour informer les visiteurs intéressés.



Le sentier côtier épouse à présent un littoral escarpé fait de falaises, d'éboulements rocheux et d'une succession de charmantes petites criques abritées. Celle des Sables jaunes est une des plus réputées. Une anse de sable en arc de cercle lovée entre deux promontoires rocheux, la vue plongeante sur la plage se laisse admirer. Un seul hic à propos de ce lieu dont le décor environnant n'est pas sans évoquer celui d'une calanque méditerranéenne, la baignade y est déconseillée voire interdite même. Trop dangereuse avec ce rivage constitué de rochers acérés et coupants que l'on voit particulièrement bien sur cette photo prise lors de la marée basse.



-- Suite --> message suivant
Jean http://perso.wanadoo.fr/groenland-disko/yukon-dempster/
JE Jemaflor Veteran ·
Mon tour de l'île ne sera pas complet, je ne prolonge pas mon circuit pédestre jusqu'à la pointe Est, le point de vue valait-il le coup d’œil ? Finalement, je n'en saurais rien, à moins d'y retourner un jour !



Je coupe donc par la forêt pour atteindre la grève de la côte opposée. Le mot de « forêt » n'est sans doute pas vraiment approprié pour ce petit bois de chênes verts aux troncs noueux contrastants avec les troncs rectilignes des pins ; mais comparé aux petites dimensions de l'île, ici, un grand bosquet prend vite l'allure d'une forêt ! Le soleil commence à cogner fort, ce coin à l'ombre sous un arbre avec une vue imprenable sur la mer me convient tout à fait, me laissant tout loisir pour observer le paysage marin.



Des silhouettes sombres, pieds dans l'eau (et dans la vase !) sont alignées droit devant, comme une armée de fantassins défilants au pas … c'est sans doute l'histoire militaire de l'île qui m'inspire cette comparaison. Il s'agit en fait de bouchots, des piquets et des filets sur lesquels se fixent les moules, un des fruits de mer très apprécié localement et bien au-delà, n'est-ce pas ? La lumière en contre-jour donne un aspect argenté à la surface de l'eau, pas mal l'effet photogénique d'autant que la composition est parfaitement équilibrée avec la présence de ce bateau. De plus, le nom de l'embarcation fait très couleur locale, on devine l'inscription sur la coque : L'Aixois.



Depuis mon arbre, la perspective s'étend vers le proche rivage et sa Plage aux Coquillages. A bien y regarder ce sont plus des coquilles d'huîtres que de beaux coquillages qui « blanchissent » cette longue plage.



Le chemin littoral est lui aussi d'un blanc presque éblouissant avec cette forte luminosité. Mais on ne s'en plaindra pas, il fait un temps superbe et idéal pour la balade.



Un cheminement qui me fait passer maintenant devant une petite villa aux murs ornés d'un joli ton rose, murs et fleurs. Devinez comment elle s'appelle cette coquette maison de vacances ? La « Vie en Rose », ce nom s'imposait ! Quel bonheur un tel emplacement, juste au bord de la grève avec un point de vue privilégié sur l'anse de sable et de coquillages. On se prend à rêver … Seulement …. séparant la villa du rivage, il y a le chemin blanc. Je ne préfère pas imaginer le défilé de visiteurs lors des journées d'affluence au cœur de l'été. A certaines heures, la vie ici ne doit plus être toute rose car il n'y a pas plus redoutable pour gâcher le silence apaisant d'un moment de repos ou d'une sieste qu'un groupe d'estivants enchantés et … bruyants !



Un peu plus loin, en deuxième ligne, dans le bien nommé quartier « Les Petites Maisons », les résidents de cette villa parée de bleu doivent certainement être plus tranquilles même s'ils n'ont pas une vue sur mer. Un lieu calme à juste deux pas (enfin quelques dizaines !) de la plage, cela reste tout de même plus qu'enviable.

D'un secteur à l'autre. « Le Bois Joly », tout proche de la plage océane a également ses pimpantes villas mais aussi ses quelques terrasses et petits restos, un lieu de halte pour se restaurer ou se rafraîchir, entre randonnée et séance de plage.





Bien sûr, on le constate tout au long de cette randonnée, l'île d'Aix est pratiquement toute entière tournée vers le tourisme estival … Mais même si je ne prétends pas avoir tout vu sur l'île (eh oui, je vous est déjà dit avoir esquivé la pointe Est , le musée atelier de la nacre et sans doute d'autres lieux dignes d'intérêt !, j'y aurais vu au moins une parcelle cultivée avec ces quelques rangs de vigne. Un minuscule vignoble qui produit un vin blanc sec, idéal pour bien accompagner les fruits de mer locaux. Vue la superficie plantée, il ne doit pas y en avoir pour tous les visiteurs !



La boucle est presque bouclée. Après un tour (partiel) de l'île d'Aix, me voici de retour au centre du bourg, là où se trouvent quelques rares commerces : supérette, bars et restaurants. Un carrefour intéressant et utile pour une pause ravitaillement mais beaucoup moins pour l'intérêt d'une découverte du patrimoine du village.



Quelques dizaines de mètres plus loin, au bout de la rue de la mairie, on découvre la façade de l'église Saint Martin. Tiens ! un nom qui ne m'est pas étranger …. Un bel exemple d'architecture régionale de style Roman saintongeais construit sur les vestiges d'un ancien prieuré (1607), celui d'une communauté monastique. En somme, ces moines ont été les premiers habitants de l'île, bien avant les pêcheurs, les militaires et autres vacanciers !



Rien qu'à observer les noms des rues du bourg, on est de suite plongé dans l'époque napoléonienne. De la Place d'Austerlitz, la rue Napoléon croise la rue Marengo avant d'aboutir, comme il fallait s'y attendre, sur l'imposante «Maison/musée de l'Empereur ». Et voilà que l'on reparle du fameux Napoléon.



Cette dans cette élégante demeure que l'Empereur a vécu ses trois dernières journées sur le sol français avant son célèbre exil vers l'île de Sainte Hélène. Un bref rappel historique de l'événement … Après sa défaite de Waterloo, Napoléon décide finalement de s'exiler en Amérique, l'embarquement étant prévu à Rochefort. Mais les Anglais, alors maîtres des lieux, ne l'entendent pas ainsi. Voilà qu'ils bloquent la rade afin d'empêcher la fuite et Napoléon se voit contraint de débarquer sur l'île d'Aix le 12 juillet 1815. Et pendant trois jours et trois nuits, il va séjourner dans cette maison, c'était à l'époque celle du Commandant de la place. Toute l'histoire de cette période vécue par l'Empereur déchu est évoquée dans les salles de cette maison/musée. Au cours de la visite, on peut également découvrir bien d'autres témoignages de l'époque napoléonienne.



Ici, une maquette de la frégate « La Saale » qui reçu à son bord Napoléon pour le conduire sur l'île d'Aix.



La chambre occupée par l'Empereur a gardé sa disposition d'origine avec même son lit. Des gravures représentent l'homme illustre sur son lit de mort à Sainte Hélène, c'était le 5 mai 1821 à 17h49, dit-on. Une heure précise indiquée par des aiguilles figées à tout jamais sur toutes les pendules de style Empire que compte la collection du musée, et elles sont une quarantaine !

Cela peut surprendre mais le billet d'accès à la maison et au musée Napoléon donne droit à une autre visite bien plus exotique … à savoir, celle d'un étrange Musée Africain, il est situé dans une habitation beaucoup plus modeste qui fait presque face à celle de l'Empereur. A priori, on ne voit pas vraiment de rapport entre ces deux musées ? Tout s'explique lorsqu'on apprend que cette collection d'animaux naturalisés a été rassemblée au cours des expéditions en Afrique du baron Gourgaud, arrière petit-fils du général et qui fut compagnon d'exil de Napoléon à Sainte-Hélène. Ce même baron était l'ancien propriétaire de la maison de Napoléon qu'il légua aux Musées Nationaux. Il y a aussi un autre lien avec Napoléon dans tout ce « zoo d'animaux empaillés ». Ce dromadaire d'Arabie qui trône au milieu de la salle serait celui que monta l'Empereur pendant sa Campagne d'Egypte … on veut bien le croire, en tout cas, c'est ce qui est indiqué sur la pancarte !



C'est avec ce dromadaire devenu célèbre pour l'éternité que s'achève la visite et ma balade pédestre sur l'île d'Aix.

--



Le ferry du retour vers le continent approche du quai, le coup de sirène annonçant le départ va bientôt retentir.

JSM
Jean http://perso.wanadoo.fr/groenland-disko/yukon-dempster/
JE Jemaflor Veteran ·
Merci Jean Yves pour cette appréciation dès le début du récit ... J'espère que la suite avec l'évocation de l'île d'Aix t'aura aussi intéressé.
Jean http://perso.wanadoo.fr/groenland-disko/yukon-dempster/
CA Cambrousse Globetrotter ·
Tres charmantes visites de ces iles dont j ignorais l existence. Ca donne envie. Merci de ce partage. 🙂
http://afriqueparciafriqueparla.blog4ever.com/ http://chacunsonmaroc.blog4ever.com/
MA Maya83400 Veteran ·
Merci Jean pour ces beaux récits agrémentés comme d'habitude de très belles photos. Je suis repartie dans mes souvenirs suite à 2 séjours en Charente-Maritime. Très belle région, notre pays est plein de très jolis coins à découvrir. Nous allons parfois bien loin pourtant... Bonne continuation.
JE Jemaflor Veteran ·
Merci Denise pour ce commentaire, en effet l'envie de découvrir des destinations lointaines ne doit pas nous faire oublier que l'on a d'intéressants lieux à parcourir plus près de chez soit ... C'est avec cet esprit que j'ai réalisé ces balades dans ces îles de Charente Maritime. Quant au récit, texte et photos, là aussi, je l'ai fait dans le même style que pour mes autres carnets de voyage évoquant des contrées plus éloignées.
Jean http://perso.wanadoo.fr/groenland-disko/yukon-dempster/
CO Cosmos16 ·
Bonjour, Le hasard ma amené à lire votre beau texte agrémenté de belles images. Merci pour vos informations très agréable à lire. 🙂 Un jour je me promet une visite dans ce beau coin de votre pays. Une Québécoise de la ville de Québec.
DA Dav79 Regular ·
Beau récit sur cette jolie ile d'Aix où l'on vient chaque année avec plaisir.

C'est vrai qu'on a tendance à oublier l’île madame vu sa taille très très modeste 😉
ES Espaces Regular ·
Merci pour ce sympathique reportage. Votre amour des mots transparaît, c'est très agréable de vous lire ! Je ne connaissais pas ces îles, elles me confirment dans l'idée qu'il suffit de savoir regarder pour que "les petits riens" - les petits coins - soient plein d'intérêt
JE Jemaflor Veteran ·
Merci pour ce sympathique reportage. Votre amour des mots transparaît, c'est très agréable de vous lire ! Je ne connaissais pas ces îles, elles me confirment dans l'idée qu'il suffit de savoir regarder pour que "les petits riens" - les petits coins - soient plein d'intérêt

Merci pour cet avis qui est toujours plaisant à recevoir. En effet, l'ailleurs, la découverte et le dépaysement sont aussi aux portes de chez nous, il suffit d'un peu de curiosité ...
Jean http://perso.wanadoo.fr/groenland-disko/yukon-dempster/
LU Lucbertrand Globetrotter ·
Bonjour Jean merci pour ce récit que j'ai beaucoup apprécié. Luc
JE Jemaflor Veteran ·
Merci Luc pour ce commentaire, avec tes nombreuses contributions sur VF, on savait que tu appréciais ce type de balade côtière, très sympathique ce mot qui me replonge dans ce récit et ces souvenirs de ses deux îles de la côte charentaise.
Jean http://perso.wanadoo.fr/groenland-disko/yukon-dempster/

Similar discussions

You might also like